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"Beaucoup en peu de mots pour les amoureux du secret"

Une initiative pleine d’avenir

Par Géplu dans Contributions

Le tricentenaire de la fondation de la franc-maçonnerie moderne en 1717 suscite des interventions et des avis de toute part. Voici le regard que porte l’historien Pierre Noël sur ces années là…

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Une initiative pleine d’avenir

La Prestonian lecture 2015 de Ric Berman [1] remet notre passé là où il devait être, dans les remous de la chronique de la société et non chez les mythiques constructeurs de cathédrales.

Bien que certains aspects du rituel maçonnique remontent peut-être à la période médiévale, la Grande Loge d’Angleterre, creuset de la franc-maçonnerie moderne, se constitua dans les deuxième et troisième décennies du XVIII° siècle, au terme d’un processus finalement assez rapide qui était à la fois mutation qualitative et véritable réinvention d’une organisation obsolète, débouchant sur un mode nouveau de gouvernance désormais centralisée. En moins de vingt ans, elle devint le reflet des objectifs politiques et philosophiques de ses dirigeants, eux-mêmes mus par le sentiment d’insécurité créé par les guerres interminables contre la France de Louis XIV, par la menace jacobite qui planait sur la dynastie hanovrienne et le gouvernement Whig (tous deux installés en 1714) et par la mutation des sensibilités qui suivit la fin des guerres de religion du siècle précédent [2].

La Grande Loge de Londres fut créée, dit-on, à la Saint-Jean d’été 1717 [3] par quatre loges (une se réunissant à Londres, deux entre Holborn et Covent Garden, une à Westminster). En fait, ce ne fut rien d’autre qu’un banquet festif, prétendant renouveler une tradition oubliée, réunissant quatre loges sous la présidence d’un Grand Maître choisi pour l’occasion.

Un pamphlet anonyme de 1764 prétendra qu’il y en avait six. [The Masters and Wardens of six Lodges assembled at the Apple-Tree in Charles Street, Covent Garden, on St. John’s Day, 1716]

De l’événement de 1717, on n’a qu’une relation, celle du Dr. Anderson écrite en 1738. Or il n’y assistait pas ! Pas plus que Désaguliers. Il n’y a pas de vérification possible ni d’autre témoignage. Il n’a pu se baser que sur des souvenirs et des récits a posteriori. Les auteurs anglais n’y ont jamais accordé l’importance fétichiste que lui accordent les auteurs français. La conclusion est nuancée : vrai dans le fond, douteux dans les détails.

La fête se renouvela les années suivantes, d’après Anderson toujours, sans en changer le caractère purement occasionnel.  La date véritablement fondatrice de la création de la franc-maçonnerie moderne fut la présentation en 1720 des General Regulations, au nombre de XXXIX, qui seront la partie maîtresse du Livre des Constitutions d’Anderson dont la 1ère édition fut publiée en 1723. Elles avaient été compilées et réécrites par Jean Désaguliers (Grand Maître en 1719, député Grand Maître en 1722, 1723 et 1725) et George Payne (Grand Maître en 1718 et 1720, député Grand Maître en 1735). Elles furent approuvées en 1721 (en même temps qu’étaient exposées les « Anciennes Constitutions » ou « Old Charges » du ms Cooke de 1450) lors de l’installation du duc de Montagu, premier noble à occuper cette fonction, et publiées en 1723 avec l’autorisation du duc de Wharton, Grand Maître cette année-là. Les trois Grands Maîtres cités étaient membres de la même loge aristocratique qui se réunissait à la taverne The Horn, à proximité du palais royal. Tout s’est donc fait en six ans !

Les Regulations de Payne organisaient une structure pyramidale inédite dont la base était constituée de loges présidées par trois officiers (le Vénérable Maître et 2 Surveillants) et le sommet était une Grande Loge réunissant les trois mêmes officiers de toutes les loges participantes. Elle était présidée par un Grand Maître, un député Grand Maître et deux Grands Surveillants [4]. Le Grand Maître désignait son député et nommait son successeur qui devait être ratifié par la Grande Loge. Une modification aux usages (landmarks) ne pouvait être introduite qu’à la condition d’avoir été présentée à la Grande Loge trois mois avant sa réunion annuelle. Elle devait être ensuite officiellement approuvée par l’assemblée de Grande Loge. Ces nouveaux règlements assuraient le contrôle presque absolu de la Grande Loge (dirigée par une poignée de Grands Officiers) sur les loges constituantes. Initialement limitées à Londres et Westminster, celles-ci ne tardèrent pas à se multiplier dans les villes de province et d’outre-mer, en un réseau qui se développait au fur et à mesure que s’étendaient le commerce, les régiments et la colonisation britannique.

Le succès de cette organisation nouvelle (4 loges en 1717, 20 en 1723, 51 l’année suivante) s’explique par la conjonction de plusieurs éléments, l’affiliation Whig des principaux acteurs, le soutien de l’aristocratie et de la gentry, la forte coloration huguenote, l’engouement d’une société privilégiée pour l’Enlightenment (un regard nouveau jeté sur le monde) et l’Antiquarianisme (l‘intérêt pour le passé), l’indifférence religieuse, la convivialité sociale développée dans les coffee-houses du siècle précédent, l’essor des dining and drinking clubs. Comme le disait une chanson populaire du temps: We make [Masons] for five guineas, the price is but small, and then Lords and Dukes, you your Brother may call, have gloves, a white apron, get drunk and that’s all. Tout cela, faut-il le dire, était particulièrement anglais dans une Europe où régnaient l’absolutisme des rois, l’intolérance des églises et le cloisonnement rigide de la vie sociale [5]. Mais ce succès ne surgit pas du néant ! Il importe de prendre en compte un embryon de structure, existant depuis le moyen-âge, unissant dans une même catégorie sociale les maçons et tailleurs de pierre. On ne peut l‘appeler franc-maçonnerie au sens qu’a ce mot de nos jours. Il y eut de tout temps et partout des constructeurs, mais ce serait abus de langage d’assimiler une pratique nécessaire à la vie en société à la franc-maçonnerie moderne. Tout au plus en recueillit-elle le langage et certains usages de convivialité.

Pierre Noël

[1] Ric Berman, Foundations, 2015.
[2] Elles étaient terminées depuis un demi-siècle, quoiqu’on en dise.
[3] La référence la plus précoce à cette date de création est celle de la 2ème édition du livre des Constitutions d’Anderson (1738).
[4] Les autres Grands Officiers apparurent plus tard.
[5] C’est dans les années suivantes qu’apparut la légende du grade de maître ou maître-maçon, inconnue jusque-là, mais c’est une toute autre histoire.

mercredi 28 juin 2017 20 commentaires

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  • 20
    Chicon 17 août 2018 à 16:02 / Répondre

    16 et infra : Quelles sont les sont les circonstances sociales, économiques ayant prédestiné à la création de la GL de Londres ?
    Y a t il un lien anterieur avec la F.M écossaise qui elle même avait un lien professionnel mal défini ?

  • 19
    NEGRIER 16 août 2018 à 15:31 / Répondre

    Le rapport entre la GL de Londres de 1717-1723 et la tradition des constructeurs de cathédrales réside dans le fait que la loge de la cathédrale Saint-Paul, qui se réunissait à la taverne L’Oie et le gril, possédait un Ancien devoir datant de 1686 (les Anciens devoirs célébraient allégoriquement la typologie salomonienne et les vicissitudes historiques de l’art gothique) : l’Antiquity n° 2 avec lequel elle avait reçu en loge Christopher Wren en 1691 au rite précisément des A.D. (John Aubrey, The Natural history of Wiltshire).

  • 18
    pierre noel 16 août 2018 à 14:11 / Répondre

    On peut ressasser jusqu’à plus soif les sociétés pythagoriciennes, la spiritualité des bâtisseurs de cathédrales, la philosophia perennis et le mot de maçon…, cela ne doit pas faire oublier que Londres fut un chantier à ciel ouvert pendant les trente ans qui suivirent l’incendie de 1666 qui avait totalement détruit près des 2/3 de la ville (dont le Masons’hall de la Masons’ Company).
    La reconstruction, dirigée entre autres par Sir Christopher Wren, bouleversa la structure des « Companies » (« guildes » si l’on veut), supprima leurs monopoles médiévaux, leur contrôle exclusif et tatillon du (des) métier(s), leur autoritarisme hiérarchique. Le besoin de main d’œuvre appela dans la ville quantité de travailleurs et artisans ne bénéficiant ni de la « franchise » de la cité ni des hypothétiques « connaissances ésotériques » que certains leur attribuent. Ils y furent admis par décision royale (voir E Conder, 1894, The Hole Craft and Fellowship of Masons). C’est dans un monde neuf qu’apparurent les modes associatifs (clubs et .. « loges » !) du plus grand centre urbain de l’Europe de l’époque.

  • 16
    Jean van Win 16 août 2018 à 11:31 / Répondre

    Je lis : « Maintenant, rien n’est expliqué. Pourquoi cela est il né ? pourquoi un tel succès en quelques années ? Et surtout quel est le rapport entre ce club « qui réussit » et les « constructeurs de cathédrale » de la légende vénérée par d’aucuns ? Là reste la question. »
    Un lecteur ami m’écrit : « Il me semble quand même que la maçonnerie s’est greffée sur un système initiatique plus ancien. De nombreux groupements initiatiques existaient jusqu’à la chute de l’empire romain (pythagoriciens, culte initiatique de Mithra, etc…) ont-ils disparu sans laisser de traces ?
    Y a-t-il des restes de ce genre de société au Moyen Âge (on prétend que Dante était initié). »
    Bref : pourquoi cela est-il né, et tant qu’on y est, comment cela est-il né ?

    • 17
      Désap. 16 août 2018 à 13:03 / Répondre

      Si les maçons d’aujourd’hui n’ont pas l’intuition des réponses à ces questions, c’est qu’ils n’ont fait que lire leur rituel sans chercher, soit à comprendre quelque chose, soit à remettre en question leurs diverses croyances ; et bien souvent les deux ! d’où la différence soulignée par Guénon entre initiations virtuelle et effective.

  • 15
    pierre noel 16 août 2018 à 11:06 / Répondre

    J’ai écouté sur You Tube les conférences prononcées lors du colloque organisé par AQC en 2017 (avant de pouvoir les lire dans le prochain n°). C’est du plus grand intérêt.
    Tous les conférenciers (Prescott, Berman, Somers et Hamill) sont d’accord pour dire que l’organisation administrative d’une GL ne fut pas créée en 1717, mais ne fut finalisée qu’en 1723 (avec la nomination d’un grand secrétaire). En revanche, tous admettent qu’il s’est passé quelque chose en 1717, même si ce ne fut qu’un dîner festif réunissant quelques dizaines de personnes choisissant un « Grand Maître » pour présider la soirée. Ce « dîner festif » se répéta d’année en années et attira de plus en plus de participants jusqu’à devoir se tenir dans le bâtiment d’une « Livery Company (1), celle des éditeurs, et non plus dans une salle de taverne, pour l’installation du premier GM appartenant à l’aristocratie, en 1721. Celui-ci, le duc de Montagu, était un familier de la cour de George I, farouchement hanovrien et très proche des milieux huguenots.
    Les « présidents » (GM) successifs sont connus de 1717 à 1721, et ils étaient encore vivants lors de la publication par Anderson de son histoire en 1738. Or, si on suit Prescott, ces « survivants » auraient tous été complices de la « forgerie » d’Anderson, pour des raisons vénales pour certains, politiques pour d’autres. Il est pourtant difficile de croire que tous étaient complices, Payne, Désaguliers, Delafaye, Montagu, Richmond, Stukeley, Cowper … d’autant que, d’après Prescott toujours, un des objectifs aurait été d’aider financièrement Anthony Sayer tombé dans le besoin (Prescott va jusqu’à dire que sa Grande Maîtrise aurait été inventée, a posteriori, pour lui assurer le soutien financier de la GL).
    Prescott sa base en outre sur un livre de minutes de la loge Antiquity (celle qui se réunissait au Goose and Gridiron, parvis de St-Paul) qui rapporte qu’à l’occasion de l’installation du duc de Montagu en juin 1721, les 4 loges « fondatrices» auraient remis la totalité de leurs « pouvoirs » (notamment de faire des maçons et de se réunir sans autorisation de quiconque) au Grand Maître. C’est cette décision qui serait le véritable acte de naissance de la Grande Loge de L&W (en tant qu’entité effective). Le premier Grand Secrétaire sera nommé deux ans plus tard.
    La validité de ce livre de minutes est discutée par Hamill et surtout par Colin Dyer. Il semble écrit a posteriori, lors de la sécession momentanée de la loge Antquity (celle qui se réunissait au Goose and Gridiron justement).

    Certes le récit d’Anderson de 1738 ne peut être exact dans les détails. Il a menti par omission ou autrement sur plusieurs points. Il s’est trompé sur d’autres. Mais rejeter en bloc tout ce qu’il rapporte est sans doute excessif. Maintenant, rien n’est expliqué. Pourquoi cela est-il né, pourquoi un tel succès en quelques années ? Et surtout quel est le rapport entre ce club « qui réussit » et les tailleurs de pierre de la légende ?
    La dimension politique de l’événement ne fait aucun doute pour personne : c’était une réunion de partisans du régime parlementaire, de la monarchie constitutionnelle et de la dynastie protestante des Hanovre. Et parmi ces « Whigs », les huguenots d’origine française jouaient un rôle éminent. Comme l’a rappelé Ric Berman, la menace jacobite (qui aurait signifié le retour de l’absolutisme des Stuarts et du papisme, sans compter le triomphe de l’hégémonie français) planait sur l’Angleterre de 1720 et elle persista jusqu’en 1750.
    Comme l’a dit Cécile Révauger, les historiens français de la maçonnerie sont depuis toujours fascinés par le « romantisme » de la cause jacobite qui les empêche de voir vraiment ce qui s’est passé outre-Manche.
    Andrew Prescott a répété sa thèse des « mensonges d’Anderson » dans sa relation de 1738, qui lui auraient été imposés par les dirigeants de la Grande Loge d’Angleterre.
    1) Le Stationers’hall (endroit prestigieux de la City) est situé à 0,2 miles du St-Paul churchyard (angle NO de la cathédrale) où se trouvait la taverne « the goose and the gridiron ». C’est le trajet qu’a fait pied (et en décors) la procession conduisant le duc de Montagu au lieu de son installation.

  • 14
    pierre noel 15 août 2018 à 18:09 / Répondre

    Thomas Manningham, député GM de la Grande Loge d’Angleterre de 1752 à 1757 (la GL des « moderns »), répondit le 12 juillet 1757 à une lettre d’un dignitaire de la Grande Loge de Hollande (archives du GO des PB). Le 26 décembre 1756, 10 loges hollandaises s’étaient réunies à La Haye à l’invitation de la loge « La Royale » fondée en 1752 par une patente anglaise accordée par Lord Carysford (GM 1752-1753). Elles avaient élu Albregt Nicolaas, baron van Aersen Beijeren, Grand Maître de la maçonnerie hollandaise (c’est le début de l’actuel Grand Orient des Pays-Bas). Dans cette lettre, H.Sauer (2° Grand Surveillant) demandait au DGM anglais ce qu’il fallait penser des grades chevaleresques qui se répandaient dans la République (Batave) depuis une dizaine d’années. La réponse fut très négative, ce qui ne surprendra personne, mais l’intérêt de la lettre est la mention de Sir Christopher Wren comme « prédécesseur du GM Payne », celui qui fut GM en 1718 et 1720 (il décéda en février 1757, quelques mois seulement avant que cette lettre fût rédigée, son auteur avait donc du le connaître personnellement).
    [La lettre se trouve dans E.A. Boerenbeker Anglo Dutch Relations from 1734 to 1571. AQC 83 (1970): 149-176.]
    « Ces innovations (nb : le chevalier d’orient) sont (apparues) ces toutes dernières années, & je crois que les Frères ne trouveront que difficilement un Maçon qui en ait été informé il y a vingt ou plutôt 10 ans. Mon propre père a été Maçon pendant 50 ans, il a été en loge en Hollande, en France et en Angleterre. Il ne connaît aucune de ces cérémonies. Elles sont inconnues du Grand Maître Payne qui a succédé à Sir Christopher Wren, comme elles le sont d’un Frère de 90 ans avec qui j’ai discuté récemment. Il fut fait Maçon dans sa jeunesse … et n’a jamais entendu parler ni connu d’autres cérémonies ou mots que ceux en usage parmi nous. »
    Ce sont là deux témoignages des années 1700-1720, antérieurs en tout cas à 1721, qui parlent (ou en tout cas ne les démentent pas) de la Grande Maîtrise de Payne (GM en 1718 et en 1720) et de celle, nécessairement plus ancienne, de Sir Christopher Wren (1637-1723) qui aurait été « adopté » le 18 mai 1691 d’après une note de John Aubrey dans son Journal (This day … a great convention at St. Paul’s church of the Fraternity of Accepted Masons where Sr. Christopher Wren is to be adopted a Brother).
    Il n’y aurait rien de plus normal que Wren, personnalité importante de l’époque, Maître des Travaux du Roi et architecte de la reconstruction de Londres après l’incendie de 1666, connaisse la Compagnie des Maçons (dont il devait utiliser les services !) et qu’il ait à l’occasion fréquenté son club fermé à vocation conviviale, l’Accepcion réservée à l’élite de la Compagnie et à des gentlemen choisis. Qu’en plus il ait reçu un titre honorifique de ce « club » assez semblable à ceux qui faisaient fureur à Londres n’a rien qui puisse étonner. (M. Scanlan : “The Master of the Masons’ Company in 1691 was John Thompson, whose workshop supplied work for Wren, and who, as Ashmole’s Diary entry proves, was a member of the `Acception’ lodge nine years earlier”).
    Remarquons que Wren aurait été « adopté » dans la Fraternité des Maçons « Acceptés », ce qui rend encore plus plausible qu’il se soit agi d’un titre honorifique.

  • 13
    pierre noel 12 mars 2018 à 20:51 / Répondre

    Le symposium de 2017 d’AQC sur « 1717 » est assez remarquable et devrait être écouté par tous (des sous=titres sont disponibles, mais il faut se méfier des transcriptions débridées des mots français).
    J’en retiens surtout que la date de début du « système administratif » de la GL de L et de W date de 1721, alors qu’auparavant c’était simplement une réunion occasionnelle de convives qui se choisissaient un président (appelé Grand Maître pour l’occasion). Ces « présidents » (GM) successifs sont connus et bien réels, de 1717 à 1721. Ils étaient encore vivants lors de la publication par Anderson de son histoire en 1738 et ils ne l’ont pas désapprouvée. Si on suit A.Prescott, ces « survivants » auraient tous été complices de la «forgerie » d’Anderson, pour des raisons vénales pour certains, politiques pour d’autres. C’est une histoire que j’ai du mal, je l’avoue, à gober.

    Admettre que tous étaient complices, Payne, Désaguliers, Delafaye, Montagu, Richmond, Stukeley … C’est quand même un peu gros, d’autant que si on suit Prescott, le ressort initial aurait été d’aider financièrement Anthony Sayer tombé dans la dèche.

    Certes le récit d’Anderson de 1738 ne peut être exact dans les détails. Il a menti par omission ou autrement sur plusieurs points. Il s’est gouré dans les détails. Mais de là à rejeter en bloc tout ce qu’il rapporte est sans doute excessif.
    Par contre, la démonstration de R.Berman qui replace tout cela dans le contexte de l’époque, dans une Angleterre aux abois entre l’absolutisme français et l’intolérance papiste, est plus que séduisante.

    Maintenant, rien n’est expliqué. Pourquoi cela est il né ? pourquoi un tel succès en quelques années ? Et surtout quel est le rapport entre ce club « qui réussit » et les « constructeurs de cathédrale » de la légende vénérée par d’aucuns ? Là reste la question.

  • 12
    pierre noel 29 juin 2017 à 13:25 / Répondre

    Andrew Pink, dans sa thèse sur la culture musicale en Angleterre (The musical Culture of Freemasonry in early eighteenth Century England, 2007), montre que la taverne L’Oie et le Grill était la maison de la guilde (londonienne) des musiciens et le lieu de leurs réunions. L’enseigne de la taverne portait en réalité un Cygne et une Lyre, qu’il était aisé de confondre avec une oie et un grill.
    Le registre de cette guilde comporte une entrée, le 24 juin 1717, qui rapporte un paiement ce jour-là de 2 d /6p, avec la mention « frais de concert ». Or c’est justement la date citée par Anderson ! La concordance de date est stupéfiante et il est bien difficile de ne pas faire le rapprochement : les francs-maçons auraient profité de l’occasion pour agrémenter leur dîner d’un accompagnement musical. Certes, l’objet de ces frais n’est pas mentionné dans le registre et il faut être prudent (il peut s’agir de tout autre chose). Mais l’idée n’est-elle pas belle ?
    Cité par Andrew Prescott, Die erste Erwâhrung der Gross-Loge ? in Wurzeln der Freimaurerei. 2016, pp 287-292

  • 11
    Vincent Marche 29 juin 2017 à 10:19 / Répondre

    Pour Dachez, historien, il ne s’est rien passé le 24 Juin 1717. C’est sans doute pourquoi Dachez, Président de l’Institut Maçonnique de France, ne juge pas utile de coordonner les événements commémoratifs du tricentenaire.

  • 10
    pierre noel 29 juin 2017 à 08:56 / Répondre

    L’article de Pierre Girard- Augry (Les survivances opératives en Angleterre et en Ecosse, VdH 2° série, 1981, 3 :100-121) est très intéressant, bien documenté et présente des faits inédits jusque-là, glanés par Stretton et Yarker dans les dernières années du XIX° siècle. Ces faits ne reposent sur aucune preuve documentée et doivent être accueillis avec une méfiance certaine malgré, ou peut-être à cause de leur aspect séduisant (trop séduisant même). Guénon en tout cas fut séduit ! (lire dans le même volume, Jean Tourniac, l’Ordre Royal d’Ecosse et les Opératifs dans la perspective de René Guénon. p 122-155). Les rituels opératifs semblent bien une reconstruction enthousiaste, ce qui n’enlève rien à leur intérêt bien réel.

  • 8
    pierre noel 28 juin 2017 à 18:25 / Répondre

    La Worshipful Society of Free Masons, Rough Masons, Wallers, Slaters …. » , organisée en 1913, est pour beaucoup ce que les systèmes de degrés « au-delà de la maîtrise » ont secrété de mieux dans la franc-maçonnerie anglaise. Initialement animée par Clement Stretton et John Yarker (sans oublier Miss Debenham), elle reprend les récits malicieux de Dermott, tout ce qu’évoque Négrier et ce qu’admirait R.Guénon, mais elle a la sagesse d’ajouter que rien de tout cela n’est prouvé.
    Comme l’écrit la Society dans un livret explicatif :

    « Le but de la société est de préserver la mémoire, perpétuer les pratiques des Francs maçons opératifs qui existaient avant la Franc maçonnerie spéculative ou qui ont subsisté en dehors d’elle, d’après une certaine tradition….

    La société ne prétend pas être le successeur ni avoir de lien avec une société plus ancienne de même nom ou de nom similaire. Elle ne prétend pas non plus que ses cérémonies représentent ou ont jamais représenté les pratiques des tailleurs de pierre ou autres artisans… »

  • 5
    JEAN VAN WIN 28 juin 2017 à 15:10 / Répondre

    Il faut que les faits existent en quantité suffisante permettant de recouper les sources. Ensuite, ne pas fermer la porte à d’autres faits nouveaux qui peuvent surgir et changer la donne. Quant à leur interprétation, nous sommes de humains, et pas encore des robots. C’est là qu’interviennent les opinions, qui doivent être considérées comme provisoires et subjectives. L’histoire est une « science » qui requiert l’humilité et l’emploi du conditionnel.

  • 3
    Luciole 28 juin 2017 à 13:51 / Répondre

    De nos jours en France les « enfants naturels » jouissent des mêmes droits que les enfants « légitimes ». Il serait temps que les Grandes Loges fassent de même et que les questions de filiation anglaise, écossaise, irlandaise, égyptienne, extra-terrestre ou autre soient remises à une place plus modeste.
    L’une des difficultés étant comme bien souvent ailleurs l’absence de documents authentiques, indiscutables et précis. Un faussaire inspiré est parfois bien utile.
    Qu’importe qui a dit une parole juste si elle est porteuse de bien.Si elle est reprise plus tard par d’autres tant mieux.

  • 2
    JEAN VAN WIN 28 juin 2017 à 12:16 / Répondre

    Il n’est pas question ici d’opinions. Il est question d’histoire, et donc de faits qui se documentent et s’établissent comme tels. Il est peu utile d’avoir plusieurs « points de vue » sur l’existence de Napoléon.
    Elle est hélas indiscutable, malgré la littérature abondante qui énonce sur ce sujet des points de vue voisins du bavardage.

    • 4
      Elie May 28 juin 2017 à 14:57 / Répondre

      Il n’est pas question d’opinion mais de faits, certes. Mais il s’agit de savoir quels faits on sélectionne et surtout comment on les interprète…

  • 1
    Jean Grenier 28 juin 2017 à 08:58 / Répondre

    Il est heureux que l’histoire de la FM ne soit pas écrite que par une seule main. Pierre Noel est un des chercheurs importants, même s’il est moins connu que certains.
    Il en est de même de Michel Konig, auteur de « L’initiation de la FM – rétablissement d’une vérité historique » (éditions Conform).
    Il est plus utile de lire plusieurs points de vue pour se faire une opinion.

    • 6
      NEGRIER 28 juin 2017 à 15:59 / Répondre

      Anderson devint en 1710 le chapelain de la loge de la cathédrale Saint-Paul qui se réunissait à l’auberge L’Oie et le Gril. Sur les rôles d’Anderson et de Désaguliers dans les étapes qui, de l’automne 1714 à l’été 1717, précédèrent la création de la Grande loge de Londres, il faut lire : Pierre MEREAUX, Les Constitutions d’Anderson, imposture ou vérité ?, Monaco, Rocher 1995.

      • 7
        Michel Hermand 28 juin 2017 à 16:38 / Répondre

        L’ouvrage de Méreaux est effectivement une source précieuse d’information. En ce qui concerne Anderson et Désaguliers entre 1714 et 1717, il s’agit notamment du récit qui a été à la base de la fondation des Operatives en 1913 (qui a également fait l’objet d’un article dans les Cahiers de Villard). A consulter également: les proceedings de la conférence tenue à Cambridge à l’automne 2016.

        • 9
          Michel Hermand 28 juin 2017 à 20:27 / Répondre

          J’aurais dû effectivement être plus précis en indiquant que le récit en question n’est corroboré par aucun document et qu’il n’est nullement présenté comme authentique… une situation à comparer avec celle du récit d’Anderson de la période 1717-1721 de la Grand Lodge. Pour Villard, il s’agit du n°3 (deuxième série).

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