Foussier Marianne 130418

Loi de 1905, « la vigilance s’impose »

Par Géplu dans Dans la presse

Dans le numéro du 13 avril de Marianne qui avec Henri Pena-Ruiz donne une analyse très intéressante du discours de Macron aux Bernardins, à ses retombées et à ses conséquences, Philippe Foussier, Grand Maitre du Grand Orient de France a répondu à quelques questions de Renaud Dély, le directeur de la rédaction du magazine. Il y rappelle la nécessité de défendre plus que jamais la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Marianne : l’État est-il coupable d’avoir « abîmé » le « lien » avec l’Église ?
Philippe Foussier : Le lien entre l’Église et l’Etat est précisément défini par la loi du 9 décembre 1905. S’il doit être «réparé», le risque est grand que cette loi soit remise en question. Ce n’est pas sans raison que le Grand Orient de France, avec d’autres Obédiences maçonniques et associations rassemblées au sein du Collectif laïque national (CLN), souligne depuis des années la nécessité de défendre cette loi. Beaucoup trop de nos responsables publics, au plan national comme local, sont en effet les promoteurs d’une autre vision des rapports avec les cultes. La tentation concordataire est grande, qui consisterait à étendre le système en vigueur en Alsace-Moselle, héritier du Concordat napoléonien.
A ce stade, seul l’esprit de la loi de 1905 est violemment bousculé par le contenu de ce discours. Mais il doit nous placer en alerte pour éviter que ce soit la lettre qui soit désormais dans l’agenda politique. La vigilance s’impose, que nous allons exercer, avec d’autres. Il ne faut pas sous-estimer l’attachement de nos concitoyens à la laïcité, bien au-delà des Obédiences maçonniques et du mouvement associatif laïque. Y compris chez les croyants et pratiquants ! Ils savent combien cette laïcité est la clef de voûte de nos institutions et la garante de la liberté absolue de conscience comme de l’harmonie sociale.

Le chef de l’État est-il dans son rôle quand il appelle les catholiques à « s’engager » politiquement, car leur « foi est une part d’engagement dont ce débat a besoin » ?
La confusion entre le temporel et le spirituel est totale. Comme au temps du concordat napoléonien. Où est la neutralité qu’on serait en droit d’attendre du garant des institutions ? Quand l’État s’occupe des affaires des Églises, les Églises s’occupent des affaires de l’État. Comment peut-on sans risque pour la paix civile inviter des courants religieux à se transformer en force politique ? La leçon de 2012-2013 avec la montée en tension du débat sur le mariage pour tous n’a t-elle donc pas servi ? La société française est assez fragmentée pour ne pas en rajouter en termes d’affrontements, notamment de la part de ceux qui assènent des positions péremptoires et dogmatiques sur tant de sujets. L’exemple ancien de l’Église catholique mobilisée contre la République à la fin du 19e siècle ou de l’islam politique aujourd’hui ne constituent-ils pas au contraire des démonstrations des risques d’un tel encouragement ? La cohésion nationale, déjà fragile, n’avait pas besoin de ça.

Le président n’a toujours pas tenu le grand discours sur la laïcité qu’il avait promis. Etes-vous inquiet de ce silence prolongé ? 
En lieu et place d’un grand discours sur la laïcité, nous en avons eu une magnifique démonstration de cléricalisme. Nous vivons une période de désécularisation foudroyante qui voit la question religieuse envahir toutes les sphères de la vie sociale et nous aurions au contraire besoin que la puissance publique contienne les revendications religieuses et la pression qui s’exercent notamment sur les croyants, mais aussi sur les non-croyants. Avec l’accumulation de tels discours, les non-croyants et les agnostiques pourraient à bon droit se sentir désormais des citoyens de seconde zone.

lundi 16 avril 2018 17 commentaires
  • 17
    renuccio 22 avril 2018 à 18:36 / Répondre

    “La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.
    K. Marx

    Nous pourrions dire aujourd’hui : Les religions ……….

  • 16
    Hure 22 avril 2018 à 08:47 / Répondre

    Bien sur qu’il a raison notre foussier.Soyons vigilants.Quelle belle déclaration, une de plus,apres plus rien.La maconnerie au GO n’existe plus mais il ne faut pas le dire, cnest pas bien.Je vous invite a lire Bueglin, Leforestier,Bauer et quelques autres.

  • 9
    Revauger 16 avril 2018 à 16:59 / Répondre

    En matière de laïcité aucun compromis n’est possible. Le président Macron ( car il s’agit bien du représentant de l’Etat n’est ce pas? ) n’a tout simplement pas respecté le principe de séparation des Eglises, quelles qu’elles soient, et de l’Etat. Je suis en tout point d’accord avec l’analyse faite par Philippe Foussier dans Marianne et avec celle de Henri Pena Ruiz dans Le Monde la semaine dernière.

    • 12
      Aumont 17 avril 2018 à 09:37 / Répondre

      Il ne faut pas se cacher derriere son petit doigt : le politique à toujours eu des liens pederastiques avec le religieux, ce dernier ayant un réel pouvoir sur les masses qui precisement intéressent le politique. L’idéal c’est quand celà ne se voit pas, que ça se pratique la nuit.
      Celà dit, les églises se vident avec une baisse de la fréquentation religieuse, et un laïcisation générale des mœurs.
      Peut être faut-il temperer alors cette raideur laïque qui ne serait plus d’une cruelle actualité ?

  • 8
    Olivier 16 avril 2018 à 16:32 / Répondre

    Que peut signifier «abîmer le lien entre un État laïque et l’Eglise» ?
    Quelque chose aurait été «abîmée» si le principe de Liberté de conscience n’avait pas été respecté ou si l’on avait porté atteinte à ce principe. Est-ce le cas ? L’Etat a-t-il porté atteinte à ce principe sacré ? Non, bien entendu.
    En reconnaissant implicitement l’Eglise comme victime : les catholiques (qui) seraient ainsi «instrumentalisés», «ignorés» dans une «France (qui) ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions», «on a réduit les catholiques à cet animal étrange» etc… , le Chef de l’Etat semble préparer l’opinion à une modification de la loi de 1905.
    De plus, le Chef de l’Etat sort de son rôle lorsqu’il transmet dans son discours ses sensibilités spirituelles, sa fonction l’oblige à les garder pour lui-même.
    Je ne sais pas à quel personnage de l’histoire de France nous pouvons l’identifier, mais avec certitude, il ne remplacera pas Georges Clémenceau.

    • 15
      Jean_de_Mazargues 17 avril 2018 à 17:20 / Répondre

      Clemenceau, s’il a gagné la guerre, a perdu la paix.

  • 6
    Gregor Tacite 16 avril 2018 à 14:09 / Répondre

    Ne nous leurrons pas. Dans cette société où l’on magnifiera en permanence le dialogue inter-religieux, la « coexistence », et « la spiritualité transcendante qui émancipe », une société qu’effectivement, on pourra qualifier de concordataire, dans cette société-là, il n’y aura plus de place pour les défenseurs de la pensée libre, plus de place pour l’agnosticisme, voire pour l’athéisme, et pire encore plus de place pour les indifférents. Et à terme, plus de place pour le doute. ça s’appelle juste un retour en arrière.

    • 11
      Chicon 17 avril 2018 à 09:16 / Répondre

      (6) C’est effectivement un risque. Voir si les athées, agnostiques et libres penseurs sont pourchassés en Alsace Lorraine ?

      • 13
        Gregor Tacite 17 avril 2018 à 12:30 / Répondre

        Le concordat alsacien n’est pas la réduction de l’esprit concordataire que dénonce le grand maître. Et il ne faut pas se fonder sur ce qui s’y passe sous prétexte qu’on ne lyncherait pas les athées, ce qui est bien le moins pour une province civilisée, occidentalisée, pacifiée, et plutôt plus ordonnée qu’ailleurs. Mais d’une certaine manière, le concordat alsacien est même anecdotique au regard de la problématique globale. Même si, oui, en Alsace-Moselle, le fait religieux a souvent, dans l’esprit du grand public, une primauté sur la liberté absolue de conscience.

  • 4
    AJ Lacot 16 avril 2018 à 10:52 / Répondre

    Si tous les commentateurs , ici et ailleurs, avaient lu EN ENTIER le discours du Président de la République, ils se rendraient compte, en étant de bonne foi, qu’il est dans l’exacte continuité de ceux de Victor Hugo, ardent défenseur de la laïcité. C’est ce que rappelle le blogueur du blog 3, 5, 7

    • 5
      Jules 16 avril 2018 à 12:01 / Répondre

      NON !
      Quand on commence son propos en parlant de « réparer le lien » fut-il distendu, rompu ou abimé entre une Eglise et l’Etat, on est clairement en contradiction avec la loi de 1905.
      Rappelons que si l’article 1 dit que la République garantit le libre exercice des cultes, et c’est bien normal, l’article 2 précise que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».
      N’ayant donc légalement aucun « lien » avec aucune religion, la République n’a rien à réparer. Les propos de Macron sont donc pour le moins maladroits, …à moins qu’il ne les pense très habiles !
      Un coup de billard à trois bandes ?…
      Lisez l’article que Laurent Bouvet a publié dans Figarovox : http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2018/04/11/31004-20180411ARTFIG00208-accorder-une-place-a-l-eglise-catholique-pour-deboucher-sur-l-islam-de-france-le-pari-risque-de-macron.php/

      • 7
        Jean_de_Mazargues 16 avril 2018 à 15:13 / Répondre

        la république n’a plus de lien juridique avec l’Eglise mais cela n’interdit pas de se parler en confiance : c’est le sens du lien évoqué par le Président. Car le lien juridique n’est pas lui abîmé ou non : il existe ou il est absent, or il est absent. Donc ce n’est pas de cela que parlait le président, qui maîtrise assez le sens des mots qu’il emploie.

      • 14
        ERGIEF 17 avril 2018 à 14:04 / Répondre

        Ce non pour le moins péremptoire est l’illustration de l’esprit rétrograde et obscur des laïcards (je n’écris pas des défenseurs de la laïcité)qui se manifestent dans cette conversation depuis qu’elle a débuté, autour des communiqués du GO du DH et des articles des unes et des autres. En fustigeant le Président Macron (je ne suis pas un de ses partisans et j’insiste sur le titre, suite au comportement mesquin et désobligeant des dénommés Bourdin et Pleynel à la TV, en fustigeant le Président de la République,on se trompe totalement de cible et de combat. Les églises chrétiennes, la religion juive, les bouddhistes etc ne sont pas en France un danger pour la République et la Laïcité. On peut toujours dialoguer avec leurs dirigeants et leurs adeptes, en règle générale on est entendu et le débat est serein et sain. En revanche avec l’Islam le problème est tout autre. Je ne parle pas ici des djihadistes mais de l’Islam politique qui est un réel danger pour nos institutions, notre société, notre culture, parce qu’il refuse les règles républicaines et que cela ne changera jamais parce que, contrairement aux autres religions, la conception musulmane de la société, spirituelle et politique, est inscrite dans les textes et qu’on ne discute pas le Coran et que la laïcité est antinomique avec son message . Il est un point c’est tout et il ne changera pas. Et ne venez pas me dire que je n’y entend rien, je me flatte bien au contraire, en toute humilité, de savoir de quoi je parle. Alors, cessez de tirer boulets rouges sur le chef de l’état, de pourfendre l’église (c’est un combat passéiste) et de faire de l’urticaire chaque fois qu’on prononce les mots concorde et concordat …
        Unissez vous plutôt pour défendre les valeurs judéo, gréco, chrétiennes qui sont aux sources de notre civilisation, sans qu’on soit obligé d’adhérer au dogme divin. Ceci n’est pas de la politique mais un cri d’alarme. La naïveté, c’est fini.

  • 3
    Chicon 16 avril 2018 à 09:28 / Répondre

    Peut etre peut on s’interroger plutot sur la sanglante bousculade que subit la laïcité de la part des islamistes purs et durs, dans les ecoles.

    • 10
      Patrice21 16 avril 2018 à 19:06 / Répondre

      La, il y a un veritable sujet de preoccupation, notamment
      quand il y a refus de la minute de silence ou qu’un ex candidat aux legislative fait l’apologie des actes d’attentat

  • 2
    Jean_de_Mazargues 16 avril 2018 à 09:11 / Répondre

    Le rétropédalage a commencé : le GM commence par dire que « seul l’esprit de la loi de 1905 » a été « violemment bousculé » (violemment, mais on pourrait dire seulement, car bousculer, ce n’est pas enfreindre). Dans quelques jours tout sera oublié car ceux qui auront lu le texte de l’intervention du président, réaliseront bien qu’il n’y a atteinte ni à la lettre, ni à l’esprit de la loi.

    loi, rappelons-le qui est jugée insuffisante par les anticléricaux, ce qui est d’ailleurs un signe de la grande sagesse du législateur de 1905.

  • 1
    ERGIEF 16 avril 2018 à 08:39 / Répondre

    « La tentation concordataire est grande… » , et alors ? Nos concitoyens alsaciens et mosellans « athées et agnostiques » ne paraissent pas se plaindre de la situation et quand je me rend chez eux je n’ai pas le sentiment de me trouver chez des français différents des autres. En tout cas pas des sous-citoyens vivant dans des régions arrièrées comme au temps de Napoléon (bouh ! Le diable…) comme le suggère implicitement Philippe Foussier qui présente le Concordat comme un repoussoir. Qu’en pensent donc nos frères et soeurs alsaciens et mosellans ? Ont ils le sentiment de « vivre dans le Péché » a l’egard du dogme laïque et de la religion républicaine ?

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