Marianne de Jacques France
Daniel Keller et la Marianne de Jacques France qui orne la salle de réunion du Conseil de l'Ordre du GODF. Photo Ronan Loaec, Grand Orient de France

Le discours d’installation Daniel Keller : l’école, une véritable cause obédientielle

Par Géplu dans Obédiences

A Reims ce vendredi 28 août 2015, Daniel Keller a commencé son discours en rendant une nouvelle fois hommage à Bernard Maris et Michel Renaud, tous deux frères du Grand Orient de France assassinés lors des attentats de janvier dernier. Ce qui a été l’occasion de développer une vision du monde actuel peu encourageante : Nous faisons le constat d’un monde en danger, confronté à des menaces, en proie à des régressions qui peu à peu mettent irréductiblement en cause les conquêtes à travers lesquelles l’humanité avait toujours cherché à sortir des formes multiples de servitude qui l’avaient enchaînée, déclara-t-il dès ses premiers mots, continuant Où qu’ils regardent nos contemporains ne voient plus de raison d’espérer … L’horizon s’obscurcit, le tumulte de la violence et de la barbarie dicte sa loi … l’espoir l’a cédé à l’angoisse … On assiste en réalité au délitement progressif du long et patient processus de civilisation qui avait gagné de nombreuses contrées du monde et fait entrer l’humanité dans une ère nouvelle.

Toutes choses qui ne peuvent laisser indifférents les francs-maçons, car la Franc-Maçonnerie elle-même est une illustration hautement symbolique de la civilisation des mœurs qui émergea à partir de la Renaissance, franc-maçonnerie qui s’est déployée dans une architecture ritualisée et dans la production d’un récit où la raison et l’espérance s’épaulaient mutuellement … Ainsi, « améliorer l’homme et la société » est un projet qui doit plus que jamais animer la volonté du maçon. Le Grand-Maître précisant qu’à ses yeux, c’est dans l’incessant travail d’amélioration de la société que l’on parvient peu à peu à s’améliorer soi-même, plutôt que l’inverse. Parce que la Franc-Maçonnerie est d’abord une éthique de l’altérité qui passe par un perpétuel effort de compréhension des autres, et qui ne ses contente pas d’un travail purement spéculaire … elle est une solidarité en actes qui nous oblige à sortir de notre confort.

Et c’est donc à la lumière d’une telle dialectique que nous devons appréhender la méthode initiatique qui nous rassemble. Ce qui passe par notre capacité à construire une Obédience au long cours, en mesure d’identifier les lignes de fractures qui traversent d’ores et déjà ce siècle qui commence. Il faut donc réfléchir au monde de demain si l’on veut être en mesure d’anticiper le monde qui vient et d’en esquisser les évolutions possibles et souhaitables … Quelles idées neuves pouvons nous apporter ? Les révolutionnaires de 1789 prétendaient que l’humanité avait droit au bonheur. Force est de constater que ce bonheur est encore largement le privilège de quelques uns.

Insistant sur l’humanisme et la République, La France est porteuse d’un universalisme que la Franc-Maçonnerie revendique depuis ses origines, mais il serait sans objet si notre République n’était pas à l’image de l’utopie que nous portons, il développa : Le combat pour la dignité humaine a plusieurs visages. Il commande aujourd’hui de se mobiliser contre la déshumanisation du travail et l’épuisement qu’elle engendre … de se mobiliser contre les exclusions que nos économies productivistes secrètent chaque jour et de penser une société soutenable, où chaque existence aurait droit à un revenu indépendamment du travail effectué. (Daniel Keller faisait-il là allusion au principe du revenu universel ?) …

L’École !

ecole permMais pour parvenir à cela, encore faut-il que nous soyons en mesure de restaurer une République aujourd’hui en souffrance et dont les piliers sont ébranlés … L’actualité récente a, une fois de plus, montré que l’école de la République manquait d’un projet global dont l’ajustement récurrent des programmes scolaires ne saurait tenir lieu.

Le Grand Orient de France a toujours montré sa capacité à embrasser les questions scolaires. Nous avons parmi nous suffisamment de représentants de cette matrice de la République, il nous appartient sur un tel sujet de nous fédérer pour énoncer les termes du projet dont notre système éducatif doit être porteur à l’horizon des vingt années qui viennent. Une telle réflexion ne saurait faire l’économie d’une analyse lucide et sans concession des impasses auxquelles quarante années de réformes successives ont malheureusement conduit.

Cette cause doit pour les francs-maçons du GODF être une véritable cause obédientielle … J’en appelle donc à une mobilisation de tous les francs-maçons sur la question de l’enseignement et de l’école.

et la laïcité

Daniel Keller évoque ensuite, évidemment, la laïcité, qui est avant tout l’école de la citoyenneté et qui consiste à apprendre à chacun à (re)devenir un citoyen.

Si la République et la laïcité ont destin lié, c’est parce que la République est née le jour où les hommes ont décidé de tracer eux-mêmes la règle commune de leur action et ont considéré qu’ils auraient assez de temps et de liberté pour s’occuper de la chose commune. … Les républicains du siècle dernier voyaient dans l’avènement de la République les signes indubitables d’une marche de l’Histoire qui émanciperait toujours plus les hommes. … Pourquoi ne croit-on plus, un siècle après, à ce puissant mouvement d’émancipation ? … A nous Francs-Maçons de rappeler que l’Histoire n’est pas une fatalité, mais un effort incessant d’invention et de création. …

Et de conclure : Tel peut-être l’aboutissement du chemin de l’espérance active à laquelle nous devons nous consacrer. Il s’agit de montrer que la Franc-Maçonnerie est capable de préfigurer une harmonie sociale. Cette harmonie ne constitue à ce jour qu’une ligne d’horizon, mais elle fixe un cap. Elle montre un chemin et c’est en cela qu’elle parvient à faire du projet maçonnique une utopie créatrice.

La Franc-Maçonnerie préfigurant une harmonie sociale ! Vraiment dans l’esprit GO ce discours…  🙂

lundi 31 août 2015 3 commentaires
  • 3
    Mateo2015 3 septembre 2015 à 18:13 / Répondre

    Les 19è et 20ème siècles ont vu fleurir une folle espérance : l’éducation serait le remède miracle qui permettrait de donner une plus grande humanité dans le vécu des sociétés et la mis en oeuvre de la dignité de la personne humaine.

    Avec le 21è siècle, cet espoir se révèle être un leurre : dans les sociétés hyper développées du monde dit civilisé, le développement de l’éducation et de l’instruction publique n’empêche pas les inégalités, les atteintes à la dignité de la personne humaine ne cessent pas, le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme font des émules et en plus les jeunes hyper diplômés connaissent le chômage ce qui aurait été impensable le siècle dernier !

    Convaincus que l’apprentissage est la base de la connaissance nous oublions parfois que cela est vrai pour toutes les connaissances ; apprendre les sciences, l’histoire et la géographie, c’est important, mais l’apprentissage du vivre ensemble n’est-il pas négligé ?

    Dans nos sociétés occidentales, où les parents gèrent comme ils peuvent de multiples contraintes, le vivre ensemble est souvent oublié au profit d’appétits égoïstes, individuels et communautaires !

    Espérons que le monde enseignant, oubliant pour une fois des revendications catégorielles très primaires, saura trouver des réponses élaborées pour permettre à notre jeunesse de trouver dans le vivre ensemble autre chose que la peur et la haine !

  • 2
    Roland Mars 31 août 2015 à 16:34 / Répondre

    Que la Laïcité et l’Ecole soient deux causes obédientielles majeures, tous les FF et SS du GODF en sont, certainement, très conscients.
    Tellement conscients qu’on peut penser qu’ils estiment que la Laïcité mérite mieux qu’un « débat » baclé en assemblée générale et que l’école mérite une réflexion de fond et de longue haleine pour qu’elle redevienne le creuset où se forme l’est citoyen.
    Pourquoi ne croit-on plus à ce puissant mouvement d’émancipation ? Peut-on avancer l’idée que c’est, entre autres, parce que depuis plus de vingt ans les francs-maçons courent après l’actualité au lieu de réfléchir à l’évolution de notre société à moyen et long terme. Oui, il faut remettre l’utopie au cœur de la démarche maçonnique. Pas le dire, le faire !

  • 1
    357 31 août 2015 à 13:47 / Répondre

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