Canting Crew

Le mot de maçon

Par Pierre Noël dans Divers

Le « mot de Maçon », dont la première citation se trouve dans le poème, « The MusesThrénodie » (« Lamentation des Muses », 1638) d’Henry Adamson, où il est associé avec les frères de la Rose-Croix (Rosie Crosse) et la clairvoyance (second sight), a fait couler beaucoup d’encre, certains y voyant un message religieux, d’autres un système ingénieux de reconnaissance entre maçons de métier. Un exemple s’en trouve dans un dictionnaire édité en 1699, exhumé par l’incomparable Ric Berman en 2010 (la page de garde se trouve sans difficultés sur le web).

A new dictionary of the Terms Antient and Modern of the Canting Crew in its several Tribes

« Un nouveau dictionnaire des termes anciens et modernes des argots utilisés par différentes tribus de gitans, voleurs, mendiants, tricheurs &tc. avec l’addition de quelques proverbes, phrases et discours sous forme de métaphores, &tc.
Utile à toutes espèces de gens (surtout aux étrangers) pour assurer la sécurité de leur argent et préserver leur vie ; en plus aussi divertissant qu’amusant, étant tout nouveau. » par B.E. Gent(leman), Londres.
Imprimé pour W.Haiwes à la « Rose » dans Ludgate-street, P. Gilbourne au coin de Chancery-Lane dans Fleet street, et W. Davis au « Taureau-Noir » dans Cornhill. »

Ce dictionnaire, compilé par un auteur inconnu sinon par ses initiales, B.E. G(entleman), publié par plusieurs éditeurs de la Cité de Londres, comme il y en avait tant en ce temps-là, fait état sous l’entrée « Mot des Maçons » (Masons-word) d’un moyen de reconnaissance, propre aux maçons, leur permettant d’obtenir aide et assistance d’une loge écossaise. Il était conféré sous serment, dit le texte, après des cérémonies décrites comme fastidieuses.

« Masons-Word : who ever has it, shall never want, there being a Bank at a certain Lodge in Scotland for their Relief. ‘Tis communicated with a strict Oath, and much Ceremony (too tedious to insert), and if it be sent to any of the Society, he must, (nay will) come immediately, tho’ very Busy, or at great Distance. »
« Mot des maçons » : qui jamais le possède ne manquera jamais de rien, puisqu’il y a en Ecosse une banque dans une certaine loge pour les assister. Il est communiqué avec un serment strict et beaucoup de cérémonies (trop fastidieuses pour être décrites) et s’il est envoyé à quelqu’un de la Société, il doit (ou plutôt il voudra) se présenter sur le champ, aussi occupé soit-il et sans tenir compte de la distance.

On remarquera l’injonction d’avoir à répondre sans délai à la communication du Mot. C’est une constante des allusions à ce Mot qui n’en est pas un : devoir y répondre sur le champ.

lundi 08 janvier 2018 63 commentaires
  • 61
    pierre noel 28 janvier 2018 à 21:33 / Répondre

    Il n’est pas inintéressant d’ajouter que la rivière Tay à Perth est large d’environ 150 m, à peu près comme la Tamise à Londres (elle est large de deux miles à Dundee lorsqu’elle se jette dans la mer du Nord). Le pont de pierre dont parle Adamson et qui fut emporté par la crue du fleuve avait 11 arches (il avait été construit sous la direction d’un fameux maçon du temps, John Mylne, cité dans le poème, maître de la loge de Perth and Scone (actuelle n° 3 de la GL d’Ecosse) qui se targue d’avoir reçu le roi Jacques VI en 1601.
    Cela donne une impression de la maîtrise de ces constructeurs, quelques siècles après la fin du « temps des cathédrales », plusieurs siècles avant que leurs successeurs ne construisent les gratte-ciels du nouveau monde.

    • 62
      Chicon 29 janvier 2018 à 12:29 / Répondre

      (61) c’est ce qui se passe en dessous de l’eau qui est épatant. On devait construire un « batardeau » en bois à l’époque, de la profondeur de la rivière plus la profondeur des fondations. Ce batardeau ou enceinte close devait forcément etre étanche pour ne pas se remplir d’eau. Une piscine à l’envers.
      Avec des hommes travaillant à la pelle au fond.
      Comme des « mineurs de fond ».
      La traversée de la Seine pour le métro et de l’Escaut pour les tunnels routiers , c’était un jeu d.enfants

    • 63
      Désap. 29 janvier 2018 à 14:35 / Répondre

      Que dire de Imhotep, de Charès de Lindos, de Vitruve, pour ne citer qu’eux ?
      La Maçonnerie n’est-elle pas un exercice qui consiste à reconnaitre ce qui est extraordinaire et retrouver la connaissance anéantie et perdue un certain 25 juillet 325 de la plus triste mémoire ; n’est-ce pas cette parole qu’il nous faut retrouver ?
      Pentateuque ? Evangiles ? Sourates ? De quoi parlez-vous exactement ? De cet imbroglio de mots et, parfois, d’idées, plus violents les uns que les autres et qui expriment tout et son contraire ?
      Balivernes !

  • 57
    pierre noel 26 janvier 2018 à 11:54 / Répondre

    Depuis près de 20 ans, je suis avec énormément d’intérêt les développements de P.Négrier, qui sont toujours source de réflexion. J’en conseille la lecture sans réserve. Ceci ne signifie pas que je partage pour autant ses opinions toujours tranchées, affirmatives et un tantinet péremptoires lorsqu’elles ne sont pas vraiment démontrées (je dirais, comme Stevenson le fait en parlant de ces choses, « Not Proven », 1988, chap 6).
    Depuis Gould, Hughan et jusqu’à Stevenson, tous sont bien d’accord que les Old Charges des francs-maçons sont d’origine anglaise et que l’histoire légendaire du métier apparaît vers la fin de la guerre de cent ans (pas le métier lui-même qui remonte à la révolution néolithique). Tous conviennent de même que le Mason Word (le mot de maçon) apparaît en Ecosse au XVII° siècle et qu’il est attaché à une certaine aura de mystère, d’invisibilité, à quelque chose qui touche au supranormal, voire à la sorcellerie (bien que les presbytères écossais ne se soient pas résolus à le condamner !). Ces deux thèmes sont les fondements du développement qui conduira bien plus tard au rituel maçonnique (qui n’apprend à personne à travailler la pierre !). Les Anglais (Gould, Hughan, Hamill) privilégient la piste anglaise ; les Ecossais (Stevenson) privilégient la piste écossaise. Est-il permis de ne pas prendre position dans ce débat entre frères ennemis ?
    Faut-il y voir l’amorce de « rites » différents, avec le sens très restrictif, anachronique et malheureusement conflictuel que ce mot a en franc- maçonnerie française actuelle ? Qu’il me soit permis de ne pas le croire. Je ne crois pas non plus que l’ouvrier maçon, tailleur de pierre, constructeur de cheminées ou de ponts, ait été une espèce de moine dans le siècle n’ayant comme souci que la glorification du Tout-Puissant (invoqué dans l’exorde des Old Charges, avec le Fils et le Saint-Esprit) par la réalisation de l’ouvrage commandé. Je ne crois pas non plus qu’il avait continuellement à l’esprit sa condamnation absolue sa dépravation totale depuis la faute de son aïeul mythique (malgré le spectacle permanent de la mort en ces temps-là, lui rappelant son sort prochain).
    Quant à l’aspect plus « anecdotique », la diffusion du phénomène depuis la loge de Kilwinning, son implantation à Cannongate, à Aberdeen, la réaction de Perth, l’influence du calvinisme hollandais, … tout cela est une hypothèse ingénieuse qui doit être prise en considération, mais qui reste du domaine de l’hypothèse que beaucoup estimeront « non prouvée »

    • 60
      NEGRIER 26 janvier 2018 à 13:55 / Répondre

      Cher Pierre Noël, je te remercie de l’intérêt que tu portes à mes travaux et de ta bienveillance à mon égard. J’accepte volontiers ta conclusion d’historien disant que mes conclusions ne sont pas prouvées. Je ne suis pas un historien mais un philosophe et lorsqu’il m’arrive de faire un peu d’histoire maçonnique (tant de l’institution que de la pensée) c’est encore en philosophe car je me borne en herméneute à interpréter la documentation maçonnique disponible (la pratique du Mot de maçon par la loge d’Aberdeen en 1699 est attestée par un document publié par Harry Carr). Je n’affirme donc que ce que ma raison me présente comme plausible voire comme probable à défaut de meilleures explications. Je pense que la documentation disponible doit être interprétée et qu’il n’est pas souhaitable de se borner aux faits bruts rapportés par la documentation.

  • 50
    pierre noel 25 janvier 2018 à 19:14 / Répondre

    La 2° Muse d’Adamson est un poème champêtre et bucolique, calme et doux comme une journée de printemps. La langue en est admirable, les trouvailles poétiques nombreuses. Il traduit la joie de vivre, le plaisir de l’amitié, la jouissance du moment présent (l’inverse même de la rigueur calviniste du temps) . On peut le comparer à ‘L’après-midi d’un faune » de Mallarmé, à certaines « Méditations romantiques de Lamartine. En outre, il rappelle le « Paradise Lost » de Milton, par la maîtrise de la langue, la richesse de ses références classiques et l’évocation d’un passé révolu.
    Je regrette de n’avoir pas le talent nécessaire pour vous faire profiter de ce joyau (au-delà de vos sarcasmes). Il faudrait un Chateaubriand (traducteur de Milton pendant son exil en Angleterre) pour le faire. L’extrait que je vous ai cité à propos de la construction d’un pont en bois (par les Romains) devrait vous donner une idée de la difficulté.
    Chaque Muse (chapitre) se termine par le rappel de la perte douloureuse de Mr Gall (Pourquoi, Mr Gall, faut-il que la maladie vous ait emporté ?)

  • 48
    Emmanuel 25 janvier 2018 à 15:54 / Répondre

    Tout ça c’est bien joli mais ça ne dit toujours pas ce qu’est le mot de maçon… à moins que ce soit le mot de maçon lui-même???

    • 52
      Désap. 25 janvier 2018 à 19:54 / Répondre

      Le « mot de maçon » est le titre d’un rituel pratiqué dans des loges opératives écossaises, filles ou affiliées à la loge Kilwinning, à partir du début du 17è sc.
      Lire les commentaires NEGRIER 32 & 35

    • 53
      NEGRIER 25 janvier 2018 à 23:31 / Répondre

      Le rite du Mot de maçon fut élaboré pour une raison confessionnelle par la loge écossaise de Kilwinning qui refusait de continuer à pratiquer le rite anglican des Anciens devoirs et c’est pourquoi les Statuts Schaw de 1599 demandèrent à cette loge d’élaborer en remplacement un art de mémoire : cet art de mémoire ce fut un rite qui était destiné à être appris par cœur et qui s’appela le « Mason word ». La documentation rassemblée à son sujet par Harry Carr montre que ce rite se composait à l’origine de la communication des deux mots de passe Bo’az et Yakin accompagnés d’un attouchement : la poignée de main appelée plus tard griffe. Conformément aux principes de la Réforme protestante (« Sola Scriptura » et iconoclasme), ce rite était à l’origine exclusivement scripturaire (il est en effet directement inspiré de Galates 2,9) et exclusivement composé d’images verbales (et non plastiques). Kilwinning était une cité calviniste presbytérienne et l’analyse de l’Edimbourg de 1696 confirme que ce rite du Mot de maçon était d’essence calviniste presbytérienne (cf. les origines calvinistes de l’attouchement des « cinq points » et du mot de maître dont les rituels des années 1720 montreront qu’il s’agissait de l’expression « Marrow Bone » qui fut déformée parce qu’elle était murmurée à l’oreille de manière peu audible). Ce rite, apparu vers 1628-1630 (Henry ADAMSON, « Third muse »), se développa jusqu’en 1751 (date d’un des derniers rituels du Mot de maçon : le Maçon démasqué). Au cours de son histoire (1628-1751), le Mot de maçon ne resta pas calviniste : les loges qui le pratiquèrent y inclurent progressivement des éléments empruntés aux Anciens devoirs anglicans (comme la référence aux arts libéraux et en particulier à la géométrie) ou encore des éléments étrangers à l’iconoclasme calviniste (comme la pratique plastique des tableaux de loge qui, esquissée dans le Dumfries n° 4 de 1710, apparaît finalement dans les années 1720). C’est ce rite du Mot de maçon que pratiquait la Grande loge de Londres qui semble l’avoir reçu du pasteur écossais et calviniste James Anderson (qui semble l’avoir lui-même reçu de son père qui était membre de la loge d’Aberdeen qui le pratiquait depuis 1699). Après 1751 ce rite servit de souche à plusieurs autres rites maçonniques qui se répandirent dans le monde entier.

      • 54
        Chicon 26 janvier 2018 à 09:35 / Répondre

        (52)(53) enfin une explication claire et logique, merci pour nos neurones cérébraux.

        • 55
          Chicon 26 janvier 2018 à 10:22 / Répondre

          (52,53,54)
          « mason word » ne se traduit pas par « mot de maçon » mais par « discours ou exposé de maçon » ce qui est tout autre chose .
          Le « mot de maçon » se traduit correctement « ^discours du maçon » qui est le rite comme évoqué plus haut.
          Did you understand my word ?

          • 56
            NEGRIER 26 janvier 2018 à 10:56 / Répondre

            On traduit « Mason word » par « Mot de maçon » en raison de ce que dès l’origine ce rite servait à communiquer les mots Bo’az, Yakin, et Marrow Bone.

            • 58
              Chicon 26 janvier 2018 à 12:00 /

              Je vais te dire un bon mot : le mot rituel vient du mot de maître lors de la tenue ou on entend beaucoup de mots en forme de mot.

            • 59
              Emmanuel 26 janvier 2018 à 12:04 /

              Et c’est ainsi qu’on passe de « maçon world » – maçon du monde, de l’universel ce que sont tous les constructeurs qui travaillent à la Gloire de… – à « maçon word » – maçon du mot, bavards que sont les intellos qui ne travaillent qu’à leur propre gloriole.
              Couper les L de l’esprit c’est ce que se sont toujours sentis obligés de faire tous les systèmes religieux ou obédientiels.

  • 45
    Chicon 25 janvier 2018 à 10:16 / Répondre

    @ P Négrier & P Noël
    L’histoire de la (re)construction du pont de Perth au travers d’une vision à priori brouillée par le whisky, est de l’ordre de la fable ou du conte.
    Nous sommes plus dans les Contes d’Andersen que dans un récit historique, semble-t-il.
    On n’a pas encore parlé de la bête qui hante le Loch Ness et qui aurait participé à la reconstruction du fameux pont.

    • 47
      Chicon 25 janvier 2018 à 12:12 / Répondre

      Il n’y a pas d’histoire de la Grande Bretagne, telle que nous l’entendons en France. L’Histoire etait racontée par les conteurs, elle n’était pas écrite, voir l’Histoire des Rois de Bretagne par Geoffroy de Montmouth. Elle n’a ete ecrite que tardivement à partir d’une tradition uniquement orale, ce qui induit la méfiance: Histoîre et Contes sont mêlés.

  • 43
    pierre noel 24 janvier 2018 à 19:24 / Répondre

    La deuxième muse raconte la promenade de Mr Gall et de son ami le long des rives de la rivière Tay, par une chaude après-midi de printemps. La description en est poétique, romantique et même idyllique. Ils se voient proposer de prendre place sur une barque par deux rameurs de passage. Ils acceptent, devant être à Perth en fin de journée. Pendant leur descente de la rivière, ils aperçoivent sur les rives des êtres semblant irréels, des fées, des nymphes que Mr Gall invite aimablement à bord, se comparant joyeusement à Narcisse (elles refusent !). Ils dépassent Scone (“As we thus talk’d our berge did sweetly passe/ By Scones fair pallace, sometimes Abbay was”), à 3.5 miles en amont de Perth.
    Au terme de leur trajet, ils passent par l’emplacement du pont emporté par la crue de 1621 (où se trouvait autrefois la cathédrale de Perth) et c’est l’occasion pour Mr Gall de prononcer les phrases célèbres (c’est lui qui parle) qui l’ont fait entrer dans l’histoire de la maçonnerie. Mais là ne s’arrête par leur promenade. Ils passent encore par un endroit qui permettra à Mr Gall, intarissable, de rappeler une grande victoire de Julius Agricola contre les Pictes. C’est aussi l’occasion de raconter comment les Romains construisirent un pont sur la rivière et de donner ainsi une description animée du métier de « constructeur de ponts ». Ce premier pont était en bois. Les suivants furent en pierre et (est-ce vraiment une surprise ?) leur construction fut confiée à des maçons
    Meane while couragiously they do advise
    A bridge to build, for further enterprise, *
    Then forthwith fall they with redoubling stroaks
    To fell the tall firre trees, and aged oaks;
    Some square the timber with a stretched line,
    Some do the tenons, and the morties joine,
    Some frame an ovall, others make a cub,
    Some cut a section, other some do grub,
    Some with great compasse semicircles forme,
    Some drive the wadges, painfullie some worme,
    Some do hoyse up the standers, others fixe them;
    And some lay goodly rafters ov’r betwixt them;
    What strength or skill can work, from point to point
    They cunningly contrive with angular joint,
    And do most strongly binde these contignations,
    To make them stand against all inundations.

  • 42
    NEGRIER 24 janvier 2018 à 15:14 / Répondre

    Le pont de la cité écossaise de Perth fut détruit par les flots en 1621. Henry Adamson prétendait « prévoir » grâce à la « seconde vue » que ce serait le roi Charles Ier qui financerait la reconstruction du pont. En réalité cette reconstruction n’aura lieu que 150 ans plus tard et la prédiction d’Adamson était donc à moitié erronée. En effet c’est le roi George III qui contribuera à financer la reconstruction du pont, laquelle s’achèvera en 1771. C’est dans ce contexte de prédiction à moitié erronée qu’Adamson mentionne le Mot de maçon dans la « Third Muse » qui fut écrite en 1628-1630.
    1. L’existence du Mot de maçon à Perth en 1628-1630 n’est pas sans évoquer le Contrat de la loge de Perth de 1658 qui exprime sous le voile d’un langage allégorique (référence explicite au « temple des temples », c’est-à-dire au temple de Salomon et par là aux deux mots de passe Bo’az et Yakin) le fait que la loge de Scone-Perth était la fille de la loge de Kilwinning dont elle avait reçu le Mot de maçon.
    2. La référence au Mot de maçon dans le contexte de la reconstruction du pont de Perth est logique car ce sont les maçons de la loge de Perth qui étaient appelés à reconstruire ce pont.
    3. Le fait qu’Adamson prétende avoir le Mot de maçon alors qu’il n’était pas maçon corrobore le fait qu’à l’origine le Mot de maçon était pratiqué non seulement par certains maçons écossais mais encore par des Ecossais membres des presbytères calvinistes comme l’indiquent trois témoignages : le Rapport sur les faits relatifs aux affaires de l’Eglise d’Ecosse de John comte de Rothes (1637), le Journal de John Lamont (1649), et enfin les Faits divers du presbytère de Kelso (1652).
    4. La cité de Perth était calviniste depuis 1559 et il serait étonnant qu’Adamson ait été d’une autre confession religieuse. La seule question est de savoir s’il était calviniste presbytérien ou calviniste épiscopalien.
    5. Adamson prétend être « frère de la Rose-croix », expression d’un courant littéraire luthérien, et c’est dans le contexte de ce mouvement luthérien qu’Adamson mentionne aussitôt après le « Mot de maçon », signe de l’existence d’un rapport entre ce mouvement luthérien et le Mot de maçon (ce rapport se trouve dans le fait que, selon les quatre premiers témoignages historiques relatifs au Mot de maçon, celui-ci apparut très précisément dans le milieu des calvinistes presbytériens d’Ecosse).
    6. Etant donné que le pont de Perth ne pouvait être reconstruit qu’avec l’argent donné par l’Etat et par le roi, il n’y a pas à s’étonner qu’Adamson, qui aspirait à la reconstruction du pont, ait été royaliste : à la même époque l’Ecossais Robert Moray était à la fois calviniste presbytérien et royaliste.

    • 44
      HRMS 25 janvier 2018 à 09:35 / Répondre

      quand on dit « royalist  » quelle tendance ?
      Stuart Tories? Hanovre whigs?

      • 46
        pierre noel 25 janvier 2018 à 10:43 / Répondre

        @HRMS
        En 1648, le roi d’Angleterre et d’Ecosse, c’était Charles I Stuart.
        Il n’y avait ni Whig, ni Tory. Le premier roi « Hanovrien » (en 1714) sera un descendant en ligne directe de Jacques Stuart, I° d’Angleterre et VI° d’Ecosse (père de Charles) par sa fille.

        • 49
          HRMS 25 janvier 2018 à 18:32 / Répondre

          merci de cette réponse;
          mais ceux qui n’étaient pas royaliste …Etaient quoi ?

          • 51
            Désap. 25 janvier 2018 à 19:47 / Répondre

            Royalistes ! On est en Écosse en 1648 …

  • 40
    pierre noel 24 janvier 2018 à 11:16 / Répondre

    Si vous voulez savoir ce que les Ecossais entendaient par clairvoyance !

    A SUCCINT ACCOMPT OF My LORD TARBOTT’S RELATIONS,
    OF THE PREDICTIONS MADE BY SEERS, Whereof himƒelf was Ear and Eye-witneƒs.
    (Une relation succincte des prédictions de voyants, par un témoin)
    J’ai entendu beaucoup de choses de la Seconde Vue (sans trop y croire) … J’ai été amené à m’enquérir de ces choses en 1652, étant contraint d’habiter dans le Nord de l’Ecosse … L’avis général était que de nombreux Highlanders, surtout ceux des Iles, en étaient pourvus, hommes, femmes et enfants indistinctement. Parfois, ce don venait avec l’âge, mais nul ne pouvait dire d’où cela venait. C’est un handicap désagréable pour la plupart de ceux qui en sont atteints et ils aimeraient en être débarrassés à n’importe quel prix s’ils le pouvaient. La vision n’est pas très de longue durée, ne durant qu’aussi longtemps qu’ils ne clignent pas des yeux. Les plus hardis fixent des yeux pour que la vision dure plus longtemps ; mais les peureux ne voient que l’espace d’un instant et clignent des yeux dès l’instant qu’ils ont une vision. Celles-ci sont habituellement d’une créature vivante ou d’objets inanimés en mouvement, comme un bateau.
    Ils ne voient jamais de mort. Mais ce qu’ils prévoient ne manquent jamais d’arriver, et en l’endroit où ils l’ont vu. Ils ne peuvent prédire quand surviendra ce qu’ils ont vu …. Ainsi, s’ils voient un homme dans un linceul, ils peuvent deviner si son décès est proche ou lointain d’après que le corps est entièrement couvert ou pas. … (« The secret Commonwealth of Elves …, 1691, dernier chapitre)

    • 41
      Chicon 24 janvier 2018 à 12:10 / Répondre

      (39) n’etant pas Écossais et donc peu porté sur le whisky, la clairvoyance semble pour moi un peu differente de la voyance avec titrage élevé en alcool éthylique.
      Ici on dit de quelqu’un qu’il est clairvoyant quand il voit avec simplicité, loin dans le temps et l’espace. On dit aussi simplement qu’il voit plus loin que le bout de son nez.
      Cela semble une vertu bien maçonnique.
      Mais on n’est pas Ecossais, is’nt ?

  • 39
    Désap. 24 janvier 2018 à 11:13 / Répondre

    C’est une véritable épidémie, il faut sauver le Frère James Anderson.
    On ne parle plus que de bondieuseries, de politique ou d’Histoire,
    et ceci arrange tout le monde, ça permet aux uns de faire des procès en sorcellerie aux autres, et réciproquement bien entendu, et aux derniers d’affirmer que leur interprétation est la bonne parce qu’elle s’appuie sur des preuves dont le contraire n’est, lui, pas prouvé par manque … de preuves.
    Omettant sans aucun complexe et presque ostensiblement que le fondement même de la matière étudiée est, je vous le donne en mille, le secret !!
    Mais attention, il n’y a qu’en matière maçonnique qu’un caractère endogène ne saurait être pris en compte et moins encore au sérieux.
    Ô l’idiot qui se risquerait à prétendre à son impératif ! Bien évidemment, ce caractère là, justement, ne produit pas de preuves, donc circulez.
    Vous me direz, c’est comme le respect des règles, il n’y a qu’en matière maçonnique que ceci ne constitue pas une vertu, bien au contraire d’ailleurs.
    Il faut bien comprendre que l’on a construit les cathédrales avec une totale liberté de conscience, la Gravité on s’en fout, seul l’ornement Glorieux compte !
    Oui mais bon, après s’être pris trois/quatre fois les murs sur la figure, les Maitres d’oeuvre sont resté sourds au exigences des Maitres d’ouvrage et en ont fait, pas à leur tête, mais bien à la tête des exigences des lois naturelles, et ceci même si cela contrevenait aux sacro-saints textes sacrés parce que, en l’occurrence et sans contestation possible puisque là ! on en avait la preuve, c’étaient bien les textes qui se trompaient : les murs s’écroulaient ; c’était l’époque où la liberté de conscience fonctionnait à l’envers ; ah mais non ! on nous dira qu’à cette époque il s’agissait de « certitudes de conscience », le dogme. Oui, c’est possible … mais ça revient très exactement au même : ça dénature.
    Ceci m’amène à poser quelques questions :
    – Pensez-vous raisonnablement qu’en loge opérative on parlait « Temple de Salomon, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et guerre des Gaules » ?
    Sans aucune preuve, je me risque à prétendre qu’on y parlait « objectivité face à la réalité » et c’est bien cela qui menait à la libération, plus surement que l’efficience supposée d’un hypothétique Salut dont on avait pu constaté la fragilité, tout du moins en terme de Construction.
    – Pensez-vous que la construction d’un édifice aussi complexe qu’une cathédrale en 1163 ne produise aucune intelligence ni aucune projection ?
    – Pourquoi voudriez-vous qu’à 39 ans, dont on pourra estimer que c’est équivalent à 67 ans en 1958, James Anderson entama une carrière de faussaire ayant pour conséquence de trahir tous ses serments de Maçon ??
    Vous avez 4 heures !
    🙂 🙂

  • 37
    pierre noel 23 janvier 2018 à 20:31 / Répondre

    Henry Adamson (1583-1639), était le fils de James Adamson qui fut Dean (doyen) de la guilde des marchands (son fils devait connaitre l’existence de la guilde/loge des maçons) puis prévôt de la ville de Perth (est de l’Ecosse, à côté de Dundee). Destiné à la prêtrise comme son oncle Patrick (qui fut archevêque avant d’être destitué par la réforme protestante), il devint instituteur dans sa ville natale.
    Il publia son poème « Les lamentations des muses ou les complaintes enjouées lors de la mort de Mr Galll » en 1638 (un an avant sa mort à lui). Ce poème, divisé en neuf “muses”, reprend les incidents de l’histoire écossaise, les particularités de la ville de Perth et loue les qualités de Mr Gall, un ami de l’auteur, mort prématurément. Jeune homme plein d’esprit, appréciant les plaisanteries, bon compagnon et bon vivant, ce Mr Gall appréciait la musique et la danse. Il aimait le curling (cette espèce de pétanque sur glace), le golf et surtout le tir à l’arc (la première « Muse » décrit avec entrain un exercice de ce sport et la dextérité de Mr Gall).
    Il était tout le contraire de l’image du calviniste classique, sévère, triste comme un jour sans pain, condamnant la musique et les distractions, imprégné de cette conviction que l’homme depuis la faute originelle est un mort vivant qui ne peut qu’espérer que le christ le choisisse au nombre des élus.
    Mais 1639 vit aussi le début de la guerre dite « des évêques », le parlement écossais refusant la volonté du roi Charles I (un Stuart !) de rétablir la prlmauté des évêques dans l’église d’Ecosse. C’est le début de 12 ans de guerres qui ne se termineront que par l’exécution du roi en 1649.
    Or Mr Gall, comme son ami Adamson, était royaliste et exaltait la puissance royale sur les deux royaumes.
    (Second Muse, p 23)
    Then reigne, great Charles, our nostrels svveetest breath,
    Long may thou reigne Defender of the Faith,
    Inthron’d among these vvorthie peerlesse pearles,
    And let all say, God save our good King Charles;
    « Que long soit ton règne, Charles, défenseur de la foi ! »
    Le passage toujours cité où Gall annonce la reconstruction du pont sur la Tay, emporté par une crue, est clair. Après avoir affirmé qu’il était rose croix, qu’il possédait le mot de maçon et le don de double vue (clairvoyance), il prévoit (il dit « voir ») la reconstruction du pont. Sur ce pont sera gravé en lettres d’or l’acrostiche du nom du roi, Carolus Rex, avec les écussons d’un roi de Grande Bretagne. Ce n’est pas là langage d’un partisan des synodes presbytériens.
    In fair acrosticks Carolus Rex is seen,
    Describ’d upon that bridge in perfect gold,
    By skilfull art this cleerlie we behold,
    With all the scutcheon of Great Britain’s king,

    Ni Mr Gall ni Adamson n’étaient « maçons » et calvinistes.

  • 35
    NEGRIER 21 janvier 2018 à 19:58 / Répondre

    La transition se rapporte d’abord au fait que des loges opératives passèrent du rite anglican des Anciens devoirs au rite calviniste presbytérien du Mot de maçon (une exception : en 1702 la loge écossaise de Haughfoot pratiqua le Mot de maçon sans semble t-il avoir pratiqué auparavant un Ancien devoir). Ce passage d’un ancien rite à un rite nouveau s’opéra d’abord dans les loges opératives d’Ecosse (patrie du Mot de maçon) puis dans certaines loges d’Angleterre comme dans les 4 loges fondatrices de la GL de Londres qui pratiquaient d’abord les Anciens devoirs (c’était par exemple le cas de la loge de la cathédrale Saint-Paul qui reçut en 1691 Christopher Wren avec un Ancien devoir : l’Antiquity n° 2 de 1686) avant que James Anderson leur transmette fin 1714 le Mot de maçon (de facto le rituel de la loge d’Aberdeen dont le père de J. Anderson était membre). David Stevenson a retrouvé des versions d’Anciens devoirs dans quatre loges écossaises qui, ayant d’abord pratiqué les A.D., se mettront ensuite à pratiquer le Mot de maçon : Kilwinning (à la suite des Statuts Schaw de 1599), Aberdeen, Aitchison’s Haven, et Dumfries.

  • 34
    pierre noel 21 janvier 2018 à 18:16 / Répondre

    L’exemple de Dundee montre la transition telle qu’elle dut être, non comme certains la rêvent (Margaret Jacobs. Living the enlightenment. 1991)
    Il y avait dans cette ville écossaise, comme partout, des constructeurs, maçons, charpentiers, ardoisiers. A la fin du XVI° siècle, ils obtinrent le droit (la liberté, « freedom ») de s’unir en une société regroupant les pratiquants de l’art de géométrie (entendez les métiers usant de l’équerre, du compas et de la règle). Quelques vingt ans plus tard, ils purent choisir un diacre (deacon) et finalement obtinrent tous les privilèges inhérents à leur statut dans la cité, le droit de choisir leurs apprentis, de les former, de les enregistrer dans leur société, d’en faire des compagnons … et surtout de cadenasser le métier et d’en réserver la pratique à leurs membres (nécessairement natifs de leur ville).
    A la fin du siècle, ils se trouvèrent dans une impasse financière dramatique. C’est alors, en 1700, qu’ils décidèrent d’admettre des « étrangers », de préférence proches des working-masons, mais cette restriction fut bientôt levée. Ces « étrangers » devinrent de plus en plus nombreux, de plus en plus influents, et finalement prirent le pouvoir de la société. Il s’agissait, non de nobles, mais de bourgeois plutôt fortunés, marchands, horlogers, entrepreneurs, hommes de loi, fonctionnaires des accises, ce qu’on appelait « des professionnels ». A tel point que dès 1735, l’autorité dans la société était entre les mains de ces « gentlemen-masons ». Il resta jusqu’à la fin du siècle des «maçons opératifs » sur la liste des membres mais leur influence ne fut plus que marginale. La loge fut l’une des loges fondatrices de la Grande Loge d’Ecosse en 1736.
    En même temps que la constitution de la loge changeait, le vocabulaire des minutes se modifia avec l’introduction de termes empruntés à la vie publique, par la disparition des évocations religieuses trinitaires liminaires des Old Charges, remplacée par le seul GADLU.

  • 30
    Désap. 20 janvier 2018 à 22:11 / Répondre

    Dans les différentes hypothèses, notamment celle de « l’emprunt », quelle place tiennent les Maitres d’oeuvres, les « Maitre maçon du roi », les « Maistre maçon des oeuvres du roy par tout son royaume », les Architectes ?
    Du XIè au XVIè sc., ils se comptent au tout petit nombre d’environ 190, ce sont les concepteurs de tous les grand édifices européens, ce sont eux qui font progresser le Mestier, qui se déplacent librement dans toute l’Europe, ce sont eux les « Maçons » et aucun autre ; ceux que nous avons aujourd’hui coutume de nommer ainsi sont des ouvriers, au mieux des oeuvriers.
    Aucun historiens de la Franc-maçonnerie ne semblent s’interresser à ces personnages déterminants, déterminants parce que les spéculatifs des XVIIè et debut XVIIIè se sont assuréments inspirés des ces Maçons, et très peu probablement des tailleurs de pierres.
    Robert Moray est un scientifique, il est en outre Général de l’armée des Covenants, il lui est nécessaire de parler « conception » des ouvrages, et non « taille de la pierre » …

    • 31
      Emmanuel 21 janvier 2018 à 11:30 / Répondre

      @Désap…
      Je ne suis pas loin de partager ton point de vue à ceci près que je pense que bon nombre des grands bâtisseurs étaient soit des religieux (je pense ici à Colomban fondateur de Luxeuil et autres lieux, milieu du premier millénaire) soit des hommes du métier distingués pour leur savoir et leur spiritualité issue de la pratique du Trait.
      Pour reprendre l’exemple de Colomban vu le nombre d’établissements créés il est évident qu’il ne transportait pas avec lui tous les plans mais probablement seuls quelques croquis devenus « directeurs ». Ce sont ces principes issus de la géométrie des anciens (dont Euclide, Vitruve, Villard… p.e l’Egypte) qui se sont transmis et qui pour moi constituent ce qu’on appelle « le mot de maçon » qui bien sûr peut être « de passe ou de reconnaissance », mot banal ou mot sacré mais bien plus sûrement un ensemble de signes et tracés permettant de vérifier l’état civil, professionnel et l’origine de l’homme (p.e de la femme) en recherche de reconnaissance. Je pense ici à l’architecte de la puissante église de Bruyères dans les Vosges dont l’étude de la signature hiéroglyphique permet de connaitre son nom et son origine dans la Baühute de Strasbourg (voir les études sur la marque de Franz Rziha). De plus je pense que ces hommes parlaient tous la langue du métier (forme particulière d’argot) sans la connaissance de laquelle il est impossible de déchiffrer le moindre « édifice » qu’il soit monument ou ouvrage d’architecture. Ainsi par exemple la question du « comment les architectes de Strasbourg ont-ils fait pour garder sur plusieurs siècles l’unité de la cathédrale? » trouve-t-elle assez naturellement sa réponse. De nos jours encore cette transmission se fait à condition de sortir du blabla convenu sur les « oppositions nécessaires et fécondes » du PM pour réfléchir à son usage dans le Métier.
      Et ça ne m’empêche nullement d’avoir beaucoup de respect pour le travail d’historien de ne FF Pierre Noël.

      • 32
        NEGRIER 21 janvier 2018 à 13:29 / Répondre

        Le premier témoignage historique sur l’existence du “Mot de maçon” est le « Third muse » composé en 1628-1630 par l’Ecossais de Perth Henry Adamson pour sa Thrénodie des muses publiée en 1638. Quant au deuxième témoignage historique sur le « Mot de maçon » il apparaît en 1637 dans l’ouvrage de John Leslie, 6ème comte de Rothes, intitulé : A relation of proceedings concerning the affairs of the Kirk of Scotland, from August 1637 to July 1638 (Rapport sur les débats concernant les affaires de l’Eglise d’Ecosse d’août 1637 à juillet 1638), ouvrage publié par David Laing à Edimbourg au Bannatyne club en 1830.

        • 33
          Emmanuel 21 janvier 2018 à 15:24 / Répondre

          Q : A quoi reconnaîtrais-je que vous êtes FM?
          R : A mes S…, M…, A…

          S = marques d’appartenance
          M = manière de les exposer
          A = selon mon niveau, degré…

          • 38
            Chicon 24 janvier 2018 à 10:15 / Répondre

            (37) Pierre Noël – « possédait le don de la double vue (clairvoyance) »
            Enfin la « double vue » qui qualifie parfois les maçons est clairement explicitée.
            Les vertus cardinales sont enseignées dans les grades bleus, puis les vertus ordinales sont enseignées dans les chapitres , puis enfin les vertus subliminales : clairvoyance et clairaudience sont découvertes au terme de la quête maçonnique. isn’t ?

      • 36
        Désap. 21 janvier 2018 à 20:44 / Répondre

        @Emmanuel,
        Nous sommes d’accords,
        c’est bien cela qu’il s’agit de dévoiler à nos Appt:. et non un prêchi-prêcha biblique sans grand intérêt.

  • 28
    pierre noel 20 janvier 2018 à 17:16 / Répondre

    Tous les ouvrages qui parlent de la franc-maçonnerie en Angleterre au XVII° siècle répètent inlassablement les mêmes références, Randle Holme III, Elias Ashmole, John Aubrey (et la date 1691), William Dugdale, Robert Plot, Richard Rawlinson, sans jamais pouvoir expliquer de façon convaincante l’ascendance des quatre loges de 1717.
    La référence la plus intéressant est la description de Robert Plot dans son ouvrage « The Natural History of Staffordshire » (1686, p 316-318), 448 pages très détaillées, décrivant très précisément les particularités de ce comté du centre de l’Angleterre, que l’auteur compare dans la dédicace (au roi Jacques II) au pays de Canaan.

  • 26
    pierre noel 19 janvier 2018 à 18:49 / Répondre

    A quoi peut servir ce débat stérile entre transition et emprunt ?
    Bien sûr, il y eut transition en Ecosse où des loges « opératives » (composées de gens du métier) se transformèrent en loges « spéculatives » ou théoriques, c’est à dire des loges dont les membres, sauf exception, n’avaient ni qualification pratique ni expérience du métier.
    Bien sûr qu’en Angleterre, en particulier à Londres, les loges constitutives de la Grande Loge d’A&W, apparues d’on ne sait où (de temps immémorial disent les Anglais), n’avaient aucune autorité effective sur le métier, ne prétendaient pas l’avoir jamais eue et avaient d’autres activités, conviviales, charitables, fraternelles, didactiques même … Etaient-elles pour autant apparues ex nihilo ou descendaient-elles effectivement de loges plus anciennes composées de maçons de métier et ayant sur le métier une autorité réelle? Personne n’en sait rien. Et on peut dire la même chose de la loge d’York qui dès le début semble avoir eu comme membres des working-masons, des artisans d’autres métiers et des « gentlemen » amateurs de musique, de peinture et d’architecture (discours de F.Drake, 1726). D’où tenait-elle sa transmission ? Des constructeurs de la cathédrale d’York? Qui oserait affirmer une continuité ?
    En tout cas, personne ne parle de « transition » sur le continent ! Bien sûr, dans tous les cas, il y eut emprunt, stylisation de formes de langage, «allégorisation » des outils, référence au temple de Salomon, enseignement d’une conception newtonienne de l’univers basée sur la géométrie … Fut-ce une adaptation, un avatar, de la « Tradition Primordiale » ou celle-ci n’est-elle qu’un leurre séduisant ? Chacun jugera en fonction de ce qu’il croit.
    De toute manière, la fm française vise, non à l’évocation du passé, mais au renouveau de la société actuelle.

    • 27
      NEGRIER 20 janvier 2018 à 16:03 / Répondre

      Loges fondatrices de la GL de Londres “apparues d’on ne sait où ?”
      John Aubrey écrivit dans son Histoire naturelle du Wiltshire au sujet de la loge de la cathédrale Saint-Paul de Londres :
      “Memorandum. This day, May the 18th, being Munday, 1691, after Rogation Sunday, is a great convention at St. Paul’s Church of the fraternity of the adopted Masons, where Sir Christopher Wren is to be adopted a brother, and Sir Henry Goodric, of the Tower, and divers others. There have been kings of this sodality”.

  • 25
    pierre noël 15 janvier 2018 à 22:16 / Répondre

    Et j’ajouterai, pour faire plaisir aux tenants de la transition, que les trois autres loges fondatrices comprenaient des artisans, maçons, charpentiers, garnisseurs et autres, dont certains furent les premiers Grands Surveillants. Ce qui n’empêche qu’aucune d’elles n’exerçait de véritable autorité sur la pratique du métier.

    On peut se poser des questions sur la première loge parisienne recensée, celle formée par Derwentwater, Mc Leane et O’Heseltine en 1725. S’agissait-il d’une « transition » venant d’opératifs ? D’où venait la transmission ? N’était-ce pas plutôt un vieux souvenir d’officiers exilés, nostalgiques de la vie de campagne militaire durant les belles années ? Personne n’en sait rien puisque personne ne l’a dit ni écrit.
    Et que dire des fondateurs Irlandais de la loge de Bordeaux (celle se disant « ‘Anglaise ») qui étaient tous marins ou commerçants? Ils venaient de quelle loge de tailleurs de pierre à Dublin où des environs?

  • 24
    pierre noël 15 janvier 2018 à 19:59 / Répondre

    Je n’ai jamais, ici ou ailleurs, exprimé mon avis sur la transitions vs l’emprunt parce que je trouve le débat dépassé, purement théorique et portant sur le sexe des anges.

    Des quatre loges fondatrices de la GL de Londres et Westminster (celle se réunissant à la taverne « The rummer and grapes » comptait près de 80 membres, nobles, grands bourgeois, hauts fonctionnaires, érudits fortunés, ecclésiastiques, médecins …. (Ramsay y fut reçu en 1730). Nul ne sait quand et où elle fut fondée., mais elle est devenue la plus importante, la plus influente de la GL pendant près de vingt ans (elle existe toujours sur le registre de la GLUA). Etait-ce le résultat d’une transition ? D’où tenait-elle sa transmission? Etait-ce une création ex nihilo?
    Personne ne peut répondre à cette question parce que personne n’en sait rien, faute de témoignage.
    Et la même question peut être posée pour les dizaines de loges créées entre 1720 et 1725.

  • 20
    pierre noël 15 janvier 2018 à 14:14 / Répondre

    La théorie de la « transition », c’est la transformation progressive de loges « opératives » (constituées d’opératifs et ayant un réel pouvoir sur le métier) par l’afflux de membres étrangers au métier, jusqu’à en prendre le contrôle (pas celui du métier proprement dit, évidemment ! mais le contrôle administratif de la loge). C’est ce qui s’est passé en Ecosse où le processus n’est discuté (contredit, nié ….) par personne.

    La théorie de « l’emprunt », c’est l’apparition ex nihilo d’organismes appelé loge par des amateurs étrangers au métier mais adoptant des usages et des modes de langage empruntés au métier de maçon (en particulier l’habitude de donner aux outils du métiers une signification morale. Une telle naissance spontanée n’a à vrai dire été démontrée nulle part dans les îles britanniques (on a longtemps cité l’exemple de Warrington, dans le Lancashire, mais on sait maintenant que ce n’est pas tout à fait exact).

    J’espère avoir été clair.

    • 21
      Chicon 15 janvier 2018 à 16:03 / Répondre

      (20,18,19) apparemment on sait maintenant de quoi on parle quitte à ce que P Noël et Désap aient des points de vue opposés sur la réalité de la « transition » et « l’emprunt ».
      Je crois me souvenir que AQC loge de Recherche de la GLUA disait ne pas pouvoir se prononcer sur « l’era of transition » par manque de preuves, avis différent de nombre de membres de la Grande Loge d’Ecosse. Mais cela date de vingt ans.

      • 23
        Désap. 15 janvier 2018 à 18:19 / Répondre

        La difficulté avec la théorie de l’emprunt, et donc d’une maçonnerie ex nihilo, c’est que l’on ne voit plus trop la signification de l’initiation.
        Initiation à quoi ? A l’humanisme ? A la tolérance ? A l’intelligence ? pourquoi pas.
        Cette théorie me fais le même effet que l’athéisme comme théorie du hasard : avec la meilleure volonté, en se remettant très objectivement et honnêtement en question, sans ne rien chercher à défendre, et surtout pas une opinion, ça ne colle pas, une réflexion un peu fouillées, approfondie nous mène assez rapidement à la conclusion que quelque chose cloche, ne serait-ce que parce que ce serait somme toute assez simple, trop simple.
        C’est faire de la maçonnerie un énième moyen d’enfermer l’homme dans sa condition et dans les contingences de cette condition, la condition humaine, et lorsque de plus on l’associe au fait religieux, on renforce l’idée à mon sens totalement absurde et fondamentalement inutile d’un Homme dominant la nature.
        Au contraire ! Il me semble que la maçonnerie est le moyen pour l’Homme de s’extraire de sa condition de manière à acquérir une « vision » plus large, à prendre conscience qu’il est une partie du Tout, qu’il est donc le Tout selon le principe de l’Unité, de l’Unicité.
        D’aucun pourront considérer cela comme gentiment romantique, voire loufoque, mais s’il ne s’agit que d’humanisme en maçonnerie comme nous le suggère la théorie de l’emprunt, pour des esprits un tant soit peu évolués, on aura vite fait le tour tout de même, ne pensez-vous pas ?

    • 22
      Chicon 15 janvier 2018 à 17:54 / Répondre

      (20) l’Ecossais Richardson pense que les loges (ludges) indépendantes des villes (borough) etaient intimement mêlées et que c’est ainsi un peu à la fois que des nobles et bourgeois y sont entrés attirés par le rayonnement et la discrétion des loges.
      On retrouve le mécanisme de la III éme République Française où les loges étaient noyautées par les élus.

      • 29
        HRMS 20 janvier 2018 à 19:52 / Répondre

        Et surtout plus prosaquement¨et donc probablement plus objectif pour remplir les caisses de la solidarité et agir sur les décisionnaires des marchés, alors que le Métier n’allait pas bien;
        l’étude devrait se pencher sur l’état économico-social des loges opératives, en obligation de jouer la transition pour assurer leurs Devoirs

  • 18
    Désap. 14 janvier 2018 à 13:24 / Répondre

    @ Blazing Star,
    Mon propos ne porte pas sur La Tulip.
    Il s’agit d’un catéchisme maçonnique de 1730, évoqué par Pierre Noel dans un article de Renaissance Traditionnelle n°187-188, qui stipule que chaque loge affiliée à la GL de Londres doit comporter au moins un maçon opératif dans ses effectifs.
    Il faut lire l’article et ainsi prendre connaissance de l’opinion de P. Noel, contraire à la mienne qui est est que ce catéchisme remet en cause la théorie de l’emprunt et valide clairement la transition.

    • 19
      Blazing Star 15 janvier 2018 à 11:58 / Répondre

      Si j’ai bien compris ( pas sur )
      – théorie de la transition: la franc-maçonnerie est passée progressivement du « métier » à une franc-maçonnerie purement philosophique du XVI éme au XVIII éme s.
      – théorie de l’emprunt : la franc-maçonnerie est passée rapidement du « métier  » à la philosophie au debut du XVIII éme s.

  • 17
    pierre noel 13 janvier 2018 à 18:35 / Répondre

    Pour le plaisir des mots, laissez-moi profiter avec vous du texte d’origine de la minute de Mary’s Chapel, bien opérative celle-là et sans coquetterie.

    « ultimo julij 1599
    the qlk day george patoun maissoun grentit & confessit that he had pffendit agane the dekin & mrs for placeing of ane cowane to wirk at any chimnay heid
    for tua dayis and ane half day for the qlk offenss he submittit him self in
    the dekin & mrs guds willis qt unlaw thay pleass to lay to his charge and
    thay having respect to the said georges humill submission & of his estait
    ,thay remittit him he said offens, providing alwayis that gif ather he or
    ony vther bother committ the lyke offens heirefter thet the law sall stryke
    vpoun thame Indiscretia wtout exception of psonis this was done In pres of
    Paul Maissoun dekin thoas Weir warden, thoas Watt Johne Broun Henrie
    Tailziefer the said george patoun & adame Walkar. »

  • 14
    pierre noel 13 janvier 2018 à 12:34 / Répondre

    Merci à Chicon de cette précision intéressante.
    Concernant les rapports de la « TULIP » calviniste avec ce qui nous occupe ici, c’est une interprétation ingénieuse, certes, mais qui ne m’intéresse pas vraiment et que je laisse à qui y adhère..

    • 15
      Désap. 13 janvier 2018 à 14:52 / Répondre

      Pas étonnant de la part d’un partisan de l’emprunt et qui passe par pertes et profits « la règle qui gène »,
      qui gène surtout la théorie de l’emprunt 🙂 🙂
      On lira dans cet article (RT n°187-188) que l’obligation d’un « working mason » dans l’effectif des loges de 1730 n’a ni signification, aucune importance et relève surement d’une coquetterie !

      • 16
        Blazing Star 13 janvier 2018 à 17:15 / Répondre

        @desap – Si tu nous disais ce qu’est la TULIP (calviniste) de P Négrier , qui est la règle qui apparemment gêne ?

  • 10
    pierre noel 12 janvier 2018 à 18:14 / Répondre

    Chicon a bien raison de se poser la question de l’utilité du mot de maçon. S’il s’agit d’avoir accès au métier, il importe non de posséder « un mot » mais de prouver sa compétence et sa maîtrise de la pratique (aussi « initié » soit-il à la métaphysique du métier, un tailleur de pierre devra prouver sa pratique de la taille et son expérience technique). S’il s’agit d’y avoir accès dans un lieu donné (bourg ou cité), un « mot » commun à tout le royaume et inchangé pendant un siècle perdra toute fonction discriminante après qu’il aura été divulgué, comme tout secret l’est après quelques années d’usage, et ne sera plus d’aucune utilité dans une organisation sociale dominée par le protectionnisme ambiant, dont un exemple est donné par le plus ancien compte-rendu de la loge Mary’s Chapel d’Edimbourg.

    « Dernier jour de juillet 1599
    Ce jour-là, George Patoun, maçon, admit et confessa qu’il avait fait offense au diacre & à ces messieurs en utilisant un cowan pour travailler à une cheminée pendant deux jours et demi. Pour cette offense il se soumettait, quant à l’amende, au bon vouloir du diacre et de ces messieurs, qu’il leur plaise de (la) mettre à sa charge, et eux, par respect pour l’humble soumission dudit Georges et en (considération) de sa situation sociale, pardonnèrent ladite offense pourvu toujours que si lui ou quelqu’autre osait commettre la même offense à l’avenir, la loi frapperait les coupables, sans exception de personne.
    Ceci fut rendu en présence de Paul Maisson, diacre, Thomas Weir, gardien, Thomas Watt, Johne Broun, Henrie Taitziefer, ledit George Patoun & Adame Walkair. »

    Le « cowan », c’est justement celui qui n’a pas le mot de maçon ! Celui-ci, s’il a pu être quelque temps un sésame ouvrant les portes du chantier (ou de la caisse de secours), est probablement devenu très vite une référence à un pouvoir disparu, suivant ainsi le sort du « mot » (« sésame, ouvre-toi ») donnant accès à la caverne des quarante voleurs.
    Sans doute était-ce nécessaire pour que le souvenir de ce « mot » devienne la pierre angulaire d’une société conventionnelle comme l’est la franc-maçonnerie moderne ?

    • 13
      Chicon 13 janvier 2018 à 10:03 / Répondre

      @ P Noël – On retrouve peint en lettres d’or sur les cymaises de St Mary Chapel a Edimbourg les noms des Vénérables depuis la création de cette loge. Paul Mason y est indiqué comme etant le premier vénérable (Master) en 1599 précisément.
      On retrouve ainsi sa trace dans un compte-rendu (record) et sur un mur de la loge.
      Les observations de P Noël, recoupent l’observation du temple, elles se croisent.

  • 8
    pierre noël 12 janvier 2018 à 11:24 / Répondre

    Pourquoi ne pas rester simple ? Le mot de maçon, c’est, en Ecosse et sans doute en Angleterre au XVII° siècle, un moyen qu’avaient les membres « enregistrés » du métier pour se faire reconnaître par leurs pairs, qu’ils s’agissent de collègues (de confrères) ou d’employeurs (en plus du savoir pratique).
    Cela a du exister sous une forme ou une autre (sous tel ou tel nom) dans toutes les sociétés humaines organisées. Pensons seulement au « mot du guet » des sentinelles, à l’écu blasonné de l’héraldique ou à l’uniforme des militaires ou des ecclésiastiques.
    A la question « à quoi ça sert? » , la réponse va de soi.

    • 9
      Chicon 12 janvier 2018 à 13:01 / Répondre

      Et comme les choses se transmettaient « oralement » car les gens ne savaient ni lire ni ecrire, le « mot » etait un signe de reconnaissance indispensable a cette époque entre gens de metier ?

      • 11
        Désap. 12 janvier 2018 à 20:49 / Répondre

        Cher Chicon, le conseil de YG est le bon,
        La Tulip de P. Négrier est excellent sur le sujet.
        Je rajoute du même auteur : Le rite des Anciens Devoirs et Légendes compagnonniques.
        Une perspective rigoureuse des maçonneries opératives Anglaise, Ecossaise et Française.

        • 12
          Désap. 12 janvier 2018 à 20:55 / Répondre

          Dans l’ordre telles qu’énoncées : Ecossaise, Anglaise et Française.

  • 6
    Chicon 11 janvier 2018 à 18:43 / Répondre

    Le « mot de maçon » reste assez mystérieux. Il vient en concurrence avec « les mots du grade  » les mots de passe » « les mots de semestre » .
    Je dois en oublier, par exemple tous les noms rencontres dans les grades latéraux qui sont autant de mots de passe. Il manque les maux de tête et cela pose surtout la question de l’utilité du mot de maçon.

    • 7
      Aumont 12 janvier 2018 à 10:35 / Répondre

      Peut etre que le « mot de maçon » est une formulation ancienne, voir le post de P Noël, tombée en désuétude un peu a la fois

  • 5
    pierre noel 9 janvier 2018 à 17:04 / Répondre

    @Chicon :
    « Tie », c’est bien sûr la cravate, mais c’est surtout le lien ou le nœud, comme dans le chant des apprentis :
    « Joignons-nous main en main
    Tenons-nous ferme ensemble
    Rendons-grâce au destin
    Du nœud qui nous rassemble »

  • 2
    pierre noel 8 janvier 2018 à 23:36 / Répondre

    Le premier problème posé par le « mot de maçon » est qu’aucun de ceux qui en parlent (au XVII° siècle) ne l’a reçu lui-même! Ce qu’on en sait l’est donc par ouï-dire ! Le plus prolixe est le Dr Robert Kirk (1641-1692), un pasteur Ecossais formé à Edimbourg et à Saint-Andrews, qui vint assurer son ministère dans son village natal d’Aberfoyle, à quelques km de Stirling, à l’orée des Highlands. Toute sa vie, il fut passionné par le monde des êtres invisibles et des esprits « malins », des fées, des lutins et des elfes. En 1691, il écrivit « La République mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables » (The secret commonwealth of elves, fauns and fairies), un petit livre (environ 97 pages) qui ne fut pas publié de son vivant mais en Grande-Bretagne en 1815, puis en 1893 avec une introduction remarquable de poésie par Andrew Lawrie. Le pasteur décrit les « fées » (elfes, lutins ou autres dénominations, semblables aux petits nains de Blanche-Neige, à des petits personnages ailés comme la fée Clochette de Peter Pan, toujours comme des êtres mystérieux, malicieux, malfaisants ou bienfaisants selon le cas … dont l’intervention dans les affaires humaines était un fait d’expérience quotidienne même s’ils n’étaient vus que des humains disposant du don de seconde vue, cette clairvoyance dont parle Adamson. On ne sait trop si Kirk y croyait lui-même mais leur existence ne faisait pas de doute pour ses contemporains (il y en a dans la pièce de Shakespeare, « Rêve d’une nuit d’été » , « A midsummer night’s dream »)
    Dans la conclusion de son ouvrage, il déclare (je résume) avoir constaté cinq curiosités en Ecosse qu’on ne voit guère ailleurs, des esprits familiers et domestiques, véritables « fées du logis » comparables aux Lares romains, la « seconde vue » dont il donne de nombreux exemples (toujours de seconde main), des « charmes » (recettes plus ou moins magiques susceptibles de guérir ou de donner diverses maladie), des « talismans de plomb, de fer ou d’argent » rendant les guerriers invulnérables (croyance répandue semble-t-il chez les « primitifs »).
    Il ajoute aussi, ce qui est plus important pour nous, que la deuxième chose est « The Maƒon Word, which tho ƒome make a Miƒterie of it, I will not conceal a little of what I know. It is lyke a Rabbinical Tradition, in way of Comment on Jachin and Boaz, the two Pillars erected in Solomon’s Temple, (1 Kings, 7. 21.) with ane Addition of ƒome ƒecret Signe delyvered from Hand to Hand, by which they know and become familiar one with another » (“le mot de maçon dont bien que beaucoup en font un mystère je ne cacherai pas le peu que j’en connais, est une espèce de Tradition Rabbinique sous forme d’un commentaire sur Jachin et Boaz, les deux piliers élevés dans le temple de Salomon (premier Livre des Rois, 7, 21) avec en plus certains signaux secrets donnés de la main à la main, par lesquels ils se (re)connaissent et deviennent familiers les uns avec les autres. »)

    On peut en conclure plusieurs choses
    – La tradition du mot de maçon, quel qu’il ait pu être réellement, était associée dans l’imaginaire populaire avec le monde des esprits, les connaissances cachées et mystérieuses (celles des rabbins), les dons surnaturels (la double vue) et le temple de Salomon (pour qui ne le sait, c’est celui de la Bible)
    – Ce « mot » était plus qu’un simple mot et comprenait, outre une légende basée sur le temple de Salomon, quelque(s) signe(s) connu(s) (au pluriel ou au singulier!) des seuls détenteurs du secret.
    – la détention de ce « mot » permettait de se faire connaître d’un (con)frère à l’insu des assistants (d’où son association dans l’imaginaire des contemporains à l’invisibilité). Il assurait certes des privilèges mais comprenait aussi l’obligation de répondre sans délai à un appel à l’aide.

    Pour Knoop, Jones et Hamer (1939), le mot de maçon était d’abord un moyen de reconnaissance assurant certains avantages matériels, l’embauche, l’assistance en cas d’accident ou de maladie, un support financier éventuel … à certaines catégories d’artisans (les maçons n’étaient pas les seuls à disposer d’un « mot », les charpentiers avaient aussi un « squaremen word » (Murray Lyon, 1900). On ne peut cacher que ce « mot »répondait d’abord au souci de sauvegarder un monopole, professionnel et social, propre à la fraternité, autant qu’une sécurité (relative) en un temps où n’existait pas de Sécurité Sociale.
    Les premières relations connues de la « manière de communiquer le mot de maçon » se trouvent dans ce qu’on appelle les manuscrits d’E’bourg (notamment dans l’Edinburgh Register House ms. de 1696). Elle y apparaît déjà assez formelle avec un rituel, des questions-réponses formant instruction et un serment (By God & St John, by ye Square & and Campass & common Judge … « en présence de Dieu et de Saint-Jean en présence de l’équerre et du compas & de la jauge (règle) commune ») et la communication des cinq points of the fellowship. Ceci a été interprété, par analogie à ce qui se fait aujourd’hui, comme un rite au sens où les maçons Français actuels comprennent ce mot.
    Le phénomène était-il écossais uniquement ou également connu en Angleterre ? Bien qu’il n’y ait en ait pas de mention spécifique, certains, dont Matthew Scanlan (2003, 2004, 2005), pensent qu’il existait aussi au sud de la frontière (il est décrit dans des textes londoniens dès 1724).

    • 4
      Chicon 9 janvier 2018 à 16:08 / Répondre

      J’ai déjà entendu « companions of the mystic tie » dans un chant maçonnique sérieux. Cela a rapport avec une cravate mystérieuse ?

  • 1
    Chicon 8 janvier 2018 à 16:14 / Répondre

    Pierre Noël pourrait il nous en dire plus sur ce Mot de Maçon qui reste bien mysterieux, et l’objet de fantasmes. Est ce une invention Ecossaise anterieure au XVI eme s ? En plus, quel etait ce mot . Il a aiguisé notre appetit de connaissances.

    • 3
      yonnel ghernaouti, YG 9 janvier 2018 à 05:34 / Répondre

      Sinon, il y a toujours l’excellent ouvrage de Patrick Négrier « La Tulip : Histoire d’un rite du Mot de Maçon de 1637 à 1730 » (Éditions Ivoire-Clair, Coll. Les Architectes de la Connaissance, 2005)…Édition qui, par ailleurs, a une très belle devise : « Pour que la culture ne soit pas qu’une marchandise ».

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