Dans le vert des montagnes

Jacques Viallebesset se confie au Salon Littéraire

Par Géplu dans Dans la presse, Edition

Sur le blog de Jacques Viallebesset consacré à la poésie « L’atelier des Poètes » l’on trouve la reprise d’un entretien accordé par l’auteur à Jacques Vebret et au Salon Littéraire du site l’Internaute à propos de son dernier livre « Dans le vert des montagnes » . L’occasion de comprendre un peu mieux la genèse de ce recueil. 

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Votre recueil de poésie qui vient de paraître est inspiré du roman Gaspard des montagnes d’Henri Pourrat. Pourquoi ?

A l’âge de onze ans j’ai été fasciné par la visite du Moulin Richard de Bas à Ambert « Dans l’herbe des trois vallées » ; c’est par la lecture de cet ouvrage, suivie par celle de Gaspard des montagnes que j’ai pénétré dans l’univers d’Henri Pourrat. Pendant mon long « exil » de plus de quarante ans à Paris, ce roman, lu et relu tout au long de ma vie, a été un lien permanent avec une Auvergne un peu mythifiée et ces paysages du Forez que j’affectionne, faits de pâturages verts, de hauts-plateaux d’herbe où pousse la gentiane et où rampe la bruyère mauve et de ces forêts profondes de sapins où plane toujours un certain mystère. De retour en Auvergne il m’a semblé naturel de rendre ainsi hommage à ce compagnon de mes songes et à son créateur.

Comment évoquer un roman de près de huit cents pages en trente-deux poèmes ?

C’était tout l’enjeu de l’écriture du recueil. Pourrat disait lui-même de son roman que c’était « une histoire aux cent histoires » . Ce roman foisonnant a plusieurs facettes : à la fois roman historique, roman de mœurs, roman d’aventures, roman picaresque, roman d’amour, il peut, aussi, être lu à plusieurs niveaux d’interprétation… Puisant dans cette malle aux trésors, j’ai privilégié l’histoire d’amour entre Anne-Marie et Gaspard, ce qui est une des lectures possibles ; c’est ainsi que j’évoque, par une succession de plans-séquences l’intrigue du roman et l’atmosphère de contes et légendes dans laquelle elle baigne.

J’ai essayé de distiller sensations, images et émotions suscitées par le roman pour en extraire la quintessence poétique. J’ai voulu que ces poèmes charrient l’eau, la terre, le feu, la terre de ces montagnes vertes, mauves et noires et ainsi  écrire un hymne à la nature tout en exaltant l’amour, l’amitié, et un certain nombre de valeurs dont Gaspard est l’incarnation : le panache, la bravoure, la droiture, la fidélité ; cela pour redonner fraîcheur et vigueur à cette épopée et ainsi donner l’envie aux lecteurs qui ont lu le roman d’Henri Pourrat de l’aborder sous l’angle de la poésie qui s’en dégage et à ceux qui ne l’ont pas encore lu la curiosité de le découvrir.

Quel est l’apport d’Henri Pourrat dans la littérature, selon vous ?

Si Gaspard des montagnes est présent dans l’inconscient collectif auvergnat, qu’on ait lu ou pas le roman, beaucoup de malentendus existent autour de l’œuvre de Pourrat. Il est souvent perçu comme un auteur « régionaliste » avec tout le dédain que le milieu littéraire parisien peut mettre dans ce mot. On a fait le même reproche à Giono, pour les mêmes raisons. Mais, s’il est vrai que le roman est très fortement enraciné dans le territoire du Livradois et du Forez, le génie de Pourrat a su donner à son héros Gaspard une dimension universelle, faisant de lui l’égal de Don Quichotte, de Till d’Unlenspiegel, voire de Corto Maltèse. Gaspard est un héros positif en qui tout lecteur peut se projeter. De plus, cette intrigue qui se noue et dénoue dans ce pays d’Ambert brasse tous les sentiments et passions, de la haine à l’amour, de la générosité à la vengeance, de la peur au courage, de la traîtrise à la fidélité, de l’hypocrisie à l’amitié, qui tissent l’âme humaine sur toute la surface de la terre. Nous voilà aux antipodes de ce que l’on appelle « régionalisme ».  « L’auvergne » de Pourrat est aussi universelle que l’est la « Provence » de Giono.

L’on sait qu’Henri Pourrat a passé sa vie à arpenter ce petit territoire qu’est le Livradois-Forez pour recueillir cette somme de littérature orale populaire qui constitue Le trésor des contes. A l’époque matérialiste et rationaliste où, comme l’a écrit Vialatte, « la modernité faisait rage », l’on croyait encore que le progrès technique suffirait au progrès humain, cette quête obstinée, comme un « devoir de mémoire », semblait conservatrice et passéiste. Depuis, à force de progrès technique déshumanisant et aliénant, un besoin de réenchantement du monde se fait jour. Je n’en veux pour preuve que le nombre toujours plus grand de conteurs qui se produisent en France et en Europe et le succès qu’ils rencontrent. Nous devons rendre grâce à Henri Pourrat d’avoir compris avant ses contemporains combien cet antique savoir, prétendu dépassé, est, en fait intemporel et porteur de toute la sagesse humaine, accumulée à travers les générations et combien l’imaginaire est important dans la structuration de l’esprit humain. Recueillant ces contes, dans son souci de fidélité à leur langage oral populaire et les nécessités de leur transcription en langue écrite, Henri Pourrat a inventé un métalangage, une langue singulière et originale qui lui est propre. Ils ne sont pas nombreux les auteurs français qui ont créé une langue… Entre le souci d’universalité en l’ancrant dans le singulier et l’invention d’une langue, l’apport d’Henri Pourrat à la littérature est immense ; il serait temps de réhabiliter l’œuvre de cet « illustre méconnu », cet auteur dont Vialatte a pu écrire qu’il aurait pu être, s’il n’avait été aussi discret, modeste, pudique et étranger aux mondanités parisiennes, le « Selma Lagerlof français » qui, comme on le sait, a obtenu le Prix Nobel de littérature.

Diriez-vous qu’en écrivant « Dans le vert des montagnes-En cheminant avec Gaspard » vous avez voulu redonner une « seconde jeunesse » à Gaspard des montagnes ?

Non, ce serait prétentieux de ma part et injuste d’autant que Gaspard, dans le roman, est l’incarnation de « l’éternelle jeunesse » par ses élans fougueux et sa générosité du cœur. Disons plutôt que j’ai voulu faire apparaître cette « éternelle jeunesse » sous un jour poétique.

« l’air et le vent sont omniprésents dans cette quête du souffle et de la parole » qu’est l’œuvre de Pourrat, comme l’a fait remarquer Jean-Claude Forêt. Peut-être plus encore que les contes, la poésie est affaire de souffle et de musicalité ; comme les contes, elle est faite pour être dite à haute voix plutôt que lue, sa syntaxe et son rythme sont oraux. Si le conte est par nature poétique, Pourrat est un immense poète, lui qui a su manier les mots, magistralement, pour qu’entre eux se lève le souffle de la vie.  En cheminant dans ses pas, en faisant de Gaspard des montagnes la  « matière première »  de mon écriture comme lui l’a fait avec les contes populaires dont son roman est issu, j’ai cherché cette « petite musique » singulière qui, je l’espère, chante à travers mes vers.

Propos recueillis par Joseph Vebret.
Dans le vert des montagnes – En cheminant avec Gaspard Editions Entrelacs. ISBN : 979-10-90174-52-8, 16, 50 €. Disponible en librairie et aux Editions Dervy, à la fnac.com, amazon.fr

jeudi 22 février 2018 Pas de commentaires

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