Marianne de Jacques France
Daniel Keller et la Marianne de Jacques France qui orne la salle de réunion du Conseil de l'Ordre du GODF. Photo Ronan Loaec, Grand Orient de France

En prélude aux Utopiales, remise de la «Marianne Jacques France» 2015 à Robert Badinter

Par Géplu dans Manifestations

Le prix Marianne Jacques France est remis chaque année – dans le cadre des Utopiales Maçonniques – à une personnalité qui s’est distinguée au long de sa carrière par une défense constante des valeurs républicaines. C’est cette année à Robert Badinter que Daniel Keller Grand Maître du Grand Orient de France remettra cette Marianne ce vendredi 10 avril à 19h au siège du GODF rue Cadet.

Jacques France est le sculpteur franc-maçon à l’origine de la figure de Marianne, symbole de la République française. Sa Marianne originelle a été déclinée dans une version maçonnique qui orne nombre de loges du Grand Orient, ainsi qu’en une version dépouillée des symboles maçonniques et portant les grandes dates de la République. Pierre Mollier, directeur de la Bibliothèque et des Archives du Grand Orient de France et Conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, nous raconte l’histoire de cette création :

 

Cette « Marianne » est l’œuvre du sculpteur franc-maçon Paul LECREUX (1826-1894) dit « Jacques FRANCE ». Membre de la loge L’Étoile Polaire à Paris, Paul LECREUX s’était fait connaître par des « oeuvres patriotiques » comme La Balle prussienne, Le souvenir de la nuit du 4 ou Regrets et Espoir. Il était à la fois chef d’une entreprise de fonderie dont les ateliers étaient à Asnières, L’Union Statuaire, et artiste sous le pseudonyme de Jacques FRANCE.
Libérale par essence dès le siècle des Lumières, la Franc-maçonnerie devient, sous la Restauration, le conservatoire des idées de 1789 puis, à partir des années 1860, le fer de lance du Parti Républicain. En 1881, après l’échec définitif de MAC MAHON et du gouvernement d’« ordre moral » en 1877, le parti républicain prend peu à peu le pouvoir à tous les échelons du pays : du parlement aux petites communes en passant par les Conseils Généraux.
C’est en janvier 1881 que l’on demande au Frère Paul LECREUX de réaliser un buste de l’effigie de la République. Après quelques hésitations, le sculpteur relève le défi et l’œuvre est solennellement présentée le 24 février 1881.
Elle est appréciée et connaît un rapide succès dans le milieu maçonnique. Elle est d’abord officiellement adoptée par le Grand Orient, le 9 janvier 1882, puis par beaucoup de ses loges. Elle fut déclinée en six tailles allant de 30 à 95 centimètres de hauteur, soit dans un tirage bon marché en plâtre, soit en bronze « métal 1er titre ».
Sous la présidence de Victor HUGO, un Comité Central des Bustes de la République est constitué en 1882. On y retrouve tous les grands noms du parti républicain, dont beaucoup de Maçons : Emmanuel ARAGO, Louis BLANC, Jean MACÉ, Camille PELLETAN, Frédéric DESMONS, Gustave MESUREUR…
Le Comité réunit la Ligue de l’Enseignement, le Congrès Anticlérical et, bien sûr, le Grand Orient de France. Des comités départementaux sont ensuite créés. Une active propagande s’engage alors pour diffuser cet « admirable buste de la République ».
Ce prénom de Marianne ou plutôt à l’origine Marie-Anne fut adopté car selon Maurice AGULHON : Marie-Anne était un prénom banal, répandu donc populaire et voué à désigner le régime qui se voulait tel.
Il y eut deux versions de la Marianne de Jacques FRANCE, la République maçonnique avec un cordon de maître orné de symboles maçonniques et la République des Communes dont le cordon affiche les trois grandes dates : 1789 (Révolution française), 1848 (IIe République), 1870 (chute de l’Empire) sans les attributs maçonniques, à l’usage des institutions municipales.
Comme le confirme Maurice AGULHON, la Marianne de Jacques FRANCE fut un des bustes de la République les plus populaires. Elle devint l’effigie classique de la démocratie française sous la Troisième République et orna pendant des décennies les mairies des grandes, moyennes et petites villes de notre « douce France ».

mercredi 08 avril 2015 Pas de commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, calomnie, injure, incitation à la haine ou à la discrimination y sont d'application. Les formules de salutation et abréviations maçonniques ne sont pas admises.

Les pseudonymes sont libres, mais pour être publié un commentaire doit provenir d'une adresse authentique et vérifiable. Lors de la première proposition d'un commentaire vous recevrez une demande de confirmation d'adresse, à valider.

 

Signaler un contenu abusif
dd88c870eb690bc8e4c66c64e54a272f4444444