Macron Hubsch
Lors du repas du 5 septembre, le Président Macron recevant de Jean-Philippe Hubsch une reproduction en bronze de la Marianne maçonnique de Jacques France.

Quelques questions aux GM après leur visite à l’Elysée

Par Géplu dans Divers

Dimanche dernier, dans l’article annonçant l’invitation faite par Emmanuel Macron au Grands-Maîtres de dix obédiences françaises, j’ai écrit : « Il sera intéressant, la semaine prochaine après la réunion, de demander aux divers Grands-Maîtres invités leurs sentiments et réactions sur cet entretien et son utilité. »
J’ai donc envoyé à chaque Grand-Maître présent au repas un petit questionnaire, le même pour tous. Jean-Pierre Servel, Grand-Maître de la GLNF m’a appelé pour me dire que son obédience ne réagissant jamais publiquement aux faits de société, il ne souhaitait pas me répondre, même s’il m’a confié avoir beaucoup apprécié la réunion et été impressionné par le Président Macron. Jean-René Dalle, Grand-Maître de la GL-AMF n’a pas non plus souhaité s’exprimer sur ce repas, mais m’a fait part de sa surprise de ne pas avoir été invité à signer le communiqué commun : « pour signer un communiqué commun encore faudrait-il qu’on nous le propose ».
Jean-Philippe Hubsch pour le GODF, Pierre-Marie Adam pour la GLDF, Alain Michon pour le Droit Humain et Edouard Habrant pour la GLMF m’ont répondu ou fait savoir qu’ils m’enverraient rapidement leurs réponses, mais à hier soir au moment de la rédaction de cet article, je n’étais en possession que des réponses de Jean-Philippe Hubsch et d’Edouard Habrant. Nul doute que les autres suivront, et je les rajouterais à l’article au fur et à mesure de leurs arrivées.
Quant à Marie-Claude Kervella pour la GLFF, en Conseil Fédéral vendredi et samedi et prise par la cérémonie d’intégration d’une loge ce dimanche, elle m’a demandé d’attendre lundi pour traiter le sujet.

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Réponses de Jean-Philipe Hubsch,
Grand-Maître du Grand Orient de France

Ce rendez-vous avec le Président de la République t’a-t-il semblé utile ?
– Une invitation du premier personnage de l’Etat ne se refuse pas. Le dialogue a été très libre, nous avons pu aborder tous les sujets que nous souhaitions évoquer.  Le lien est désormais établi. 
Quels ont été les temps forts de la conversation ?
– Les principaux thèmes ont concerné la laïcité,  la défense des valeurs de la République,  l’Europe, la situation des migrants et la bioéthique. 
Sur quoi as-tu personnellement insisté ?
– Pour ma part, j’ai surtout insisté sur la position du Président à l’égard de la laïcité et vis à vis du concordat en Alsace-Moselle. Il s’est très longuement exprimé sur ces sujets. Je suis également intervenu sur tous les autres thèmes pour présenter les positions du GODF. 
As-tu le sentiment d’avoir été écouté ?, entendu ?
– Le Président de la République nous a écoutés et je suis persuadé qu’il nous a entendus, car il a participé activement cette réunion. 
Quelles suites attendre de ce rendez-vous ?
– Le Président nous a annoncé qu’il avait demandé à plusieurs de ses ministres de nous recevoir pour continuer ces échanges. Il y aura donc des suites à ces échanges.

Réponses d’Edouard Habrant,
Grand-Maître de la Grande Loge Mixte de France

Ce rendez-vous avec le Président de la République t’a-t-il semblé utile ?
– Ce type d’échange permet d’abord de réaffirmer l’attachement de nos obédiences à certaines valeurs fondamentales qui sous-tendent notre démarche, et notamment l’égalité des droits, l’humanisme et l’universalisme.
Surtout, ce dialogue me semble de nature à permettre de décrypter, en filigrane, un certain nombre de réformes envisagées au plus haut niveau de l’Etat et de poser ainsi à l’avance les termes, les conditions et les enjeux de débats essentiels pour l’avenir de la France et de l’Europe.
Les mots et la dialectique du Président de la République ne sont pas anodins et disent beaucoup sur ses intentions.
Quels ont été les temps forts de la conversation ?
– L’un des temps forts a été l’expression des différentes Obédiences sur leur représentation de la laïcité.
Sur quoi as-tu personnellement insisté ?
– J’ai personnellement insisté sur le fait que le principe de laïcité était essentiel : la laïcité est à la République ce que le contradictoire est à la justice i.e. un outil indispensable en vue de la réalisation d’un idéal (le bien commun pour la République, l’équité, la vérité, le bien pour la justice). Il ne viendrait à l’esprit de personne de parler de « radicalisation » du contradictoire ou de « contradictoire apaisé ». Cessons d’accoler à la laïcité des adjectifs qui ne visent qu’à l’affaiblir.
J’ai ajouté que la laïcité n’était pas une pièce de musée, mais un produit culturel évolutif, ayant à explorer de nouveaux champs. Surtout, la laïcité permet et favorise la mise à distance des citoyens de toute emprise.
Par ailleurs, j’ai interrogé le Président de la République afin de savoir si un Concordat en vue de l’organisation d’un « Islam de France » était à l’étude, comme cela avait parfois été évoqué, par exemple par Gérald Darmanin. Le Président a répondu qu’un tel Concordat n’était pas « réalisable », ajoutant, en réponse à la question d’un autre Grand Maître, que le régime dérogatoire en Alsace-Moselle n’avait pas vocation à être étendu. Cependant, il convient de rester vigilant sur ce sujet, le Président ayant évoqué la laïcité comme un « cadre d’organisation », formule beaucoup plus fragile qu’un « principe »…
As-tu le sentiment d’avoir été écouté ?, entendu ?
Le Président a écouté nos expressions avec intérêt, tout en donnant le sentiment d’avoir des idées précises sur un grand nombre de sujets.
Quelles suites attendre de ce rendez-vous ?
– Il faut espérer le maintien d’un dialogue et d’un échange, étant systématiquement rappelé que les francs-maçons ne demandent rien pour eux, mais qu’ils œuvrent uniquement à l’intérêt général, et surtout que chaque franc-maçon est avant tout un citoyen, libre de ses pensées et de ses opinions, l’émancipation de l’individu et de l’humanité étant l’un des buts de la franc-maçonnerie.

Réponses d’Alain Michon
Grand Maître de la Fédération française du Droit Humain.
(reçues ce dimanche 9 à 11h.)

Ce rendez-vous avec le Président de la République t’a-t-il semblé utile ? 
– Ce rendez-vous a été utile. Dans un communiqué sur le discours du Président aux Bernardins nous avions affirmé notre souhait que le Président de la République reçoive les francs-maçons. Nous ne pouvons donc qu’être satisfaits d’avoir pu nous faire entendre sans filtre. Ce retour à une pratique qui avait été oubliée constitue une forme de reconnaissance de nos valeurs, de la qualité de nos travaux et de notre réflexion. Cela nous incite à poursuivre, à approfondir certains sujets pour lesquels nous sommes déjà engagés : laïcité, Europe, bioéthique.
Quels ont été les temps forts de la conversation ?
– Les temps forts ont été ceux que nous indiquons dans le communiqué interobédientiel ; laïcité, Europe, bioéthique.
As-tu le sentiment d’avoir été écouté ?, entendu ?
– J’ai particulièrement demandé au Président quel sens il donnait au « lien » (« abîmé ») entre Église et État qu’il a évoqué dans son discours aux Bernardins. Alors que nous vivons dans le cadre d’une séparation entre l’Église et l’État. A partir de cette question le Président a précisé sa pensée. Il me semble qu’il a voulu à la fois nous rassurer sur sa fidélité à la loi de 1905, et indiquer quelle était sa pente : Briand plutôt que Combes. 
Quelles suites attendre de ce rendez-vous ?
– Nous allons nous préparer à des rendez-vous futurs sur des sujets comme la laïcité et la bioéthique. Sur ce dernier sujet nous nous sommes déjà rendus au CESE et au CNCE. Il nous semble que nous sommes pleinement à notre place pour aborder ce domaine. Nous inscrivons notre réflexion dans une perspective adogmatique, où nous croisons liberté absolue de conscience et respect de la dignité humaine. Si donc nous sommes invités à apporter notre pierre sur ces sujets, nous le ferons en pleine responsabilité humaniste. Nous espérons pouvoir faire à nouveau entendre notre voix.

Réponses de Pierre-Marie Adam,
Grand Maître de la Grande Loge de France
(reçues ce lundi 10 à 21h)

Ce rendez-vous avec le Président de la République t’a-t-il semblé utile ? 
– Utile sans doute pour le Président, puisque c’était la première fois qu’il recevait ensemble les représentants des « principales Obédiences », et qu’il était important pour les uns et les autres que s’instaure un lien institutionnel. Utile évidemment pour les Obédiences qui pouvaient exprimer leurs sensibilités les unes en face des autres et leur sentiment commun ou non sur les grands sujets et les interrogations de notre temps.
Quels ont été les temps forts de la conversation ?
– Trois : Laïcité, on s’y attendait depuis le discours devant la conférence des évêques qui avait créé la polémique avec le GODF et entre le GODF et la GLNF. Ce qui n’a pas empêché le Président de réaffirmer ses « convictions » ou sa « doctrine » en la matière. L’Europe, pour les préoccupations, et les dangers, essentiellement du populisme, et par conséquent de la ligne et du discours à tenir. La bioéthique, abordée avec une approche humaniste plus que technique, et donc l’ensemble des questions éthiques, et parfois juridiques que cela pose.
Sur quoi as-tu personnellement insisté ?
– De quoi ai-je parlé ? De laïcité bienveillante, mais me semble-t-il sans être compris. Parlant ainsi, et je l’ai dit plus loin, la laïcité c’est en effet laisser à chacun sa liberté de culte dans la sphère privée, mais une neutralité totale dans la sphère publique. En revanche, s’il doit y avoir de la bienveillance c’est par une « conversion du regard » vers l’autre, expression employée par Michel Barat et reprise par le Président dans son discours. Comment regarder l’autre, quand il n’est pas dans la même pratique religieuse, autrement que comme un ennemi potentiel, et donc être laïc mais bienveillant avec les croyants d’une autre religion. Sur l’Europe j’ai ébauché une proposition visant à parler d’abord de l’Europe des hommes, du patrimoine culturel commun, de la paix pour « faire aimer l’Europe » au lieu de s’en méfier.
As-tu le sentiment d’avoir été écouté ?, entendu ?
– Écouté sans aucun doute, entendu ? En tout cas il a rebondi sur nos propos. Mais il était aussi là pour délivrer son message et sa vision des choses, ce qu’il n’a pas manqué de faire sur les différents sujets, et parfois de façon arrêtée, sur la bioéthique par exemple.
Quelles suites attendre de ce rendez-vous ?
– Annoncées sur deux sujets : La laïcité par une invitation du Ministre de L’Intérieur et des cultes, La bioéthique par la Ministre de la santé. Ce qui nous convient bien car nos Commissions se sont déjà penchées sur les sujets, et les ont présentés. Mais la réflexion continue. Et pour ma part, s’agissant de l’Europe je ne désespère pas de pouvoir le recevoir officiellement pour nous délivrer sa vision de l’Europe. Mais rien n’est acte pour l’heure.

dimanche 09 septembre 2018 7 commentaires

Étiquettes : ,

  • 7
    Kitusai 16 septembre 2018 à 08:16 / Répondre

    Mais… qu’y avait-il au menu ?

  • 3
    deriemont 14 septembre 2018 à 10:23 / Répondre

    C’est certainement parce qu’il nous a entendu comme dit le Grand Maitre du GODF, qu’Emmanuel Macron vient d’adjoindre la croix de Loraine au faisceau de Licteur symbole de la République !!!

    Les faisceaux sont constitués par l’assemblage de branches longues et fines liées autour d’une hache par des lanières. Dans la Rome antique, ces faisceaux étaient portés par des licteurs, officiers au service des Magistrats et dont ils exécutaient les sentences.

    La révolution française réinterpréta ce symbole : le faisceau représente désormais l’union et la force des citoyens français réunis pour défendre la Liberté. L’Assemblée constituante impose en 1790 ses « antiques faisceaux » comme nouvel emblème de la France.

    A la chute de la Monarchie, le faisceau de licteur devient un des symboles de la République française « une et indivisible » (tel un faisceau). Il est repris sur le sceau de la Ière République puis sur celui de la IIe République, toujours en usage aujourd’hui.

    Quant à la croix de Lorraine contrairement à ce que l’on pense n’est pas le symbole représentant le gaullisme. On se demande bien d’ailleurs en quoi la politique menée serait gaullienne tant sur les aspects sociaux, qu’européens . En réalité la croix de Lorraine (appelée auparavant croix d’Anjou) est une croix à double traverse. En héraldique, on l’appelle croix archiépiscopale ou croix patriarcale ; elle figure dans les blasons des archevêques, et dans l’iconographie ancienne, pour signaler cette fonction.

    Merci donc Monsieur le président de ce cadeau en retour de celui que le Grand Maitre vous a offert à savoir un Marianne maçonnique républicaine

    • 4
      Emmanuel 14 septembre 2018 à 23:07 / Répondre

      Cette croix a déjà figuré dans les emblèmes de la présidence… elle est liée semble-t-il à l’admission du président dans l’Ordre de Séraphin (sic et oups)ordre suédois décerné par le souverain aux chef d’états étrangers…. Taper « armorial de la présidence de la république ».

    • 5
      HRMS 15 septembre 2018 à 10:34 / Répondre

      le symbole des faisceaux ne sont-ils pas à la racine des mots fascisme/fasciste; dér. de fascio « faisceau », pris au sens de « union de forces politiques réunies dans un but commun » / « du lat. class. fascis « faisceau » (faix*).ref:CNRTL

      • 6
        Emmanuel 15 septembre 2018 à 16:40 / Répondre

        « le symbole des faisceaux ne sont-ils pas à la racine des mots fascisme/fasciste; dér. de fascio « faisceau », pris au sens de « union de forces politiques réunies dans un but commun » / « du lat. class. fascis « faisceau » (faix*).ref:CNRTL »
        Si c’est ça ta définition du fascisme alors tous les partis politiques qui sont des réunions de personnes réunies dans un but commun… le sont, les églises de même et la FM aussi!!!!

  • 2
    Altec 9 septembre 2018 à 15:18 / Répondre

    GLCL ! son tour viendra probablement, 10 obédiences étaient invitées GEPLU a du boulot pour interroger tout le monde.
    Bien d’autres n’ont pas été invitées car difficile d’inviter presque 200 organisations portant titre d’obédience ou d’ordre maçonnique (la France doit avoir le record mondial de la spécialité)
    Le président a fait un choix .
    GEPLU aussi mais si il le peux je pense qu’il aura l’avis de tous les participants .

  • 1
    David 9 septembre 2018 à 01:29 / Répondre

    Et le Grand Maître de la GlCS?

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