les Armes de la GLUA
Les Armes de la GLUA : à dextre, les Armes de la GL des Moderns (« The Premier Grand Lodge » !), inspirées de celles de la Vénérable Compagnie des Maçons de la Cité de Londres, à senestre celle de la GL des Anciens (selon les « The Grand Lodge according to the Antient Constitutions ») avec les quatre animaux de l’Apocalypse, surmontées par l’Arche d’Alliance et soutenues par deux Chérubins.

Moderns et Antients. Un faux débat ?

Par Pierre Noël dans Contributions

Quelle pouvait être la différence entre « Moderns » et « Antients » dans l’Angleterre de la 2ème moitié du XVIIIe siècle ? Elle était sans doute bien insignifiante (quelques variantes dans les réponses conventionnelles de l’instruction d’apprenti-compagnon, la présence ou non d’un tracing-board …).  Bien réelle et dirimante était la différence de classe sociale (à Londres surtout).

– Les Moderns étaient proches du pouvoir politique, gentlemen et membres de la gentry, de la magistrature ou du barreau (« the bench »), du négoce, du monde « professionnel » (médecins, apothicaires), d’érudits et de dilettantes…, bref des membres des classes aisées, généralement whigs, partisans du roi Georges (de Hanovre) et adeptes des idées nouvelles, déistes à la Newton et foncièrement indifférents aux questions religieuses (comme le sont les Anglais en général, foncièrement latitudinaires), sans compter les nombreux Huguenots d’origine française, exilés après la révocation de l’édit de Nantes (1684), attachés à leur nouvelle patrie sans rien oublier de celle qui les avait chassés. Antipapistes, attachés au pouvoir parlementaire, opposés à l’absolutisme des rois de France et celui (présumé) des prétendants Stuart, ils ne pouvaient qu’être whigs.

–  Les Antients venaient surtout des classes populaires, souvent d’origine irlandaise (les « immigrés » de l’époque !). Ils étaient plutôt défavorisés, « gens du (petit) peuple » selon l’expression commune, parfois catholiques (puisque souvent Irlandais !) et généralement plus dévots. En tout cas leur pratique maçonnique avait un caractère religieux plus marqué. Ils ressentaient l’attitude distante (méprisante même) des tenants de la première Grande Loge qui refusaient de les recevoir et ils leur reprochaient par une réaction bien naturelle les pires choses qu’ils puissent imaginer : l’infidélité à une « tradition » (très largement imaginaire) et aux usages « anciens » (d’où le quolibet, « moderne », qui leur fut attribué). (Voir Ric Berman, “The Architects of Eighteenth Century English Freemasonry, 1720 – 1740”, 2010; “The Foundations of Modern Freemasonry”, 2012; « Schism », 2013.)

En dehors de Londres et du Middlesex, la différence s’estompait. Il ne devait guère y en avoir entre le petit commerçant « Modern » de Liverpool et le boutiquier « Antient » de Manchester, pas plus qu’entre le bourgeois et l’artisan de York à l’ombre de leur cathédrale. De toute façon, pour le Londonien moyen, tout le reste est inexistant (hier comme aujourd’hui), qu’il soit Ecossais, Irlandais ou Anglais de Manchester ou de Newcastle. Dès lors, qu’on dise ici que les astres et le maître de la loge sont les 3 Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie, là qu’ils en sont les petites lumières, qu’on ait des Diacres ou non, qu’on dise un peu plus ou un peu moins de prières … n’a d’importance qu’anecdotique. Le serment sur la Bible était la règle commune, comme le grade de l’Arche Royale qui était pratiqué par tous de la même façon, mais dans un autre contexte administratif.

Dans les colonies, la maçonnerie de type « Antient » l’emporta et devint le rite « américain » (voir Thomas Webb. « The Freemason’s Monitor, or Illustrations of Masonry », 1797). La plupart des colons venaient précisément des couches populaires d’Angleterre, d’Ecosse ou d’Irlande, qui cherchaient à améliorer leur sort. Les maçons « Moderns » se trouvaient plutôt dans l’élite dirigeante naturellement proche de la métropole. Lors de l’indépendance américaine, les « Antients » restèrent en place, les « Moderns » soit regagnèrent la mère-patrie soit s’installèrent au Canada resté loyaliste (Steven C. Bullock. « Revolutionary Brotherhood », 1996). Un bel exemple est donné par les tribulations du Frère Benjamin Franklin, Franc-Maçon « Moderne » refusé à son retour de France par les Francs-Maçons « Anciens » de Pennsylvanie, pp 85-86).

L’union des deux courants, envisagée dès 1799 devant l’hostilité gouvernementale aux sociétés secrètes soupçonnées de jacobinisme, mit une quinzaine d’années à se réaliser après quelques remaniements superficiels dont on a dit hâtivement qu’ils étaient une victoire absolue des Anciens. On lit sous la plume de tous les auteurs que les Antients ont imposé leur loi lors de l’Union de 1813 et que les Modernes ont capitulé sans condition, à tel point que cette union serait plutôt une absorption de la première Grande Loge dont il ne resterait plus que le souvenir. J.Corneloup alla même jusqu’à parler de « la disparition totale de la première Grande Loge » dont la GLUA ne pourrait même pas revendiquer la paternité (lire l’introduction de 1972  à son excellente traduction de « Faits et  Fables maçonniques » de Henry Sadler (1887).

Je pense que ce n’est pas tout à fait exact. Il y eut sans plus quelques concessions mineures des Moderns sur des points de détaiL Les rituels post-Union ne diffèrent guère des rituels Moderns de 1802, le « Master Key » de Browne et le « Masonic Treatise » de William Finch.  Après l’union des deux Grandes Loges anglaises en une Grande Loge Unie, la nouvelle rédaction de l’article I des Constitutions fut un compromis subtil entre les versions Modern (Anderson) et Antient (Dermott), que révèle le choix des termes. Le texte définitif ne parle pas de « liberté de conscience », mais bien de l’obligation de ne jamais aller à l’encontre de sa conscience (« A Mason is particularly bound never to act against the dictate of his conscience », dit l’article I actuel des Constitutions, p.3, de la GLUA).  On garde la loi morale d’Anderson et sa phrase conditionnelle (« s’il comprend correctement …, il ne sera jamais … »). Mais la dernière phrase souligne que la morale naturelle reste l’exigence absolue. Peu importe la religion pourvu qu’elle ait pour base la conscience de chacun.  Dans ce compromis, chacun trouvait son dû d’autant plus aisément que la bienséance interdit de discuter de ces choses (Dieu, les religions, les dénominations, les dogmes et le reste) sur les bords de la Tamise.

Finalement le flou heureux d‘Anderson est toujours là, qui convient très bien au pragmatisme insulaire.

Pierre Noël

mercredi 19 septembre 2018 90 commentaires

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  • 90
    pierre noel 15 octobre 2018 à 21:30 / Répondre

    Je suis souvent frappé par la méconnaissance évidente des commentateurs de ce blog de l’histoire d’un pays qui nous est si proche par la géographie et l’histoire (l’Angleterre !), comparable à la méconnaissance de l’histoire de France (ne parlons-pas de celle des pays voisins !) par les Anglais. Tous ignorent bien souvent les quelques rudiments que les écoliers (de mon époque, en tout cas) connaissaient.
    Je comprends sans mal cette ignorance réciproque et ne la reproche à personne.
    Permettez-moi de suggérer, sans plus, à ceux que ça pourrait intéresser quelques lectures de vulgarisation intelligente :
    – L’histoire d’Angleterre, d’André Maurois (1937)
    – La traduction française de l » »History of English-speaking peoples » de Winston Churchill publiée par la Librairie Plon en 1957, et rééditée par metvox en 2017 (Histoire des peuples de langue anglaise)
    • Tome I. — Naissance d’une nation, Plon, 1957 ; Metvox Publications, 2017 (ISBN 979-10-94787-21-2).
    • Tome II. — Le Monde nouveau, Plon, 1957 ; Metvox Publications, 2017 (ISBN 979-10-94787-23-6).
    • Tome III. — Les Temps de la révolution, Plon, 1957 ; Metvox Publications, 2017 (ISBN 979-10-94787-26-7).
    • Tome IV. — Les grandes démocraties, Plon, 1957 ; Metvox Publications, 2017 (ISBN 979-10-94787-28-1).
    La période qui nous intéresse (celle de la naissance de la fm) est décrite dans le 3° volume.
    Il y en a beaucoup d’autres que ne manqueront pas de signaler les connaisseurs. Je me contente de quelques « basiques », agréables à lire.

  • 89
    pierre noel 15 octobre 2018 à 17:55 / Répondre

    Avant de parler de « sociétal », puis-je suggérer de lire dans « Contributions », sur Hiram.be,
    VOUS AVEZ DIT « SOCIÉTAL » OU « SPIRITUALISTE » (Par Emerek Le Fol) ?

    Le débat actuel (voir les postes 75-85) est incompréhensible pour un maçon actuel de la GLUA, comme il l’aurait été pour James Anderson.

  • 81
    joab's 29 septembre 2018 à 19:57 / Répondre

    La discussion, passionnante, glisse un peu à chercher des références historiques pour appuyer une pratique differentiée aujourd’hui de la FM (en France).
    Ainsi, les 2 courants dits « societal et liberal » face à « religieux-traditionnel » (sans entrer dans la destreuse tarte à la crème pour gogos de régularité) se veulent des continuités de la querelle anglaise (qui elle s’est terminée par une Union) entre Antients et Moderns.
    Il s’agit là d’une grave erreur qui fait l’affaire de dirigeants d’obedience dont l’action principale est de singulariser et donc diviser artificiellement la FM autour de considerations futiles.
    On peut donc facilement s’apercevoir que ces futilités de division-eparpillement DOIVENT(puisque c’est le devoir des MMaçons ) et réunir sur des fondements, comme l’ont fait, peut être imparfaitement les Anglais avec la GLUA.
    AInsi, en se sens, aborder la question à savoir « QUI A GAGNE ? » est une grave erreur !
    Si on examine sans esprit partisan et récupérateur, on retrouve des indices Modern et Antients dans les rituels issus de 1813. Avec peut être, preponderance des Antients en matiere ceremoniale et Moderns en matiere fondamentale (dont la question du Geometre et l’astronomie).
    On peut aussi rappeller que la frontière obedentielle n’est pas la bonne : A la GLNF se pratiquent le RF très newtonien et au GODF du RER très christique. Par conséquent, le sujet n’est pas là.
    Apès nous avons chacun une sensibilité differente. En mon sens l’approche devote obtus est une plaie à la reflexion maçonnique. Comme une dogmatique athée militant.
    D’où l’intérêt et la justesse d’Anderson.
    Je pense que nous avons beaucoup à gagner à examiner l’approche Newton enigmatique et ouverte.
    Mais qu’il ait été ou pas FM, peu importe, finalement ! Avec sa loi de la Gravitation Universelle n’est-il pas, lui, le Geometre de l’Univers ? OK ! sacrilege …

    • 82
      Michel KONIG 30 septembre 2018 à 02:44 / Répondre

      Il y a un tableau de Blake (dommage ici on ne peut mettre d’iconographie) représentant Newton assis sur un rocher avec un compas à la main. Il y aussi le frontispice du livre de Voltaire sur la pensée de Neuton (sic) où on voit le savant travaillant sous la protection du grand architecte.
      En ce qui concerne la GLUA, l’accord de 1813 a été imposé par décision de Georges IV qui a fait nommer son fils à la GM des modernes et pour des raisons politiques (Cf le GADLU).
      Et depuis c’est la GLUA qui exclut le GODF et ne le reconnait pas et non l’inverse.

      • 83
        Désap. 30 septembre 2018 à 09:41 / Répondre

        Oui, c’est marrant d’ailleurs, Joab’s pourfendeur des obédiences et surtout de la régularité (ici encore qualifiée de « tarte à la crème »), prend systématiquement soin d’épargner la GLUA (dont il prétend être membre ou reçu dans ses loges, tout dépend de l’opportunité …), allant jusqu’à détourner ou occulter le sens de l’Histoire et la parternité des initiatives.
        Bref, on appréciera tout cela selon les exigences de la science de Géométrie.

        • 84
          joab's 30 septembre 2018 à 13:21 / Répondre

          Desap, il y a des discussions passionnantes ici, sur cet article. Tu trouveras des sujets de chicane et tentatives de discredit à la pesronne ailleurs.

        • 87
          BOAZ 15 octobre 2018 à 11:52 / Répondre

          il me semble que la GLUA a fait une synthèse pragmatique entre Anciens et Modernes. De ce fait, elle défend autant l’approche progressiste et sociétale d’Anderson que les valeurs (plus religieuses) auxquelles les Anciens sont attachés. Elle se veut la garante de la régularité et de la cohésion maçonnique.
          Dès lors, comment peut-on ainsi dénigrer les tenants de la régularité tout en préservant celle qui en est à l’origine? Restons cohérents! JOAB’s semble pratiquer une maçonnerie à Géométrie variable…

          • 88
            Michel KONIG 15 octobre 2018 à 17:44 / Répondre

            La traité d’union de 1813 a d’abord été une volonté de George IV qui comme son père voulait récupérer du pouvoir que George 1er et George II avait laissé filer au Parlement. Pour cela ils se sont appuyés sur les tories plus respectueux de la monarchie que les Whigs. Or ces derniers étaient présents surtout dans la GL des modernes et les torries dans celle des Anciens. La GLUA a été d’abord pour le roi un moyen de mettre la FM Whig au pas.
            Ensuite celle-ci a payé le raidissement de l’Europe contre la FM libérale qui était un des supports de l’Empire. Partout dans les monarchies européennes on restreint l’activité des LL maçonniques susceptible de cacher des espions français. Le GODF ne cachait pas ses sympathies pour le GL des modernes était soupçonné d’inflitrer la GL des modernes. En 1799, un Bill restreignait en Angleterre l’activité des associations et la FM avait du refaire allégeance au Roi pour y échapper. Evidemment la GL des modernes a fait des efforts pour se rapprocher de la monarchie torry, mais celle-là a trouvé plus définitif de la mettre sous l’éteignoir.

      • 85
        joab's 30 septembre 2018 à 13:35 / Répondre

        EN effet, j’avais zappé … Finalement, c’étai pas aussi impertinent ma boutade de Newton-Grand Architecte de l’Univers …
        Pour prolonger sa loi de la gravitation universelle est d’une simplicité, élégance remarquable.
        De plus, en revenant au G, si on l’assimile au G (constante de la gravitation) on est aussi dans une pureté, éternité, immanence : les masses, la distance varie, le G reste …
        Je ne suis pas sûr que 1813 se limite à cette décision, même si l’interêt commercial et geo-strategique est évident. Il fallait que le terrain soit propice et les Moderns avaient perdu de leur eclat et leur pureté et se laissaient gagner par les approches devotes.
        Pour le rejet du GO, c’est un debat qui nous menerait loin, mais simplement le GO l’a un peu cherché. Dans le fond, la réalité des loges, la GLUA se moque tout autant de « la gloire du GADLU ».
        Il est fort dommage par contre qu’une partie des FM aient sombré dans des puerilités comme « regularité », boniment de foire. Pire, que des GODF acceptent de se classer « irréguliers », ce qui alimente la tarte à la crème.
        Il y a tout de même des sujets plus serieux pour controverse (comme ce dont nous discutons sur G) que les gamineries obedentielles.

  • 71
    pierre noel 29 septembre 2018 à 09:17 / Répondre

    On fait toujours grand-cas de la Royal Society et de son rôle dans le développement de la fm moderne. Bauer fut l’un des plus ardents propagandistes de la légende avec en arrière-pensée de montrer que le GODF est le légitime héritier de cette Société (qui existe encore bien entendu).t Et pourtant !
    La Royal Society of London for Improving Natural Knowledge, fondée en 1660, était bien peu savante au XVIII° siècle. A peine 20% de ses membres s’occupaient activement de science et bien peu ont laissé leur nom dans ces domaines (Newton, bien sûr, et Boyle, celui de la loi des gaz parfaits, en étant l’exemple). Quelques autres, dont Stukeley, étaient surtout naturalistes ou archéologues amateurs. Beaucoup étaient des hommes du monde, éclairés autant que fortunés.
    « The appointment of fellows was first authorised in the second charter, issued on 22 April 1663, which allowed the president and council to appoint as fellows any individuals they saw fit. This saw the appointment of 94 fellows on 20 May and 4 on 22 June; these 98 are known as the « Original Fellows »… Many early fellows were not scientists or particularly eminent intellectuals; it was clear that the early society could not rely on financial assistance from the king, and scientifically trained fellows were few and far between. It was therefore necessary to secure the favour of wealthy or important individuals for the society’s survival. While the entrance fee of £4 and the subscription rate of one shilling a week should have produced £600 a year for the society, many fellows paid neither regularly nor on time. Two-thirds of the fellows in 1663 were non-scientists; this rose to 71.6% in 1800 before dropping to 47.4% in 1860 as the financial security of the society became more certain. »
    Pendant tout le XVIII° siècle, à peine 30% des membres étaient des hommes de science, les autres étaient des « amateurs » fortunés, heureusement pour la survie de la Société puisqu’elle ne vivait que de leur « patronage ». (La situation n’était pas différente de celle des loges écossaises du XVII° siècle, avec leurs gentlemen masons !)
    En réalité, toutes ces sociétés fleurissaient à l’époque (qui suivait la fin de la guerre civile de 1642-1655), la Société des Apothicaires, la Société de Médecine, la Société des gentlemen de Spalding (un patelin au nord de Londres), le Byrom club et d’autres, nombreux dans la « métropole », parfois sérieux, parfois bacchiques.
    L’influence de Newton (mort en 1727) était primordiale dans la société londonienne cultivée et dans tous ces clubs plus ou moins savants.
    Il faut lire la Prestonian Lecture de 2004 de Trevor Stewart qui développent très largement les interactions entre la RS et la GL de L&W, sans que les rituels de la seconde aient été sciemment influencés par la première. Là aussi, les commentateurs anglais n’accordent pas d’importance privilégiée à cette appartenance particulière que certains Français estiment prestigieuse !
    De nos jours, la Royal Society est d’un très haut niveau scientifique (le président actuel en est un prix Nobel, d’ascendance Indienne (Hawkins, le physicien paralysé par une maladie de Charcot en était) mais elle compte aussi quelques membres de la famille royale, à titre honorifique bien sûr. Elle n’a rien à voir ni de loin ni de près avec la GLUA

    • 72
      joab's 29 septembre 2018 à 09:37 / Répondre

      Si on entre dans desargumentaires de competitions obedentielles, la discussion va perdre beaucoup de sa qualité et son objectivité, je le crains.

    • 78
      pierre noel 29 septembre 2018 à 15:10 / Répondre

      Je remets mon gain de sel dans ce débat qui risque l’enlisement et la question légitime : en quoi cette dispute d’historiens amateurs nous intéresse-t-elle, en 2018 ?
      En réalité, la rupture anciens/modernes existe toujours dans la maçonnerie anglaise, mais sous un autre aspect. A Londres et Oxford surtout (mais aussi dans les autres vieilles villes de provinces), il y a les loges privilégiées et les autres (les « greengrocers’lodges », comme je l’ai entendu). On entre dans les premières que si on sort de la bonne école, du bon régiment, du bon gentlemen’s club, du bon cercle professionnel … (ces deux catégories se fréquentent peu ou pas du tout, sinon aux « grandes » occasions, puisqu’on ne peut visiter une loge que si on y est invité par un membre qui prend en charge le repas de son hôte). Le maçon de base ne peut visiter, pour citer un exemple, la « Lodge of Installed Masters of the city of London » que sur invitation personnelle (c’est pourtant une loge normale, se réunissant aux trois premiers degrés). Comme par hasard, les cercles dirigeants de la GLUA, les Grands Officiers qui comptent, viennent en majorité de ces loges élitistes (presque tous sortent d’Oxford). Elles sont nombreuses, certes mais minoritaires. Et là se retrouve la même fracture qu’entre les Antients (populaires, Irlandais, immigrés ….) et les Moderns (gentry, Whigs, parlementariens, High Church).
      Et c’est là que la vieille opposition redevient actuelle. C’est comme dans « Le Guépard » de Lampedusa : tout change pour que tout reste la même chose. Je ne crois pas qu’on puisse dire la même chose de notre maçonnerie continentale.

      • 79
        NEGRIER 29 septembre 2018 à 16:56 / Répondre

        La dualité entre Antients et Moderns n’était pas que sociale : elle était aussi culturelle comme je l’ai déjà assez dit ici. Dualité sociale et culturelle qui perdure aujourd’hui. La modestie de la condition sociale demeure sur le continent un frein à la promotion de certains maçons dans les grades au sein des obédiences. Quant à la différence culturelle entre les Antients et les Moderns, elle demeure encore aujourd’hui un fait, l’orientation crypto-religieuse (inféodation à la croyance et au registre théologique) de certains maçons continuant à constituer un pôle contraire à celui des maçons dont l’orientation est strictement philosophique, rationaliste au sens le plus large (qui englobe la raison phénoménologique ou intuition intellectuelle, laquelle transcende la raison simplement discursive dite hypothético-déductive). Bipolarisation culturelle des types de maçons qui ne recouvre pas une distinction entre obédiences car à l’échelle des individus elle peut se retrouver dans chaque obédience.

    • 86
      pierre noel 30 septembre 2018 à 17:55 / Répondre

      Pour mémoire, les trois lois de Newton :
      Lex I : Corpus omne perseverare in statu suo quiescendi vel movendi uniformiter in directum, nisi quatenus a viribus impressis cogitur statum illum mutare.
      Lex II : Mutationem motus proportionalem esse vi motrici impressae, et fieri secundum lineam rectam qua vis illa imprimitur.
      Lex III : Actioni contrariam semper et æqualem esse reactionem: sive corporum duorum actiones in se mutuo semper esse æquales et in partes contrarias dirigi.

  • 61
    pierre noel 28 septembre 2018 à 18:55 / Répondre

    La coupure de journaux (découverte par Henry Sadler dans les archives de la Grande Loge Unie) sur laquelle apparaît la satyre sur la maçonnerie antédiluvienne n’est pas datée. Celle-ci ne peut donc être supposée que par recoupements.
    Elle fait référence aux Moderns (les Antients n’existeront que bien plus tard), à la Lettre G, au fils de la veuve tué par le coup du lourd maillet de bois (beetle), à la tombe du fils orientée est-ouest … . On y parle des Gormogons (apparus en 1724) et de John Henley, un prédicateur célèbre de l’époque, qui dut quitter Londres en 1724 pour n’y revenir qu’en 1726, après avoir cessé de prêcher dans la CoE. KL&H estiment la date, 1726, la plus plausible,
    Accessoirement, Newton n’a jamais montré d’intérêt, semble-t-il, pour la maçonnerie, même si plusieurs de ses proches en étaient. A quoi bon évoquer des patronage illustres mais imaginaires?

    • 65
      Michel KONIG 29 septembre 2018 à 04:14 / Répondre

      Pierre Noël vous plaisantez ? Newton a été Président de la Royal Society et Desaguliers son premier démonstrateur. La première loge fondatrice était la coupe et les raisons et elle était composé à 40 % de fellows de la RS. J’ai dans « 1717 » donné 7 preuves de l’engagement de newton dans la fondation de la grande Loge de Londres (J’en ai même trouvé une 8ème depuis).
      Vous pensez que Ducs et comtes, membres de la RS, se seraient commis avec une émanation de loge d’artisans maçons s’il n’y avait pas derrière cette fondation un personnage reconnu et estimé de son temps.

      • 66
        pierre noel 29 septembre 2018 à 07:46 / Répondre

        Cela est pure interprétation, cultivée par certains (surtout en France). La présence de nombreux FRS dans les dirigeants de la GL de Londres est un fait (comme l’inverse d’ailleurs). Cela n’en fait pas deux organismes symbiotiques. Newton n’a jamais été membre de l’une que je sache. Pourquoi en faire « un maçon sans tablier »? Ce n’était peut-être pas son style de convivialité après tout.

      • 68
        NEGRIER 29 septembre 2018 à 08:35 / Répondre

        Entièrement d’accord sur ce point avec P. Noël. J’ai d’ailleurs déjà répondu en ce sens à vos allégations au numéro 64. Dans mes recherches sur l’histoire de la pensée maçonnique pour la période qui va jusqu’en 1730 j’ai rencontré une petite poignée de newtoniens mais jamais Isaac Newton lui-même.

      • 69
        NEGRIER 29 septembre 2018 à 08:57 / Répondre

        Vous pratiquez l’amalgame. Ce n’est pas parce qu’il y avait des maçons membres de la Royal society que ceux-ci étaient newtoniens. On ne peut parler de maçons newtoniens que lorsque ceux-ci se sont référés positivement à Newton dans leurs travaux. Pour l’instant j’ai repéré quatre maçons newtoniens : Désaguliers, Stukeley, William Jones, et Richard Mead. C’est peu (il y en avait peut-être d’autres), et Newton n’en fait pas partie.

        • 76
          Michel KONIG 29 septembre 2018 à 13:35 / Répondre

          Il est bien connu que le Christ n’était pas chrétien, mais personne ne doute qu’il ait joué un rôle dans l’apparition du christianisme.
          Newton est au centre d’une toile d’araignée philosophique (philosophie expérimentale), politique (parti Whig) et religieuse (religion naturelle) dont un des nœuds a donné naissance à la Franc-Maçonnerie. C’est une presbytie historique provoqué par la théorie de la transition. Vous allez gratter de vieux grimoires pour y trouver de vagues similitudes avec les rituels de la nouvelle Franc-Maçonnerie, comme elle s’appelait elle-même à l’époque et vous refusez de voir ce qui s’est passé au moment de la fondation de 1717.
          Newton a été le PRESIDENT, tyrannique disent certains contemporains, de la RS de 1703 à sa mort en 1727. 7 des 10 premiers GM nobles de la GL (Wharton venait justement pour essayer de casser le mouvement) sont issus de la RS : Montagu, Dalkeith, Richmond, Abercorn, Coleraine, Norfolk, Minster-Lowell.
          En 1727, Newton était enterré à Westminster avec le faste d’un souverain, en présence de toute la cour. Encore aujourd’hui son tombeau flanque la nef centrale de l’abbaye.
          Mais Newton ne voulait pas sortir de son rôle scientifique. Tous ses écrits qui prouvent la similitude de pensée entre lui et la Franc-Maçonnerie sont parus après sa mort.

      • 70
        joab's 29 septembre 2018 à 09:10 / Répondre

        Vous trois nous avez apporté beaucoup de connaissance historique. Pourtant n’est-il pas dommage que le raisonnement devienne « partisan » ? Alors que la question « Newton » est assez simple … Aucun renseignement indiscutable ne montre Newton FM. Pourtant son influence est bien perceptible au delà de speculations autour la Royal Society.
        Pourtant Newton représente evidemment LA Science mais aussi la spiritualité, donc represente bien notre fM …

        • 74
          HRMS 29 septembre 2018 à 12:59 / Répondre

          Ce que l’on sait aussi de Newton, grâce à sa malle redécouverte en 1872, c’est qu’il fricotait aussi hors des chemins de la rationalité, tel qu’entre autre l’alchimie (réseau Hartlib), dont ses travaux lui feront écrire ces 2 époustouflantes phrases si scientifiquement modernes « Tout corps peut être transformé en n’importe quel autre corps, et prendre successivement tous les degrés de qualités ». « La transformation des corps en lumière et de la lumière en corps est très conforme au cours de la nature, qui semble se complaire aux transmutations. »
          au cours d’une grave dépression (1693) il brulera son laboratoire d’alchimie;
          Enfin Newton n’est pas parmi les fondateurs de la RS, mais en sera président en 1703, en grande proximité scientifique et philosophique avec le F Th Désagulier

          • 77
            Michel KONIG 29 septembre 2018 à 14:29 / Répondre

            Les manuscrits de théologie d’Isaac Newton sont ainsi restés inaccessibles pendant longtemps. Ce n’est qu’en 1837 qu’un de ses principaux biographes, Sir David Brewster, a obtenu l’autorisation d’en prendre connaissance par la famille d’Isaac Newton. Ils ont été vendus aux enchères un siècle plus tard, en 1936, à deux acquéreurs : l’économiste anglais J. M. Keynes et l’érudit juif Abraham Shalom Yahuda (1877–1951).
            John Maynard Keynes, le fameux économiste, théoricien de l’état-providence, qui, ayant acheté et analysé les manuscrits de Newton, en a dressé une synthèse lue en juillet 1946 par son frère Georges, lors des célébrations du tricentenaire de la naissance de Newton. Selon cette synthèse, Newton était un unitarien, (croyant en un seul Dieu opposé à la Trinité et à la divinisation du Christ) plutôt judaïsant de l’école de Maïmonide. Ce n’est pas le seul lien qui relie d’ailleurs Newton au judaïsme. La collection Yahuda, l’autre partie des écrits théologiques d’Isaac Newton, a été déposé à la bibliothèque national d’Israël.
            Newton pensa toute sa vie que le créateur de l’Univers s’adressait aux hommes à travers leur raison dans le langage des Mathématiques et de la Géométrie et qu’ainsi lui-même dans sa découverte des lois de la Nature parlait avec Dieu, le Pantokrátor, ce qui explique le nombre de ses écrits théosophiques, mais qu’il n’a pas voulu assumer de son vivant.
            Il faisait une distinction nette entre ses recherches scientifiques et ses écrits théologiques et alchimiques « Tout ce qui n’est pas déduit des phénomènes, il faut l’appeler hypothèse ; et les hypothèses, qu’elles soient métaphysiques ou physiques, qu’elles concernent les qualités occultes ou qu’elles soient mécaniques, n’ont pas leur place dans la philosophie expérimentale. »
            On trouvera les textes « secrets » de Newton sur le site « the Newton project » de l’Université d’Oxford.
            Oserai-je suggérer que ces textes d’un des plus grands scientifiques du monde moderne ont autant d’intérêt pour expliquer la FM que de vieux grimoires moyenâgeux ?

    • 67
      joab's 29 septembre 2018 à 08:35 / Répondre

      Il n’y a pas de preuve de Newton FM (à ma connaissance). Mais un faisceau d’indices de son influence sur la FM naissante. De plus la FM de l’epoque n’avait pas créée l’étanchéité sectaire d’obediences que nous connaisons aujourd’hui.
      Il est tout aussi etrange cette répugnance à reconnaître cette proximité de Newton avec cette FM naissante.
      Pouratant celle-ci y trouve beaucoup d’explication dont ce dont nous parlions sur « le G ». La controverse que nous avons là n’ets-elle pas justement la même quecelle de Modern-Antients ? La crainte d’un frange devote de la FM de voir supplantée leur foi par une « religion naturelle » d’Anderson ?

  • 60
    NEGRIER 28 septembre 2018 à 17:16 / Répondre

    1. Il est vrai que l’architecture ou maçonnerie fait partie au Moyen-Age des arts mécaniques et non des arts libéraux dont la constitution en un ensemble est un emprunt à la République de Platon qui les présente comme un modèle de pédagogie.
    2. Dans son Maçon démasqué paru à Londres en 1751 Thom Wolson identifie l’étoile flamboyante à la colonne de feu de l’exode des Hébreux et affirme qu’elle renferme la lettre G initiale de God.
    3. Lorsque l’étoile flamboyante apparaît dans le Sloane en 1700, c’est au titre de matériau substitué en raison de l’incompréhension des trois éléments qui étaient énumérés dans la tradition antérieure des « trois bijoux ». Il n’y a donc pas lieu d’en faire grand cas.
    4. L’Antidiluvian masonry ne semble pas pouvoir être daté de 1726 car il contient trop d’éléments qu’on trouve dans le Prichard (la notion ironique d’Antédiluviens ; le Baptiste ; la lettre G ; le fils de la veuve tué par un coup et inhumé ; la règle de trois ; la cassia ; la tombe de mousse) et c’est pourquoi il doit être daté au plus tôt de 1730. C’est un pamphlet dirigé contre la GL de Londres, mais non contre la divulgation de Prichard qui, au début de sa divulgation, prenait le parti des anciens maçons opératifs pratiquant les Anciens devoirs dont il fournit d’ailleurs un résumé admiratif et nostalgique. La lettre G quant à elle apparut dans le Wilkinson en 1727.
    5. Le fait que les Constitutions des Antients n’aient pas repris l’histoire gothique du métier appelle deux remarques. Le fait que la GL de Londres ait été créée à partir de la fédération de quatre loges opératives de Londres dont l’une au moins (celle qui se réunissait à L’Oie et le grill) pratiquait le rite des Anciens devoirs montre que cette obédience n’aurait pas pu voir le jour sans le consentement et l’aval de ces maçons opératifs qui n’étaient probablement pas prêts à abandonner la tradition séculaire de leurs Anciens devoirs. Problème historique et social qui ne se posait pas aux Antients dont la création et l’existence ne durent pas être achetées à un groupe social dont elles auraient dépendu. Secundo : les Antients retinrent quand même des Anciens devoirs (d’où leur nom d’Antients) deux éléments fondamentaux qui caractériseront leur propre culture : l’usage d’une prière et la référence aux sept arts libéraux où cependant la géométrie, désormais dissociée du développement de 1730 à son sujet, cesse de renvoyer à la méthode géométrique des philosophes.

  • 59
    Michel KONIG 28 septembre 2018 à 17:10 / Répondre

    Je suis toujours étonné quand on parle de la FM obédientielle qu’on aille rechercher dans les vieux grimoires les sources éventuelles de leur symbolisme. Si je viens déguisé en pirate à un bal costumé, est-ce qu’on va en déduire que je suis un descendant de Stevenson?
    On ne regarde jamais les conditions politiques, philosophiques et religieuses qui ont présidé à la naissance de la Franc-maçonnerie en tant que société politique destinée à soutenir le parti Whig, la monarchie parlementaire et qui a mobilisé la fine fleur de l’aristocratie anglaise éclairée, membre de la Royal Society. On ne cite jamais Newton dont l’édition de 1713 des « principia mathématica » pose les fondements du déisme newtonien et ses écrits sur la « vraie religion ».
    La référence au Temple de Salomon peu présente dans les « anciens devoirs » (on y fait plutôt référence à la tour de Babel) est une initiative d’Isaac Newton, mise en oeuvre par Desaguliers. Les données figurant dans les Constitutions de 1723 sont reprises de la « Chronologie des anciens royaumes » qui ne sera publiée qu’en 1728.
    La loge n’est d’ailleurs pas dans le Temple, mais dans la vallée de Josaphat, dépression qui court entre le mont Moriah (le mont du temple) et le mont des oliviers. Pour les premiers rituels, c’est la loge qui est décorée et non le Temple qui est construction.

    • 62
      HRMS 28 septembre 2018 à 19:04 / Répondre

      Merci d de ce recadrage qui rappelle que le création de la FM Andersonienne, et pas de l’Ordre Maçonnique, se fait dans, et pas après, une guerre civile de plus de 100 ans ou se mélangent le terrible conflit de succession stuart/hanovrien,la mise en place du parlementarisme effectif/royauté de droit divin, Anglican épiscopalien/presbytérien
      prédestination/libre arbitre et liberté de conscience.

    • 64
      NEGRIER 28 septembre 2018 à 19:13 / Répondre

      1. La référence maçonnique au Temple de Salomon ne fut en rien une « initiative d’Isaac Newton » : elle apparaît en 1696 dans l’Edimbourg qui ne faisait en cela que reprendre et développer le Mason word dont Robert Kirk divulgua en 1691 dans son Secret commonwealth qu’il consistait à communiquer les noms B et J des deux colonnes du temple de Salomon.
      2. Les « données » des Constitutions de 1723 : expression trop vague ! Veut-on parler de la chronologie (peut-être empruntée aux travaux de Scaliger, XVIème siècle) ou des faits d’histoire (certains empruntés aux Anciens devoirs totalement ignorés de Newton, d’autres à l’historiographie telle qu’elle était publiée au début du XVIIIème siècle) ? En tout cas la Chronologie de Newton ne couvre que l’histoire des cultures de l’Antiquité et tous les développements d’Anderson sur l’ère chrétienne sont absents du travail de Newton.
      3. L’Edimbourg en 1696 situait la loge dans le porche du temple de Salomon.

  • 57
    Désap. 28 septembre 2018 à 15:39 / Répondre

    Que « G » ne signifie pas expressément « God », mais exactement « Geometry », certes.
    Cependant, associé « G » à « God » ou à « GADLU » est parfaitement cohérent, de même pour « Gnose » au sens simple de « connaissance », la Géométrie n’étant pas autre chose qu’une connaissance.
    On coupe, là, les cheveux en quatre à chercher des explications ou des contradictions là où il y a évidence et aucune contradiction.
    Un peu à la manière des Antients qui, en bon bigots superstitieux, n’avaient rien à dire aux Moderns, sauf chercher à démontrer qu’ils ne respectaient pas rigoureusement le Canon religieux.

    • 73
      Chicon 29 septembre 2018 à 10:04 / Répondre

      57-Dans mes rituels Émulation en anglais et contemporains, on parle de « Geometrician » et non pas de God.
      Ceci veut dire la même chose pour les Theistes dont les FM.

  • 56
    joab's 28 septembre 2018 à 13:58 / Répondre

    Quel echange d’une richesse admirable.
    Remercions Geplu de nous offrir cette occasion, même si le support blog n’est pas tout à fait adapté.
    Ne pourrions nous pas prevoir un colloque en chair et os, presentations à l’appui en mode TBF par exemple ou conference reservée aux FM ?
    Geplu pourrait nous organiser çà ?

    • 75
      lazare-lag 29 septembre 2018 à 13:07 / Répondre

      Il me semble que ce n’est pas à Geplu d’organiser cela.
      Il tient un blog, et un blog n’est pas un temple, et es-qualité de gérant de blog, il ne peut intervenir au nom d’une obédience, ou d’une loge, ni donner le sentiment d’en favoriser l’une plutôt que l’autre.
      Quant au support blog, il a un avantage, s’y exprime qui veut et de n’importe coin de France, ou de Belgique, ou d’ailleurs, de Navarre même.
      Et de toute obédience, (ou d’aucune, s’il s’agit de profanes).
      Donc peuvent discuter ici des FF et SS qui autrement pourraient ne pas se recevoir, ne pas se visiter, pour cause de règles contraignantes de visite à respecter.
      Faites une TBF en quelque lieu et vous perdrez ce caractère oecuménique d’une part, et ne vous y rejoindrons pas des intéressés situés à plusieurs centaines de kms de là.
      Joab’s serait-il parisien?
      Et imaginerait-il qu’il n’y a que des parisiens branchés sur Hiram.be?
      Ce sont des questions pour essayer de mieux comprendre la tienne, Joab’s.

      • 80
        joab's 29 septembre 2018 à 19:37 / Répondre

        Je ne vois pas en quoi la qualité d’animateur de blog empecherait à Geplu d’organiser un tel colloque.
        L’ennui du blog public est son côté non couvert.
        Même si nous nous connaissons tous plus ou moins n’importe qui peut deposer n’importe quoi dans les limites permises par Geplu.
        quant au (ou aux ) lieu(x) Paris est evidemment central mais Bruxelles est notre capitale (d’Europe).
        Lorsqu’on est motivé, il y a de nombreux lieux en Europe pour se déplacer. Je suis intervenu à Montpellier, Paris, Neuilly, Londres.
        Et me suis déplacé aussi à Bordeaux, Manchester, Rome, Barcelone. Mais bien sûr qu’une TBF a ce handicap.

  • 55
    pierre noel 28 septembre 2018 à 13:34 / Répondre

    Harry Carr (1983, 1980) fait remarquer que les Romains n’auraient jamais accepté l’association géométrie/ maçonnerie, un art « vulgaire » ne pouvant être confondu avec un art « libéral ». La définition médiévale des arts libéraux ne vient qu’avec l’établissement définitif du christianisme. Les plus anciens ms maçonniques (le Regius et le Cooke, de l’époque d’Henry VI et de Jeanne d’Arc) insistent que la Géométrie est la base de toute connaissance. Rien d’étonnant à ce qu’Euclide intervienne dans ce contexte. Dans les Constitutions ultérieures, la science de Géométrie et le métier de maçon étaient synonymes, ce qui ne signifie pas que la lettre G était déjà synonyme de God.
    Le Sloane ms de 1700 parle de l’Etoile Flamboyante, reprise par Prichard en 1730. Dans ce dernier, la lettre G est mentionnée (elle dénote la 5° science, elle est placée dans le milieu du Temple (est-elle posée sur le plancher ou descend-t-elle du milieu du plafond ?), elle représente le grand architecte de l’univers, Grand Contriver, Dieu certes mais plus particulièrement le Jésus de Mathieu) ) mais elle n’a aucune connexion avec l’Etoile Flamboyante. C’est le « Dialogue entre Simon et Philippe » (1725 ou 1740 ?) qui met la lettre G (géométrie) au centre de l’Etoile Flamboyante dans la « nouvelle loge d’après les règlements du Dr Désaguliers.
    Un extrait de presse de 1726 annonce « There will be several Lectures on Ancient Masonry, particularly on the Signification of the Letter G and how the Antediluvian Masons form’d their Lodges, shewing what Innovations have lately been introduced by the Doctor (Désaguliers ?) and some others of the Moderns with their Tape, Jacks, Moveable Letters, Blazing Star …. (KJ&H, 1978, 192).
    Le Westminster Journal du 8 mai 1742 montre une illustration de la procession des « Mock Masons » (simulacres de maçons) portant, entre autres, une bannière avec la lettre au centre de l’Etoile Flamboyante (Blazing Star signifie aussi « comète »). Le journal ajoute : « la lettre G, signifiant Géométrie ou 5° Science, faites pou le bénéfice de tous les Compagnons du métier (Fellow Craft). Celle Lettre est l’essence du métier. Car lorsqu’on la place au centre de l’Etoile Flamboyante, laquelle est au centre la loge d’Apprenti-Maçon, celle-ci devient loge de Compagnon du métier ». Tout cela suggère une évolution (ce qui ne signifie pas « emprunt » !) entre une pratique pré-1720 (pour simplifier) et post-1720.
    Une de ces évolutions est particulièrement remarquable : les Moderns » ont conservé l’histoire légendaire des « Constitutions Gothiques » jusqu’en 1813, les « Antients » de Dermott les ont mises au rebut, comme il l’explique avec humour et dérision dans son « Ahiman Rezon ».
    NB : l’habitude de faire de la lettre G l’initiale du mot God vient des divulgations françaises du XVIII° siècle (exemple Le Catéchisme des Francs-Maçons de 1744).

  • 47
    NEGRIER 27 septembre 2018 à 18:20 / Répondre

    Le catéchisme de 1724 présente le soi-disant Irah d’une part comme “celui qui dirige et gouverne la loge dont il est le maître » et d’autre part comme « le pilier de droite Iachin ». Or plusieurs faits empêchent de penser que le texte parlait de Irah :
    1. Gen. 22,14 mentionne les deux expressions “YHVH yire’eh” et “YHVH yera’eh” qui signifient respectivement “YHVH verra” et “YHVH sera vu”. Or le catéchisme de 1724 ne mentionne pas l’une ou l’autre de ces expressions qui sont des binômes mais seulement une forme unique, en l’occurrence Irah.
    2. Ces deux expressions bibliques contenant le tétragramme désignent un lieu géographique, en l’occurrence une montagne. Or on ne voit pas en quoi cette montagne serait identifiable au « maître qui dirige et gouverne la loge ».
    3. On ne perçoit pas de rapport immédiat et étroit entre la montagne de Gen. 22,14 et la colonne Iachin (même si dans l’absolu tout est lié à tout, le démon de l’analogie régnant).
    Le plus sage est de s’en tenir à la version de 1725 qui, reprenant le propos du catéchisme de 1724, présente le maître de la loge comme étant Iehovah, signe que Irah n’était qu’une écriture, une lecture ou une transcription déformée de Ivah abréviation de Yehovah.
    On peut ajouter que le catéchisme de 1724 n’était pas très rigoureux car il traduisait la séquence « Iachin / Boaz » par la séquence « Strength / Stability », inversant ainsi les significations respectives des noms des deux colonnes puisque Bo’az signifie « En lui force » et Yakin « Il fondera » ou « Il établira », cette notion de « établira » ou de « stabilité » n’étant dans la Bible qu’un emprunt à la culture de l’Egypte antique où le pilier djed, qui représentait plusieurs choses et en particulier l’axe polaire (référence commune à la colonne Yakin), portait un nom signifiant « stabilité ».

    • 48
      joab's 27 septembre 2018 à 19:01 / Répondre

      Il est à noter que l’utilisation de l’appelation YHWH (le dieu privé des israelites) est abusive avant qu’il se presente ent tant que tle … à Moïse Exode 3.
      A ces epoques Abraham adore le El-Elion cannanéen. D’ailleurs il pratique exactement le rite cananéen de sacrifice du Fils.
      Alors, il est vrai que la designation YHWH est aussi utilisée dans la Genèse par les copistes puisqu’ils ont assimilé le YHWH au dieu universel El.

    • 53
      joab's 28 septembre 2018 à 12:01 / Répondre

      Pardon de réintervenir pour préciser mon interrogation : Selon la Bible YHWH est le dieu (oula déclinaison d’un Dieu universel) dédié aux intérêts des israelites.
      Il est donc etrange que la FM a vocation universelle, à une religion generale comme l’expose Anderson fasse un focus sur une declinason « nationaliste » du Dieu universel qui serait donc le « El ».
      Cette etrageté se retrouve dans le mot qui figurerait sur la tombe d’Hiram. Est-ce envisageable de mettre le nom d’un dieu etranger(Hiram etait tyrien même si Nephtali) sur la tombe ?
      Hors disgression cabalistes, je n’ai hjusqu’ici pas lu grand chose de maçonniquement interessant autour du « nom ».
      On peut aussi se rappelelr que selon le R 1901(peut être avant aussi) le tetragramme est inneficace et non operationnel à la ceremonie de maître et qu’il faut faire appel à « autre chose » (très tyrien d’ailleurs) pour réussir.
      En bref, la FM ne s’egare-t-elle pas dans ces consierations « yavhiques » ? pardon si je choque des fois.

      • 58
        NEGRIER 28 septembre 2018 à 15:44 / Répondre

        Dans la Bible Yehovah (qui se traduit par « Il était, il est, il sera » et renvoie à la notion philosophique « d’Etre ») désigne deux choses : d’une part l’acte d’être, et d’autre part ce qui est, à savoir, dans les traditions du Proche-Orient ancien (Egypte, Mésopotamie, Israël), les trois vertus théologales. Or tant l’acte d’être que les théologales sont universels. C’est cette universalité philosophique (ou cette philosophie universelle) qui fut adoptée par les Israélites, non comme un bien à conserver jalousement pour soi car les théologales débouchaient sur le charitable devoir de transmettre cette tradition aux autres peuples : « par toi [Abraham] se béniront toutes les familles de la terre » (Gen. 12,3). Et ceci non au sens où les juifs doivent convertir les autres peuples au judaïsme, mais au sens où les valeurs du judaïsme (les théologales) étaient appelées à influencer les autres peuples tant par le culte célébré au temple de Jérusalem où affluaient les pélerins étrangers appelés « craignants Dieu », que par l’exemplarité éthique des juifs. YHVH n’est donc pas un « dieu » nationaliste : c’est le « dieu » national d’Israël que celui-ci a en commun avec les autres cultures du Proche-Orient qui le cultivent sous d’autres noms. « L’Etre » qu’est YHVH, étant d’abord l’acte d’être, est partout dans l’univers, il est universel : la présence de cette notion d’acte d’être dans le rite maçonnique n’implique donc aucun particularisme culturel, celui-ci ne résidant que dans le caractère particulier des vocables qui l’expriment, en l’occurrence le tétragramme hébreu YHVH. On ne peut pas interpréter trop littéralement la légende d’Hiram car celle-ci était en partie symbolique, l’architecte Hiram qui subit la Passion infligée par trois mauvais compagnons étant une figure de ce Jésus que J. Anderson qualifiait dans ses Constitutions de « Grand Architecte de l’Eglise », un architecte précisément assassiné par trois personnes : le grand-prêtre juif Caïphe, le roi Hérode de Galilée, et le gouverneur romain de Judée Ponce-Pilate. Hiram est une personnification allégorique de Jésus qui révérait YHVH. Ce Nom YHVH n’est donc pas une étrangeté sur la tombe d’un Hiram qui personnifie Jésus. Lorsqu’on étudie le Nom YHVH, il faut se baser d’une part sur Exode 3 où YHVH est présenté comme l’acte d’être qui désigne le passage des potentialités à leur actualisation, laquelle prend au plan sensible la forme de la manifestation des phénomènes sensibles, et au plan intelligible la forme de la révélation des vérités de ces mêmes phénomènes ; et d’autre part sur Exode 16 où YHVH n’est plus présenté comme l’acte d’être (c’est-à-dire d’exister) mais comme l’ensemble des vérités qui sont. Un maçon n’est en rien obligé de s’intéresser au tétragramme YHVH : il ne le fera que s’il a des raisons personnelles de le faire.

        • 63
          joab's 28 septembre 2018 à 19:09 / Répondre

          J’entends bien cette vue très judaïque de la question pour laquelle son dieu privé absorbe d’autres dieux.
          Mais celà appelle quelqies remarques :
          Justement en Exode 3 est manifesté que Mpoïse ne reconnait pas ce YHWH qu’il decouvre à Madian. Le dit YHWH, pour rassurer Moïse qu’il serait le même que le « dieu des ses pères » (donc le El, El-Elion des Jacob, Abraham…). Donc dans ce passage ce YHWH se specialise dans le support d’ISrael.
          Rappellons l’allusion à El-Elion(dieu primordial cananéen) … le « Most-High » au G. de Maitre, plus detaillé dans la ceremonie d’installation. NB, rappellé par le rôle du 2S …

  • 45
    Michel KONIG 27 septembre 2018 à 18:00 / Répondre

    La seule référence du G est Géométrie. Il y a des commentaires dans le rituel qui apporte des précisions intéressantes.
     »
    i) Le Soleil, la Lune et le Maître sont trois grandes chandelles placées dans de grands chandeliers de bois sculptés selon les ordres d’architecture et placés en triangle sur la loge. La loge est faite comme ci-dessous (voir schéma) avec du ruban blanc punaisé tout autour sur le sol et on voit les lettres E pour Est et S pour sud etc., faites en argent mince ou en étain très fin. De même que la lettre G en haut dans la nouvelle Loge, il y a un rapporteur, une équerre, un compas et un fil à plomb placés à l’Orient. Les officiers de la Loge sont debout à leur place, le pied droit formant une équerre avec le gauche, la main gauche pendante selon une ligne perpendiculaire, la main droite sur le sein gauche, les doigts joints formant une équerre avec le pouce, vêtus d’un tablier blanc et de gants cousus du côté droit . C’est la position et le grand signe qui fera descendre un maçon du toit de la maison . On l’appelle la position du maçon.

    k) On peut observer pourquoi le G est placé au milieu de la Loge. »

    La position du G géométrie est donc centrale.

    Une observation complémentaire. En 1724, il n’y a pas encore de grade de Maître. La divulgation de 1730 dit que la loge est parfaite avec 1 maître, 2 surveillants et 4 compagnons avec équerre, compas et jauge. Elle précise que Boaz et jakin sont les noms des 2 piliers du porche du temple de Salomon et en donne la référence biblique.
    Le G est donc antérieur à la chambre du milieu, qui n’était pas situé dans le Hekal mais au dessus. Il y avait 3 chambres, une à gauche, une à droite et une au milieu à laquelle on accédait par un escalier indiqué sur les plans que Newton fit du Temple de Salomon et publié dans « Chronologie des anciens royaumes »
    Les 4 autres signification de la lettre G données dans le régulateur ne renvoient pas à God, mais peut-être représentent un coup de chapeau discret à Newton: Gravitation, Génie, Gnose et Génération.

    • 52
      joab's 28 septembre 2018 à 10:45 / Répondre

      Par conséquent, le G-God serait une introduction ulterieure puisqu’en 1725, pas d’allusion à God. Ceci est beaucoup plus important qu’il y parait, car ca fait apple à ce qui etait la volonté INITIALE de la symbolique du G.
      Il est d’ailleurs révélateur que le cheminement vers une idée « divine » est progressif, tout d’abord par une assimilation de la geomtrie à un rôle du GADLU, puis vers le Dieu judeo-chrétien.
      Alors bien sûr, chaque pas est, en soi, justifiable, mais c’est le resultat global qui est désastreux.
      Ainsi on passe d’une idée où le monde est régi par des realations geometriques, mathématiques (ce qui est la decouverte majeure de Newton qui exprimera la loi bien connue de la gravitation) comme l’exprime discretement, prudemment aussi Anderson, évolutives donc en fonction de nouvelles decouvertes,vers un abetissement obscurantiste au travers de croyances figées par principe, prieres, veneration, conditionnement.
      Cette demarche aboutit à une cristallisation absurde entre ceux qui se privent de toute idée GADLU, professent un dogme « athée » et ceux qui ont renoncé à faire de la FM et sombrent dans un conformisme religieux soumis(c’est ce qu’exige la FM rligieuse !).
      Ce dont on est certain à la lecture des « calibres » qui se sont exprimés ici, c’est qu’en effet, la recherche du G existait dès les débuts dans une pureté « newtonnienne » basée sur les sciences.
      Ce qui me parait une idée importante, essentielle pour notre compréhension maçonnique.
      Ceci doit-il déboucher vers un rejet athée d’une approche telle que celle pratiquée aux epoque bibliques. Là ce serait fort dommage. I

    • 54
      joab's 28 septembre 2018 à 12:08 / Répondre

      R 1801 : « L’initiale d’un des noms du GADLU »
      Personnellement je pense aussi que le G fait reference aux travaux de Newton. Mais c’est spéculatif.
      Rappellons que la CONSTANTE de GRAVITATION UNIVERSELLE est notée « G ».
      On ne peut faire plus « pur » …

  • 42
    NEGRIER 27 septembre 2018 à 16:26 / Répondre

    Cher Pierre Noël, vous êtes incontestablement un historien. Passons maintenant à l’exégèse maçonnique. Lorsque le rédacteur du catéchisme de 1724 interpréta Irah (mal écrit ou mal lu à la place de Ivah, abréviation de Iehovah) en l’associant au « pilier de doite Iachin », il ne se trompa pas mais livra là le fruit d’une exégèse biblique exacte. En effet les deux colonnes Bo’az et Yakin du temple étaient, comme l’indiquent leurs positions respectives (sud-est et nord-est au reste mentionnés dans l’Edimbourg de 1696), des représentations architecturales des deux endroits de l’horizon où le soleil se lève le jour des deux solstices respectivement d’hiver et d’été. Or ces deux solstices avaient été figurés en Ex. 13,21 sous la forme respective de la colonne diurne de nuée et de la colonne nocturne de feu (allusion à l’axe polaire). Ce verset de l’Exode précise que « YHVH marchait dans » ces deux colonnes. Ce fait vrai peut être explicité. La colonne Bo’az figurait le solstice d’hiver au cours duquel le soleil rase l’horizon en parcourant de manière visible les points cardinaux, lesquels étaient associés par les traditions du Proche-Orient ancien aux quatre vents cardinaux symbolisant les quatre modalités de « l’Esprit » (rouah) qui procède de « l’Etre » (YHVH). Ces traditions du Proche-Orient ancien (Egypte, Mésopotamie, Israël) évoquent en effet à l’envi les « quatre vents de l’Esprit ». Quant à la colonne Yakin, elle figurait le solstice d’été au cours duquel le soleil s’élève dans le ciel au point d’atteindre à midi son zénith, élévation solaire formellement analogue à la verticale de l’axe polaire et qui avait été présentée par les traditions du Proche-Orient ancien comme une figure de l’espérance en « l’Etre » (YHVH). Parenthèse : les Evangiles ont conservé cette symbolique de l’élévation symbole d’espérance à travers le vocabulaire grec de la résurrection des morts de Jésus de Nazareth (verbe egeirein) dont on retrouve un écho dans le vocabulaire maçonnique qui évoque le « relèvement » de Noé (rear up) dans le Graham de 1726, et le « relèvement » de Hiram (rais’d) chez Prichard en 1730. Parenthèse refermée. Il n’y a donc rien d’anormal à ce que le catéchisme de 1724 ait interprété Ivah (c’est-à-dire Iehovah) en l’associant au pilier de droite Iachin, représentation de la colonne nocturne de feu dans laquelle « YHVH marchait ».

  • 38
    pierre noel 27 septembre 2018 à 12:35 / Répondre

    N’étant ni philosophe ni historien, mais simple curieux, je ne jugerai pas. Mais je lis dans le catéchisme de 1724 (« The Grand Mystery of Free-Masons Discover’d »)
    « Q. Who rules and governs the Lodge and is Master of it?
    A. IRAH (or the Right Pillar)
    IACHIN (or the Right Pillar)” (l’ “Institution of Free-Masons”, manuscrit de 1725, dit : “Jehovah or the Right Pillar).
    Entre les deux mots est représentée une croix (vaguement reconnaissable) inattendue entre ces mots hébraïques.
    IRAH serait une erreur pour IVAH, diminutif de IHVH ! Je l’accepte volontiers. Mais ce pourrait aussi être une erreur pour IREH, יְהוָה יִרְאֶה‬, YHWH yirʾe. Le premier mot est le tétragramme. Le second est un nom de lieu, celui où Dieu commanda à Abraham de sacrifier son fils, remplacé au dernier moment par un bélier.
    « And Abraham called the name of that place Jehovahjireh: as it is said to this day, In the mount of the Lord it shall be seen. » Genesis 22:14 (KJV).
    Il est intéressant de remarquer que l’expression « Jehova Ireh » est le mot retrouvé dans un des plus vieux degrés « beyond the Craft ».

  • 37
    NEGRIER 27 septembre 2018 à 12:23 / Répondre

    Dans le rituel de la GL de Londres divulgué par Samuel Prichard en 1730 la lettre G était décrite d’abord comme l’image de ce que l’on voit dans la chambre du milieu du temple de Salomon, c’est-à-dire dans l’Hêkal ; et elle était décrite ensuite comme l’initiale de « Greater » (plus grand que le maître de loge, c’est-à-dire le GADLU précisément nommé ensuite), de « Grand Architect and Contriver of the universe », et de « geometry », la science géométrique n’étant dans le rituel qu’une allusion à la méthode géométrique des philosophes. De ce faisceau de faits on tire deux conclusions :
    1. Etant donné que ce qu’on voyait dans l’Hêkal c’était le rayonnement des dix chandeliers à sept branches sur les douze pains placés sur les dix tables situées en face, et étant également donné le fait que ce rayonnement était une « gloire », alors il est totalement logique et légitime que les rituels ultérieurs aient présenté la lettre G comme l’initiale de « Gloire ». Il n’y a rien à redire à cela.
    2. Etant donné que la lettre G était l’initiale de « Greater » (ce qualificatif prédiquant le GADLU qui est effectivement « plus grand » que le maître de la loge) et de « Grand Architect of the universe », il est donc logique que les rituels ultérieurs aient présenté la lettre G comme l’initiale de « Grandeur ».
    3. Etant donné que la lettre G était l’initiale de « Grand Architect of the universe », il est donc logique que les rituels ultérieurs aient présenté la lettre G comme l’initiale de God, ce qui cependant ne présage en rien de la manière dont on interprète ce mot, ni du contenu qu’on lui reconnaît ou qu’on lui affecte.
    Cependant à ces connotations traditionnelles de la lettre G les auteurs de certains rituels ultérieurs, ignorant l’histoire du rite, ont cru par erreur qu’ils pouvaient se permettre d’ajouter des interprétations de la lettre G présentée dès lors comme l’initiale de gnose, de génie, de gravitation ou que sais-je encore, ajouts à la tradition maçonnique qui n’étaient pas traditionnels et que René Guénon dénonça avec raison au chapitre XXV de la Grande Triade, p. 175.

    • 46
      joab's 27 septembre 2018 à 18:10 / Répondre

      Merci de cette solide réponse je suppose à mon interpellation 36.
      Cependant, si vous faites reference à Masonery dissected on trouve une explication complementaire qui va au delà de ce que je rappelais en 36. C’ets dans la suite du question-reponse sur lettre G :
      Au milieu du Temple de Salomon il y a un G, Lettre pour tous belle à lire et à voir.
      Mais seul un petit nombre comprend Ce que signifie cette lettre G
      Examinateur:

      Mon ami, ai vous prétendez être De cette Fraternité Vous pouvez dire exactement et sur-le-champ Ce que signifie cette lettre G.
      Répondant:
      Par les sciences sont amenés à la lumière Des corps de diverses sortes, Qui apparaissent parfaitement à la vue ? Mais personne sinon des mâles ne connaîtra ma pensée.

      On peut donc constater que le G-God (ou au travers de Greater) est une facilité de diversion du vrai sujet.
      Il est amusant que le questionnaire 1801 soit inversé par rapport à celui-ci …
      Merci en tout cas de cete echange si puissant.

      • 49
        Désap. 27 septembre 2018 à 19:33 / Répondre

        Très fort tout de même ! Ou comment écrire tout et son contraire.
        Ceux qui savent lire ne seront pas dupes.

  • 36
    joab's 27 septembre 2018 à 10:10 / Répondre

    Je rejoins completement nos FF sur la question du G-Geometrie.
    Et c’est bien, curieusement cette signification, et uniquement celle-là qui a traversé jusques dans le rite Emulation.
    Mais, comme souvent, les symbôles s’affaiblissent lorsqu’on entre dans des phases de compromis, voire compromission. Ceci est d’ailleurs bien illustré dans le Regulateur de 1801 (RF) : « Ne signifie-t-elle rien d’autre ? » Et la reponse nous montre comment ce compromis avec la frange bigotte de la FM affaiblit la signification du symbôle En l’occurence on vient y coller une abreviation de « God » …
    Du coup la boite de Pandorre ouverte, on y collera Gnose, Gêne, Gloire, Grandeur et au final le G a perdu toute symbolique (ou symbolise tout et n’importe quoi ce qui est pareil).

    • 39
      Désap. 27 septembre 2018 à 13:55 / Répondre

      Assertion totalement fantaisiste puisqu’on travaille ALGDGADLU, notamment au RF 1801 et à Emulation, et « Géométrie » est l’Art, le « langage » commun entre Dieu (puisqu’il est ainsi nommé dans les deux rituels) et les Hommes nous permettant de comprendre le Grand Oeuvre ; ces considérations n’ont aucun rapport avec une quelconque bigoterie.
      .
      Faut-il avoir besoin de s’attirer les bonnes grâce de la maçonnerie libérale pour sortir une telle ânerie consistant à prétendre que « Géométrie » n’aurait de rapport qu’avec elle-même ?

      • 40
        joab's 27 septembre 2018 à 15:10 / Répondre

        Le blog de geplu n’est pas là pour faire l’instruction de desap.
        Il lui suffit de lire l’instruction au 2e grade (R. 1801 p 35 sur la version GLNF) pour constater qu’il s’est livré dans une de ses agressions désobligeantes.
        De plus DEsap s’excite sur sa propre (?) affirmation (« prétendre que « Géométrie » n’aurait de rapport qu’avec elle-même ? ») ???
        désolant et désolé pour geplu d’avoir à gérer çà !
        Il serait aussi judicieux qu’il se concentre sur la question abordée et non de grandiloquentes affimations hors sujet : Il s’agit de savoir si Emulation fait quelque rapport entre G et GADLU…

        • 43
          Désap. 27 septembre 2018 à 17:28 / Répondre

          Je me permets de faire remarquer à Joab’s qu’il est contesté par Négrier 37, en d’autres termes mais exactement pour les mêmes raisons que celles que j’expose.

          • 44
            joab's 27 septembre 2018 à 17:55 / Répondre

            encore une fois, je ne peux faire l’instruction de desap et encore moins corriger ses derives.
            J’ai evoqué Emulation (1813) et Regulateur RF (1801). Donc ce qu’expose Negrier 37 n’est nullement en contardiction (1730).
            Peut être stopper chicanes pueriles STP …

            • 50
              Désap. 27 septembre 2018 à 19:40 /

              Ah ? Parce que RF 1801 et Emulation 1813 seraient en contradiction avec 1730 ?
              Elle est excellente celle-ci !
              Chanceux qui a évité des « instructions » de cette espèce.

            • 51
              joab's 28 septembre 2018 à 09:59 /

              J’invie Desap à lire ce qu’exposent les differents intervenants plutôt qu’à chicaner.

  • 35
    NEGRIER 26 septembre 2018 à 18:12 / Répondre

    Le tétragramme YHVH apparut dans le Grand mystère des francs-maçons découvert de 1724 : “Q. Who rules and governs the lodge, and is master of it ? A. Irah”, ce dernier mot ayant été hélàs mal lu et donc mal transcrit car celui qui dirige et gouverne la loge ne peut évidemment être autre que Ivah, abréviation de Yehovah comme l’indique textuellement le catéchisme de l’année suivante, l’Institution des francs-maçons de 1725 : « Who rules & governs the lodge & is master of it ? A. Iehovah”.
    Votre serviteur Négrier.

  • 34
    pierre noel 26 septembre 2018 à 18:04 / Répondre

    Je suis bien d’accord avec Négrier et Michel Konig. En gros, la lettre G, c’est géométrie et elle est placée au centre du temple de Salomon.
    Mais cela ne répond pas à ma question : dans quel catéchisme de 1724, le tétragramme est-il cité ?

  • 33
    NEGRIER 26 septembre 2018 à 17:35 / Répondre

    La phrase “N.B. Four Letters are Boaz” apparaît dans la Maçonnerie disséquée non pas comme une phrase du rituel mais comme une interprétation personnelle effectuée par le divulgateur, probablement Prichard lui-même ; glose qui était par-dessus le marché un énorme contre-sens, comme je l’ai démontré dans un message de ce jour.

  • 32
    Michel KONIG 26 septembre 2018 à 17:31 / Répondre

    Le rituel de « Simon et Philippe », daté de 1725 dit:
    Philippe : Pourquoi avez-vous été reçu maçon ?
    Simon : A cause de la lettre G
    Philippe : Que signifie-t-elle ?
    Simon : GEOMETRIE
    Philippe : Pourquoi GEOMETRIE
    Simon : Parce qu’elle est la racine et la base de tous les arts.

    Conformément au texte des Constitutions de 1723.

    Avant le « Pritchard », on relève bien d’autres divulgations parues dans les journaux dont une du 2 janvier 1724. Elle insiste également sur les symboles géométriques: on y trouve le dialogue suivant:
    « -D’ou venez-vous
    -Du temple de Salomon.
    -Qu’avez vous vu là-bas
    -Un papier plié en forme d’équerre.
    (C’est le symbole qui ouvre le dialogue de Simon et Philippe)
    – C’est un passeport pour le saint des saints (écrit en latin) et pour toutes les parties privées du Temple. »

    La Géométrie est bien ce qui donne accès au Temple.

    • 41
      joab's 27 septembre 2018 à 15:56 / Répondre

      Merci Michel de tes précisions toujours aussi precieuses.
      Peux-tu nous dire si dans ce rituel 1725 figure la fameuse interrogation « ne signifie-t-ell rien d’autre » ?
      Car ce serait très significatif pour notre sujet si c’etait absent, ca signifierait que la patte « antients » s’est glissée jusques dans le regulateur 1801…

  • 31
    pierre noel 26 septembre 2018 à 17:27 / Répondre

    J’avoue ne pas connaître le catéchisme de 1724 où le tétragramme YHVH est mentionné. Je serais heureux de le connaître.
    Je connais le « catéchisme » de 1724 « The Grand Mystery of Free-Masons Discover’d », un imprimé anonyme de 12 pages. Une seconde impression (1725) fut éditée par un certain A .Moore, avec deux lettres à un ami, signées « Verus Commodus », concernant l’une la Société des Free-Masons ; l’autre, celle des Gormogons (KH&J, 1943, 1963). On y lit :
    – Donnez-moi le Mot de Jérusalem R : Giblin
    – Donnez-moi le Mot Universel R : Boaz (qui devient ‘Maughbin’ dans une copie manuscrite du même faite par ou pour un certain James Essex en 1750).
    Plus bas, on trouve : « Quel est le mot correct, ou le point juste d’un maçon ? R : Adieu » (en français dans le texte).
    Le catéchisme, « The Whole Institution of Masonry », qui lui aussi date de 1724, ne parle pas du tétragramme. Le pamphlet Briscoe est de la même année, mais s’il parle du Grand-Secret dans son Introduction, il s’agit de tout autre chose (comment transformer le fer et l’étain en or !).

  • 30
    David Taillades 26 septembre 2018 à 14:39 / Répondre

    Merci pour cet échange passionnant et pour les développements apportés !
    De mon côté j’ai une interrogation à ce sujet.
    Nous savons que les divulgations de Prichard concernent la pratique des Moderns, le nom des loges le confirmant. Nous savons également que cette pratique n’est pas dénoncée par les Moderns, puisque Defense of Freemasonry (1730-1) ne dit rien de tel.
    En revanche, quand je lis le TDK, hormis l’auteur qui affirme qu’il va divulguer la pratique des Antients (les textes suivants reprenant son contenu), quelle garantie avons-nous au final que ce n’est pas un fake ? Deux maçonneries en guerre, avec deux visions du monde radicalement différentes et deux pratiques différentes (du moins c’est ce que l’on lit avec Dermott), cette divulgation ne faisait-elle pas le jeu des Antients puisque leur maçonnerie serait restée ainsi à couvert, les usurpateurs à l’entrée des loges étant vite identifiés ?
    Merci pour vos lumières à ce sujet.

  • 29
    NEGRIER 26 septembre 2018 à 14:38 / Répondre

    L’image de la lettre G se trouve dans la chambre du milieu du temple de Salomon qu’est l’Hêkal, et ce qu’on voit dans l’Hêkal c’est le rayonnement des dix chandeliers à sept branches sur les douze pains placés sur la ou sur les dix tables situées en face. Le G renvoie donc en premier lieu à ce rayonnement. Il est présenté comme l’initiale de « Greater » et de « Grand Architect and Contriver of the universe », c’est-à-dire en somme comme l’initiale de GOD. Ce G symbolisant ledit rayonnement et initiale de God est décrit comme une « lettre bonne à lire et à voir pour tous” (In the midst of Solomon’s Temple there stands a G, a letter fair for all to read and see). Mais alors comment « lire » (read) cette lettre G ? Cela soulève un problème de méthode, et c’est la suite du rituel qui répond à cette question en disant : « By Letters Four and Science Five this G aright doth stand in a due art and proportion ». Ainsi ce qui permet de « lire » la lettre G initiale de God, c’est la cinquième science appelée géométrie. Or c’est là un langage allégorique car la science géométrique n’a jamais permis de lire God et l’on comprend alors que la géométrie n’était ici mentionnée qu’en référence à la méthode géométrique, modèle de rationalité utilisé au XVIIème siècle par les philosophes déistes comme Descartes et Spinoza pour rendre raison de l’existence et des attributs de Dieu. Or c’est précisément cette méthode géométrique des philosophes déistes que sept ans auparavant James Anderson évoquait à l’entrée des Constitutions de 1723 en disant : “Adam, our first Parent, created after the image of God, the great Architect of the Universe, must have had the liberal sciences, particularly Geometry, written on his heart… which, in process of time, have been drawn forth into a convenient Method of propositions by observing the laws of proportion… so that as the mechanical arts gave occasion to the learned to reduce the elements of Geometry into method, this noble science thus reduc’d is the foundation of all those arts (particularly of Masonry and Architecture) and the rule by which they are conducted and perform’d”. On remarquera en passant que tout le vocabulaire du développement sur la lettre G qu’on trouve en 1730 chez Prichard est emprunté à ce passage d’Anderson. Mais alors si c’est bien la méthode (et non pas la science) géométrique des philosophes qui permet de « lire » la lettre G rayonnement et initiale de God, et si ce G initiale de God « aright doth stand » « by letters four », il en ressort directement que ces quatre lettres ne désignaient pas Boaz mais le tétragramme YHVH mentionné auparavant dans un catéchisme de 1724. Le fait que Prichard se soit trompé en interprétant les quatre lettres par Boaz ne peut pas nous étonner : sa divulgation est antimaçonnique et prouve soit qu’il n’était pas maçon lui-même soit qu’il était un traitre à la GL de Londres. En effet il termine sa divulgation en affirmant que « celui qui craint Dieu est ridicule » (Timothy Ridicule), et il prouve son ignorance crasse de l’histoire de la maçonnerie en prétendant que le saint Jean de la maçonnerie était le Précurseur Jean-Baptiste (« The reason why they denominate themselves of the Holy lodge of st. John’s is because he was the Fore-runner of our Saviour »), ce qui est archi-faux puisque dès les origines du Mason word écossais les rituels comme l’Edimbourg de 1696 mentionnaient un certain saint Jean uniquement en raison et en mémoire du fait que les loges écossaises avaient coutume de recevoir leurs apprentis le 27 décembre date de la fête de l’apôtre Jean.

  • 28
    Michel KONIG 26 septembre 2018 à 13:34 / Répondre

    la partie historique des Constitutions de 1723 débute ainsi : «Adam notre premier père créé à l’image de Dieu, le grand Architecte de l’Univers, dut avoir les sciences libérales et particulièrement la Géométrie gravées dans son cœur … et cette noble science… est le principe de tous les arts (en particulier la Maçonnerie et l’Architecture) en même temps que la règle suivant laquelle on les applique et les pratique.» Dès le rituel de 1725, le « G » est placé au centre de la Loge et fait partie du rituel des apprentis entrés et des compagnons. Ce « G » est le symbole en Loge du théisme expérimental qui apparait alors comme la déclinaison théologique de la philosophie expérimentale.
    En 1687, Newton y fit publier son ouvrage «Principes mathématiques de la philosophie naturelle». Cet ouvrage fut réédité en 1713 et dans cette seconde édition, Newton, enhardi par sa position sociale, laissa apparaître plus clairement son théisme expérimental, appelé justement Déisme Newtonien .
    Newton y prouve, par les Mathématiques et la Géométrie, la conception mécanique que Boyle avait de l’univers. Newton voit en Dieu un créateur tout-puissant dont il est impossible de nier l’existence face à la splendeur de la création tout entière. Mais la conséquence théologique imprévue de cette conception de Dieu, comme Leibniz le note, c’est que ce Dieu horloger n’a plus à intervenir dans sa création, puisqu’elle est complète dans son mécanisme.
    Le déisme newtonien transforme ainsi un monde régi par un Dieu souverain et interventionniste selon son «bon plaisir» en un monde créé par un Dieu qui le conçoit selon des principes raisonnables et universels, accessibles à la connaissance humaine, notamment par les mathématiques et la Géométrie. Il est donc permis à l’homme de poursuivre et d’atteindre ses propres buts dans cette vie, et non seulement dans l’autre, et de se perfectionner lui-même par les pouvoirs que lui donne sa propre raison. Il lui appartient de poursuivre la création divine, d’être l’ouvrier de ce grand Architecte.
    Newton pensa toute sa vie que le créateur de l’Univers s’adressait aux hommes à travers leur raison dans le langage des Mathématiques et de la Géométrie et qu’ainsi lui-même dans sa découverte des lois de la Nature parlait avec Dieu, le Pantokrátor, ce qui explique le nombre de ses écrits théosophiques, mais qu’il n’a pas voulu assumer de son vivant.
    Ce théisme expérimental rencontra la faveur des propagandistes du rationalisme qui y voyaient une alternative aux dérives mystiques ou superstitieuses du christianisme, mais aussi aux panthéismes naturalistes, voire à l’athéisme.
    Voltaire, qui fut un des propagandistes les plus influents du newtonisme, écrivit dans une ode qui ouvrait son livre sur la philosophie de Newton*
    «Le compas de Newton mesurant l’Univers
    Lève enfin ce grand voile & les cieux sont ouverts.»
    Ahiman Reazon pris justement le contre pied de ce positionnement « scientifique » pour simplifier. Dermott, dans son texte de 1778 traite les francs-maçons «modernes» d’usurpateurs et jette aussi les bases de la future «régularité anglaise» qui s’appuie sur une prétendue infériorité initiatique des maçons modernes par rapport aux anciens. Posant la question : «Un maçon ancien peut-il, avec la même confiance et sans autre formalité communiquer tous ses secrets à un maçon moderne ?» Il répond «Non» et il ajoute, révélant le fond de sa pensée : «Car, quoique la science soit toujours nécessaire pour comprendre ce qui concerne un art, un art peut aussi quelquefois s’exercer sans aucune idée de la science.» Ce qui était censé être une pierre dans le jardin de la Grande Loge d’Angleterre, où se retrouvaient une bonne partie des membres de la Royal Society, mais qui témoignait bien de l’opposition sous-jacente des «Antients» à la science moderne que l’église continuait de combattre.

  • 27
    pierre noel 26 septembre 2018 à 10:51 / Répondre

    « Qu’ont-ils conservé de l’ensemble du développement sur la lettre G qu’on trouve dans le rituel de la GL de Londres de 1730 divulgué par Samuel ….(mentions de la « chambre du milieu » du temple de Jérusalem qu’était l’Hêkal, de « greater », de « geometry », des « quatre lettres » dont on sait par les textes antérieures qu’elles étaient YHVH) ? » (écrit Négrier)
    Dans Prichard, “The G « denotes … The Grand Architect and Contriver of the Universe, or He that was taken up to the top of the Pinnacle of the Temple” (c’est de Jésus qu’il parle, selon Mathieu 4,5).
    Les Quatre lettres ne sont pas Ie tétragramme car Prichard écrit : “By Letters Four and Science Five, this G aright doeth stand, in a due Art and proportion. (Four (sic) Letter are Boaz. Fifth Science is Geometry)”.
    Les quatre lettres évoquées sont celles du mot Boaz tandis que la 5° science est la géométrie (5° des 7 arts libéraux, ou Sciences)
    Les divulgations Antients (TDK 1760 et J&B 1762) parlent de la Chambre du Milieu mais sans y placer la Lettre G qui n’est pas évoquée (pas plus que le tétragramme). En revanche, John Browne (Master-key 1802, Modern) est formel : on aspire au degré de Fellow-Craft (compagnon) pour connaître la lettre G, signifiant Géométrie, 5° des Sciences, « sur laquelle la Maçonnerie est fondée ». La géométrie sert à étudier les corps (objets) inconnus en les comparant à ceux déjà « mesurés ». Elle va du point à la ligne, de là à une surface et enfin à un solide (un volume). Elle tire son origine d’Egypte quand les crues du Nil effaçaient les bornes (Landmarks) des champs cultivables, d’où le Grand Maître Euclide réunit les éléments de Géométrie, permettant l’arpentage des terres, évitant ainsi les querelles, parfois sanglantes, entre les propriétaires. (La Géométrie est donc une découverte postdiluvienne, sans rapport avec les colonnes d’Enoch)
    Cette origine légendaire de la géométrie (transmise ensuite par Abraham aux Hébreux) se trouve déjà) dans l’histoire légendaire des Anciennes Constitutions (le Cooke et les autres, jusqu’à Anderson, Entick et Noorthouck. Si elle est bien présente dans les Constitutions « Moderns », elle fut omise par les « Antients » qui n’ont rien gardé du mythe fondateur (Dermott s’explique longuement de ce désintérêt pour l’histoire traditionnelle avec sa verve coutumière (dérision habituelle quand il parle des Moderns), dans l’introduction d’Ahiman Rezon (1756).

  • 26
    Michel KONIG 25 septembre 2018 à 00:27 / Répondre

    Tout à fait d’accord avec Négrier. Pour savoir qui l’a emporté en 1813, il suffit justement de regarder les armoiries de la GLUA: c’est celle d’Ariman Rezon! Quant à Royal Arch, il était justement destiné à rechristianiser la rituel. Le sacré de la crypte inspirant les travaux dans la Loge. Ce fut une pomme de discorde constante entre Moderns et Antients et un des rares point où les modernes n’ont pas cédé.
    Pour l’analyse de la Loge des Moderns, il faut se rappeler le contexte de 1717. Une monarchie catholique de droit divin évincée par l’aristocratie anglaise soutenue par la bourgeoisie qui défend ses libertés. Le refus de « l’état c’est moi » qui prévaut sur le continent. Le rejet de l’obscurantisme religieux et plus spécialement catholique avec la montée en puissance de l’empirisme scientifique, la philosophie expérimentale, et de la tolérance qui préfigure la laïcité.
    Les 2 premiers rois hanovriens n’étaient pas nés en Angleterre et ont laissé le parti Whig mener le pays sans trop s’y immiscer. Mais Georges III, né en Angleterre, et surtout Georges IV ont voulu récupérer du pouvoir.
    La création de la Grande Loge des Antients correspond à cette période quand les torries ont perdu tout espoir de restauration des Stuart après Culloden (1746) et que les hanovres ont voulu supprimer la Grande Loge des Modernes, repère des Whigs.
    Mais il est vrai que certains errements de l’aristocratie « Moderne » (le système Hervey) et sa trop grande proximité avec l’establishement l’ont déconsidéré au tournant du siècle, alors que tous les fondateurs disparaissaient. Cela explique effectivement que les Américains aient préféré les Anciens, moins compromis avec l’establishement britannique.
    Vers la fin des années 1740 se développent des parodies et des moqueries, (les maçons échaudés) qui critiquent fortement cette maçonnerie de l’establishement et dont on retrouvera les arguments dans Ahrima Rezon.

  • 20
    NEGRIER 22 septembre 2018 à 19:10 / Répondre

    Pour savoir qui des Moderns ou des Antients l’a emporté en 1813 il faut, outre les éléments que j’ai déjà indiqués, examiner les rituels des Antients pour vérifier deux choses :
    1. Qu’ont-ils conservé de l’ensemble du développement sur la lettre G qu’on trouve dans le rituel de la GL de Londres de 1730 divulgué par Samuel Prichard sous le titre de Masonry dissected (mentions de la « chambre du milieu » du temple de Jérusalem qu’était l’Hêkal, de « greater », de « geometry », des « quatre lettres » dont on sait par les textes antérieures qu’elles étaient YHVH) ?
    2. Qu’ont-ils conservé de l’ensemble de la symbolique de la légende d’Hiram (« quinze » frères et non pas neuf, etc.) qu’on trouve chez Prichard (tout en tenant compte du fait que la forme originelle du mot de maître dans le Mason word, comme par exemple dans le Graham de 1726, était « Marrow Bone ») ?
    La comparaison entre les deux traditions rituéliques (textuelles) devrait faire apparaître quatre choses :
    1. Ce que les Antients ont conservé de l’état du rite de 1730.
    2. Ce qu’ils en ont abandonné.
    3. Ce qu’ils en ont modifié.
    4. Ce qu’ils y ont ajouté.
    Une fois qu’on aura listé ces éléments et que leur analyse aura permis de déduire les implications signifiées dans ces changements, alors seulement on pourra dire qui des Moderns ou des Antients l’a emporté en 1813.

    • 21
      joab's 23 septembre 2018 à 09:30 / Répondre

      Sachant que nous ne sommes pas à couvert ici, peut-on être aussi explicites ?
      Je commenterai donc uniquement par allusion.
      Chacun de nous peut forcer le trait pour une idée, mais je pense déjà que la « victoire » en 1813 n’etait pas d’une tendance à s’imposer sur l’autre mais à se « reconcilier » et aboutir à une UGLE. Donc la « pureté » des principes n’etait pas l’objectif, mais l’efficacité d’une FM uniformisée et supportée par le pouvoir.
      Pour revenir à l’approche competitive que tu evoques :
      Helas, les moderns ont eu une approche de losers et pas seulement en 1813 ! Ils se sont laissés inflitrer depuis 1735 par des conceptions bigottes des Antients, au point que les differences s’etaient largement estompées en 1813.
      Pour autant, si on examine la necessité de transmission des principes essentiels des moderns, ce fut preservé. Je pense par exemple l’aspect « astronomique », « mathématique » qui sont restés, sans trop le mettre en vant, comme lourdement presents.
      Le syncretisme etait-il si grave ? Les Modern, en 1813 avaient-ils un avenir indépendant ?
      Ne serait-il pas utile de rechercher non une restauration delicate, mais la creation ex-nihilo d’un rit reprenant les avaleurs que devellopait la Royal Society et l’academie des sciences.
      Finalement, cette volonté de fidélité à des rits adaptés à un passé révolu ne denatureraient pas l’esprit de ctte FM ?

      • 22
        NEGRIER 23 septembre 2018 à 14:01 / Répondre

        Vous dîtes : « Finalement, cette volonté de fidélité à des rits adaptés à un passé révolu ne denatureraient pas l’esprit de ctte FM ? ».
        L’histoire répond d’elle-même à votre question : en Grande-Bretagne et en France, après les Moderns (1723-1751), la transformation permanente des rituels et des Constitutions n’a jamais empêché les maçons instruits de se référer, parallèlement et constamment, aux textes fondateurs (les Anciens devoirs depuis l’York de 1370, la mention de « l’art de mémoire » dans les Statuts Schaw de 1599, et le Mason word depuis la fin des années 1630) que les contemporains ont tout loisir de faire coexister dans leur recherche intérieure, historique ou philosophique, avec l’état contemporain des rituels et des Constitutions aussi altérés qu’ils soient par rapport aux origines. L’histoire de la culture maçonnique cumule sans rien oublier, et c’est cette somme conservée par la mémoire culturelle qui permet de travailler avec un horizon élargi que l’état contemporain de la maçonnerie ne saurait rétrécir.

        • 23
          Joabs 23 septembre 2018 à 17:40 / Répondre

          Ok ! C est bien ainsi que je le vois. En fait ce qui nous différencie nettement des religions est que la religion va figer, puis sacraliser une compréhension du moment dictée par la conjoncture, les influences.
          Ainsi les constitutions d’anderson Pour notre domaine. Beaucoup d’elements Sont conjoncturels.
          Nous devons discerner le conjoncturel de l’essentiel.

          • 24
            Désap. 23 septembre 2018 à 21:49 / Répondre

            Sauf qu’en l’espèce « évolution » signifie « perte » et qu’il nous est donc sans cesse nécessaire de travailler pour retrouver l’originel pour ne pas nous perdre.
            Cependant on ne fait plus aucun progrès puisque l’essentiel du travail ne consiste plus à construire, mais à tenter de préserver les fondations.
            Et c’est ainsi que nait la théorie de l’emprunt et que l’on nous vend un « club », où l’on fait de l’Histoire profane pour l’un, de la politique pour un autre, de la religion pour le club régulier et des relations publico-maçonniques pour la dernière née des grandes.
            Heureusement il nous restent quelques Pozarnik et Lieudat, mais ils sont bien peu et nous, avec eux, bien seuls à prêcher dans un désert de plus en plus obscur.
            Un véné agé de 12 ans et très fier de sa progression (croyait-il) m’a dit il y a peu de temps « le symbolisme, la métaphysique, tout cela c’est la vieille maçonnerie », ce que je me suis empressé de lui confirmer !

            • 25
              joab's 24 septembre 2018 à 10:32 /

              OUi, il faut savoir discerner ce qui merite d’être perdu, qui etait lié à l’epoque et non profond. Ainsi le sexisme, l’esclavagisme, l’homophobie de l’epoque Anderson n’ont plus leur place aujourd’hui. L’attachement buté AUJOURD’HUI de certains groupes à ces considerations temporelles souille la FM.
              UGLE a par exemple aboli en 1986 les penalités d’egorgement.

  • 19
    pierre noel 22 septembre 2018 à 17:15 / Répondre

    Les commentateurs répètent inlassablement (John Belton : “There seems little doubt that the Moderns conceded on all points of ritual where their ceremonies differed from those of the Antients”) que les Antients l’ont emporté haut la main en 1813 et imposé aux Moderns un rituel bigot et arriéré, aussi éloigné des Lumières qu’il est possible (la véritable tradition moderne ne survivrait qu’au GODF). Je crains que ne soient là que répétitions sans véritable fondement (voir surtout The rituals of The Union, Jan Snoek, 2013, et sa bibliographie)
    Les auteurs plus récents ont montré que les rituels issus de la loge de Reconciliation 1815-1816 (qui devait proposer un rituel uniforme aux loges anglaises en prévision de l’union des 2 Grandes Loges) sont basés sur des rituels pré-union, de type moderne, postérieurs à 1770, ceux de William Preston (1772), de John Browne (1798, 1801, 1802) et de William Finch (1801, 1802). Ces rituels furent démontrés à partir de 1816 et deux officiers de la loge (William Shadbolt et Williams Williams) laissèrent des copies manuscrites conservées à l’UGLE. Leur lecture montre sans hésitation que ces rituels sont fondamentalement basés sur les rituels modernes précités. Ils n’ont d’Antient que la distribution des mots B et J, et la place des Surveillants dans la loge (la problématique des mots de passe avant le degré ou dans la loge n’a rien de spécifiquement Antient, pas plus que les diacres qui sous d’autres noms étaient bien présents dans les loges modernes).
    Deux différences majeures sont rarement évoquées (en français).
    – Les « tenues » (modernes et anciennes) avant L’union se passaient à table et consistaient en un dialogue, appelé travail, entre le VM et les FF. Seule la réception d’un candidat se faisait debout autour du plan de loge tracé pour l’occasion (les deux premiers degrés étaient donnés le même soir et n’en faisaient qu’un divisé en deux parties). Le caractère théâtral que nous connaissons ne vint (en Angleterre) qu’avec l’union.
    – La réception au 3° degré était véritablement « initiatique » avec l’identification du candidat à Hiram, prête-nom de Dieu (celui dont le nom était perdu !). L’épisode final marquait la mort et renaissance du néophyte à un nouveau niveau d’existence. Tout cela fut abandonné après l’union, remplacé par une exhortation à un comportement moral à l’exemple du juste qui préfère la mort au déshonneur de révéler ses secrets. La maçonnerie, d’initiatique, devenait, avec la bénédiction du duc de Sussex, un « système de moralité».
    Le “Master-key through all the degrees of a free-mason’s lodge …” de Browne est écrit en chiffres. Il ne présente « en clair » que des sections (« éloges et illustrations ») consacrées à la création du monde, aux trois offrandes, aux quatre vertus cardinales, à la nécessité de la bible pour qu’une loge soit juste, aux sept arts libéraux, aux trois vertus théologales, aux ornements de la loge, aux cinq ordres d’architecture, aux deux globes, aux deux Saint Jean ….
    J’ajoute, parce que cela doit être dit, que ni les loges Ecossaises ni les loges Irlandaises ne furent concernées par le processus.

  • 17
    NEGRIER 21 septembre 2018 à 19:44 / Répondre

    La différence radicale entre la culture des Moderns et celle des Antients tient pour une part à leurs époques respectives d’apparition, les Moderns (1723-1730) reflétant la philosophie des Lumières britanniques (Enlightenment), et les Antients annonçant déjà en 1756, par leur retour nostalgique à la culture des Anciens devoirs gothiques des maçons opératifs, la sensibilité qui sera en 1813 celle des Romantiques marquée, rappelons-le, par un triple retour au christianisme, au Moyen-Age, et au gothique… alors justement même que l’Enlightenment britannique avait capitalisé sur les avancées du déisme du XVIIème siècle qui avait opéré une forme de rupture avec le christianisme en dépassant la théologie par une herméneutique exclusivement philosophique de la Bible. A cet égard les Antients s’inscrivent dans l’histoire contre l’Enlightenment de la GL de Londres. Ne pas comprendre cette différence est un manque. Il y a un dernier aspect historique à envisager : est-il bien certain qu’en 1813, en plein romantisme donc, les défenseurs de la culture des Moderns étaient encore intérieurement des Moderns ? Ce n’est pas sûr et c’est ce qui pourrait expliquer en 1813 l’alignement final des défenseurs des Moderns (désormais « romantisés ») sur les positions des Antients.

  • 16
    Lanterne 21 septembre 2018 à 16:30 / Répondre

    Bonjour à tous,
    .
    Le tétramorphe a acquis bien malgré lui un caractère polysémique, la question pouvant être posée étant, quel sens la maçonnerie a t’elle retenu principalement ? Peut-être plusieurs d’ailleurs !
    .
    En ce qui me concerne, le tétramorphe est présent dans l’un des rituels de la FM égyptienne. Son sens est en lien avec son origine c’est à dire Ezechiel et non les évangélistes.
    .
    Il faut également noter qu’il y a un lien étroit, pour qui s’est penché sur la question, avec les différentes phases de la nature, les saisons, les signes zodiacaux et bien-sûr la kabbale etc. Cette dimension fut au centre du système d’E.Levi (19e) qui a fait du tétramorphe son système principal de réflexion pour organiser la plupart de ses procédures rituelles théurgiques. Je dis cela parce-que LEVI a directement inspiré les sociétés occultistes de la fin du 19eme, de l’OKRC à la Golden Dawn jusqu’à la SRIA et certains rituels maçonniques … Mais il faut avouer qu’il y a parfois de la surinterprétation, il faut toujours tenir compte du contexte ou est placé le symbole pour saisir l’intention.
    .
    Bon j’arrête ici je suis hors sujet par rapport au post…
    A+

  • 15
    David Taillades 21 septembre 2018 à 13:47 / Répondre

    Il y avait si peu de différences entre Antients et Moderns que les Antients n’ont pas accepté les décisions prises lors de l’Union, créant une nouvelle scission (voir David Harrison à ce sujet). En effet, à leurs yeux la FM avait été gravement et irrémédiablement mutilée (W. Wonnacott, « The Lodge of Reconciliation » et W. B. Hextall, « The Special Lodge of Promulgation », AQC, vol. 23, 1910.).
    L’aspect théologique est fondamental dans l’étude d’un fait social d’autant plus à cette époque et dans les îles britanniques. La guerre entre protestants et catholiques a fait des morts (inutiles) et des dégâts dans les arts et l’organisation de la société… Il ne faut pas chercher de coupable, c’est l’histoire et rien d’autre. Si on n’en tient pas compte, c’est toute une dimension de l’analyse qui disparaît. Il suffit de voir comment les historiens réécrivent en ce moment l’histoire de la guerre de 30 ans, dont l’aspect religieux avait été minimisé.
    L’histoire de la FM est en cours de réécriture également, les anglais sont plus ouverts et objectifs qu’on ne le pense à ce sujet.. dès lors qu’on aligne les preuves et les faits. Les lignes bougent et elles vont beaucoup bouger des les années qui arrivent 😉 C’est à souhaiter pour les faits soient rétablis.

  • 14
    Michel Hermand 21 septembre 2018 à 12:46 / Répondre

    Puis-je intervenir pour partager mon bonheur de voir se développer sur ce site des discussions du plus haut intérêt entre des spécialistes parmi les meilleurs, étant entendu que leurs divergences de vue sur certains points, loin d’être de nature à nous perturber, sont le reflet du fait que l’histoire maçonnique est une science vivante?

  • 7
    pierre noel 20 septembre 2018 à 23:42 / Répondre

    The Revelation of Saint John the Divine (Apocalypse de Jean, dans Segond) selon la King James version (celle utilisée dans les loges anglaises, écossaises et autres anglophones) :

    4. 6 And before the throne there was a sea of glass like unto crystal: and in the midst of the throne, and round about the throne, were four beasts full of eyes before and behind.
    7 And the first beast was like a lion, and the second beast like a calf, and the third beast had a face as a man, and the fourth beast was like a flying eagle.

    Les quatre « êtres vivants » (d’après Segond) étaient un lion, un veau, un homme et un aigle)

    • 9
      chicon 21 septembre 2018 à 09:50 / Répondre

      On retrouve ces animaux dans la Royal Arch, P Noël et M Négrier ont raison

      • 13
        joab's 21 septembre 2018 à 11:05 / Répondre

        oui,pour les mêmes raisons. (relation avec le judeo-christianisme).

        • 18
          chicon 22 septembre 2018 à 09:41 / Répondre

          Sans vouloir vous contrarier absolument le judeo-christianisme a un lien plus qu’éloigne avec les rites anciens et récents du Royal Arch purement d’inspiration bibliques.

    • 10
      joab's 21 septembre 2018 à 10:24 / Répondre

      On est d’accord sur l’origine. Cependant l’Eglise les a assimilé aux 4 evangelistes et c’est, me semble-t-il bien la relation que font le Antients : cette FM est chretienne (4 evangelistes).
      Les personnages de l’Apocalipse font appel à un esoterisme bien particulier, loin des demarches « Antients ».
      Mais si vous avez des elements montrant une recherche esoterique chez les « antients » … je serais fort interessé.

  • 5
    joab's 20 septembre 2018 à 18:44 / Répondre

    Remarque technique : les 4 personnages des armoiries des Antients n’ont rien à voir avec des animaux de l’apocalipse. Ce sont les 4 evangelistes que l’on retrouve sur les edifices chrtiens.
    Sur le fond, cette difference des 2 demarches persistent toujours sous d’autres formes.
    A la base, les « Modern » sont l’emanation de la Royal Society, courant scientifique, liberal, progressiste qui s’appuie spirituellement sur les aspects de rigueur et de progressisme de courants protestants bibliques.
    Les Antients sont construits sur une forme particulierement bigotte (à nos yeux d’aujourd’hui) d’un « catholicisme franc-maçonnique). Ensuite de ce fait, les Antients eurent plus de succès dans les classes populaires, laborieuses classiquement attachées à la ferveur religieuse (pas seulement catho) que dans les classes éduquées, ouvertes.
    Ensuite d’autres interêts commerciaux, politiques rendent plus confus les carroches.
    Cependant, on ne peut dire que la demarche « modern-Royal society » ait disparu des rites de la GLUA. On pourrait même comprendre que c’est l’esoterisme du rite Emulation par opposition à l’exoterisme apparent Antient.
    Ainsi par exemple si les 3 Lumieres sont celles des Antients, sont mentionnées les 3 « autres » lumières et finalement plus documentées dans les « lectures ».
    De même les exhortations et recits historiques laissent largement la place à la demarche « modern ».
    J’avais d’ailleurs commis « Modern are still there » à la GLUA. Ca meriterait aussi debat en France en sortant de simplifications outrancières, (surtout vues sous un angle frenchouillard).

    • 6
      NEGRIER 20 septembre 2018 à 20:41 / Répondre

      « Remarque technique : les 4 personnages des armoiries des Antients n’ont rien à voir avec des animaux de l’apocalipse. Ce sont les 4 evangelistes que l’on retrouve sur les edifices chrtiens ».
      Vous vous trompez totalement. C’est Pierre NOEL qui a raison. Les quatre animaux (l’homme aussi est un animal) représentés sur ces armoiries ne représentaient pas les quatre évangélistes mais les quatre animaux mentionnés en Ezéchiel 1,10 et en Apocalypse 4,7. C’est Irénée de Lyon (130-202) qui, ignorant que ces quatre animaux symbolisaient les quatre modalités de l’Esprit, crut par erreur que, dans son Adversus haereses, il pouvait se permettre d’interpréter les quatre animaux de la tradition biblique comme des allégories des quatre évangélistes, ce qui était totalement impossible puisque Ezéchiel (VIème siècle avant notre ère), n’ayant pu connaître ces quatre évangélistes, n’a évidemment pas pu chercher à les représenter sous la forme d’allégories.
      Rappelons seulement ici brièvement l’origine historique de ces quatre animaux : l’Egypte antique avait symbolisé les quatre modalités de l’Esprit sous quatre formes successives : un taureau (palette du roi Narmer, 3200-3000) ; un faucon (stèle du roi Djet, 3000) ; et enfin un lion androcéphale (le sphinx de Gizeh, 2558-2532). Ces informations se trouvent dans mon Exposé général de la tradition.

      • 8
        Tao 21 septembre 2018 à 01:37 / Répondre

        Ce n’est pas « l’un ou l’autre » mais « l’un et l’autre ». Le Nouveau Testament et sa tradition chrétienne regorgent d’allusions tout à fait assumées à l’Ancien Testament, justifiant ainsi la véracité de cette Révélation nouvelle et de cet avènement.
        .
        Amitiés,

      • 11
        joab's 21 septembre 2018 à 10:26 / Répondre

        Nous ne nous placions pas sur le même plan. Votre remarque est très juste dans l’absolu. Simplement les FM antients n’eataient pas sur ce terrain mais sur celui de montrer leur attachement aux 4 evangelistes (assimilation faite par l’Eglise).

  • 4
    chicon 20 septembre 2018 à 11:40 / Répondre

    Cette exegese est bien dite. Je me demande combien de f.m. anglais se cassent autant la tête.

  • 3
    pierre noel 20 septembre 2018 à 10:58 / Répondre

    Dès qu’il s’agit de faits de société, il est usuel (normal!) que certains évoquent des interprétations théologiques, d’autres pas.

  • 2
    NEGRIER 19 septembre 2018 à 17:09 / Répondre

    Pour apprécier objectivement et exactement la différence entre Antients et Moderns le point de vue historique et sociologique ne suffit pas, il faut y ajouter le point de vue philosophique.
    1. Comme le montrent les Trois coups distincts, les Antients ont supprimé dans leurs rituels l’ancien développement des Moderns sur la lettre G qui portait très précisément sur l’usage de la méthode géométrique (modèle de rationalité utilisé au XVIIème siècle par les philosophes déistes comme Descartes et Spinoza) pour interpréter les « quatre lettres » YHVH désignant l’Etre, signe du refus de la philosophie biblique par les Antients qui préféraient quant à eux s’en tenir à une herméneutique théologique comme le montre le point suivant.
    2. L’analyse en profondeur de l’ensemble d’Ahiman rezon montre que dans ce texte, et malgré le fait qu’il incluait une version des « Devoirs » d’Anderson (1738), Laurence Dermott ne proposait pas comme modèle commun aux maçons la religion naturelle pratique des Moderns mais au contraire la « croyance » au Dieu de l’Eglise : « A MASON is obliged by his Tenure to believe firmly in the true Worship of the eternal God, as well as in all those sacred Records which the Dignitaries and Fathers of the Church have compiled and published for the Use of all good Men”, ce qui explique la disparition de l’expression « liberty of conscience », l’obligation de « ne jamais agir contre les diktats de sa conscience » devant être resituée dans le cadre imposé de la croyance en Dieu. Il est donc totalement faux d’affirmer que les Antients « gardèrent la morale d’Anderson ». Enfin on ne peut dire que chez les Antients « peu importe la religion » puisque Dermott se référait textuellement aux archives des dignitaires et des Pères de l’Eglise, c’est-à-dire aux écrits néotestamentaires des apôtres (cinq d’entre eux furent effectivement des auteurs du canon catholique) et à ce que le magistère catholique appelle la Tradition tant orale qu’écrite des Pères de l’Eglise. Dermott alignait donc son obédience sur le christianisme tout en laissant chaque maçon (nécessairement chrétien) d’adhérer à la confession ecclésiastique particulière de son choix, comme l’indique le point suivant.
    3. Une exégèse philologique impartiale des « Devoirs » de 1723 atteste que la GL de Londres acceptait en loge les athées théoriques pourvu qu’ils pratiquassent la loi naturelle qu’on appelle encore religion naturelle pratique. Or les Antients refusaient catégoriquement l’entrée en loge des athées théoriques comme l’atteste l’expression d’Ahiman rezon : « embracing what Faith he shall think proper, provided at all Times he pays a due Reverence to his Creator ».
    4. La différence entre le point de vue philosophique des Moderns et le point de vue théologique des Antients (en réalité néo-Anciens) éclate dans le fait que les Constitutions et les rituels des Moderns ne contenaient aucune prière (on ne parle pas à l’Etre qui n’est pas un Tu mais un Cela) alors que les Constitutions et les rituels des Antients contenaient des prières (Ahiman rezon ; The Three distinct knocks). Je conclurai en disant qu’on ne peut faire gober aux maçons l’idée que la différence entre Antients et Moderns était minime : elle était au contraire très grande et irréductible. Ce qui permet de mieux juger de la vraie nature de l’événement de 1813 où ce sont incontestablement les Antients qui ont imposé leurs vues aux Moderns (ce qui s’explique par les idées régnant alors en plein romantisme) qui perdirent la partie… irrémédiablement ?

    • 12
      joab's 21 septembre 2018 à 10:37 / Répondre

      Tout à fait d’accord sur les fondements. Ces 2 demarches sont à l’origine très éloignée.
      Mais finalement se sont mélées au 18e siecle an Angleterre pour de multiples raisons : politiques, commerciales au point que finalement les differences se sont suffisament estompée pour arriver en 1813 à une « union ».
      Peut-on considérer que ca s’est perpétué en France par la division (derisoire, mais réelle au travers de l’activisme de militants maçonniques) entre « societaux » et « religieux » ?
      C’est partiellement vrai, mais très partiellement. Car les Moderns cultivaient une recherche spirituelle. La GLNF a en effet, au niveau de ses dirigeants, embrassé une demarche des antients du 18e siecle, sombrant dans une religiosité parfois hysterique (voir les militants judaïques avec kippa ostentatoire en tenue). Pour autant de nombreuses loges de la GLNF (et GLAMF) se moquent totalement de ces bigotteries du sommet et pratiquent une FM qui ne deparerait pas les recherches des « moderns ».

  • 1
    chicon 19 septembre 2018 à 14:53 / Répondre

    L’Arche Royale (Royal Arch) au delà des premiers grades et communément pratiquée par les Antiens et les Moderns representaient le « ciment  » des francs-maçonneries.

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