bouddhisme

Nirvana, Samsara, Tsampa et Franc-maçonnerie

Par Emerek Le Fol dans Contributions

Chronique du mercure 18

L’ami Emerek, qui s’était fait discret depuis quelques temps a bondi quant il a vu la couverture et lu le dossier du dernier Franc-Maçonnerie Magazine. Il n’est pas du tout d’accord avec le parallèle que fait le journal entre le bouddhisme et la franc-maçonnerie, et le dit clairement. Et vous, qu’en pensez-vous ?…
Géplu

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Pourquoi rapprocher le bouddhisme, pratique millénaire née dans les confins de l’Orient et la Franc-Maçonnerie, fille des Lumières qui s’est développé en Occident ? se demande benoîtement Jean-Marc Vésinet dans le dernier numéro de « Franc-Maçonnerie Magazine »… Effectivement, on se le demande et je ne suis pas sûr que Jean-Moïse Braitberg et Jean-Marc Vésinet apportent de quoi nous éclairer.

C’est ainsi que fut pris la décision de présenter le bouddhisme comme étant une philosophie, un art de vivre, une spiritualité laïque, et surtout pas comme une religion

Cela fait plus de cinquante ans que le clergé du bouddhisme tibétain, chassé par la révolution chinoise de cet état théocratique moyen-âgeux  qu’était le Tibet où la caste des moines maintenait dans la sujétion un peuple d’esclaves, est parti à la conquête de l’Occident. Voilà plus de cinquante ans que les moines tibétains ont compris que pour conquérir l’Occident, où la sécularisation vidait les églises, où l’église catholique apostolique et romaine avait déjà perdu tous ses repères théologiques, où le matérialisme et le consumérisme commençaient leurs ravages, il convenait de présenter le bouddhisme sous ses facettes les plus séduisantes pour des esprits occidentaux. C’est ainsi que fut pris la décision, aux confins de l’Himalaya, de présenter le bouddhisme comme étant une philosophie, un art de vivre, une spiritualité laïque, (Laïque, camarade, forcément laïque !) et surtout pas comme une religion. C’était au temps où les adeptes du « Flower Power » faisaient leur « voyage initiatique » à Katmandou avant que de ramener aux USA la culture du cannabis et qu’ils inventèrent les théories (?!) du New-âge. C’est ainsi que nous est arrivé en Europe occidentale le bouddhisme, dont le dernier avatar serait une « méthode de développement personnel ».  Sans doute étaient-ce des moines qui avaient lu Antonio Gramsci, qui savaient donc que les batailles se gagnent sur les idées. En tout cas, c’étaient des moines compétents en termes de marketing et en techniques de communication. Il n’est pas beau le moine Matthieu Ricard dans sa belle robe safran ? N’est-elle pas belle l’émanation du bodhisattva de la compassion, nommé Dalaï – Lama, relooké pour la cause en prophète de la tolérance.

Avançant masqué, le bouddhisme a pu s’attaquer avec le succès grandissant que l’on connait à des consciences (?!) occidentales en jachère

Il serait temps d’analyser les ravages de l’exotisme spirituel et du tourisme initiatique (l’herbe, c’est le cas de le dire, n’est-elle pas toujours plus verte dans le pré du voisin dans ce monde devenu un village) sur l’esprit d’occidentaux qui ne connaissent pas le B-A Ba de leurs traditions. Toujours est-il que c’est ainsi, avançant masqué, que le bouddhisme (surtout le tibétain) a pu s’attaquer avec le succès grandissant que l’on connait à des consciences (?!) occidentales en jachère, totalement ignorantes de la richesse de leurs propres racines, que celles-ci soient les chrétiennes ou plus encore celles de la philosophie grecque antique, creuset d’où est issu ce qu’il convient d’appeler la civilisation occidentale (si, si, cela existe et il n’y a pas de quoi en avoir honte).

« Mal nommer les choses, c’est rajouter au malheur du monde » a écrit un philosophe occidental, Prix Nobel de littérature, nommé Albert Camus. Il a raison. Derrière les mots, il y a des concepts, et il vaudrait mieux vérifier que derrière le beau mot « Libération » (je ne choisis pas le mot au hasard), les locuteurs parlent de la même chose.

Le « Karma », principe clé qui édicte que la vie d’un homme dépend des actes qu’il a commis dans ses vies antérieures !

Ainsi donc le bouddhisme ne serait pas une religion ? Affirmer cela est soit le fruit de l’ignorance soit participe de l’une des plus grandes escroqueries intellectuelles de nos temps obscurs de confusion mentale. Toujours est-il que c’est ainsi que des ignorants de ce que signifie le concept de « résurrection des morts » dans le christianisme se mettent, en toute bonne foi (c’est le cas de le dire), à croire dur comme fer à la condamnation à la « réincarnation » de leur petite « âme personnelle » (ah les ravages de l’individualisme égotiste occidental) selon le « Karma » (principe clé qui édicte que la vie d’un homme dépend des actes qu’il a commis dans ses vies antérieures !). Qui sait, parmi ces adeptes que la déshérence intellectuelle amène à voyager en pensée jusqu’aux confins de l’Himalaya, que le fameux « Nirvana » dont ils nous rebattent les oreilles n’est rien d’autre que l’extinction des désirs pour accéder à la sérénité ? Ceux-là n’ont sans doute pas lu Spinoza, ni « lumière, commencement, liberté » de son meilleur commentateur, le philosophe Robert Misrahi. Ils ignorent donc le rôle fondateur et fondamental que joue le désir dans le progrès tant individuel (je veux parler du « développement personnel ») que collectif. Combien d’entre eux savent-ils que « Samsara » avant que d’être le nom d’un parfum pour femmes éthérés est le nom de ce que serait la fin des condamnations à la réincarnation jusqu’à la « libération finale » de l’âme (J’ai failli écrire : « solution finale »).

J’invite donc Jean-Marc Vésinet, ses adeptes et ses lecteurs, à revisiter les concepts de la philocalie des pères neptiques et à prendre connaissance de la pratique de la « prière du cœur » chère à nos frères orthodoxes. Je les invite aussi à s’informer des techniques de méditation pratiquées depuis le haut Moyen-Age dans tous les monastères chrétiens de l’Occident, à commencer chez les Chartreux. Les Chartreux ne fabriquent pas que de la liqueur et leurs techniques de méditation, si elles sont moins exotiques que celles des moines tibétains n’en sont pas moins efficaces. Mais il faut dire que les moines tibétains maitrisent mieux les techniques de communication modernes que les Pères Chartreux. Je les invite surtout à pratiquer, en loge, la méditation silencieuse qu’est la contemplation réflexive du « Mandala » qu’est le tapis de loge…

La franc-maçonnerie est la dernière voie initiatique de l’Occident

Jean-Marc Vésinet parle de « démarche initiatique » ? L’anthropologue des religions qu’était le Frère Bruno Etienne (grand connaisseur par ailleurs des spiritualités orientales) déclarait « urbi et orbi » que la franc-maçonnerie est la dernière voie initiatique de l’Occident. (Lire son ouvrage « Une voie pour l’Occident »). Cette voie initiatique authentique est le mélange, hautement porteur de sens, de toute la tradition chrétienne occidentale (qu’il faut interpréter, sans à-priori, à son plus haut niveau) et de ce merveilleux outil de développement personnel qu’est la philosophie. Non pas la philosophie comme manieuse de concepts, non, la philosophie envisagée comme la pratique d’une série d’exercices spirituels pour accéder à un « art de vivre ». Relisez l’œuvre du professeur au Collège de France Pierre Hadot.

Revenez à vos (nos) sources ! Je sais comme vous que les voyages forment la jeunesse, surtout ceux en Orient ; mais je voudrais vous éviter un voyage long, couteux et inutile. Ceux qui ont, réellement, fait le « Voyage en Orient » (pas celui, littéraire de Nerval) ont compris, en revenant, combien ils étaient occidentaux et combien LA tradition occidentale, faite de la pensée grecque, juive, musulmane (eux savent que l’Orient commence au-delà du Penjab) était au moins aussi riche et féconde, pour leur développement personnel et l’épanouissement de leur vie que le bouddhisme (fut-il tibétain qui, au demeurant, est le plus empreint d’une foultitude de superstitions), revisité par le new-âge américain dont l’on nous abreuve depuis plus de cinquante ans.

Certains en ont même conclu que quitte à tourner autour d’un axe vertical, au lieu des pierre-mani du Tibet ou de la kaaba de la Mecque, autant valait qu’ils tournent selon une spirale ascendante autour d’un fil à plomb descendant de la voûte étoilée : ils sont occidentaux et sont nommés francs-maçons.

Le dossier de « Franc-Maçonnerie Magazine » aurait pu s’appeler « Bouddhisme, choucroute et franc-maçonnerie ».  Pour mon article, j’ai préféré introduire le nom de ce très peu gastronomique plat de farine d’orge qu’est le Tsampa. Cela fait plus exotique, n’est-ce pas ?

Emerek le Fol

dimanche 16 octobre 2016 29 commentaires

Étiquettes :

  • 29
    Luciole 27 octobre 2016 à 09:07 / Répondre

    On peut, me semble t’il, aussi suivre la voie de l’Amour du prochain sans être chrétien, voir le Bouddhisme comme une philosophie sans Dieu mais axée sur la voie du Juste Milieu, être FM sans cracher sur les religions !
    J’avais écrit (p21). « ..ce qu’une religion (ou absence de religion) peut lui apporter de positif » et on me sort le Livre des Morts, les Constitutions d’Anderson, le bricolage etc… Il faudrait peut-être lire jusqu’au bout.
    Cordialement

  • 26
    Mg RENAULT 26 octobre 2016 à 10:04 / Répondre

    « Bouddhisme et franc-maçonnerie. Des philosophies humanistes dans l’air du temps »
    – un sujet bien délicat –
    Le bouddhisme est une religion.
    La Franc-maçonnerie est une voie initiatique.
    La philosophie est la valeur commune à tous en pratiquant l’art de la communication et l’échange de réflexions avec le respect de l’autre.
    Ainsi chacun à sa manière apporte sa pierre à l’édifice pyramidal des connaissances.
    FRATERNITE à toutes et tous

  • 24
    Kriss 25 octobre 2016 à 18:08 / Répondre

    Je me garderais bien d’affirmer que je suis franc-maçon, mais mes FF me reconnaissent comme tel depuis plus de 30 ans. Je ne sais pas si je suis bouddhiste, mais j’étudie et je pratique le Dharma depuis aussi longtemps. Je découvre à la lecture de cet article et de ses commentaires que j’ai raté ma vie et que j’aurais bien mieux fait de me consacrer à l’ésotérisme chrétien, éventuellement islamique, ou mieux encore à l’alchimie. Je dois vraiment étre un imbécile indécrottable puisqu’au bout de 30 ans sur l’un et l’autre chemin, je n’ai toujours pas compris qu’ils sont fondamentalement incompatibles. Comme j’aimerais être aussi savant que ceux qui profèrent des jugements aussi catégoriques!

    • 25
      Paul Vaillant 26 octobre 2016 à 09:46 / Répondre

      Ce n’est pas être catégorique que de constater que le Dharma relève d’une conception du sens de la vie, de la mort, des lois du cosmos propre à l’hindouisme et au bouddhisme qui n’a strictement rien à voir avec les conceptions issues des traditions occidentales. Ce sont des conceptions antinomiques. Je sais bien que la franc-maçonnerie cherche à dépasser la dualité pour retrouver l’unité mais, tout de même, à part considérer que toutes les spiritualités du monde sont porteuses de principes universels, ce qui est le cas dans la pratique, il n’empêche que ces deux voies reposent sur des conceptions du monde et de la vie qui sont difficilement conciliables, sauf à se bricoler sa théologie personnelle en mélangeant les carpes et les lapins.

      • 27
        Kriss 26 octobre 2016 à 12:23 / Répondre

        Hum… J’ai souvent entendu des catholiques, et non des moindres, déclarer sur le même ton de l’évidence que le christianisme et la franc-maçonnerie seraient antinomiques, sauf à se bricoler sa théologie personnelle en mélangeant carpes et lapins. Qu’il est facile de caricaturer ce qu’on ne connaît qu’approximativement pour le condamner en quelques mots, alors que la simple recherche de concepts invariants, communs à toutes les formes de « traditions occidentales » relève déjà de l’exploit, voire de la philosophie personnelle, des carpes et des lapins. 🙂 Mon expérience est qu’il n’y a pas plus de bouddhisme, de franc-maçonnerie ou de traditions occidentales uniques que de beurre en broche. Il n’y a que des formes très différentes de tout cela, dont chacune croit résumer l’essentiel des autres. Leurs points communs ne sont à mes yeux qu’un « air de famille », rien de plus. Il n’y a pas d’essences immuables, et même pas d’essences du tout dans la plupart des bouddhismes. Dans la tradition occidentale du nominalisme non plus, d’ailleurs. S. & F.

        • 28
          yasfaloth 26 octobre 2016 à 14:41 / Répondre

          Commentaire intelligent… c’est ce que je constate de plus en plus dans la maçonnerie elle-même : des pratiques et des centres d’intérêts très différents partageant un nom et un « air de famille », certaines origines mythifiées et un plus grand dénominateur commun on ne peut plus vague…
          .
          Mais bien sûr c’est moi qui détient la vérité 🙂 !

  • 22
    Lionel Maine 20 octobre 2016 à 07:51 / Répondre

    Bouddha akbar !!!

  • 21
    Luciole 19 octobre 2016 à 20:15 / Répondre

    Il serait tentant de railler Christelle ou/et les tenants d’une spiritualité « orientale » que partagent nombre de FF et SS. Le point commun étant la « voie du juste milieu » loin des outrances, telle que la supposerait une philosophie du Bouddhisme si elle se peut.
    La FM se veut aussi le lieu où l’on dépasse le Judaïsme et le Christianisme en tant que religions pour n’en garder que la spiritualité et ce qui nous relie dans la fraternité et l’amour du prochain.
    Il n’y a pas d’oppositions me semble t’il à ce qu’un(e) FM puisse également pratiquer et se sentir en harmonie dans ce monde tout en suivant ce qu’une religion (ou absence de religion) peut lui apporter de positif.
    Quant au fameux « Maçon libre dans une loge libre » ce n’est qu’un slogan facile sans aucune réalité.

    • 23
      Benjamin Rathery 20 octobre 2016 à 09:14 / Répondre

      « il n’y a pas d’opposition…. » Non, il n’y a pas d’opposition, en apparence, pour celles et ceux, qui, chacun dans leur coin, se bricolent leur propre système de croyances. Par contre il y a une grande opposition pour ceux qui osent aller voir quels concepts très différents recouvrent le même mot. Pour ma part je pense que la vision du monde, du cosmos, de la vie, de la mort qu’a le bouddhisme est incompatible avec celle développée par l’Occident en général et par la FM en particulier, que cette dernière soit théiste, déiste ou agnostique. Le livre des morts tibétains n’a pas grand chose à voir avec les constitutions d’Anderson. Etre « tolérant », ce n’est pas accepter « n’importe quoi », être tolérant ce n’est pas tomber dans le relativisme généralisé ambiant ! Il y a une cohérence interne au système de pensée maçonnique, il y en a une inhérente à la pensée bouddhiste et ce ne sont pas du tout les mêmes !

  • 16
    Chaboud 18 octobre 2016 à 11:01 / Répondre

    Pour Patrice Deriémont
    J’ai été ému par ton évocation de Xavier Pasquini, mort en loge, un frère et un homme remarquable. Je faisais partie avec lui d’une commission d’étude sur les sectes. Il était l’auteur de l’article sur Christian Jacques « Le pharaon des bacs à sable ». Sa mort a été mentionnée par son journal « Charlie Hebdo » avec un « terrible » sens de l’amitié et de l’humour.
    A nouveau je redis, quels que soient les termes de l’article, que la qualité du papier d’Emerick Le Foll est excellente.

  • 14
    Braitberg Jean-Moïse 17 octobre 2016 à 18:01 / Répondre

    Bonjour à tous,

    Je suis très heureux que mon article dans FM mag soit l’occasion d’ autant de commentaires. Mais j’ai bien l’impression qu’aucun des commentateurs ne l’a lu. Sinon on ne se hasarderait pas à fustiger un prétendu rapport entre la FM et le bouddhisme que je n’ai fait à aucun moment dans mon article. Je me suis même efforcé de montrer exactement le contraire. Sans chercher pour autant à froisser inutilement les fr. et ss qui ont pris un engagement qui ne regarde qu’eux-mêmes, les termes que j’emploie, les analyses que je propose sont, me semble-t-il parfaitement explicites quant à l’orientation critique de cet article.
    Je ne peux donc que vous conseiller la lecture de franc-maçonnerie magazine.
    Salut et fraternité à tous.

    • 18
      M. de Bordeaux 18 octobre 2016 à 18:11 / Répondre

      Amusant. « Non, non, je n’ai fait à aucun moment un rapport entre bouddhisme et franc-maçonnerie », mais le dossier s’appelle Bouddhisme et franc-maçonnerie.
      Allez comprendre…

  • 9
    Lucien Gallois 16 octobre 2016 à 16:07 / Répondre

    Les auteurs du dossier « Bouddhisme et franc-maçonnerie », bien qu’ils soient sans doute « maître » n’ont pas dépassés le grade de compagnon. Ils en sont au « pas de coté ». Il est l’heure qu’ils se recentrent et se réorientent, c’est la cas de le dire, plutôt que de nous servir ce mauvais plat de bougli-boulga.
    L’ignorance docte et l’inculture suffisante font aussi des ravages sur les colonnes. De plus en plus d’ailleurs. J-M Vésinet et J-M Braitberg feraient mieux de méditer, en contemplant le tapis de loge, sur les vertus du silence avant de se l’imposer à eux-mêmes ; à moins qu’ils ne préfèrent pratiquer l’exercice spirituel de tracer au compas l’étoile flamboyante avant de méditer sur elle.
    Après, et pas à la place, ils pourront se mettre à spéculer (vous avez dit spéculer ?) sur le fait qu’à je ne sais quel degré de la voie initiatique orientale qu’est l’aïkido, le pas est exactement le même que celui du Maitre en Franc-Maçonnerie. Cela leur permettra de faire des rapprochement signifiant quelque chose plutôt que n’importe quoi. Je peux même leur donner un ouvrage à lire pour les aider dans leur herméneutique : « Les structures anthropologiques de l’imaginaire » du grand anthropologue et frère Gilbert Durand.
    Quant à « franc-maçonnerie magazine » dommage qu’il soit en train de devenir en véhiculant de telles inepties le « Gala » ou le « closer  » de la fm en France.

  • 7
    Patrice Deriémont 16 octobre 2016 à 15:19 / Répondre

    On pourrait ajouter que le bouddhisme tibétain ne représente qu’une infime minorité du bouddhisme mondial et est probablement la plus doctrinale. Notre Frère Xavier Pasquini, journaliste à Charlie Hebdo et spécialiste de la lutte contre les phénomènes sectaires, n’oubliait jamais de rappeler que la Dalaï Lama avait eu des relations pour le moins ambiguë avec des responsables nazis. Ci-après un article paru dans Libé :

    Laurent Dispot – Libération – vendredi 25 avril 2008

    En juillet 1938, un SS champion d’alpinisme est vainqueur de la face nord de l’Eiger, en Suisse : une « première ». Il s’appelle Heinrich Harrer. Le récit de son exploit, et sa photo avec Hitler, sont aussitôt diffusés massivement en Europe et dans le monde par la machine de propagande de Goebbels.
    Harrer s’est inscrit à la SA en 1933, à la prise de pouvoir par Hitler. Passé à la SS, il est un favori du Reichsführer Heinrich Himmler.
    Quelques mois après, autre « première » : ses camarades SS et lui-même sont vainqueurs des synagogues brûlées et des familles juives terrorisées, sur tout le territoire de l’Allemagne, lors de ce qu’ils nomment par dérision « la nuit de Cristal », le 9 novembre 1938.
    Pendant que les Juifs passent à la nuit et au brouillard, Harrer est investi d’une mission par Hitler et Himmler en personnes : s’infiltrer au Tibet, en accord avec les ministres régents du dalaï-lama enfant, pour devenir précepteur de celui-ci. En pleine guerre d’agression contre la Chine japonaise, il s’agit de conquérir Lhassa comme nœud stratégique sur l’axe Berlin-Tokyo…
    Heinrich Harrer a accompli sa mission de confiance hitlérienne..
    Son rapport de mission, Sept ans au Tibet, était bourré de mensonges grossiers et de fascination pour le « Führerprinzip » impitoyable du théocratisme lamaïque. Il a été transformé en film de propagande mondiale, en 1997, par le cinéaste français Jean-Jacques Annaud. Sept ans au Tibet, produit à Hollywood n’était qu’un « Bienvenue au nazi chez les Tibétains » avec dans le rôle du « gentil SS » un Brad Pitt aux cheveux très blonds, aux yeux très bleus, assorti de tout plein de beaux drapeaux à croix gammée.
    A la mort de Harrer en 2006, le Dalaï-Lama a diffusé de ce SS une apologie sans réserves : c’est-à-dire sans les mots « nuit de Cristal », « Himmler », « Hitler », « Juifs »..
    Le dalaï-lama met, depuis soixante ans son point d’honneur à ne pas parler de la mission au Tibet confiée en 1938 à son précepteur (Harrer) par Hitler et Himmler, ni des motifs mystiques, racistes et stratégiques de cette mission…
    Au lieu de cela, il traite la destruction des Juifs d’Europe de rétribution, forcément juste, de fautes antérieures : il jette la Shoah à la poubelle du « karma ». Et il ne cesse de ressasser son remerciement à un SS d’avoir été son « initiateur à l’Occident et la modernité » .
    En acceptant ce discours (du Dalaï-Lama), des Occidentaux et des modernes se font citoyens du déshonneur.

    • 10
      Benjamin Rathery 17 octobre 2016 à 09:57 / Répondre

      Oui, ras-le bol de la « bien-pensance » béate des ignares qui sous prétexte que la « réincarnation » dite « dalaî-lama » emploie le mot tolérance, le voient en homme de paix. Le bouddhisme tibétain, sous couvert de « sagesse » est l’une des croyances religieuses les plus obscurantistes, faites de milliers de superstitions.
      Le fait qu’un dossier d’une telle indigence intellectuelle paraisse en dit long sur la perte des repères fondamentaux qui règne dans nos sociétés occidentales. Le plus grave, c’est que cette « perte de repères », sur base de manque de savoir et d’inculture crasse n’épargne pas la franc-maçonnerie. Penser, cela s’apprend, accéder aux savoirs aussi. On ne saurait trop conseiller aux auteurs de ce dossier de lire « le bouddhisme pour les nuls » puis ensuite « la franc-maçonnerie pour les nuls ». En attendant, qu’ils taillent leur pierre, en SILENCE. Car quand on n’a rien d’intelligent à dire, on ferme sa G….. .

  • 6
    Goupile 16 octobre 2016 à 13:44 / Répondre

    Le DalaÏ-lama (qui ne représente que le bouddhisme tibétain pour « ménagères » ) a dit: « Partagez votre savoir. C’est une manière d’atteindre l’immortalité. » Merci Emerek pour cet excellent article qui rétablit les choses comme elle doivent l’être : la franc maçonnerie n’impose aucun dogme !
    M’en vais relire la philocalie des pères neptiques en récitant ma prière de coeur pour que vos mots aident à retrouver stabilité sous la voûte étoilée.☺

  • 5
    C.L_M 16 octobre 2016 à 12:56 / Répondre

    Tellement vrai ! Impressionnant de concision et de précision et à contre courant de la doxa. C’est rafraîchissant et encouragent pour nous tous collectivement de vérifier qu’il est encore possible d’être libre penseur; tellement à côté de l’agitation et la polémique stérile du temps court et de là « pensée » convenue.

  • 4
    Chaboud 16 octobre 2016 à 12:07 / Répondre

    Excellent article, que n’apprécierait sans doute pas madame Blavatski, superbe mythomane qui précéda une théorie de zozos et manipulateurs, qui culmina avec « Lobsang rampa ».
    Méditons, méditions, méditons, mais sans religion.
    Jack Cha

  • 3
    Emmanuel 16 octobre 2016 à 11:14 / Répondre

    Bravo pour cet article qui remet les pendules (à Salomon) à l’heure. Pour ma part j’ai toujours été stupéfait de voir justifier la maçonnerie par les religions (compris celle de l’oignon) alors que nos sources chrétiennes (différentes de catholiques) et opératives sont ignorées de la plupart des frères. Faut dire que l’extension abusivement judaïsante de la légende salomonienne y est pour beaucoup (et je n’oublie pas que Jésus était juif) notamment dans les « hauts » degrés. Un commentateur a évoqué la méditation devant le Tapis de Loge… avec juste raison… à condition de dépasser la fameuse (j’ai failli écrire « fumeuse ») idée des oppositions riches et fécondes afin d’arriver au Trait qui le sous-tend. J’ai le souvenir d’avoir vu de vieux frères pleurer en voyant ce tracé construit avec la Règle et le Compas. Ce alors que d’autres s’en gaussaient comme étant anecdotique. La FM a aussi ses imbéciles … +- heureux.

    • 8
      Benjamin Rathery 16 octobre 2016 à 15:38 / Répondre

      C’est à croire que la franc-maçonnerie serait devenue une structure vide de sens. Tandis que certains francs-maçons (reconnus comme tels) s’égarent dans les méandres d’un gnosticisme chrétien (?), que d’autres s’abreuvant au cloaque du « new-age » en sont à vouloir créer des « monastères franc-maçons » (!), tandis que certains ayant sans doute mal lu le mauvais orientaliste qu’était Guenon cherchent la voie sur le « toit du monde », il devient urgent de rappeler que la FM est un club de pensée en même temps qu’une authentique société initiatique, basée sur « l’art du trait » (qu’il faut pratiquer pour accéder à « l’esprit de géométrie ». Il devient vital de rappeler aussi que, creuset de toutes les traditions occidentales, la fm est une voie initiatique. On ne lui a pas rendu service en l’appelant « spéculative », car elle est d’abord une « praxis », une pratique pour, en se transformant soi-même transformer le monde. Que tous ceux qui flirtent avec d’autres traditions commencent à comprendre la nôtre. Cela leur évitera d’être des « imbéciles » ignares.

  • 2
    Chicon 16 octobre 2016 à 09:35 / Répondre

    .Bravo pour avoir senti et exprimé la mouvance des idées portée par l’internationalisation de la fin du XX eme siècle. Vous n’allez pas vous faire des amis chez les Trisotins des salons parisiens adeptes de la Pensée Unique.

    • 11
      Emerek le Fol 17 octobre 2016 à 10:09 / Répondre

      Grand Merci à Condorcet, Chicon, Emmanuel, Deriemont, Goupile , Chaboud ( dont on peut lire le bon « l’ésotérisme pour les nuls »), CL_M, Rathery (mon oncle benjamin!!!), Gallois. Je constate avec plaisir qu’il y des FF et SS qui ne sont pas encore submergés par le Bougli-boulga fait de diarrhée verbale que des médias « insignifiants » nous servent. Je m’efforce, comme vous, de temps en temps de remettre les « Pendules à Salomon » à l’heure. N’en déplaise aux incultes

      • 12
        Lionel Maine 17 octobre 2016 à 14:47 / Répondre

        Tout cela me donne envie de « couler un bonze » 😀

      • 13
        Christelle Hutberg 17 octobre 2016 à 14:52 / Répondre

        Monsieur Emlerek Le Fol, votre verbiage imagé ne fait pas honneur à la Grande Lumière que vous semblait détenir sur les autres. Je vous cite « le Bougli-boulga fait de diarrhée verbale que des médias « insignifiants » nous servent. Je m’efforce, comme vous, de temps en temps de remettre les « Pendules à Salomon » à l’heure. N’en déplaise aux incultes « . Un retour sur les colonnes vous ferez le plus grand bien…

        • 15
          Emerek le Fol 17 octobre 2016 à 18:08 / Répondre

          Mon propos pamphlétaire ne vise que les auteurs de ce dossier et nulle autre personne. Je suis donc étonné que vous vous sentiez concernée. Quant à l’humilité que vous me conseillez, que savez-vous de la mienne ? « l’homme humble ne se croit pas inférieur aux autres, il a cessé de se croire supérieur. Il n’ignore pas ce qu’il vaut ou peut valoir. Il refuse de s’en contenter ». C’est de Montaigne, je crois.
          ELF
          PS: dans votre commentaire, « ferez » aurait dû s’écrire « ferait ». En toute humilité, et en fraternité !

          • 17
            Christelle Hutberg 18 octobre 2016 à 14:02 / Répondre

            Vous citez Montaigne pour parler de vous à la 3ème personne… un stage prolongé sur la colonne du Nord s’impose…
            bien frat

            • 19
              Luciole 19 octobre 2016 à 13:06 /

              @Christelle
              Pourquoi tant d’agressivité? (posts 13 et 17)

            • 20
              Jean Silence 19 octobre 2016 à 14:42 /

              LUCIOLE, L’agressivité de Christelle Hutberg ne peut s’expliquer que pour deux raisons : Soit elle fait partie des « femmes éthérées » qui portent comme parfum « Samsara » soit c’est elle-même une de ces « adeptes » du bouddhisme que dénonce Emerek le Fol. Le pire serait qu’elle soit bouddhiste et sœur, n’ayant rien compris à l’un et à l’autre. Restons ZEN (c’est le cas de le dire!)

  • 1
    Condorcet 16 octobre 2016 à 09:08 / Répondre

    Excellent article, la spiritualité maçonnique n’a rien à voir avec les autres spiritualités religieuses qui confondent connaissance de soi avec sujétion à un dogme aussi sympathique qu’il soit dans sa présentation.
    Pas facile d’être un maçon libre dans une loge libre d’autant que nombre de dignitaires au pouvoir narcissique ne l’acceptent pas. Cet article, je l’espère, va permettre une prise de conscience salutaire.

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