Franc-Maçonnerie Blog Maçonnique

Une veille sur la Franc-Maçonnerie à travers l'Internet. Sites de Loges & Obédiences, sites maçonniques, anti-maçonnerie, boutiques & livres maçonniques, humour & manifestations maçonniques, revue de presse. Pour les Francs-Maçons & les profanes


        

Le 1er chapitre du roman 'Le Frère de Sang'


Vous avez été intrigué par le prologue du roman policier Le Frère de Sang d'Eric Giacometti et Jacques Ravenne ? Et bien, avec l'accord des auteurs et des Editions Fleuve Noir, nous vous en livrons maintenant le 1er chapitre. Bonne lecture !

Paris,
rue La Fayette,
de nos jours


Antoine Marcas sirotait son verre d’alcool doux, confortablement installé sur une chaise coloniale du café Le Régent. La veille au soir, il avait fêté ses quarante-deux ans. Rien à voir avec le choc de la quarantaine. Deux ans après le cataclysme – celui où l’on se dit que la prochaine étape, c’est cinquante –, les affronts du temps restaient mineurs.

Il regarda son reflet dans le miroir à deux mètres de lui. Seuls quelques cheveux blancs erraient sur ses tempes. Et puis, sa nouvelle coupe, plus courte, sur les conseils de son fils, lui donnait un air un peu moins grave et plus juvénile. Enfin ! il essayait de s’en persuader. Si de très légers cernes persistaient de façon obstinée sous ses yeux marron, la bouche en revanche affichait toujours un imperceptible sourire en coin qui se dessinait plus nettement quand il était en confiance, et cela lui donnait parfois, bien contre sa volonté, un air moqueur qui troublait même ses proches amis.

Il se redressa sur sa chaise et vérifia que son tablier de maître se trouvait bien dans sa serviette en cuir. La tenue maçonnique était prévue une petite demi-heure plus tard, au siège de l’obédience, et il n’aurait pas le temps de retourner en chercher un chez lui. Le morceau d’étoffe bleutée qui dépassait du bord de la sacoche le rassura, et il sourit intérieurement. Depuis quatre ans, il nouait le tablier autour de sa ceinture toujours au même cran, signe que son tour de taille restait stable. Soixante-dix-sept kilos environ, l’idéal pour sa haute stature, selon son médecin. Une belle performance, compte tenu des agapes à répétition auxquelles il assistait deux jeudis par mois.

Le brouhaha du café augmentait, de nouveaux clients arrivaient pour l’happy hour.

Deux jeunes trentenaires, en costume-cravate, le nœud dénoué, se posèrent bruyamment sur les sièges à côté de Marcas. Le plus âgé, un blond à la mèche soigneusement lissée sur le côté commanda deux bières et posa la main sur la table d’un geste décidé.
— Dis donc, t’as entendu la nouvelle ?
— Hon… grogna le plus jeune qui avalait les cacahuètes par poignées.
— Ils ont dit à la télé que l’Iran commençait à construire sa bombe atomique ou quelque chose comme ça. J’espère qu’ils ne vont pas nous l’envoyer sur la gueule.

Antoine fit un signe au serveur pour régler son verre et tendit l’oreille. Il adorait les conversations de bistrot, surtout allongées à la mode parano.

Le brun reluqua l’une des serveuses en T-shirt et hocha la tête d’un air entendu.
— La télé et les journaux racontent que des foutaises. La vérité, c’est le Web ! Tout y est, et pas contrôlé par les puissances d’argent comme pour les journalistes. J’ai découvert un blog incroyable. Infovraie. Eh ben, là-dedans, ils te racontent que ce sont les Juifs et les francs-maçons qui leur ont filé leur putain de bombe.
— Dingue, répondit le blond qui porta le goulot de la bière à ses lèvres. Les Israéliens vont se faire exploser la tronche, ça marche pas, ton histoire.
— C’est ce que tu crois, trop simple. Va sur Infovraie. Les Juifs aident les Iraniens via les Russes pour qu’il n’y ait pas de trace de leur aide. Une fois que l’Iran a la bombe, Israël hurle et les Ricains envahissent l’Iran. Comme pour l’Irak, mec. Tu verras jamais ça dans les journaux. Les journalistes sont des bouffons. Pourquoi payer des types qui racontent pas la vérité ?
— Ah ! ouais, très fort !

Le brun croisait les bras et affichait un air supérieur. Le commissaire soupira, ces deux-là étaient parfaits de crétinerie. Le blond renchérit :
— T’as raison, les médias nous mentent tout le temps, mais y a plus grave. T’as entendu parler du forum de Davos ? C’est le lieu de réunion des gens les plus puissants de la planète, ils décident de tout sur Terre. Je vais te montrer un truc zarbe que j’ai vu sur le Net.

Il sortit une feuille et un stylo et inscrivit :
D = 4
A = 1
V = 22
O = 15
S = 19
— Devant chaque lettre j’ai mis son numéro d’ordre alphabétique. Si je fais le total, j’arrive au nombre 61. Si j’additionne les deux chiffres j’obtiens 7 pour le nom de Davos. Ça s’appelle une addition ésotérique ! C’est un truc d’initié…
— Ouais…
— Je continue.
F = 6
R = 18
A = 1
N = 14
C = 3
et
M = 13
A = 1
Ç = 3
O = 15
N = 14
Total = 88 = 16 = 7

— Tu vois, y a pas de hasard, c’est le même chiffre. 7, le chiffre maçonnique par excellence. Le forum de Davos est contrôlé par les francs-macs. Tu verras, tout ce qui ressort du chiffre 7 montre le pouvoir des frères trois points.

Marcas buvait du petit-lait. Il avait sorti un calepin et notait les arguments du petit jeune avec jubilation. Chaque année, il organisait avec des copains de loge un dîner sur le thème de la conspiration, durant lequel chacun racontait les plus gros délires de complots auxquels la franc-maçonnerie était mêlée. La théorie la plus fumeuse, mais qui reposait sur une logique pervertie, remportait à son narrateur une caisse de douze bouteilles de haut-brion. L’année dernière, son pote Jean-Marc avait gagné avec une théorie selon laquelle les francs-maçons descendraient des extraterrestres et auraient enlevé Jésus en soucoupe volante. Cette fois, Antoine tenait sa revanche.

Le blond continuait sa démonstration mathématique.
— Tu peux essayer avec les présidents de la République qui sont sous leur contrôle. Fais pareil avec Giscard et Chirac.
Marcas s’amusa au calcul et fronça les sourcils. Ça ne collait pas. Il tapa sur l’épaule de l’apprenti mathématicien.
— Excusez-moi, je me suis permis d’entendre votre conversation. Je suis désolé de vous contredire mais j’ai recalculé, pour Chirac ça fait 6.
Le jeune cadre piqua un fard en comprenant que l’homme avait entendu toute leur conversation. Son copain s’empara du stylo et fit le calcul à son tour.
— Il a raison, le monsieur. Ça fait 6. Ça marche pas.
Le théoricien ne se laissa pas démonter et prit un air inspiré.
— C’est normal. Les frères trois points savent que le chiffre 7 est connu par ceux qui ont vu clair dans leur jeu et ils ont adopté le 6 pour brouiller les pistes.
Marcas lui jeta un regard consterné. Gratiné, le parano de service ! Mais il se reprit aussitôt et confirma d’un air complice :
— Bien sûr ! D’où le fameux 666, le chiffre de l’antéchrist.
— Ouais, voilà, émit le jeune type, un peu décontenancé.
— Et donc, trois Chirac font un antéchrist ? Trop fort, non ? continua Antoine, qui griffonnait avec jubilation sur son carnet.

Mais il était temps de partir s’il voulait arriver à l’heure pour la tenue. Saisi d’une inspiration, il écrivit sur un petit bout de papier un mot avec des chiffres en face, le plia et le donna au pseudo-matheux. Le temps que celui-ci le déplie et le déchiffre, Marcas s’était levé, avait enfilé son blouson et réglé son verre. Il prit avec lui sa serviette et une sorte de long étui à parapluie. Il allait partir quand le cravaté se leva et lui prit le bras, l’air menaçant.
— Tu m’as insulté grave ! lança-t-il en agitant le bout de papier froissé sous le nez de Marcas.
Sur le papier était écrit :
C3 O15 N14 N14 A1 R18 D4 = 7
Antoine lui adressa un regard compatissant.
— Non, j’adore votre théorie, voilà tout. 7, c’est aussi le chiffre du connard…
Le jeune leva la main au niveau du nez de Marcas.
— Connard toi-même ! Et ma théorie du poing dans la gueule, tu la veux dans la tronche ?
Le commissaire soutint son regard quelques secondes. La plaisanterie était terminée. Il sortit son portefeuille et le brandit ouvert sous le nez du conspirateur en herbe.
— Police. On se calme, sinon vous allez finir vos calculs ésotérico-fumeux dans une cellule au milieu de poivrots.
Le cadre baissa son poing et recula d’un pas piteusement.
— Scuzez… maugréa-t-il en se rasseyant à côté de son ami.
Marcas rangea sa carte. Il ne pouvait pas s’en empêcher. De temps à autre un petit abus de pouvoir, ça faisait du bien.
— Le franc-mac vous salue.

Il contourna leur table, entendit un "fils de pute" presque inaudible et sortit sur le trottoir, heureux d’avoir engrangé des points pour le prochain dîner. Si en plus les deux écervelés savaient que son long étui contenait une épée de cérémonie rituelle, ils auraient déliré jusqu’au matin.

Il consulta sa montre. Presque huit heures, la tenue devait commencer dans vingt minutes précises, il pressa le pas, remonta la rue La Fayette et tourna à droite sur la rue Cadet.
Il longea le trottoir de gauche, passa devant la rôtisserie envahie d’odeurs alléchantes pour s’arrêter devant la librairie Detrad qui jouxtait le siège de l’obédience. Elle était encore ouverte, il avait juste le temps de jeter un œil. Quand il poussa la porte vitrée, trois clients feuilletaient des livres sur le rayonnage central. Il se demanda combien d’entre eux étaient des frères ; il se serait montré bien incapable de les reconnaître au premier coup d’œil. Il fit un signe de tête aux deux libraires, un homme à la voix affable et une femme blonde souriante, et promena son regard sur les nouveautés. Il restait toujours impressionné par le nombre d’ouvrages qui paraissaient sur la maçonnerie chaque année. On pensait que tout avait été écrit mais non, il en sortait toujours.

Il repéra enfin le livre qu’il voulait acheter : La Chevalerie maçonnique de Pierre Mollier. Ses frères lui en avaient dit le plus grand bien. Il prit l’ouvrage et alla vers le fond de la librairie où se trouvait la vitrine des objets maçonniques rassemblant des objets de rituel, des tabliers, des ornements basés sur le compas et l’équerre mais aussi des cendriers, des cannes, des verres, des assiettes. Il faillit choisir un sulfure d’une belle eau bleue mais se ravisa pour une petite boîte rectangulaire nacrée aux incrustations d’ivoire, avec en léger relief un œil dans un triangle.

Il sourit, voilà qui allait compléter sa collection d’étuis à cigarettes maçonniques qu’il s’était constituée au fil des ans. Il en avait maintenant plus d’une vingtaine qu’il gardait dans une armoire. Un passe-temps dont s’étaient moqués son ex-femme, son fils et la plupart de ses amis, même frères, mais qui constituait sa seule marotte. Même depuis qu’il avait arrêté de fumer, il conservait toujours sur lui l’un de ces étuis précieux. Un ami psy lui avait expliqué que cette habitude était sans doute liée à son enfance et aux journées entières passées dans l’atelier d’ébéniste de son père, rue Saint-Antoine. Un artisan qui confectionnait des coffres et des boîtes pour le plaisir, entre deux commandes. Avec ses étuis, Marcas redevenait le petit Antoine qui observait, émerveillé, les coffrets vernis de son paternel en inventant mille et un trésors à déposer à l’intérieur. L’explication était plausible. Quant aux symboles maçonniques, il ne pouvait s’empêcher d’y trouver une beauté énigmatique qui le fascinait même à quarante ans passés.

Le libraire lui tendit en souriant la boîte ainsi que le livre dans une pochette plastique. Il bavarda quelques minutes avec lui sur les prochaines manifestations culturelles qui allaient se dérouler au siège de l’obédience, puis le salua.

Il ne se trouvait plus qu’à dix pas de l’obédience. Il entra dans le bâtiment massif mitoyen à l’architecture hideuse bardée de métal grisâtre. Un savant mélange entre un centre de tri postal et une annexe de la Sécu. Si on ne pouvait trouver façade plus déprimante que celle du siège de l’obédience, les passants en revanche étaient loin de se douter que l’immeuble abritait en son sein autant de temples maçonniques de toute beauté où l’on pratiquait des cérémonies bien curieuses pour les non-initiés.

  • Prologue de Le Frère de Sang

    Les précédents romans :
  • Conjuration Casanova (édition de poche) chez Amazon

Lundi 4 Juin 2007


               Partager Partager


Trackbacks

Url trackback de cette note (Copier la cible du lien)

1.Posté par Pierre-Jean le 04/06/2007 16:33
Le coup du c.o.n.n.a.r.d. je l'ai noté soigneusement haha ^.^

2.Posté par biloute le 03/06/2008 17:04
Encore une pale copie du Da vinci Code...............

Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL

Mon actualité | Sites de Loges | Sites d'Obédiences | Sites maçonniques | Manifestations maçonniques | Personnalités maçonniques | Répertoires | Réflexions | Edition | Dans la presse | Glossaire maçonnique | Humour maçonnique | Boutiques maçonniques | Anti-maçonnerie | Distinctions | Webrings maçonniques | Divers | A propos de ce site




Add to Google Add to Netvibes Add to Bloglines Add to MSN Add to Newsburst Add to Newsgator Add to Pluck Add to Technorati Ajouter � Mon Yahoo! blogCloud Add to Technorati Favorites Wikio - Top des blogs logo lamoooche annuaire rss Listed on BlogShares Top Blogs Francophone