Le Temple Arthur Groussier

Par Jiri Pragman dans Divers

Fondé en 1773, le Grand Orient de France souhaita dès cette époque acquérir un siège digne de son rang d’institution nationale. En vue de cette acquisition, des commissions furent créées. Elles proposèrent des rapports, des projets et des échéanciers. Les archives du GODF conservent de nombreux témoignages des débats sur l’achat nécessaire d’un immeuble pour abriter la direction et l’administration de l’Obédience.

Il fallut pourtant attendre 1852 pour que le Grand Orient entre dans ses murs. Installé Grand Maître le 26 février 1852, le prince Murat signa le 10 juillet 1852, l’acte d’achat d’un hôtel sis 16 rue Cadet.

La réalisation d’un « Grand Temple » pour les tenues exceptionnelles et les grandes cérémonies fut un des éléments majeurs des aménagements nécessaires pour adapter l’immeuble à ses nouvelles fonctions maçonniques. Dans un style néo-classique très académique, il est construit au dernier niveau du bâtiment, en fond de cour selon un plan dit « basilical » et couvert d’une charpente à la Philibert de l’Orme.

Son décor intérieur reprend le même style corinthien qu’à l’extérieur. A l’Orient, l’allégorie de La Franc-maçonnerie instruisant les nations peinte sur l’abside en cul de four est l’œuvre du Frère Poisson, peintre de fresque. A peine un an après l’acquisition du 16 rue Cadet, le 30 juin 1853, le nouveau « Grand Temple » est inauguré lors de la fête maçonnique de la Saint-Jean d’été.

La 1re rénovation sera entreprise à la fin des années 1880, à la fois parce que local avait subi un usage de plus en plus intensif pendant près de 30 ans, mais aussi pour ajuster la décoration aux nouvelles orientations du Grand Orient. En effet, nombre des fresques peintes au début des années 1850 portaient des inscriptions à la gloire du Grand Architecte de l’Univers. La fresque du Frère Poisson dans le Grand Temple échappa à ce nettoyage symbolique en raison de son caractère purement moral et allégorique (et probablement aussi en raison de sa hauteur qui la rendait inaccessible).

La disposition générale du « Grand Temple » de la rue Cadet avec son style Napoléon III a finalement traversé les époques sans modification majeure. Il n’a pas été touché par la rénovation de 1924 conduite par le Frère Conseiller de l’Ordre, l’architecte Albert Bernet avec l’aide du Frère Architecte, Charles Blondel (concepteur par ailleurs du Théâtre Récamier, du siège de la Ligue de l’Enseignement à Paris). Ce sont ces travaux de 1924 qui sont à l’origine du Temple « Art Déco » n°4 (Joannis Corneloup).

Lorsque l’on voit les photos des années 1930, on peut constater que rien n’a changé dans le Temple n°1. Il conserve même le grand Dais au-dessus de l’Orient qui solennise le plateau du Vénérable (alors que dans les autres Temples, cet usage a disparu).

Le « Grand Temple » ou Temple n°1 prend le nom d’Arthur Groussier, le samedi 4 mai 1957, à l’occasion de la tenue funèbre qui rend hommage à celui qui fut le Grand Maître emblématique du Grand Orient. Paradoxalement, c’est l’avant-dernière rénovation au début des années 1980 qui va le plus modifier l’aspect du Temple Groussier. Plusieurs éléments symboliques disparaissent en effet sous la nouvelle couche de peinture beige. Ainsi, exit la voûte étoilée et les blasons des grades qui prenaient place entre les colonnes. On distingue encore bien ces motifs sur les photos des années 1970.

Depuis 1854 et jusque dans les années 1970, le Grand Temple fut le lieu de l’un des temps forts annuels de la vie du Grand Orient, le Convent qui se tient début septembre.

mardi 19 avril 2011 17 commentaires

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  • 17
    borst 5 mai 2012 à 21:26 / Répondre

    bonjour c’est erwoane de saint yves ,aujourdui j’ai vue le pas de l aprentit qui peut encore changer d’avis
    vue justement au temple arthur dans ma jeunesse ,aussi je n avais aucun signe de reconnaissance et il n y
    avait pas a en avoir un ,
    depuis que je suis tout petit beaucoup de chose me font mal ,et j attend d’avoir une vie heureuse sans contrainte
    la science doit avoir des limites pour les humains ,aussi facilemment on me faient du mal
    bien sur pour ma part je sais que l on a le voyage dans le temps c’est sur ça que je veux plancher ,aussi non les travaux sur la chose que j’ai dans la tete n ont aucun sens
    je veux plancher mon sujet (vg ds tmps) je veux architecturer ,je veux etre des votres ,et je veux la paie qu un homme
    peut avoir

  • 16
    Ronan 20 avril 2011 à 17:08 / Répondre

    Myrrhman, tu évoques les années 1780, les commissions du jeune GODF qui ont été animées par Rœttiers de Montaleau. Moi, je te parle des RC primitifs, quarante ou cinquante ans en arrière…

    Lis ce que j’ai écris: qui parle de la « fixation des quatre ordres » sinon toi? La commission RdeM n’a pas fait que cela, elle a aussi viré le Kadosh alors que s’il y a un grade « français », c’est bien celui-là. Au RF, nous avons perdu gros ce jour là (sais-tu seulement pourquoi les hauts-grades du RF ont disparu corps et âme dans les années qui ont suivi l’arrivée du REAA, au début du XIXe siècle?).

    Je te suggérerai bien la lecture de Pierre Mollier…

  • 15
    Myrrhman 20 avril 2011 à 15:37 / Répondre

    Le terme christique qualifiant ce qui se rapporte à la personne du Christ, la maçonnerie n’a rien de christique.

  • 14
    Myrrhman 20 avril 2011 à 15:21 / Répondre

    @ Ronan

    « fraternité christique primitive ». Non!
    Une fraternité CHETIENNE primitive, primitive c’est à dire a-dogmatique et rattaché à aucune église.
    C’est le sens de la déclaration adoptée en Avignon par les frères rectifiées de plusieurs obédiences (dont le GPIF rattaché au GO).

    Nos frères fondateurs étaient si soucieux de ne pas faire de la FM un substitut de religion, que lors de la fixation du quatrième Ordre par la Chambre des Grande du Grand Chapitre, plusieurs rituels ont été écartés car « trop proches des cérémonies ecclésiastiques ». Ils ne voulaient heurter ni les libertins ni les prêtres qui se retrouvaient sur les colonnes.

  • 13
    Ronan 20 avril 2011 à 13:06 / Répondre

    @Emerek et Pierre-Jean

    Ai-je dit autre chose ?

    « Et, dans tous les cas, un espace de réunion comme un autre lorsque les travaux ne sont pas ouverts et que la loge n’est pas couverte « intérieurement et extérieurement » ! « 

    Lorsque les travaux sont ouverts, bien sûr que la loge devient un espace clos, inviolable, que l’on peut de ce fait considérer comme « sacré » puisqu’aussi bien il existe un sacré immanent : la Patrie, la parole donnée, etc.

    Mais j’ai tout de même le sentiment que ce qualificatif (sacré) est généralement employé dans un sens religieux, ce qui me fait dire – et c’est un non-sens de plus sur le plan historique car il n’y a rien de tel dans les Constitutions d’Anderson – que pour beaucoup la maçonnerie est vécue comme un substitut de religion (et que le premier travail du « Connaîs-toi toi-même » pourrait – devrait! – être de clarifier cette confusion).

    C’est sans doute dans cette tendance lourde de la maçonnerie continentale qu’il faut chercher l’origine – quelques décennies plus tard – du haut grade de Rose-Croix : Ludovic Marcos a évoqué à son propos une tentative de recréation d’une fraternité christique primitive, d’une religion des catacombes… Grade magnIfique, au demeurant, dont nous avons une sublime « défense et illustration » dans le premier acte du Parsifal de Richard Wagner (qui voulut devenir maçon, mais fut repoussé par les frères de la loge de Bayreuth).

  • 12
    EMEREK 20 avril 2011 à 07:41 / Répondre

    @Ronan
    +1……. sur la confusion inexacte de Temple et Loge
    Par contre cela n’empéche pas la « sacralisation » d’un lieu ,bien qu’il ne soit pas « temple » ???

    @Chrysippe

    Le delta est visible ici (en lieu et place d’un autre symbole)

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/Nicolas-Hulot-et-la-franc-maconnerie-6242.html

    Il en reste que les symboles ont migré ,Marianne devenant la référence ultime…tout un programme…

  • 11
    Baptiste 19 avril 2011 à 20:01 / Répondre

    @Chrysippe : utilisent-ils encore ce symbole au GODF ?

  • 10
    Chrysippe 19 avril 2011 à 18:38 / Répondre

    Pourquoi voit-on, à l’orient, un buste de Marianne là où devrait se trouver un Delta lumineux. Ou bien est-il caché derrière ? Ou alors, a-t-il été oublié dans la rénovation ?Ou encore, est-ce uniquement le décor mis en place pour les conférences ?

  • 9
    Pierre-Jean 19 avril 2011 à 18:17 / Répondre

    Le ridicule d’une hypothétique volonté de tout sacraliser n’aurait d’égal que le ridicule d’une hypothétique volonté de tout désacraliser. Dans les deux cas rien ne serait ni sacré ni profane. Certaines « choses » (objets, lieux, etc) sont parfois sacrées (pour certains, à un certain moment, dans une certaine acception, etc) et parfois profanes (pour d’autres, à un autre moment, dans une autre acception, etc).
    Je ne vois rien dans la FM qui permette de la voir comme une religion, ce n’est tout simplement pas sa nature. La FM est bien d’autres choses, entre autres une Fraternité et ce même en dehors de ses locaux qui, parfois, sont pour certains autre chose selon le temps, les circonstances, les rites, degrés, etc.
    Concernant le mot « temple », j’abonde : le terme est galvaudé. D’où mon usage de la minuscule (cf post 5). Et ce n’est certes pas tout le « temple » qu’on pourrait éventuellement appeler « Temple », même si certains rituels l’oublient.

  • 8
    JB31 19 avril 2011 à 17:53 / Répondre

    En bref le lieu où se réunissent les francs-maçons est … un Atelier.
    Ce qui doit bien rappeler quelque chose et ce qui peut mettre d’accord tout le monde.

  • 7
    Myrrhman 19 avril 2011 à 14:18 / Répondre

    Entièrement d’accord, le temple n’est sacralisé que pendant que les travaux de la loge sont ouvert.

    Il n’empêche que, à mon sens, des polémiques profanes, car partisanes, n’ont rien à faire dans un espace maçonnique.

    Je n’ai pas compris le refus du CO de louer un temple à une société de production pour y tourner une fiction télévisuelle, ça ne me choquerais pas que Groussier soit loué pour des expo photos, picturales, ou des défilés de mode, mais je ne peux accepter que nos temples soient des tribunes offertes à des fins militantes.

    Sans esprit de Concorde (avec majuscule car c’est un principe) point de fraternité (sans majuscule car c’est une pratique) possible. Sauf à faire de la Fraternité un mot vide de sens!

  • 6
    Ronan 19 avril 2011 à 14:07 / Répondre

    Au demeurant, le mot « Temple » est déjà largement usurpé !
    C’est une LOGE.
    A la rigueur un temple au 3e grade…
    Et, dans tous les cas, un espace de réunion comme un autre lorsque les travaux ne sont pas ouverts et que la loge n’est pas couverte » intérieurement et extérieurement » !
    On voit bien ici le ridicule de cette volonté de tout sacraliser, à la façon des religions constituées (caractéristique, notamment, de ceux qui fourrent des majuscules partout) : la FM n’est pas un substitut de religion, mais une fraternité.

  • 5
    Pierre-Jean 19 avril 2011 à 13:22 / Répondre

    On pourra arguer que lors d’une conférence un temple maçonnique n’est pas un espace sacré (même si en effet la liberté absolue de conscience en prend parfois un coup). Cela dit la réouverture de ce temple est un bel événement!

  • 4
    Myrrhman 19 avril 2011 à 12:22 / Répondre

    Quand on organise une conférence sur la laïcité durant laquelle certains se livrent à une charge contre les religions (au mépris de la liberté absolue de conscience), ou un débat sur le développement durable qui est en fait une tribune contre l’économie libérale, il me semble que l’on est bien loin de la Concorde et que la maçonnerie n’est alors pas le centre de l’union.
    Le temple s’en trouve donc profané!

  • 3
    Valentin T. 19 avril 2011 à 11:54 / Répondre

    Profané ?? C’est-à-dire ??

  • 2
    Myrrhman 19 avril 2011 à 11:43 / Répondre

    Dommage qu’il soit régulièrement profané par ceux qui sont justement élus pour être les gardiens du temple!

  • 1
    Valentin T. 19 avril 2011 à 11:12 / Répondre

    Article intéressant. Merci pour ces éléments de précision historique ! J’y suis allé dernièrement à l’occasion d’une TBO. La solennité des lieux n’a dégal que sa beauté.

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