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La Franc-Maçonnerie aujourd’hui, un point de vue belge

Par Jiri Pragman dans Non classé

La Franc-maçonnerie, aujourd’hui : Qu’est-elle, comment la définir, pourquoi fascine-t-elle ? Pourquoi surtout vous en parler ce soir alors qu’elle se présente, depuis si longtemps, particulièrement en Belgique, comme une société discrète sinon secrète ? Quelle est sa place dans le monde ? Son but ? Si tant est qu’elle en ait un ? Qui sont ses adversaires et pourquoi ? Comment devient-on franc-maçon et pourquoi ? Les francs-maçons sont-ils nombreux parmi nous ? Que font-ils exactement ? De quoi se nourrissent-ils ? Utilisent-ils un langage secret ?

Voici un certain nombre de questions pour lesquelles vous n’espérez certainement pas de réponse, des questions auxquelles, contre toute attente, je vais quand-même tenter de répondre, fût-ce dans un désordre organisé.

Mais avant cela, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amies, chers amis, permettez-moi, (…) de vous préciser – bien qu’annoncé comme Grand Maître du Grand Orient de Belgique – ne m’exprimer ce soir qu’à titre personnel.

Peut-être certains d’entre vous pensent-ils que c’est bien le Grand Maître et non ma modeste personne qu’ils sont venus écouter. Cette réflexion, parfaitement exacte, me permet d’entrer immédiatement dans le vif du sujet. C’est que, voyez-vous, la Franc-maçonnerie, aujourd’hui plus que jamais- exception faite peut-être pour la France -la Franc-maçonnerie, disais-je, est à ce point soucieuse de la liberté d’opinion, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression de ses membres que, sauf à recevoir un mandat exprès, il ne peut être question de réduire à une seule -a fortiori celle d’un Grand Maître- la voix de 10.000, voire de 25.000 Frères et Sœurs, si je compte l’ensemble des obédiences belges.

La Franc-maçonnerie n’est pas une église, qui exprimerait ses doctrine, foi ou loi par le biais de quelque pontife, pasteur, rabbin ou autre ayatollah. Elle n’est pas d’avantage un centre d’action laïque, quoiqu’elle pourrait s’en rapprocher à certains égards. Elle n’est pas un parti politique, une école de philosophie ou un syndicat et ne peut, ni ne veut, se laisser instrumentaliser, contraindre ou réduire, quelle que soit la qualité des intentions.

Voilà pourquoi, Mesdames, Messieurs, Chers Amis, le Grand Maître du Grand Orient de Belgique, lorsqu’il s’exprime en cette qualité ne parle, selon un apparent paradoxe, qu’à titre personnel.

Je nourris une grande admiration pour certains « services clubs » et organisations non gouvernementales, qui réunissent, dans le monde, des personnes de toutes les nationalités, confessions, de toutes philosophies, professions et tendances politiques. Certaines d’entre elles accomplissent un travail absolument remarquable sur le plan philanthropique et contribuent notamment à l’éradication de certaines maladies à l’échelle mondiale… La Franc-maçonnerie n’est pourtant pas un « service club ».

A la différence de ces institutions, elle

  • n’est pas prosélyte,
  • ne défend aucune idéologie,
  • n’a, contrairement à ce que pensent même certains maçons, pas l’obligation d’être reconnue pour exister.
    C’est surtout par respect pour la société civile et démocratique où elle prend racine, qu’elle affiche son existence tout en restant discrète.

    Caractère public

    Cette conférence n’est pas destinée aux francs-maçons. Je me dois donc, pour rester intelligible, et tenter d’approcher ce qu’elle est, de vous apporter quelques précisions élémentaires. Je le ferai d’une manière forcément imparfaite et pour tout dire simplificatrice. Les francs-maçons présents dans la salle voudront bien en accepter mes excuses.

    Si je ne puis aisément définir la Franc-maçonnerie en la comparant à des institutions plus connues c’est, vous l’avez compris, au motif qu’il s’agit d’une société sui generis, qui s’est construite au fil des siècles, de manière empirique, par sédimentations successives. Elle ne procède que d’elle -même.

    Dans son acception la plus large, si nous nous placions du point de vue de Sirius, nous parlerions de l’Ordre Maçonnique Universel qui, à l’échelle du monde, est divisé en deux grands courants historiques qui perdurent depuis le 18e siècle. Ils sont tous les deux d’origine anglo-saxonne,

  • le premier, déiste, se rassemble sous l’égide de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il est dit régulier : il impose entre autres à ses adeptes la foi en un être suprême et en l’immortalité de l’âme. Il a connu son essor dans le même monde anglo-saxon, c’est-à-dire en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et dans les pays du Commonwealth. Il pratique une discrimination sur base de la foi, voire de l’appartenance ethnique puisqu’il distingue les maçons de couleur de Prince Hall, de certaines loges qui ne seraient ouvertes qu’aux blancs.
  • Et, le second, adepte des sciences et de l’Homme, issu de l’humanisme chrétien et des Lumières, il a connu son essor sur le continent européen. C’est celui que l’on qualifie de libéral -ou encore adogmatique- … pour une raison que vous devinez déjà, et qui sans l’interdire, n’exige pas le recours à quelque forme de transcendance que ce soit.

    Lorsque nous quittons Sirius et redescendons sur terre comment appréhender le phénomène maçonnique ?

    S’agissant d’une société initiatique, un franc-maçon ne suffit pas, il nous faut deux ingrédients essentiels : des francs-maçons et une loge ou pour être exact, des francs-maçons réunis en Loge : chaque mot ayant cette fois son importance. Etre franc-maçon n’est pas le résultat d’une auto proclamation mais bien celui d’une reconnaissance, pour tel et comme tel, par d’autres Maçons.
    Ce n’est donc pas, en principe, une qualité dont on se revendique, a fortiori auprès de non maçons, mais une qualité que l’on se voit reconnaître par d’autres francs-maçons. Quant à la loge, elle désigne à la fois le groupe de maçons réunis pour travailler et le lieu où ils se réunissent.

    Les loges sont souvent regroupées en obédiences telles que le Grand Orient de Belgique -structure essentiellement masculine-, la Fédération belge du Droit Humain – obédience mixte-, la Grande Loge féminine de Belgique, ou encore la Grande Loge de Belgique, pour ne citer que les 4 principales obédiences belges.

    Ces structures, ces obédiences ont, je m’empresse de le dire, une vocation essentiellement administrative. Le travail maçonnique se réalise en loge, il est le fait d’hommes et de femmes qui se revendiquent libres au sein de loges qui, à leur tour, se déclarent libres et souveraines. Ce travail, vous le savez, se déroule à huis clos. Sans dévoiler de secret, je serai sans doute plus compréhensible encore si je vous précise,

  • qu’il s’organise selon des rites, des rituels, des traditions et des secrets,
  • qu’il s’articule autour de symboles, de méthodes et de principes tels celui du libre examen,
  • qu’il permet, enfin, l’étude des sujets les plus divers, à commencer par la connaissance de soi-même et la reconnaissance de l’Autre, jusqu’à l’art de cuire son steak chez les Huns, en passant par le symbolisme, la politique, les religions… les questions éthiques et j’en passe.

    La connaissance de soi et le souci de la place de l’Homme dans la cité sont les deux aspects antiques, oserais-je dire bibliques, de notre quête de Sagesse. Ce travail s’exécute dans un espace et un temps symboliquement différent, un espace et un temps dont la nature cyclique permet d’épingler les invariances, de tamiser ce qui demeure quant tout aurait changé. Il doit conduire au perfectionnement de l’initié et devrait permettre de tendre à l’amélioration de l’Humanité. Cela équivaut, pour faire simple et un tantinet provocateur, à ce qu’un ancien Grand Maître appelle une thérapie pour gens sains.

    Pour compléter le tableau, j’ajouterai que cette franc-maçonnerie d’aujourd’hui, cette fraternité discrète et riche de ses mystères, cette Franc-maçonnerie qui apprend le monde et s’exerce à la réalité virtuelle du progrès humain, opère avec une constance, une volonté et un dynamisme que l’on ne rencontre plus guère dans aucune autre société.

    Pour ne parler que de la Belgique, imaginez ces milliers de femmes et d’hommes, de francs- maçonnes et francs-maçons que vous côtoyez quotidiennement, qui taisent leur appartenance et qui, à raison d’une fois par semaine en moyenne, se réunissent chaque soir dans tout le pays pour se réinventer, partager le meilleur d’eux même et rêver le monde… parfois, tard dans la nuit. Connaissez- vous beaucoup de sociétés, moins discrètes, para- professionnelles, confessionnelles, syndicales, festives, philosophiques ou militantes qui connaissent une telle activité ? Moi, non.

    Cela ne signifie pas pour autant qu’elles n’en profitent pas. Comme le précise un autre de mes prédécesseurs, les francs-maçons prennent leurs responsabilités en dehors de la Loge, sur le chantier de la société civile en transposant les résultats de laboratoire en paramètres de projet de société..

    La critique

    Voici, me direz-vous, une introduction qui, pour superficielle, ne manque pas d’optimisme voire d’autosatisfaction. La Franc- maçonnerie, aujourd’hui, en tout cas celle que l’on dit libérale, serait donc cette société initiatique moderne, fondée sur la liberté, la tolérance et le libre examen ? Une société qui n’exigerait de ses membres que la sincérité des convictions -quel qu’elles soient-, le désir de s’instruire, et le dévouement ? Une société de personnes probes, habitées par des sentiments de liberté, d’égalité et de fraternité et qui auraient simplement décidé de travailler individuellement et en commun au progrès social, voire de pratiquer la bienfaisance ? Elle ne serait donc, cette société, ni une secte, ni un lobby ? Et, envers de la médaille, si c’est vrai, quelle serait alors son efficacité réelle ?
    Si le « Prince » qu’elle choisit s’identifie davantage au petit de Saint-Exupéry plutôt qu’à l’élève de Machiavel, dispose-t-elle vraiment du moyen de ses fins ?

    Au-delà des fantasmes dont elle a toujours fait l’objet, il faut constater que la Franc-maçonnerie, son existence et l’influence qu’elle exerce ou non sur la société civile constitue, depuis peu un enjeu sociétal que chacun, maçon ou non, professionnel ou non, ami ou ennemi, parait vouloir instrumentaliser.

    Certains Frères ne conçoivent plus d’écrire une carte blanche dans Le Soir sans faire état de leur qualité maçonnique.
    La R.T.B.F. recourt à ce qu’il est d’usage d’appeler le « réalitisme », c’est-à-dire ce qui ressemble à la réalité mais qui n’est pas la réalité, pour, prétextant la liberté de la presse, montrer à quoi peut ressembler une épreuve d’initiation maçonnique.
    Monseigneur Léonard, nos amis philosophes, le Vlaams Belang, les journalistes d’investigation et les francs-maçons eux-mêmes, s’adressant au grand public, font dorénavant de notre Ordre un sujet qui intéresse.

  • Les uns, pour nous qualifier de secte la mieux protégée de Belgique, ce qui de la part de Monseigneur parait pour le moins audacieux,
  • les autres, inquiets et « intellectualisant », pour nous affubler du qualificatif de « vieillot »,
  • le Vlaams Belang, pour obtenir l’éradication des magistrats francs-maçons ou sympathisants, de toute procédure à laquelle il pourrait être partie,
  • les journalistes d’investigation, pour s’interroger sur l’ appartenance et les rapports qui pourraient exister entre la loge et telle ou telle personne impliquée dans une « affaire », inculpée ou condamnée,
  • enfin, les francs-maçons eux-mêmes, pour regretter que la Franc-maçonnerie ait abdiqué un certain militantisme et craindre son déclin.

    Ecole de sagesse, d’amour et de progrès, trop peu soucieuse de résultats pour les uns. Secte protégée et lobby pour les autres, les critiques, selon qu’elles proviennent de sympathisants ou d’adversaires, sont diamétralement opposées. Identifier ceux qui, après un demi-siècle, recommencent à qualifier la Loge de secte ou de lobby en dit toutefois long sur la nature du grief.
    J’admets que certaines « mauvaises fois », intégristes ou liberticides, font encore la fierté de ceux qui en sont l’objet. Il n’est donc pas nécessaire de s’y appesantir.

    Analyses

    La critique du philosophe et de certains maçons, de même que l’insistance des medias, sur les plans documentaire ou de l’investigation, méritent par contre que l’on s’y attarde. Récemment, un groupe de maçons issus de toutes obédiences tentait, pour juger de la prospérité ou d’un éventuel déclin de la Maçonnerie, de répondre à 4 questions qu’ils pensaient pouvoir formuler très simplement :
    1. Que prétend faire la Franc-maçonnerie adogmatique ?
    2. Pour le faire, comment fonctionne-t-elle ?
    3. Avec quels « ouvriers » ?
    4. Avec quelle productivité ?
    Derrière la première question -et je n’irai pas plus loin-, « que prétend faire la Franc-maçonnerie adogmatique ? » s’embusquaient plusieurs bouquets d’interrogations :

    Voici le premier ; au-delà du travail qui s’opère classiquement en Loge, fallait-il faire inventaire de valeurs qui seraient exclusivement maçonniques, pour mieux les promouvoir ensuite ?
    Fallait-il au contraire constater leur caractère d’ores et déjà universel pour en abandonner la défense au profit d’un catalogue d’objectifs très concrets ?
    La question est demeurée ouverte.

    Deuxième bouquet ; Proche cette fois des préoccupations d’Alain Bauer, cet ancien Grand Maître du Grand Orient de France qui défraya la chronique avec son livre Le crépuscule des Frères, le groupe, qui assimile l’ »Existence » de la Maçonnerie à sa « Reconnaissance », s’inquiète de la survie d’un Ordre qui ne justifierait pas d’une « production » suffisante. Il voit dans le refus de prises de position collectives, une difficulté d’adaptation à un monde qui change plus vite que ses discours.

    Cette approche relève à mon sens d’une double erreur. Nombreux sont ceux qui pensent qu’il n’y a plus d’existence que médiatique. Aujourd’hui l’on n’existe que si l’on passe à la « T.V. ». Le paralogisme, qui conduit la réflexion de ces partisans du « faire savoir », tient en quelques mots : si la Franc-maçonnerie ne dit rien, si elle n’a plus rien à dire, elle disparaît.
    Or, posons le problème autrement, je dirais presque par l’absurde. Si la Franc-maçonnerie en lieu et place de rester discrète devenait secrète : cela l’empêcherait-elle d’exister ? L’ignorance de non-maçons empêcherait-elle l’émergence du phénomène maçonnique ? Empêcherait-elle,

  • les francs-maçons réunis en loge de travailler à couvert ?
  • d’initier ?
  • de participer, partager, se perfectionner pour, en dehors du temple, chacun selon ses facultés et son état, contribuer au progrès de l’Humanité ?
    Nous le voyons, subordonner l’existence ou la prospérité de la Franc-maçonnerie à une « production », un « interventionnisme » ou une « médiatisation » qui lui assureraient « reconnaissance » et « respect » revient à ignorer sa singularité.

    La deuxième erreur, selon moi, consiste à voir une difficulté d’adaptation de la Franc-maçonnerie lorsque le monde évoluerait plus vite que ses discours. C’est ignorer que les valeurs, les méthodes, les principes ou les outils de la maçonnerie, s’ils sont constamment remis sur le métier tendent nécessairement vers l’intemporel. De la même manière que la déontologie ne change pas avec les progrès de l’informatique, notre conception de l’universalisme ou des droits fondamentaux ne s’adapte pas, et c’est heureux, au rythme des contraintes qu’imposeraient la globalisation économique ou la mondialisation politique.

    Il n’empêche, ce débat, place aujourd’hui la critique de la Franc-maçonnerie, non sur le terrain où ses adversaires aiment la calomnier, celui du grand complot, des mots d’ordre et des influences, mais bien sur celui de sa réticence -du moins en Belgique- à se déterminer, pour prendre, publiquement et donc collectivement, attitude.

    Cette sensibilité, conjuguée de certaines formes de journalisme, a probablement déterminé la Franc-maçonnerie belge, le Grand Orient de Belgique en particulier, à se réapproprier son image. Cela fait plusieurs années qu’après les traumatismes de l’après guerre, le Grand Orient signifie ostensiblement son existence, aux côtés d’autres obédiences, à travers le Musée belge de la Franc-maçonnerie, l’organisation de journées portes ouvertes, l’édition de plaquettes à l’intention des non maçons. Il permet l’accès de son centre d’archives et de documentation aux chercheurs, organise, à l’occasion, des colloques publics, participe aux rentrées académiques de nos universités bruxelloises. Le Grand Orient de Belgique accepte aussi, de plus en plus clairement, de renoncer à sa traditionnelle discrétion lorsqu’il contribue financièrement à la réalisation de projets des sociétés et associations qu’il soutient. Et pourtant, jusqu’il y a peu, il renonçait pour ainsi dire systématiquement à s’exprimer pour signifier, même hors actualité, les valeurs qu’il défend, les principes qui sont siens, les positions qu’il pourrait adopter.

    Le « réalitisme » que j’évoquais tout à l’heure, celui auquel recourt une chaîne de télévision publique pour « imager » une pseudo initiation, quelques mois avant de réitérer l’exploit avec un autre docu-fiction sur l’éclatement de la Belgique. Cette exploitation de la puissance de l’image, fausse de surcroît, qui envahit la conscience du téléspectateur, réduit l’espace du libre examen et mine toute tentative d’explication ultérieure, a contribué à un changement d’attitude.

    Mais ce n’est pas tout. A la suite de certaines affaires, l’accumulation de faits délictueux à charge de possibles francs-maçons a, en Belgique comme en France, suscité la légitime curiosité de certains journalistes et l’inquiétude de bon nombre de Frères. Une fois de plus, je ne trahis aucun secret en vous précisant que nos obédiences sont dotées de tribunaux maçonniques. Ils tranchent selon un droit spécifique, de nature disciplinaire et sanctionnent ceux et celles qui se seraient singularisés par des actions déshonorantes ou qui auraient failli à leurs engagements, notamment de probité.

    En Belgique, mais surtout en France, et là, peut-être à raison, une certaine presse n’a pas hésité à critiquer le secret d’appartenance, pour suggérer la responsabilité voire la participation ou la complicité de nos loges et Obédiences. Au motif que l’antimaçonnisme se nourrit de secret, cette presse, se mit une nouvelle fois, et je pense sans arrière-pensée, à exiger la transparence. L’équation est simple : Si la Franc-maçonnerie n’a rien à cacher, elle doit se transformer en maison de verre.
    Définitivement transparente ou irrémédiablement suspecte tel serait son avenir. Nous connaissons la solution empruntée par nos amis du Grand Orient de France:

  • Sous prétexte de transparence, il recommande aux hommes politiques de vanter leur qualité de franc-maçon,
  • Sous prétexte de transparence, le Grand Maître se fait inviter aux émissions de variété … lorsqu’il ne se fait pas interviewer en Belgique,
  • Sous prétexte de transparence, enfin, il ne se passe pas un jour où le Grand Orient français ne publie quelque communiqué sur des problèmes d’actualité.
    Je ne suis pas sûr -pour parler vrai- que cette transparence ait apporté plus de clarté. Ce dont je suis sûr par contre, c’est qu’abdiquant, par pragmatisme, la défense difficile mais essentielle du droit et du devoir de secret, l’une des valeurs les plus menacées dans notre société moderne, cette obédience, à la différence du Grand Orient de Belgique et des autres obédiences belges, a sans doute, sans le savoir, failli à sa mission.

    Comprenons nous bien, nous nous trouvons, comme souvent, à la croisée de plusieurs valeurs dont aucune ne serait, en soi, plus maçonnique qu’une autre :

  • le droit et le devoir d’information, le droit de savoir, la liberté de la presse d’une part,
  • le respect de la vie privée, la liberté de conscience et même la liberté d’expression, pour ne citer que celles-là, d’autre part. On l’oublie très souvent, mais la liberté d’expression c’est, aussi, le droit de ne rien exprimer, c’est, aussi, le droit de se taire.

    Dans notre société où tout le monde comprend la nécessité et la légitimité du secret de l’instruction, du secret de la confidence -du mari à sa femme, de la mère à sa fille, de l’ami à l’ami-, de la nécessité du secret professionnel -dans le chef du médecin, de l’avocat-,
    Dans notre société où tout le monde comprend la nécessité et la légitimité du secret, ô combien important de la confession, du vote, ou des préférences sexuelles,
    Dans notre société où le secret – coupe feu qui garantit pourtant, dans ses ultimes limites, la liberté de conscience-, n’a jamais été aussi malmené, il demeure des inconscients qui au nom de la pureté des intentions s’estiment en droit d’exiger la transparence totalitaire.
    … Il existe, malheureusement, aussi, des personnages qui, déjà publics, n’y voient pas malice.
    Les francs-maçons belges, aujourd’hui pas plus qu’ hier, n’estiment devoir changer d’attitude.
    La question est loin d’être théorique : Je peux l’illustrer simplement. Comme vous le savez ou non, la Franc-maçonnerie entretient actuellement d’excellentes relations avec de nombreux représentants du monde chrétien et catholique. Il demeure qu’interrogé récemment, l’archidiocèse de Malines-Bruxelles précise que les associations maçonniques sont toujours visées par le canon 1374 du nouveau Code. C’est, pour ceux qui l’ignorent, celui qui remplace l’ancien canon 2335 qui, sous peine d’excommunication, interdit aux catholiques de faire partie d’une secte maçonnique. Je vous laisse imaginer le sort réservé à l’enseignant de l’école catholique qui, lundi matin, souhaiterait jouer les hommes invisibles en s’essayant au jeu de la transparence. Au concept de transparence, je préfère celui, moins politiquement correct, de clarté. Je vous parle de cette clarté, faite de zones d’ombre et de lumière, de contrastes ; de cette clarté qui fait place aux choses non assurées, aux doutes et questions, véritable mise en reliefs de la condition humaine.

    Attitude

    Libres de faire état, s’ils le souhaitent, de leur propre appartenance, les francs-maçons s’engagent notamment,

  • à ne pas disposer de celle d’autrui,
  • à ne pas révéler le contenu de leurs échanges en loge,
  • pas plus que celui des confidences échangées.
    Et, plus simplement, ils s’engagent à ne pas banaliser, vulgariser, disons « profaniser » leur méthode.
    Le ou les secrets dont je vous parle se font alors « invitations à découvrir » plutôt qu’ » exclusion ».

    Conséquences

    1. Est-ce à dire qu’il existerait un risque, dans ces conditions, de voir ce secret dévoyé pour servir de protection, de rempart à quelques délinquants ?
    La réponse me parait évidemment négative. Aucun droit, aucune valeur n’est absolue. Si le secret doit résister à l’indiscrétion légitime d’un journaliste -ou moins légitime d’un employeur-, il cède devant la juste enquête d’un magistrat qui, je le rappelle, est en principe lui-même lié.

    2. Est-ce à dire que ce secret pourrait desservir la Franc-maçonnerie elle-même ?
    Il est clair que si,

  • en lieu et place de l’apriori favorable que les hommes se doivent,
  • en lieu et place de cette présomption d’innocence que toute société démocratique doit cultiver,
    certains préféraient instrumentaliser le doute et une saine curiosité, les dénaturer en inquiétudes et peurs pour attaquer méchamment l’Ordre, l’Obédience ou une loge, la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui, comme celle d’hier, se trouverait une fois de plus démunie.

    Et les vers de notre Frère Kipling …
    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots,
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
    Sans mentir toi-même d’un seul mot

    … ces vers de notre frère Kipling, ne nous seraient guère d’un grand secours.
    Souvenons-nous de ces listes de maçons dénoncés par voie de presse, par des gens à la conscience tranquille,
    Souvenons-nous les assassinats, les persécutions et déportations qu’elles permirent,
    Souvenons-nous aussi de la respectable loge Liberté Chérie au camp de concentration d’Esterwegen.

    Oui, cette défense du secret, en particulier celui d’appartenance, si elle s’avère difficile dans une société friande de distractions et d’informations plutôt que de savoir et de connaissance, cette défense du secret ainsi conçu ne laisse pas de présenter quelques risques. C’est la raison pour laquelle, dans le respect du caractère initiatique de l’Ordre ainsi que de la vie privée de ses membres, le Grand Orient de Belgique a choisi d’assurer une plus grande visibilité, voire une plus grande lisibilité, des valeurs qu’il fait siennes. De même, il autorise dorénavant son Grand Maître à intervenir publiquement pour défendre l’Ordre, l’Obédience ou une loge, en accord avec celle-ci, lorsqu’ils sont attaqués. Je souhaite évidemment, comme ce soir, multiplier les occasions qui s’inscrivent dans la première hypothèse plutôt que celles qui s’inscrivent dans la seconde.

    Perspectives

    (…) je rappellerai, à ceux qui persisteraient à regarder le doigt plutôt que le sens proposé, que les seuls Etats où la Franc-maçonnerie fut un jour annihilée sont précisément ceux qui, totalitaires de gauche ou de droite, fondamentalistes ou intégristes, s’en prirent d’abord à elle pour supprimer toute velléité d’autonomie chez l’individu. Dans la France de Pétain, l’Europe nazie, l’univers stalinien, l’Espagne franquiste, le Portugal de Salazar, la Grèce des colonels, les républiques islamiques, les francs-maçons furent les premiers visés. La Franc- maçonnerie, aujourd’hui, refleurit au Portugal, bourgeonne en Espagne, frémit dans les pays d’Europe de l’Est. En Turquie, malgré l’attentat d’Istanbul, les francs-maçons à 95% musulmans sont, face et avec l’armée, le plus ferme soutient de la démocratie laïque. En Grèce, orthodoxes à 95%, ils rétablissent la confiance avec les maçons turcs. Les francs-maçons africains et malgaches s’organisent à travers leur continent pour s’attaquer à la pauvreté, combattre les nouveaux colonialismes et lancer un appel solennel pour mettre fin à la situation catastrophique au Darfour. En Amérique latine, la Franc-maçonnerie résiste à l’Opus Dei et défend la laïcité, entendue comme une attitude qui exclut la religion de la sphère publique. Une laïcité qui, précise-t-elle n’est ni l’athéisme ni l’anti-religiosité. Une laïcité qui constituerait l’extériorisation active de ses principes. Au Maroc, la Franc-maçonnerie qui émerge, masculine et féminine impose progressivement, dans ses milieux, un statut d’égalité pour la femme. Sans parler du Liban où bravant le bruit des armes, la loge est le dernier espace où l’athée, le juif, le chrétien et le musulman sont frères, se reconnaissent comme tels et se parlent sans arrières pensées en fraude de leurs communautés.

    Pour citer à nouveau Kipling,
    Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam.
    Dedans c’était :  » Mon frère « , et c’était très bien ainsi.

    Lorsque le Grand Orient de Belgique décide de se réapproprier son image, particulièrement en matière de valeurs et d’éthique, il s’agit là d’un acte profondément politique, au sens noble du terme. D’abord, nous l’avons vu par les exemples cités, parce que l’existence même d’une Franc-maçonnerie, son acceptation légale voire constitutionnelle ou sa prohibition dans un Etat sont le résultat de conceptions politiques foncièrement antagonistes. Ensuite, parce que le relativisme qui affecte la morale politique et les bouleversements scientifiques ou technologiques qui obligent à revisiter notre conception du progrès, font de l’éthique, l’un des grands sinon le seul et véritable défi politique actuel.

    Un ministre d’Etat et professeur émérite de la Katholieke Universiteit van Leuven, M. Mark Eyskens – vous voyez que je puis m’éloigner de mes sources-, faisait récemment le même constat dans un célèbre hebdomadaire économique et financier (que j’achète pour y lire la chronique fort bien tenue de M. Guy Spitaels). Le philosophe Emmanuel Kant a longuement réfléchit au fondement d’une éthique universelle, écrivait-il et, pessimiste, d’ajouter : Mais qui lit encore Kant ?.

    Certes tous les francs-maçons n’ont-ils pas lu Kant, mais s’il est bien une philosophie des lumières susceptible de rendre compte de la nature de la démarche maçonnique, c’est, à l’évidence la sienne, notamment lorsqu’elle formule l’impératif catégorique,
    Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle.
    Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne d’autrui, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.

    Alors à la question « pourquoi devient-on maçon ? », je pense qu’il n’est plus besoin de répondre, chacun ici pourrait imaginer une réponse, la sienne, en interrogeant sa conscience.

    Les maçons utilisent-ils un langage secret ? Je vous devais la réponse, elle est affirmative. Vous pourrez le découvrir dans tout bon ouvrage qui traite de linguistique, entre les rayons Esotérisme et Religions, chez votre libraire habituel, auquel je me permets de vous renvoyer.
    (…)

vendredi 29 juin 2007 4 commentaires
  • 4
    Alain 30 janvier 2008 à 19:43 / Répondre

    Donnez-moi vingt lignes et je ferai pendre l ‘auteur, la critique sortie du contexte de la communication ne peut plus se parer que de sa lègèreté

  • 3
    Philippe 4 juillet 2007 à 11:55 / Répondre

    Comme beaucoup, dès que j’en avais la possibilité je lisais de la prose écrite par des francs-maçons.
    Dès le début un aspect m’a déplu.
    Il concerne l’habitude beaucoup trop répandue consistant à pratiquer l’amalgame obédience-loge.
    Cette pratique permet de critiquer, par la bande, d’autres francs-maçons présumés ne rien comprendre à la FM, sous-entendu ils ne sont pas de vrais francs-maçons contrairement à MOI. Le MOI dont je parle ci-dessus.

    Au début c’est choquant, avec l’âge bof-bof-bof-

    Le discours ci-dessus aurait été excellent s’il avait su ne pas tomber dans cette pratique !!!

  • 2
    Pierre-Jean 3 juillet 2007 à 13:30 / Répondre

    Plusieurs commentaires :

    – concernant les moyens d’action de la franc-maçonnerie :

    Certes, il revient à chacun, selon ses moyens, de prendre ses responsabilités en dehors de la Loge, sur le chantier de la société civile, en transposant les résultats de laboratoire en paramètres de projet de société.
    Il revient aussi à checun d’être exemplaire dans sa conduite civile. C’est ce qui a valu l’échec des publications des noms de francs-maçons par le régime de Vichy.
    Oh, au début tout allait bien : les gens jetaient la pierre à leur voisin maçon. Le problème qui s’est ensuite posé est que dans ces listes, beaucoup de gens reconnaissaient leur ami, leur frère, leur médecin qui leur ouvrait sa porte même au milieu de la nuit pour les soigner, etc.
    Après le rejet massif s’est développé en douce une certaine sympathie pour les maçons. Le régime de Vichy a donc dû cesser ces publications et faire le sale boulot lui-même.

    – concernant le travail maçonnique :

    La base de ce fameux perfectionnement est le travail sur soi. Beaucoup le voient comme symbolique et le survolent. Il ne doit pas être négligé, et demande du temps, des efforts et de la lucidité. Il n’est pas toujours facile ni agréable, afin de lutter contre nos défauts et vices, de devoir les reconnaître pour mieux les corriger. L’expression « thérapie pour gens sains » prend tout son sens. L’expression « vitriol » est métaphorique et non symbolique!
    Celui qui néglige ce travail n’est pas vraiment homme nouveau et ne fait qu’un travail de surface. Or pour tenir droit un édifice a besoin de fondations solides (pour les lecteurs non maçons, voilà un exemple typique de métaphore à deux sous dont nous sommes friands à notre corps défendant :D)

    – concernant l’article lui-même :

    Il est rare de nos jours de profiter d’un exposé de cette qualité et de cette lucidité (en plus il y a Kant dedans, alors…). Un grand merci à Jiri pour nous en avoir fait profiter 🙂

  • 1
    Philippe 29 juin 2007 à 14:36 / Répondre

    Bien entendu un discours ne peut parler de tous les aspects de la vie maçonnique, surtout concernant des aspects « concrets » ou prosaïques.
    Il est possible d’ajouter une pierre ( il y en a d’autres et contradictoires à celle-ci ) concernant la « nature humaine » en rebondissant sur une citation.
    « Une thérapie pour gens sains », oui mais il reste à démontrer que ne deviennent francs-maçons que des gens « sains ».
    Il me semble que les égos surdimensionnés après une période, parfois très courte faisant suite aux bonnes intentions de départ, finissent le plus souvent par exprimer leur insondable vanité.
    Le proverbe populaire « le naturel revient toujours au galop » s’applique en FM comme ailleurs.

    Ils l’expriment, cette vanité, en externe ou en interne voire les deux.

    En externe les moyens vont de l’imprimerie et ses innombrables divulgations, que l’on finit tous par trouver « naturelles », à internet en passant par les conférences publiques, TV et films. S’il s’agit de papier c’est pas grave, s’il s’agit de TV c’est abominable …curieux !!!

    En interne existent des déclarations ou comportements de maîtres à élèves prononcées du haut de « fonctions » ( que l’on collectionne ) ou « grades » ( que l’on affectionne ).
    Qui peut affirmer qu’en FM on ne retrouve jamais comme ailleurs les relations sociales bien connues dominants-dominés ?

    Certes il serait possible aussi de parler de ces dominés contents de l’être mais n’abusons pas avec des messages trop longs !

    L’observation de notre humaine condition rend à la fois pessimiste et optimiste car partout les comportements alimentent les deux options.

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