3 siècles de Franc-Maçonnerie française

Publié par Jiri Pragman
Dans Edition

En rédigeant Les Trois Siècles de la franc-maçonnerie, André Combes, agrégé d’histoire et directeur de l’Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques, a encore une fois fait oeuvre utile. On peut d’ailleurs s’étonner que cet ouvrage soit d’abord paru en italien (Massoneria in Francia delle origini a oggi aux éditions Bastogi) alors que le besoin d’un tel historique s’imosait en France.

Ce panorama a l’avantage d’être clair, accessible, tout en fournissant une masse importante d’informations qui permettent parfois de mieux comprendre certaines expressions maçonniques françaises… voire de mieux percevoir comment certaines pratiques ont nourri l’anti-maçonnisme.

Combes règle ainsi tranquillement leur compte à ces affirmations – entretenues d’ailleurs par des Francs-Maçons pas peu fiers ! – selon lesquelles la Franc-Maçonnerie aurait provoqué la Révolution française.

S’il est vrai qu’à certains moments, des Loges – les Amis de l’Armorique et les Amis de la Vérité ont fonctionné comme de véritables sociétés secrètes républicaines avec des volontés insurrectionnelles (dont les 4 sergents de La Rochelle guillotinés en 1822), il est d’autres périodes où la Franc-Maçonnerie française se singuralisa davantage par son conformisme, si ce n’est par son complaisance à l’égard du pouvoir, par exemple de l’empereur Napoléon.

Le livre rappelle un autre moment étonnant de l’histoire maçonnique française. Ainsi l’empereur Napoléon III nomma en 1862 par décret le maréchal Magnan Grand Maître de la Franc-Maçonnerie. Celui-ci était… profane et fut donc initié et obtint tous les grades au cours de la même soirée !

Pendant la Commune de Paris, comme on aime à le dire, les Loges parisiennes étaient du côté des insurgés. On remarquera qu’en même qu’en province, la Franc-Maçonnerie était, elle, plutôt neutraliste; le Grand Maître Babaud-Larivière fit savoir qu’il condamnait l’attitude des francs-maçons parisiens. Combes remarque d’ailleurs que le convent de septembre 1871 ne vota pas de sanction contre les reveilles, mais s’abstint également de suivre le pasteur Desmons qui avait émis un voeu en faveur de l’amnistie. Tous les Maçons ne furent donc pas des Gaston Crémieux !

Les courants qui ont traversé cette Franc-Maçonnerie française sont eux aussi étudiés. Pour ceux qui en douteraient, le Grand Orient n’a pas toujours été ce bastion de la laïcité. Combes évoque la présent d’un courant déiste et moraliste avec l’instauration de prix de vertu, des rituels pour les fêtes baptismales appelées également « baptêmes maçonniques ».

Plus tard, la Franc-Maçonnerie devait se confondre avec la « République ». Combes rappelle d’ailleurs un aphorisme du Franc-Maçon Gadaud, ministre du Commerce : La franc-maçonnerie est la république à couvert. La république est la franc-maçonnerie à découvert. Dans les années 1920, la conséquence en fut un plus grand interventionnisme des Obédiences.

Auteur de La Franc-Maçonnerie sous l’Occupation, André Combes devait bien sûr se pencher sur ces Ateliers qui furent des foyers de résistance. Le chapitre Plus de 140 000 Francs-Maçons et Francs-Maçonnes en 2007 lui permet de tracer un panorama de la Franc-Maçonnerie française d’aujourd’hui.

Il est intéressant aussi d’examiner avec l’auteur, tout au long de l’ouvrage, la liste des questions à l’étude des Loges (une pratique qui n’est d’ailleurs pas universelle) qui témoignent d’une préoccupation d’une certaine Franc-Maçonnerie française.

lundi 29 octobre 2007

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