Sigmund Freud n’était pas Franc-Maçon

Par Jiri Pragman dans Sites maçonniques

Une bêtise dans un magazine reste une bêtise. Pourquoi est-elle reprise sur le web, dans les réseaux sociaux sans même s’interroger?

Un article de l’hebdomadaire belge Le Vif/L’Express s’est choisi pour titre Freud chez les frères et mentionne explicitement dans l’introduction l’adhésion de Freud à la franc-maçonnerie en 1897. Sauf que la phrase suivante mentionne 40 années de fidélité discrète au B’nai B’rith et que cette association juive n’est pas une organisation maçonnique (même si elle s’appuie sur un système de loges).

Cet article du Vif ne mentionne aucunement une quelconque appartenance à la « vraie » Maçonnerie. Il est dommage qu’un certain Jean Fourton qui a inspiré cet article ait choisi d’appeler son ouvrage Freud Franc-maçon pour jouer sur cette confusion.

lundi 24 septembre 2012 12 commentaires

Étiquettes :

  • 12
    Sigismond 22 septembre 2013 à 19:15 / Répondre

    dans ce débat, beaucoup trop de passions. juste un mot de présentation, je suis psychanalyste donc freudien, membre du Bnai Brith depuis des décennies, et depuis moins longtemps initié en maçonnerie. C’est d’ailleurs parce que le BB n’est pas une obédience maçonnique, que de nombreux membres du BB sont au GO, à la GLF ou au droit humain (aucun à ma connaissance à la GLNF!). Freud était effectivement membre du BB, qui n’a jamais demandé à être reconnue comme obédience maçonnique et a renoncé depuis des dizaines d’années à se désigner comme un ordre, ce qui était le cas à sa fondation.
    Mais il y a aussi des erreurs sur le Bnai Brith: l’obédience a été créée aux Etats-Unis par des francs maçons juifs allemands immigrés, qui n’avaient eu aucun mal à intégrer la FM de l’Allemagne, encore divisée rappelons-le, de l’époque; il y existait même des loges intégralement juives au début du XIXème siècle. Mais la maçonnerie américaine était bien différente. Rappelons des traits de cette maçonnerie: exclusion des noirs même affranchis, puis après l’abolition exclusion maintenue, méfiance envers les catholiques, et surtout il fallait être chrétien et en faire profession pour être initié, contrairement à la maçonnerie européenne, et surtout française et allemande. C’est donc la concordance entre ces juifs franc-maçons, et d’autres soucieux de créer les bases d’une association juive libérale, qui aboutit à la création à Philadelphie du Bnai Brith en 1843.
    Dès le départ, outre la structure en loge, si l’on examine les rituels de l’époque, dans leur style très inspirés de la maçonnerie, une différence est notable: après l’initiation, il n’y a plus de degrés.
    En fait, dans certains pays, il y a des invitations au BB, dans certaines obédiences libérales, dans d’autres, comme en France et en Angleterre, nombre de double appartenance, et parfois, certaines loges BB ressemblent à des « fraternelles ».
    En outre jusqu’aux vingt dernières années où les loges sont devenues mixtes en France, presque totalement, les loges BB était exclusivement masculines, et existaient des « chapîtres » féminins, conçues sur le modèle de loges d’adoption, sans avoir accès à une charte de loge. Ce n’est plus du tout le cas.
    Aujourd’hui en France, les choses sont claires, mais il ne semble pas qu’elles l’étaient autant dans la Vienne de Freud: Le BB ne se revendique en rien comme maçonnerie, c’est pourquoi la double appartenance est totalement possible et assez fréquente.
    L’origine de la confusion montre tout de même qu’au temps de Freud, la distinction était moins claire. En effet, c’est l’historien psychanalyste anglais, Jones, proche de Freud, longtemps président à sa demande de l’IPA ( International Psychoanalytical Association), après la défection de Jung, qui évoque cette appartenance à la FM, citant d’ailleurs quelques unes des planches que Freud fit au BB. Quand on sait que Jones, lui même, n’était pas membre du BB, qui exige la judéité de ses frères, mais de la grande loge unie d’Angleterre, on peut penser que cette confusion avait pour lui un certain sens.
    Je suis à l’origine du point d’interrogation évoqué dans cet article.

  • 11
    calvariam 28 septembre 2012 à 09:02 / Répondre

    Pour en terminer avec ce « frère », je note que si il n’hésite pas à user de la carte maçonnique et qu’il se présente comme un frère du GO, il n’hésite pas à cracher dans la soupe maçonnique.
    Premièrement à coup de contre vérité en justifiant l’apparition du B’nai B’rith par (je cite) « un antisémitisme regn(ant) dans les autres obédiences maçonniques du monde au XIX° » ,ce qui est faux, seule l’allemagne pratiquait encore cette ségrégation et seulement jusqu’en 1848 elle ne subsiste ensuite que dans les 3 grandes loges de prusse…Ce n’est pas le tout de répéter certaines infos, encore faut-il les vérifier. Le B’nai Brith est né en 1843 à New York afin de faciliter l’intégration des immigrants et d’unir les différentes communautés juives,5 ans avant la révolution allemande de 1848 qui ouvrira la plupart des loges allemandes aux juifs,la création du B’nai Brith n’est donc pas lié à un » antisémitisme maçonnique » supposé.
    En comparant les rites d’initiation à du bizutage digne d’un autre âge (« heureusement  » abandonnés par les frères du B’nai Brith) « castration symbolique » mais où va-t’il chercher tout ça! Et de nous éclairer sur le rite d’initiation du B’nai Brith symbolisant les liens d’intégration et de solidarité, compte-t’il nous proposer cette légère modification de nos rituels au prochain convent? Peut-être caresse-t’il l’espoir de nous voir muer en une version « gentille » du B’nai Brith, mixte, et au rituel asseptisé, pour ne pas dire inexistant?
    il me semble qu’il y a une différence fondamentale entre la franc-maçonnerie et le B’nai Brith, la première accueillant tout homme ou femme (pour les obédiences mixtes ou féminines) de toute origine et de toute religion, la seconde étant strictement confessionnelle et communautariste, ce qui est une sacré différence…différence suffisante pour que le B’nai Brith, en dépit de ses reprises d’une partie du vocabulaire maçonnique et de son caractêre humaniste ne soit pas une organisation maçonnique.
    Cela me fait penser à cette phrase de Woody Allen:
    « Dieu n’existe pas,mais nous sommes sont peuple. » qu’ils ne méditent pas plus souvent celle de Cholem Aleichem: »Dieu, je sais que nous sommes Ton peuple élu, mais ne pourrais-Tu pas choisir quelqu’un d’autre pour changer un peu ? »…

  • 10
    calvariam 28 septembre 2012 à 04:38 / Répondre

    C’est toujours aussi drôle, cet argument, typique des psychanalystes (depuis Freud) que d’interpréter toute critique comme une résistance à la psychanalyse de celui qui l’émet, cela suffit à remettre en douter le caractère scientifique de cette « cure ».
    Prétendre que le B’nai B’rith serait « une » franc-maçonnerie est évidemment une contre-vérité, ils ne se présentent pas eux-mêmes ainsi, ne sont pas reconnus comme tels.
    Cela est certainement vendeur (eh oui, les psychanalystes ne sont pas les seuls a découvrir des intentions cachées dans les motivations affichées) mais je considère que d’une part cette association « judaïsme et maçonnerie » est dangereuse (est-il utile d’évoquer l’un des adjectifs favoris de nos amis les complotistes) et que d’autre part, elle nous fait passer à côté de la donnée essentielle pour saisir la démarche Freudienne: sa judéité (ce que j’ai toujours exprimé à ma manière provocatrice habituelle: « le vrai problème de Freud est d’avoir eu une mère juive ». Son appartenance au B’nai B’rith ne fait que s’ajouter aux nombreuses informations plaidant en faveur de cette hypothèse:
    Ce qui m’a frappé dés le départ : la première et la dernière œuvre de Freud.
    La première « l’interprétation » des rêves » aurait été écrite d’après l’analyse de ses propres rêves pendant une phase dépressive consécutive au décès de son père Jakob et suite à un rêve qu’il aurait eu la nuit de son enterrement.
    D’accord, mais connaissant l’importance des rêves dans les communautés juives de l’époque, considérés comme potentiellement prophétiques et dont l’interprétation relevait du rabbin, je me suis toujours interrogé sur le choix de ce sujet, comme si Freud cherchait à se substituer à ce dernier.
    La dernière, alors qu’il était atteint d’un cancer en phase terminale fut « l’homme moïse et la religion monothéiste », pourquoi ce sujet, qui n’a que peu à voir en apparence avec le développement de la psychanalyse alors qu’il se sait mourant est-ce pour ce conformer à la dédicace que son pêre a écrite dans une bible dont il lui a fait cadeau pour ses 35 ans?:
    « Tu dois revenir à l’étude de la torah comme moïse au secondes tables de la loi » Jakob Freud

    Freud lui-même s’est interrogé dans sa correspondance avec son cercle intérieur (eh oui, à ses débuts, la société psychanalytique est une organisation quelque peu «sectaire») sur les différences possibles sur le plan psychologique entre ses patients juifs et ses patients goyim dûes à une supposée différence culturelle.
    La nature même de la construction de l’identité juive, la circoncision (dit comme cela ce peut être choquant, mais c’est pourtant exprimé comme cela dans la torah) aurait fortement influencé le principe d’angoisse de castration (est-il besoin de développer?)
    L’importance de l’association libre et du lapsus, du « jeu de mot » sont à mon sens à mettre en parallèle avec leur importance dans la torah elle-même (Abram (père haut) devenant Abraham (père d’une multitude) par exemple, à noter que le prénom de Freud lui-même Sigismund a reçu une opération similaire, abrégé en Sigmund, pour correspondre à l’hébreu Shlomo), mais également pour les mouvements hassidiques qui utilisent intensivement la gematria pour l’interprétation de la Torah.
    La construction psychique en trois instances « ça », « moi » (moi idéal et idéal du moi) et« sur-moi », qui ressemblent étonnamment aux trois parties de l’âme selon la tradition: nefesh, ruah,neshama.
    Et la liste est loin d’être exhaustive…

    Sans prétendre que cette approche,qui n’est qu’une hypothèse soit l’unique grille de lecture de Freud, il serait pour le moins étonnant qu’un homme, bien que se revendiquant athée, qui a étudié la mythologie (à laquelle il fait régulièrement référence), l’anthropologie et les rites primitifs (nombreuses références dans « totem et tabou ») et qui collectionnait les statuettes archéologiques, ne se soit pas intéressé à sa propre tradition.

    A défaut de m’avoir donné envie de lire cet ouvrage, cela m’aura au moins donné envie de relire Freud dans cette perspective…ce qui, à mes yeux, vaut toujours mieux que l’inverse : lire la Tradition (quelle qu’elle soit) dans une perspective analytique, ce qui est un abus, tant pour la tradition que pour la psychanalyse… (Décidemment je n’aime pas Jacques Fontaine)

  • 9
    Jiri Pragman 27 septembre 2012 à 19:14 / Répondre

    C’est un peu facile que de vouloir obliger les contradicteurs à lire un livre dont l’intitulé lui-même est un contre-sens. Je ne me prononce ni sur Freud, ni sur la psychanalyse, ni sur les qualités de l’association juive en question ou son fonctionnement. Reste que Freud n’était pas maçon et que le qualifier de « franc-maçon » parce qu’on a décidé que cette association était « maçonnique » n’est pas correct intellectuellement.

  • 8
    Jean Fourton 27 septembre 2012 à 19:07 / Répondre

    LISEZ LE LIVRE : Pourquoi ce recul devant la Psychanalyse ? Ses remises en question humanistes du sujet en souffrance, et de sa symptomatologie, ont pour objet de lui donner un nouvel horizon. Pourquoi ce recul devant les Franc-maçonneries, en l’occurrence le B’nai B’rith ? Toutes ces obédiences issues de près ou de loin, du siècle des lumières, constituent avec leurs moyens, une école de l’amour et de la liberté. Ces deux univers et d’autres, sont en effet historiquement freudiens s’il en fut ? C’est ainsi. Serait-ce incompatible avec le statut de Jean-François qui est gestaltiste ? Serait-il en opposition avec ces univers ? L’article d’Olivier Rogeau dans leVif/L’Express de Bruxelles, force le respect dans son talent et son objectivité professionnelle. Maintenant que Monsieur Tardy lise le livre, (Voir aussi le site :www.freudfrancmacon.com) alors qu’il en est encore temps, avant d’en parler, et nous continuerons le débat ? O.K. ?
    Jean Fourton

  • 7
    Maçon VALDELOIRE 27 septembre 2012 à 13:30 / Répondre

    @FMG
    Parfaitement exact . En effet Freud était en stage chez Jean-Martin CHARCOT
    à la Salpétrière et y a « essayé » l’ Hypnose alors qu’Anton mesmer avait déjà disparu (5 Mars 1815 ) . Leur point commun est non pas la FM mais
    l’Hypnose qui intéressa peu l’homme que l’on résuma par une phrase lapidaire : « tout est sexe » !!!
    Ceci reste plus intéressant à discuter que de continuer à parler d’une « Obédience en phase palliative  » . MVDL

  • 6
    L'''homme qui marche 27 septembre 2012 à 11:59 / Répondre

    @FMG
    C’est qu’il faut changer la perception courante du mot « psychanalyse » et lire les ouvrages de Jung en Maçon ; par exemple, « Métamorphose de l’âme et ses symboles », ou encore son incursion alchimique dans Synchronicité et Paracelsica ». Ce n’est pas de la FM, c’est de la psychanalyse au sens étymologique, mais surtout ça permet de faire beaucoup de miel.

  • 5
    FMG 26 septembre 2012 à 16:35 / Répondre

    @Maçon VALDELOIRE
    Anton Mesmer meurt en 1815, Sigmund Freud nait en 1856. A moins d’avoir des pouvoirs extraordinaires, ou de pratiquer le spiritisme, on voit mal comment ces deux-là auraient pu se rencontrer ! Ne s’agirait-il pas plutôt de Charcot ?
    Au risque de froisser l’excellent Jean-Luc Maxence, auteur de « jung et la Franc-Maçonnerie », je ne pense pas que celle-ci ait grand chose à voir avec la psychanalyse…

  • 4
    L''homme qui marche 26 septembre 2012 à 14:11 / Répondre

    La psychanalyse freudienne est au développement de soi ce que la saignée est à la cure du cancer : inutile, dépassée, grotesque et douloureuse 🙂 Il n’y a que l’Argentine et la France (une même propension à faire du mal aux mouches ?) pour continuer à promouvoir des soins qui sont aussi efficaces qu’un effet placebo (cf. le fameux Livre Noir). Pour en revenir à la FM, des travaux bien plus en rapport avec elle et bien plus révolutionnaires en soi, à mon humble sens, sont ceux de Jung, bien entendu, mais je pense que j’enfonce ici une porte ouverte.

  • 3
    Maçon VALDELOIRE 26 septembre 2012 à 08:57 / Répondre

    En effet Freud n’était pas FM , contrairement à son confrèe Anton MESMER , le précurseur de l’Hypnose . En stage en Neurologie à la Salpétrière , il fréquenta MESMER , mais n’eut pas d’attrait pour la FM et « bricola » un peu dans l’Hypnose pour s’intéresser à la Psychanalyse qu’il « inventa » . On ne peut imaginer à quelle Obédience il aurait appartenu aujourd’hui .
    MVDL

  • 2
    stef 25 septembre 2012 à 16:45 / Répondre

    Il eût été tellement merveilleux que Freud soit FM que je le regrette amèrement ou remercie de l’ambiguité laissée par cet arcticle !
    Il y a des champs de pensée qui devraient se rencontrer ! Freud a été soutenu dans sa démarche par une confrérie! Elle aurait pu être FM et ils se seraient battus de la même manière pour que Freud défende ses idées révolutionnaires qui ont toujours leur actualité:) .

  • 1
    L''homme qui marche 25 septembre 2012 à 10:30 / Répondre

    Les travaux de Freud ont fait selon moi tellement de mal à l’Humanité, que si jamais il est prouvé qu’il était Maçon, je démissionne ! 🙂

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