loges angle mort

Les loges dans l’angle mort

Par Géplu dans Dans la presse

Le Monde idées du 11 novembre a publié une enquête titrée Les loges dans l’angle mort. Il s’agissait d’y constater que, sociologiquement, la franc-maçonnerie est encore une grande inconnue qui n’intéresse que peu les chercheurs. L’article commence ainsi : Trois cent ans que la franc-maçonnerie existe. Une histoire de moins en moins secrète, mais toujours un gigantesque point d’interrogation : Quelles réalités cet ordre initiatique protéiforme, né en Europe au début du XVIIIe siècle, recouvre-t-il ? Des raisons qui poussent aujourd’hui à intégrer une loge, du profil des membres, comme des différentes voies d’accès à ces fraternités, on ne sait rien – ou presque. (…)

Marion Rousset, qui signe l’article tente d’analyser les raisons de cette relative indifférence, ou de cet oubli plus ou moins volontaire des chercheurs. Elle voit de multiples raison à ce qu’elle nomme « cette réticence ». Les deux principales sont, d’abord et bien sûr, le secret dont s’entourent toujours la plupart de ses acteurs et qui rend difficile une approche autant quantitative que qualitative, et ensuite, plus surprenant, une réticence des chercheurs eux-mêmes qui, d’après la journaliste, auraient peur par des recherches sur la maçonnerie d’être assimilés à celle-ci, « craignant que l’étiquette de francs-maçons leur colle à la peau ».

Céline Bryon-Portet, professeur à l’Université de Montpellier, auteure avec Daniel Keller du livre « L’Utopie maçonnique. Améliorer l’homme et la société » (Editions Dervy) et qui s’est très tôt dévoilée comme franc-maçonne reconnait d’ailleurs que, « Cela ne m’a pas bloqué sur le long terme, mais on m’a rapporté des propos peu amènes à mon égard, prononcés du temps où j’étais maître de conférences ».

Outre Céline Bryon-Portet, les personnalités, chercheurs maçons ou non maçons, citées par la journaliste dans cette enquête sont Patrick Vidal, de la loge d’études et de recherches « Jean Scot Erigène » de la GLDF, Franck Frégosi,  Professeur de sciences politiques à l’institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Pierre Mollier,  directeur de la bibliothèque du GODF et conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, Pierre-Yves Beaurepaire,  professeur d’histoire moderne à l’université de Nice Sophia-Antipolis, Thierry Zarcone,  directeur de recherche au CNRS, Danièle Hervieu-Léger, directrice d’études à l’école des hautes études en sciences sociales, et Michel Mafessoli.

Ne manque à cet aréopage qu’Yves Hivert-Messaca, Docteur en histoire, professeur retraité et franc-maçon reconnu, auteur entre autres de la suite « L’Europe sous l’acacia », et qui nous confiait ici en février 2017 à propos des difficultés aussi soulignées par Marion Rousset d’être chercheur et impliqué dans la franc-maçonnerie, « quand on est dans cette situation, c’est-à-dire chercheur et cherchant, on est un tantinet schizophrène. Sans arrêt, il faut se surveiller pour ne pas tomber en empathie excessive avec son sujet, essayer d’oublier la quête du cherchant pour tenir la rigueur du chercheur, ne pas avoir peur de déconstruire (ce qui ne veut pas dire détruire), bref faire preuve d’une constante vigilance épistémologique et se tenir à un indispensable travail de neutralité axiologique. L’appartenance peut donc être un plus pour la recherche, mais elle n’est pas obligatoirement nécessaire et absolument pas suffisante. »

dimanche 19 novembre 2017 12 commentaires

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  • 11
    Joël 23 novembre 2017 à 20:38 / Répondre

    Mon expérience personnelle m’a appris qu’il est très mal vu d’aborder un sujet (patrimoine, histoire, etc.) sous l’angle maçonnique, c’est-à-dire l’influence qu’elle a eue dans tel ou tel domaine. Même sourcée de façon « scientifique », l’étude est mise au placard. C’est une belle leçon de prétendu « libre-examinisme » que j’ai reçue.

  • 6
    SEVIN Pierre 19 novembre 2017 à 18:02 / Répondre

    « ch’uis un Maçon ben ordinaire… » chantait un parodiste dans « les loges de la folie » il y a dix ans peut-être…n’est-ce pas , ami Géplu ?
    Les candidats potentiels à l’Initiation sont à « géométrie variable » : d’aucuns y voient un « marche-pied » pour leur ascension professionnelle – d’autres « un vademecum » relationnel (on les appelle les « alimentaires » – d’autres encore une recherche spirituelle…et certains une réelle soif de culture.
    Peu d’ouvriers ou de paysans – pour mémoire, une Radioscopie de Jacques CHANCEL qui recevait (il y a « quelques » années !) le regretté Fred ZELLER qui en donnait les raisons possibles : conditions de travail = d’où disponibilité aléatoire plus coût financier, entre autres…- J’ai eu le plaisir de recevoir Yve HIVERT-MESSECA alors qu’il enseignait le Français dans un collège du nord-haut-marnais,(Wassy) il y a là aussi « quelques » années.
    80 ans d’âge dont près de 49 au G.O. laissent d’agréables souvenirs – certains très récents dont un échange avec P.FOUSSIER par « Blog » interposé…d’autres plus anciens avec F.ZELLER (rue Cadet en 1979) et C.POZZO (à Reims)… Soupirons…

  • 4
    HRMS 19 novembre 2017 à 17:14 / Répondre

    Lazare@ »ce jésuite spécialiste de la F.M. (ce qui est en soit curieux, non? »
    pour mémoire Andréa Michael Ramsay, avait des fréquentations jésuite très assidus
    la proximité de la FM notamment EAA avec l’ordre des jésuites est un champ de recherche inexploré et qui serait assurément fructueux.

    • 7
      lazare-lag 19 novembre 2017 à 18:39 / Répondre

      J’apporte un petit bémol ou un petit mea culpa par rapport à mon message précédent(JJJ va être content).
      Une recherche sur internet sur José Ferrer Benimeli vient confirmer qu’effectivement l’activité de recherche et d’étude maçonniques de Ferrer Benimeli, notamment à l’Université de Saragosse.
      Avec force publication d’articles ou de livres, malheureusement tout en espagnol.
      D’un point de vue cartésien et laïque français, c’est vrai que jésuite et franc-maçon ça ne parle pas immédiatement et rationnellement.
      Mais je ne serai pas fâché de voir ici un point de vue maçonnique espagnol, ou hispanisant sur Ferrer Benimeli et la F.M.
      Ca pourrait être instructif.

      • 8
        Désap. 19 novembre 2017 à 23:45 / Répondre

        Le point de vue cartésien et laïque français, poussé à son paroxysme quand il provoque la méfiance systématique à la lecture de mots tel que « jésuite » (pire serait de sur-réagir à « cistercien »), n’est-il pas un dogme ?

      • 9
        Emmanuel 19 novembre 2017 à 23:52 / Répondre

        lis le livre dont j’ai donné les références (message 5)ce jour. Tu auras ta réponse.

        • 10
          Désap. 20 novembre 2017 à 09:41 / Répondre

          Ma question était un peu provocatrice 🙂
          j’ai la réponse cher Emmanuel, enfin la mienne bien entendu : le point de vue cartésien et laïque français poussé à son paroxysme EST un dogme, ni plus ni moins, qui n’a rigoureusement rien à envier aux dogmes religieux, même principe, même conséquence.
          C’est bien sur les lignes de fuite qu’il faut marcher sur le pavé mosaïque, et non dans les cases.

      • 12
        HRMS 24 novembre 2017 à 17:03 / Répondre

        une référence de lecture, pour montrer la qualité du travail de JAF BENIMELI:
        « Diderot entre les jésuites et les franc-maçons » traduction de Françoise Dougnac dans Persée; / Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie. 1988;Vol 4:1 pp 60-80

  • 2
    HRMS 19 novembre 2017 à 11:28 / Répondre

    Etrange, vous ne citez pas une référence reconnue de tous et notamment de ses paires continentaux cet anglo-saxons, Cécile Ravauger, de l’université de Bordeaux et XVIII-istes

  • 1
    JJJ 19 novembre 2017 à 09:54 / Répondre

    Le Monde se limite évidemment à quelques chercheurs français ! Ils sont beaucoup plus nombreux en dehors de l’hexagone, comme par exemple José Ferrer Benimeli, historien, jésuite et spécialiste de la FM.

    • 3
      lazare-lag 19 novembre 2017 à 12:29 / Répondre

      Si ce jésuite spécialiste de la F.M. (ce qui est en soit curieux, non?) se situe en dehors de l’Hexagone, pourquoi ne pas dire où il se situe.
      J’observe qu’on fait un petit reproche au « Monde » qui ne cite pas d’autres chercheurs que français), mais quand on cite un extérieur (doublement extérieur: à la France, et à la Franc-Maçonnerie), autant aller jusqu’au bout soi-même.
      Donc ce Ferrer-Benimeli, s’il est spécialiste de Franc-Maçonnerie, en quel pays et en quelle structure (universitaire? autre?)exerce-t-il ses talents de chercheur? Et qu’a-t-il écrit et publié de notable sur le thème F.M.?
      Personnellement ce nom ne me parle pas.
      A la différence de celui de Cécile Ravauger, de l’Université de Bordeaux, que nous cite HRMS.

      • 5
        Emmanuel 19 novembre 2017 à 17:46 / Répondre

        José Ferrer Benimelli Jésuite, historien de la maçonnerie, professeur à l’Université de Saragosse (Espagne), internationalement reconnu, auteur d’une somme importante sur le thème « Archives secrètes du Vatican et la FM (histoire des condamnations papales, Dervy éditeur) », préface du père Riquet. Un ouvrage à lire assurément.
        Perso j’aime beaucoup sa conclusion « Le plus bel avenir de la FM serait qu’elle disparaisse car cela voudrait dire que tous les hommes vivent l’idéal de Fraternité et de tolérance dans l’esprit de foi, d’espérance et de charité… ». Cité de mémoire .

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