En avant-première, le prologue de ‘Le Frère de Sang’

Par Jiri Pragman dans Edition

Avec l’aimable autorisation des éditions Fleuve Noir, vous pourrez découvrir ci-dessous le prologue du 3e épisode des enquêtes du commissaire franc-maçon Marcas (après Le Rituel de l’Ombre et Conjuration Casanova) signées par Eric Giacometti et Jacques Ravenne. Ce roman policier maçonnique sortira en librairie le 14 juin 2007.

PROLOGUE

Paris,
VIIe arrondissement,
tour Eiffel,
de nos jours,
23 heures

Les nappes de brume envahissaient tous les arrondissements de la capitale. Les Parisiens étaient plongés dans une atmosphère cotonneuse, ouatée, pas désagréable bien que vaguement déroutante. On n’y voyait rien à plus de trois mètres, même les scooters évitaient de slalomer entre les files de voitures compressées les unes contre les autres sur les artères étriquées par la multiplication des couloirs de bus. Les rares sommets de la ville avaient disparu du paysage, noyés dans un brouillard incongru. Montmartre était amputé du dôme du Sacré-Coeur, la tour Montparnasse s’était volatilisée, seul le phare tournoyant de la tour Eiffel tentait, tant bien que mal, de trouer l’opacité ambiante.

Léo, artisan taxi à Paris depuis vingt ans, venait de déposer son client avenue de La Bourdonnais et avait décidé de faire une pause, contraint et forcé. Ce maudit brouillard rendait les courses impossibles; les clients, même les plus rétifs, s’étaient rués dans le métro. Il soupira et gara sa Mercedes bleu nuit dans la rue du Général-Lambert. Il coupa la radio en pestant : la météo ne prévoyait une dissipation de la brume que le lendemain. Un comble pour un printemps si doux. D’humeur maussade, il décida de se dégourdir les jambes du côté de la tour Eiffel et du Champ-de-Mars.

Le premier cri s’échappa d’un groupe de touristes massés sous la tour. Léo tourna la tête et réprima un juron.

Peuvent pas nous foutre la paix, ces étrangers ? On n’est même pas tranquilles chez nous.

Un autre hurlement, cette fois plus strident, retentit. Léo songea qu’il se passait quelque chose d’anormal, car il ne reconnaissait pas le cri habituel du touriste venant de se faire ratisser les poches par les Roumains. Il se leva de son banc et se dirigea vers le groupe qui s’agitait.

Il écarquilla de grands yeux, n’arrivant pas à comprendre la scène qui se jouait devant lui. Une trentaine de touristes japonais, tous vêtus d’un poncho en élastique rouge, avaient le nez levé vers le haut de la tour. Léo ne comprenait pas pourquoi leurs têtes décrivaient un mouvement de balancier, comme s’ils assistaient à un match de tennis dans le ciel. A côté du groupe, deux jeunes femmes à l’allure gothique dont les T-shirts noirs portaient les inscriptions Raven et Aloha, pointaient leurs doigts vers le haut de la tour.

Léo détacha son regard des deux mignonnes et aperçut sur sa gauche, à trois mètres au-dessus du sol, une forme sombre qui apparaissait et disparaissait dans le brouillard. Il s’approcha pour voir de plus près.

Un pantin, la tête en bas, surgissait du brouillard, les pieds suspendus par une corde. Un grand pantin oscillant avec grâce dans la nuée blanche, décrivant une courbe parfaite dans l’espace.

Les touristes japonais applaudirent à tout rompre. Une véritable ovation pour le manipulateur invisible qui, tout là-haut, manoeuvrait la corde avec habileté et discrétion.

Léo émit un grognement blasé. Encore un artiste de rue qui jouait les marionnettistes pour soutirer quelques euros aux touristes naïfs. Il lui avait suffi de suspendre un filin en haut du premier étage, et de là, faire osciller un simple mannequin dont on ne voyait, pour l’instant, que le mouvement de balancier.

Mais l’amplitude de l’oscillation diminuait et bientôt on distinguerait le visage de la marionnette.

Ce furent Raven et Aloha qui comprirent les premières la sinistre erreur. Elles poussèrent un cri de terreur. A l’unisson.

Léo sursauta à leurs clameurs. Il découvrit alors ce qui les avait horrifiées et une irrésistible envie de vomir lui déchira la gorge.

Ce n’était pas un pantin, mais un pendu. Au visage congestionné, à la langue sortie, les bras pendants.

Les applaudissements des touristes s’éteignirent brusquement. Ils comprirent leur méprise et des hurlements d’horreur montèrent du groupe qui s’était reculé instinctivement.

Le pendu ralentissait sa course.

Raven, Aloha et Léo semblaient comme hypnotisés par le corps supplicié, incapables d’en détacher leurs regards.

  • Prologue de Le Frère de Sang

    Les précédents romans :

  • Conjuration Casanova (édition de poche) chez Amazon
mardi 29 mai 2007 1 commentaire
  • 1
    Stéphane 29 mai 2007 à 07:43 / Répondre

    « Léo, artisan taxi » ! Ils ont osé ! 😉

    N’empêche, vivement la mi-juin !

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