Canting Crew

Le mot de maçon

Par Pierre Noël dans Divers

Le « mot de Maçon », dont la première citation se trouve dans le poème, « The MusesThrénodie » (« Lamentation des Muses », 1638) d’Henry Adamson, où il est associé avec les frères de la Rose-Croix (Rosie Crosse) et la clairvoyance (second sight), a fait couler beaucoup d’encre, certains y voyant un message religieux, d’autres un système ingénieux de reconnaissance entre maçons de métier. Un exemple s’en trouve dans un dictionnaire édité en 1699, exhumé par l’incomparable Ric Berman en 2010 (la page de garde se trouve sans difficultés sur le web).

A new dictionary of the Terms Antient and Modern of the Canting Crew in its several Tribes

« Un nouveau dictionnaire des termes anciens et modernes des argots utilisés par différentes tribus de gitans, voleurs, mendiants, tricheurs &tc. avec l’addition de quelques proverbes, phrases et discours sous forme de métaphores, &tc.
Utile à toutes espèces de gens (surtout aux étrangers) pour assurer la sécurité de leur argent et préserver leur vie ; en plus aussi divertissant qu’amusant, étant tout nouveau. » par B.E. Gent(leman), Londres.
Imprimé pour W.Haiwes à la « Rose » dans Ludgate-street, P. Gilbourne au coin de Chancery-Lane dans Fleet street, et W. Davis au « Taureau-Noir » dans Cornhill. »

Ce dictionnaire, compilé par un auteur inconnu sinon par ses initiales, B.E. G(entleman), publié par plusieurs éditeurs de la Cité de Londres, comme il y en avait tant en ce temps-là, fait état sous l’entrée « Mot des Maçons » (Masons-word) d’un moyen de reconnaissance, propre aux maçons, leur permettant d’obtenir aide et assistance d’une loge écossaise. Il était conféré sous serment, dit le texte, après des cérémonies décrites comme fastidieuses.

« Masons-Word : who ever has it, shall never want, there being a Bank at a certain Lodge in Scotland for their Relief. ‘Tis communicated with a strict Oath, and much Ceremony (too tedious to insert), and if it be sent to any of the Society, he must, (nay will) come immediately, tho’ very Busy, or at great Distance. »
« Mot des maçons » : qui jamais le possède ne manquera jamais de rien, puisqu’il y a en Ecosse une banque dans une certaine loge pour les assister. Il est communiqué avec un serment strict et beaucoup de cérémonies (trop fastidieuses pour être décrites) et s’il est envoyé à quelqu’un de la Société, il doit (ou plutôt il voudra) se présenter sur le champ, aussi occupé soit-il et sans tenir compte de la distance.

On remarquera l’injonction d’avoir à répondre sans délai à la communication du Mot. C’est une constante des allusions à ce Mot qui n’en est pas un : devoir y répondre sur le champ.

lundi 08 janvier 2018 25 commentaires
  • 25
    pierre noël 15 janvier 2018 à 22:16 / Répondre

    Et j’ajouterai, pour faire plaisir aux tenants de la transition, que les trois autres loges fondatrices comprenaient des artisans, maçons, charpentiers, garnisseurs et autres, dont certains furent les premiers Grands Surveillants. Ce qui n’empêche qu’aucune d’elles n’exerçait de véritable autorité sur la pratique du métier.

    On peut se poser des questions sur la première loge parisienne recensée, celle formée par Derwentwater, Mc Leane et O’Heseltine en 1725. S’agissait-il d’une « transition » venant d’opératifs ? D’où venait la transmission ? N’était-ce pas plutôt un vieux souvenir d’officiers exilés, nostalgiques de la vie de campagne militaire durant les belles années ? Personne n’en sait rien puisque personne ne l’a dit ni écrit.
    Et que dire des fondateurs Irlandais de la loge de Bordeaux (celle se disant « ‘Anglaise ») qui étaient tous marins ou commerçants? Ils venaient de quelle loge de tailleurs de pierre à Dublin où des environs?

  • 24
    pierre noël 15 janvier 2018 à 19:59 / Répondre

    Je n’ai jamais, ici ou ailleurs, exprimé mon avis sur la transitions vs l’emprunt parce que je trouve le débat dépassé, purement théorique et portant sur le sexe des anges.

    Des quatre loges fondatrices de la GL de Londres et Westminster (celle se réunissant à la taverne « The rummer and grapes » comptait près de 80 membres, nobles, grands bourgeois, hauts fonctionnaires, érudits fortunés, ecclésiastiques, médecins …. (Ramsay y fut reçu en 1730). Nul ne sait quand et où elle fut fondée., mais elle est devenue la plus importante, la plus influente de la GL pendant près de vingt ans (elle existe toujours sur le registre de la GLUA). Etait-ce le résultat d’une transition ? D’où tenait-elle sa transmission? Etait-ce une création ex nihilo?
    Personne ne peut répondre à cette question parce que personne n’en sait rien, faute de témoignage.
    Et la même question peut être posée pour les dizaines de loges créées entre 1720 et 1725.

  • 20
    pierre noël 15 janvier 2018 à 14:14 / Répondre

    La théorie de la « transition », c’est la transformation progressive de loges « opératives » (constituées d’opératifs et ayant un réel pouvoir sur le métier) par l’afflux de membres étrangers au métier, jusqu’à en prendre le contrôle (pas celui du métier proprement dit, évidemment ! mais le contrôle administratif de la loge). C’est ce qui s’est passé en Ecosse où le processus n’est discuté (contredit, nié ….) par personne.

    La théorie de « l’emprunt », c’est l’apparition ex nihilo d’organismes appelé loge par des amateurs étrangers au métier mais adoptant des usages et des modes de langage empruntés au métier de maçon (en particulier l’habitude de donner aux outils du métiers une signification morale. Une telle naissance spontanée n’a à vrai dire été démontrée nulle part dans les îles britanniques (on a longtemps cité l’exemple de Warrington, dans le Lancashire, mais on sait maintenant que ce n’est pas tout à fait exact).

    J’espère avoir été clair.

    • 21
      Chicon 15 janvier 2018 à 16:03 / Répondre

      (20,18,19) apparemment on sait maintenant de quoi on parle quitte à ce que P Noël et Désap aient des points de vue opposés sur la réalité de la « transition » et « l’emprunt ».
      Je crois me souvenir que AQC loge de Recherche de la GLUA disait ne pas pouvoir se prononcer sur « l’era of transition » par manque de preuves, avis différent de nombre de membres de la Grande Loge d’Ecosse. Mais cela date de vingt ans.

      • 23
        Désap. 15 janvier 2018 à 18:19 / Répondre

        La difficulté avec la théorie de l’emprunt, et donc d’une maçonnerie ex nihilo, c’est que l’on ne voit plus trop la signification de l’initiation.
        Initiation à quoi ? A l’humanisme ? A la tolérance ? A l’intelligence ? pourquoi pas.
        Cette théorie me fais le même effet que l’athéisme comme théorie du hasard : avec la meilleure volonté, en se remettant très objectivement et honnêtement en question, sans ne rien chercher à défendre, et surtout pas une opinion, ça ne colle pas, une réflexion un peu fouillées, approfondie nous mène assez rapidement à la conclusion que quelque chose cloche, ne serait-ce que parce que ce serait somme toute assez simple, trop simple.
        C’est faire de la maçonnerie un énième moyen d’enfermer l’homme dans sa condition et dans les contingences de cette condition, la condition humaine, et lorsque de plus on l’associe au fait religieux, on renforce l’idée à mon sens totalement absurde et fondamentalement inutile d’un Homme dominant la nature.
        Au contraire ! Il me semble que la maçonnerie est le moyen pour l’Homme de s’extraire de sa condition de manière à acquérir une « vision » plus large, à prendre conscience qu’il est une partie du Tout, qu’il est donc le Tout selon le principe de l’Unité, de l’Unicité.
        D’aucun pourront considérer cela comme gentiment romantique, voire loufoque, mais s’il ne s’agit que d’humanisme en maçonnerie comme nous le suggère la théorie de l’emprunt, pour des esprits un tant soit peu évolués, on aura vite fait le tour tout de même, ne pensez-vous pas ?

    • 22
      Chicon 15 janvier 2018 à 17:54 / Répondre

      (20) l’Ecossais Richardson pense que les loges (ludges) indépendantes des villes (borough) etaient intimement mêlées et que c’est ainsi un peu à la fois que des nobles et bourgeois y sont entrés attirés par le rayonnement et la discrétion des loges.
      On retrouve le mécanisme de la III éme République Française où les loges étaient noyautées par les élus.

  • 18
    Désap. 14 janvier 2018 à 13:24 / Répondre

    @ Blazing Star,
    Mon propos ne porte pas sur La Tulip.
    Il s’agit d’un catéchisme maçonnique de 1730, évoqué par Pierre Noel dans un article de Renaissance Traditionnelle n°187-188, qui stipule que chaque loge affiliée à la GL de Londres doit comporter au moins un maçon opératif dans ses effectifs.
    Il faut lire l’article et ainsi prendre connaissance de l’opinion de P. Noel, contraire à la mienne qui est est que ce catéchisme remet en cause la théorie de l’emprunt et valide clairement la transition.

    • 19
      Blazing Star 15 janvier 2018 à 11:58 / Répondre

      Si j’ai bien compris ( pas sur )
      – théorie de la transition: la franc-maçonnerie est passée progressivement du « métier » à une franc-maçonnerie purement philosophique du XVI éme au XVIII éme s.
      – théorie de l’emprunt : la franc-maçonnerie est passée rapidement du « métier  » à la philosophie au debut du XVIII éme s.

  • 17
    pierre noel 13 janvier 2018 à 18:35 / Répondre

    Pour le plaisir des mots, laissez-moi profiter avec vous du texte d’origine de la minute de Mary’s Chapel, bien opérative celle-là et sans coquetterie.

    « ultimo julij 1599
    the qlk day george patoun maissoun grentit & confessit that he had pffendit agane the dekin & mrs for placeing of ane cowane to wirk at any chimnay heid
    for tua dayis and ane half day for the qlk offenss he submittit him self in
    the dekin & mrs guds willis qt unlaw thay pleass to lay to his charge and
    thay having respect to the said georges humill submission & of his estait
    ,thay remittit him he said offens, providing alwayis that gif ather he or
    ony vther bother committ the lyke offens heirefter thet the law sall stryke
    vpoun thame Indiscretia wtout exception of psonis this was done In pres of
    Paul Maissoun dekin thoas Weir warden, thoas Watt Johne Broun Henrie
    Tailziefer the said george patoun & adame Walkar. »

  • 14
    pierre noel 13 janvier 2018 à 12:34 / Répondre

    Merci à Chicon de cette précision intéressante.
    Concernant les rapports de la « TULIP » calviniste avec ce qui nous occupe ici, c’est une interprétation ingénieuse, certes, mais qui ne m’intéresse pas vraiment et que je laisse à qui y adhère..

    • 15
      Désap. 13 janvier 2018 à 14:52 / Répondre

      Pas étonnant de la part d’un partisan de l’emprunt et qui passe par pertes et profits « la règle qui gène »,
      qui gène surtout la théorie de l’emprunt 🙂 🙂
      On lira dans cet article (RT n°187-188) que l’obligation d’un « working mason » dans l’effectif des loges de 1730 n’a ni signification, aucune importance et relève surement d’une coquetterie !

      • 16
        Blazing Star 13 janvier 2018 à 17:15 / Répondre

        @desap – Si tu nous disais ce qu’est la TULIP (calviniste) de P Négrier , qui est la règle qui apparemment gêne ?

  • 10
    pierre noel 12 janvier 2018 à 18:14 / Répondre

    Chicon a bien raison de se poser la question de l’utilité du mot de maçon. S’il s’agit d’avoir accès au métier, il importe non de posséder « un mot » mais de prouver sa compétence et sa maîtrise de la pratique (aussi « initié » soit-il à la métaphysique du métier, un tailleur de pierre devra prouver sa pratique de la taille et son expérience technique). S’il s’agit d’y avoir accès dans un lieu donné (bourg ou cité), un « mot » commun à tout le royaume et inchangé pendant un siècle perdra toute fonction discriminante après qu’il aura été divulgué, comme tout secret l’est après quelques années d’usage, et ne sera plus d’aucune utilité dans une organisation sociale dominée par le protectionnisme ambiant, dont un exemple est donné par le plus ancien compte-rendu de la loge Mary’s Chapel d’Edimbourg.

    « Dernier jour de juillet 1599
    Ce jour-là, George Patoun, maçon, admit et confessa qu’il avait fait offense au diacre & à ces messieurs en utilisant un cowan pour travailler à une cheminée pendant deux jours et demi. Pour cette offense il se soumettait, quant à l’amende, au bon vouloir du diacre et de ces messieurs, qu’il leur plaise de (la) mettre à sa charge, et eux, par respect pour l’humble soumission dudit Georges et en (considération) de sa situation sociale, pardonnèrent ladite offense pourvu toujours que si lui ou quelqu’autre osait commettre la même offense à l’avenir, la loi frapperait les coupables, sans exception de personne.
    Ceci fut rendu en présence de Paul Maisson, diacre, Thomas Weir, gardien, Thomas Watt, Johne Broun, Henrie Taitziefer, ledit George Patoun & Adame Walkair. »

    Le « cowan », c’est justement celui qui n’a pas le mot de maçon ! Celui-ci, s’il a pu être quelque temps un sésame ouvrant les portes du chantier (ou de la caisse de secours), est probablement devenu très vite une référence à un pouvoir disparu, suivant ainsi le sort du « mot » (« sésame, ouvre-toi ») donnant accès à la caverne des quarante voleurs.
    Sans doute était-ce nécessaire pour que le souvenir de ce « mot » devienne la pierre angulaire d’une société conventionnelle comme l’est la franc-maçonnerie moderne ?

    • 13
      Chicon 13 janvier 2018 à 10:03 / Répondre

      @ P Noël – On retrouve peint en lettres d’or sur les cymaises de St Mary Chapel a Edimbourg les noms des Vénérables depuis la création de cette loge. Paul Mason y est indiqué comme etant le premier vénérable (Master) en 1599 précisément.
      On retrouve ainsi sa trace dans un compte-rendu (record) et sur un mur de la loge.
      Les observations de P Noël, recoupent l’observation du temple, elles se croisent.

  • 8
    pierre noël 12 janvier 2018 à 11:24 / Répondre

    Pourquoi ne pas rester simple ? Le mot de maçon, c’est, en Ecosse et sans doute en Angleterre au XVII° siècle, un moyen qu’avaient les membres « enregistrés » du métier pour se faire reconnaître par leurs pairs, qu’ils s’agissent de collègues (de confrères) ou d’employeurs (en plus du savoir pratique).
    Cela a du exister sous une forme ou une autre (sous tel ou tel nom) dans toutes les sociétés humaines organisées. Pensons seulement au « mot du guet » des sentinelles, à l’écu blasonné de l’héraldique ou à l’uniforme des militaires ou des ecclésiastiques.
    A la question « à quoi ça sert? » , la réponse va de soi.

    • 9
      Chicon 12 janvier 2018 à 13:01 / Répondre

      Et comme les choses se transmettaient « oralement » car les gens ne savaient ni lire ni ecrire, le « mot » etait un signe de reconnaissance indispensable a cette époque entre gens de metier ?

      • 11
        Désap. 12 janvier 2018 à 20:49 / Répondre

        Cher Chicon, le conseil de YG est le bon,
        La Tulip de P. Négrier est excellent sur le sujet.
        Je rajoute du même auteur : Le rite des Anciens Devoirs et Légendes compagnonniques.
        Une perspective rigoureuse des maçonneries opératives Anglaise, Ecossaise et Française.

        • 12
          Désap. 12 janvier 2018 à 20:55 / Répondre

          Dans l’ordre telles qu’énoncées : Ecossaise, Anglaise et Française.

  • 6
    Chicon 11 janvier 2018 à 18:43 / Répondre

    Le « mot de maçon » reste assez mystérieux. Il vient en concurrence avec « les mots du grade  » les mots de passe » « les mots de semestre » .
    Je dois en oublier, par exemple tous les noms rencontres dans les grades latéraux qui sont autant de mots de passe. Il manque les maux de tête et cela pose surtout la question de l’utilité du mot de maçon.

    • 7
      Aumont 12 janvier 2018 à 10:35 / Répondre

      Peut etre que le « mot de maçon » est une formulation ancienne, voir le post de P Noël, tombée en désuétude un peu a la fois

  • 5
    pierre noel 9 janvier 2018 à 17:04 / Répondre

    @Chicon :
    « Tie », c’est bien sûr la cravate, mais c’est surtout le lien ou le nœud, comme dans le chant des apprentis :
    « Joignons-nous main en main
    Tenons-nous ferme ensemble
    Rendons-grâce au destin
    Du nœud qui nous rassemble »

  • 2
    pierre noel 8 janvier 2018 à 23:36 / Répondre

    Le premier problème posé par le « mot de maçon » est qu’aucun de ceux qui en parlent (au XVII° siècle) ne l’a reçu lui-même! Ce qu’on en sait l’est donc par ouï-dire ! Le plus prolixe est le Dr Robert Kirk (1641-1692), un pasteur Ecossais formé à Edimbourg et à Saint-Andrews, qui vint assurer son ministère dans son village natal d’Aberfoyle, à quelques km de Stirling, à l’orée des Highlands. Toute sa vie, il fut passionné par le monde des êtres invisibles et des esprits « malins », des fées, des lutins et des elfes. En 1691, il écrivit « La République mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables » (The secret commonwealth of elves, fauns and fairies), un petit livre (environ 97 pages) qui ne fut pas publié de son vivant mais en Grande-Bretagne en 1815, puis en 1893 avec une introduction remarquable de poésie par Andrew Lawrie. Le pasteur décrit les « fées » (elfes, lutins ou autres dénominations, semblables aux petits nains de Blanche-Neige, à des petits personnages ailés comme la fée Clochette de Peter Pan, toujours comme des êtres mystérieux, malicieux, malfaisants ou bienfaisants selon le cas … dont l’intervention dans les affaires humaines était un fait d’expérience quotidienne même s’ils n’étaient vus que des humains disposant du don de seconde vue, cette clairvoyance dont parle Adamson. On ne sait trop si Kirk y croyait lui-même mais leur existence ne faisait pas de doute pour ses contemporains (il y en a dans la pièce de Shakespeare, « Rêve d’une nuit d’été » , « A midsummer night’s dream »)
    Dans la conclusion de son ouvrage, il déclare (je résume) avoir constaté cinq curiosités en Ecosse qu’on ne voit guère ailleurs, des esprits familiers et domestiques, véritables « fées du logis » comparables aux Lares romains, la « seconde vue » dont il donne de nombreux exemples (toujours de seconde main), des « charmes » (recettes plus ou moins magiques susceptibles de guérir ou de donner diverses maladie), des « talismans de plomb, de fer ou d’argent » rendant les guerriers invulnérables (croyance répandue semble-t-il chez les « primitifs »).
    Il ajoute aussi, ce qui est plus important pour nous, que la deuxième chose est « The Maƒon Word, which tho ƒome make a Miƒterie of it, I will not conceal a little of what I know. It is lyke a Rabbinical Tradition, in way of Comment on Jachin and Boaz, the two Pillars erected in Solomon’s Temple, (1 Kings, 7. 21.) with ane Addition of ƒome ƒecret Signe delyvered from Hand to Hand, by which they know and become familiar one with another » (“le mot de maçon dont bien que beaucoup en font un mystère je ne cacherai pas le peu que j’en connais, est une espèce de Tradition Rabbinique sous forme d’un commentaire sur Jachin et Boaz, les deux piliers élevés dans le temple de Salomon (premier Livre des Rois, 7, 21) avec en plus certains signaux secrets donnés de la main à la main, par lesquels ils se (re)connaissent et deviennent familiers les uns avec les autres. »)

    On peut en conclure plusieurs choses
    – La tradition du mot de maçon, quel qu’il ait pu être réellement, était associée dans l’imaginaire populaire avec le monde des esprits, les connaissances cachées et mystérieuses (celles des rabbins), les dons surnaturels (la double vue) et le temple de Salomon (pour qui ne le sait, c’est celui de la Bible)
    – Ce « mot » était plus qu’un simple mot et comprenait, outre une légende basée sur le temple de Salomon, quelque(s) signe(s) connu(s) (au pluriel ou au singulier!) des seuls détenteurs du secret.
    – la détention de ce « mot » permettait de se faire connaître d’un (con)frère à l’insu des assistants (d’où son association dans l’imaginaire des contemporains à l’invisibilité). Il assurait certes des privilèges mais comprenait aussi l’obligation de répondre sans délai à un appel à l’aide.

    Pour Knoop, Jones et Hamer (1939), le mot de maçon était d’abord un moyen de reconnaissance assurant certains avantages matériels, l’embauche, l’assistance en cas d’accident ou de maladie, un support financier éventuel … à certaines catégories d’artisans (les maçons n’étaient pas les seuls à disposer d’un « mot », les charpentiers avaient aussi un « squaremen word » (Murray Lyon, 1900). On ne peut cacher que ce « mot »répondait d’abord au souci de sauvegarder un monopole, professionnel et social, propre à la fraternité, autant qu’une sécurité (relative) en un temps où n’existait pas de Sécurité Sociale.
    Les premières relations connues de la « manière de communiquer le mot de maçon » se trouvent dans ce qu’on appelle les manuscrits d’E’bourg (notamment dans l’Edinburgh Register House ms. de 1696). Elle y apparaît déjà assez formelle avec un rituel, des questions-réponses formant instruction et un serment (By God & St John, by ye Square & and Campass & common Judge … « en présence de Dieu et de Saint-Jean en présence de l’équerre et du compas & de la jauge (règle) commune ») et la communication des cinq points of the fellowship. Ceci a été interprété, par analogie à ce qui se fait aujourd’hui, comme un rite au sens où les maçons Français actuels comprennent ce mot.
    Le phénomène était-il écossais uniquement ou également connu en Angleterre ? Bien qu’il n’y ait en ait pas de mention spécifique, certains, dont Matthew Scanlan (2003, 2004, 2005), pensent qu’il existait aussi au sud de la frontière (il est décrit dans des textes londoniens dès 1724).

    • 4
      Chicon 9 janvier 2018 à 16:08 / Répondre

      J’ai déjà entendu « companions of the mystic tie » dans un chant maçonnique sérieux. Cela a rapport avec une cravate mystérieuse ?

  • 1
    Chicon 8 janvier 2018 à 16:14 / Répondre

    Pierre Noël pourrait il nous en dire plus sur ce Mot de Maçon qui reste bien mysterieux, et l’objet de fantasmes. Est ce une invention Ecossaise anterieure au XVI eme s ? En plus, quel etait ce mot . Il a aiguisé notre appetit de connaissances.

    • 3
      yonnel ghernaouti, YG 9 janvier 2018 à 05:34 / Répondre

      Sinon, il y a toujours l’excellent ouvrage de Patrick Négrier « La Tulip : Histoire d’un rite du Mot de Maçon de 1637 à 1730 » (Éditions Ivoire-Clair, Coll. Les Architectes de la Connaissance, 2005)…Édition qui, par ailleurs, a une très belle devise : « Pour que la culture ne soit pas qu’une marchandise ».

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