Rite de Bouillon

Le Rite Ancien de Bouillon

Par Pierre Noël dans Contributions

Par une étrange coïncidence, Bouillon ne fut pas seulement associée à un Grand Orient, dont les détails furent exposés récemment ici-même, mais aussi à un ‘Rite’ maçonnique dont certains firent grand cas. Les deux n’ont cependant aucun rapport, sinon le nom « Bouillon ».

Le « Rite Ancien de Bouillon » n’a rien à voir avec la ville de Bouillon, ni avec la famille ducale du même nom (dont le chevalier Ramsay fut un temps précepteur) ni avec les Antients d’ailleurs. C’était le rituel pratiqué par une loge londonienne, fondée en 1732 (dépendant de la Première Grande Loge d’Angleterre) qui, en 1748, se réunissait à la taverne Ben Johnson’s Head à Londres (J.Lane, Masonic Records, 1717-1894). Portant le n° 106, elle reçut le n° 94 en 1740. Elle utilisait, vers 1740, un rituel (des trois degrés) tout à fait particulier, dont le manuscrit appartint, au siècle suivant, au Rev. George Oliver, D.D. et fut acheté en 1875 chez Sotheby et al. par W.J. Hughan pour le compte d’un collectionneur américain. Au décès de celui-ci, il fut acquis par la Grande Loge d’Iowa et déposé à la bibliothèque (maçonnique) de Cedar Rapids, Iowa (USA), mais il fut heureusement publié par John Thorpe en 1927 dans les Masonic Reprints de la loge de recherche de Leicester.

La loge n° 94 fut radiée par la Grande Loge d’Angleterre en 1755 (Lane le confirme) comme le rapporte Laurence Dermott, faisant état d’une querelle entre elle et la Grande Loge « Première » (dite des Moderns) parce qu’elle n’acceptait pas de visiteurs au 3° degré qui n’aient été « élevés » suivant leur système rituel (Ahiman Rezon, éd. de 1778 et suivantes). Celle de 1807 raconte l’histoire ainsi (pp. XII-XIV):

« Une Loge à la Tête de Ben Johnson, Pelham street, Spitalfields, était composée principalement de Maçons Anciens quoique sous Constitution Moderne. Quelques- uns avaient été à l’étranger et avaient grandement bénéficié d’apports de Maçonnerie Ancienne. Dès lors, ils convinrent de pratiquer la Maçonnerie Ancienne toutes les trois tenues. Lors d’une de ces tenues, des Maçons Modernes voulurent leur rendre visite mais se virent refuser l’entrée. Les frères ainsi refusés portèrent plainte, officiellement, à la Grande Loge des Modernes qui se tenait alors à la Taverne du Diable, près de Temple Bar. Ladite Grande Loge, bien qu’incapable de juger la validité ou l’invalidité de ce refus, n’étant pas d’Ançienne Maçonnerie, ordonna que la loge Ben Johnson devrait admettre tous les Maçons, sans distinction, et qu’en cas de refus d’obtempérer à cet ordre, ils seraient blâmés »

Dermott ne parle pas de cette radiation. R.F.Gould par contre en fait état, sans s’étendre sur les causes exactes de cette sanction (History of Freemaasonry, II, p. 397). Il convient de souligner que, malgré l’emploi de l’épithète « Antient », la loge de réunissant à la taverne Ben Johnson n’est pas passée, après son expulsion de la Première Grande Loge, à la GL des Antients créée en 1751 (Dermott l’aurait sûrement dit si cela avait été le cas).

Le rituel de cette loge comporte une introduction rapportant qu’il aurait été découvert à Jérusalem par les compagnons de Godefroid de Bouillon (d’où son nom « rite de Bouillon », sans relation avec la ville ni avec la loge qui s’y réunit 30 ans plus tard) et ramené par eux en Europe. Il daterait bien entendu de l’époque du premier temple. Il contient les trois degrés classiques (avec des particularités notables pour les deux premiers) mais le troisième contient plusieurs innovations qui évoquent furieusement le Royal Arch, avec en plus une médaille découverte sur le cadavre d’Hiram, médaille qui ressemble à l’avers de celle du MX rectifié (un sceau de Salomon dans trois cercles concentriques avec, au centre, le tétragramme). Le tout se termine par une « lecture » qui se veut une épitre écrite par Saint-Jean à Ephèse, exposant comment Jésus communiqua « sur une haute montagne » la prononciation du Nom Ineffable (« le Grand Nom du Tout-Puissant ») et sa signification, à Jean, Pierre et Jacques (paraphrase de la Transfiguration sur le mont Thabor). Avec ce Nom, ils pouvaient « guérir les malades, relever les morts et faire fuir les démons ». Le caractère chrétien de ce système maçonnique éphémère est indéniable.

jeudi 14 juin 2018 4 commentaires
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    Pierre Mollier 16 juin 2018 à 09:17 / Répondre

    L’histoire légendaire avec les compagnons de Godefroid de Bouillon qui découvrent quelque chose d’important dans les vestiges du Temple fait aussi beaucoup penser à ce que l’on sait du « Scot Master » (voir le rituel dans « Renaissance Traditionnelle » n°170-171 présenté par un certain… Pierre Noël). Cela conforterait aussi les théories de Philip Crossle que nous avions présentées dans la revue qui affirme que, pour certains, le troisième grade était une version de l’Arc Royal. Merci d’attirer notre attention sur ce cas très intéressant que je ne connaissais pas.

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    pierre noel 14 juin 2018 à 16:24 / Répondre

    Je ne peux qu’approuver la pertinence du commentaire de Jacques H. Le rituel en question sent le français traduit à plein nez.
    Rien que de normal puisque Londres , à l’époque, grouillait de loges françaises.

    Quelques exemples (tirés de lane, Masonic Records, 1717-1894):

    – Solomon’s temple, Hemmings Row (À l’emplacement de l’actuelle Charing Cross road). Désaguliers et Anderson en étaient membres.
    – The Dolphin n° 20, Tower Street (1723-1745), créée en 1723, called the French Lodge, when meeting in Long Acre (1730-1744). Supprimée en1735.
    – The Union French Lodge n° 98 créée en 1729, Prince Eugene’s coffee house, St Alban Street (perpendiculaire à Jermyn street). Removed to Haymarket in 1739 (en fut membre John Coustos). Charter rendue en 1739.
    – The Lodge of S. George de L’Observance n° 148 (1736), at the Sun, on Fish Street Hill (près du « Monument » commémorant le “grand incendie” de 1666)
    – The Old French Lodge n° 190 (1742) at the Hope and Grapes, Greek Street, Soho
    – Loge de l’Espérance n° 254, at the Crown, au coin de Great St. Andrew Street. died out about 182l.
    – The French Lodge 331, 1765, dissoute en 1775, Ludgate hill. Charte achetée par le Français Pierre Lambert de Lintot. La loge prit le nom “L’Union”. Un chapitre de hauts-grade (du « rite en sept degrés ») lui était attaché qui devint La Parfaite Observance n° 1 de la « Grande Loge de toute l’Angleterre au sud de la rivière Trent » (qui ne vécut que 10 ans)
    – L’Immortalité de l’Ordre No. 376, constituted in 1766 at the Crown and Anchor in the Strand and erased in 1775. A cette loge appartint le chevalier d’Eon, second surveillant en 1771.
    – In 1768 a French Lodge was constituted as No. 434 at the Turk’s Head in Gerrard Street, Soho, and took the name of L’Espérance. In 1785 it moved from Soho and settled down at the Thatched House Tavern (St James‘ street) until 1799, when it joined with Loge des Amis Réunis (No. 6 supra), remaining at that tavern, and in 1810 shifted to Freemasons’ Tavern (Long Acre)
    – Another French Lodge was constituted in 1774 as No. 464 at the Three Old Tongues in Pearl Street, Spitalfields (east of London), known as Loge Parfaite Egalité (Spitalfields fut le siège de l’industrie de la soie, établi par des réfugiés hugenots après la révocation de l’édit de Nantes en 1685. By settling here, outside the bounds of the City of London, they hoped to avoid the restrictive legislation of the City Guilds. The Huguenots brought with them little, apart from their skills, and an Order in Council of 16 April 1687 raised £200,000 for the relief of their poverty. In December 1687, the first report of the committee set up to administer the funds reported that 13,050 French refugees were settled in London, primarily around Spitalfields, but also in the nearby settlements of Bethnal Green, Shoreditch, Whitechapel and Mile End New Town.)
    – la Loge des Amis Reunis n°745, fut constituée en 1774 et dissoute en 1777. Its meeting place was the Turk’s Head in Gerrard Street.
    – The Loge de L’Egalite was erected in 1785 as No. 469 at the Coach and Horses in Frith Street, Soho, and in 1793 became merged in the Ancient French Lodge No. 110.

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    Jacques Huyghebaert 14 juin 2018 à 11:18 / Répondre

    Le rituel est certes en anglais, mais il comporte un certain nombre de particularités qui pointent vers une origine française. Exemples : Opening, (Typewritten text p.4, MS p.5) … from labour to repose => traduction littérale de …. du travail au repos. (Typewritten text p.12, MS p.12) twenty four equal parts or fingers => traduction littérale de 24 parties égales ou pouces, en Anglais correct on parlerait de … 24 four equal parts or inches et non pas de 24 fingers. Autre détail : Joabert, Stolchin, Gerbel (MS p.3) sont des noms figurant dans les rituels français, mais pas dans les rituels anglais. irlandais ou écossais. Une référence suppémentaire mais cachée au Royal Arche se trouve dans les mots cryptés du 3e degree qui ne sont rien d’autre que les mots secrets du RA. Enfin si la date de 1740 est correcte ceci en ferait le plus ancien rituel qui mentionne le midi comme l’emplacement du 2nd surveillant.

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    Anwen 14 juin 2018 à 08:40 / Répondre

    Bonjour,
    À moins que mes interventions vous ennuient, permettez deux mots sur ce qui se cache sous le terme « Royal Arch ». Merci.
    LE ROYAL-ARCHE (Royauté ancienne)
    Mais les Féministes devaient protester. Aussi c’est ici que les sociétés secrètes prennent de l’importance.
    Non seulement on dénature le Sépher, mais la grande persécution contre tous les Livres sacrés, commencée au 7ème siècle, se continue et redouble partout. Et on recherche tous les écrits des grandes Initiatrices, pour les faire disparaître.
    C’est pour les sauver que les initiées vont chercher de nouveaux moyens de préservation.
    Déjà, aux Indes, on avait caché les livres dans des souterrains inaccessibles. Nous allons voir les Israélites de Babylone employer le même système et tenir leurs assises secrètes dans des caves hermétiquement closes, sans ouverture autre qu’une trappe par où l’on descend à l’aide d’une échelle ; ces caves devaient, en effet, être inaccessibles si nous en jugeons par celle qui sert encore dans la F.M. aux assemblées de ce grade (le 13ème).
    Dans ce souterrain qui sert de Temple, se trouve une salle peinte en blanc. La voûte est supportée par neuf arches sur chacune desquelles est inscrit un des noms des neuf Déesses qui écrivirent les Livres sacrés. On les appelle les neuf Architectes, parce que ce sont elles qui ont révélé les lois de la Nature, la science qui a fait la première civilisation.
    Tout le symbolisme de ce grade a pour but de protester contre les changements apportés par les Massorètes dans l’écriture et dans la prononciation des mots.
    Cette cave me semble avoir encore une autre signification. Elle représente le monde inférieur souterrain, sans lumière, que l’ignorance et la tyrannie ont créé. L’homme y règne, il y est roi, trois fois puissant Grand Maître.
    Il est sous un dais, couronné, ayant en main un sceptre, il est revêtu d’une robe royale de couleur jaune et d’un manteau de satin bleu doublé d’hermine.
    Cette descente dans le monde inférieur était l’objet de légendes diverses à cette époque : la descente d’Istar aux Enfers, celle de Proserpine dans le sombre royaume de Pluton, etc.
    Vers la même époque, c’est-à-dire toujours pendant la captivité, on institue un 14ème degré qui se tient encore dans une cave, et même dans une seconde cave qui fait suite à la première et à laquelle on accède par un couloir étroit éclairé par une seule lampe antique suspendue au plafond.
    A l’entrée, il y a un petit fossé ; c’est de plus en plus lugubre. Quand le récipiendaire arrive dans cette cave, il se trouve en face d’un lion, celui dont nous avons déjà parlé, qui tient une clef dans sa gueule.
    C’est ce symbolisme que la Bible a imité quand elle a envoyé Daniel dans la fosse aux lions. Seulement, cet animal ne fait aucun mal à ceux qui ont la clef.
    On a fait remarquer que la fosse aux lions est celle des bas-reliefs de chasse d’Assourbanipal (British Muséum).
    Au fond du dais se trouve encore le triangle avec les trois iod (1), puis, devant le trône, les accessoires du culte de la nouvelle religion des rabbins.
    On voit aussi dans la salle un grand vase rempli d’eau, représentant la mer d’airain du Temple, et qui symbolise les eaux de l’ignorance, c’est-à-dire le déluge.
    Ce grade s’appelle le Grand Écossais de la Voûte Sacrée.
    D’où vient ce titre de « Grand Écossais de la Voûte Sacrée » ? On dira dans les rituels modernes que c’est Jacques VI, roi d’Angleterre, qui aurait composé ce grade, appelé aussi Parfait et Sublime Maçon.
    Mais, comme tous les grades des Chapitres ont une origine ancienne et contemporaine des événements bibliques, ce monarque a pu réformer ce grade, mais il ne l’a pas créé, et voici ce que ce titre me suggère :
    Si, comme l’affirme la Duchesse de Pomar, les tribus dispersées se réfugièrent en Occident et surtout en Ecosse (l’ancienne Calédonie), il est possible qu’à l’occasion de cette émigration on ait créé un grade symbolique, destiné à la rappeler. L’eau qu’on met dans le Temple pourrait symboliser un voyage par mer.
    On sait que Mme de Pomar voyait dans ces émigrés les dépositaires de la tradition qui devait, plus tard, reparaître. Il est certain que c’est en Ecosse que la F.M. a reparu et, de là, s’est répandue sur le monde.
    Dans ce grade, on récapitule la science symbolisée par la pierre cubique, surmontée de la Pyramide, ce qui signifie union du féminin et du masculin pour l’élévation de l’humanité.
    On établit, une écriture conventionnelle, on explique encore les forces spirituelles symbolisées par l’Etoile à six branches, et on montre la nécessité pour l’homme de se mettre en communication avec l’Esprit féminin.
    Le Grand Écossais porte un anneau d’or en forme d’alliance, dans l’intérieur duquel sont gravés d’un côté le nom de l’adepte et la date de sa réception, de l’autre ces mots : La vertu unit ce que la mort ne peut séparer.
    C’est cet anneau qu’on imitera dans l’alliance donnée le jour du mariage.
    Mais le mariage sera une union sexuelle, tandis que l’union initiatique était une union spirituelle.
    (1) C’est à partir de ce moment que les Juifs défendent de rétablir les Écritures, disant : « On n’y changera pas un yod » (un iota).
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/les-croisades.html
    Cordialement.
    Cordialement.

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