Marianne Henri Jean
Une œuvre d'Henrijean : Marianne 1905. Feutre, craies grasses, encres et mine de plomb sur papier. 2014

Henrijean Fumel nous a quitté

Par Géplu dans Contributions

Le nom d’Henrijean Fumel n’évoquera sans doute pas grand chose à la plupart d’entre vous. C’était pourtant un plasticien et un Frère remarquable, à qui l’on doit entre autres la stèle représentant Jean Zay dans le hall du GODF rue Cadet, réalisée à l’occasion de l’entrée de celui-ci au Panthéon. Paul Leblanc lui rend ici hommage.

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Henrijean Fumel a rejoint l’Orient éternel le 7 janvier 2019 au terme d’un combat inégal qu’il a mené avec courage, discrétion et retenue contre une « longue maladie » tout en restant actif le plus longtemps possible, « comme si de rien n’était ».

Né en 1965, il sort diplômé de l’école des Beaux Arts de Clermont-Ferrand en 1990 et commence aussitôt une carrière d’artiste plasticien avec ses premières expositions dès 1994. Au début de son cheminement, il adopte la démarche de l’art conceptuel avec, par exemple l’utilisation du matériel à incendie (ceux qui ont connu cette période ne peuvent l’oublier), puis il s’oriente brièvement vers une expression dadaïste. C’est à la fin des années 1990 que ses recherches esthétiques lui révèlent la voie qu’il va développer empruntant un chemin qui, bien qu’orienté toujours dans la même direction, lui permet des explorations latérales à l’instar de la marche du Compagnon.

Les outils seront simples. D’abord deux couleurs, le noir et le blanc auxquelles s’ajoutera très vite le rouge. C’est cette palette de trois couleurs appliquées sur toile qui constitue en quelque sorte la materia prima de son œuvre. Ce choix instrumental donne à l’Art du trait toute sa grandeur, sa puissance et sa force. Il l’explique bien : « Le trait à lui seul représente un ensemble complexe, il rassemble un univers large, il réunit des éléments divers, avec et en dehors du graphisme , il synthétise une approche sensible de la vie. Il se dessine comme la trace, la tâche, la marque, le geste, la force ou la faiblesse, l’erreur et la vérité, la mort confondue dans la vie. Il reste le seul élément gravé sur le support perceptible et sensible. » 

Muni de ces outils, il part en exploration dans différents domaines, à la recherche du signifiant et du signifié de la Nature et de l’être, à la quête du sens de la vie, à la rencontre de la Vérité en dehors de toute manifestation irrationnelle, occulte ou magique, la tête dans les étoiles mais les pieds bien plantés dans la glèbe, ou plutôt dans la terre volcanique de ses racines. De là les diverses séries qui sont autant d’étapes dans la progression esthétique et philosophique, dans la maturation de sa perception du monde dans ses dimensions matérielles et spirituelles. Il faut alors s’arrêter un moment devant chaque série, regarder, contempler, pénétrer chaque dessin, chaque toile pour essayer d’atteindre « une certaine façon d’englober le monde, le rassembler et le personnaliser à son image. Faire que rien n’échappe, tout saisir et mettre en harmonie la vie« . 

Les expositions, les publications successives font connaître sa démarche, « cette existence à peine visible » à travers différents thèmes : Sens, Shade of light, Buveur d’Ombres, Mer étale, De Profundis, le Vent vient de la Mer, le Temps d’une éternité, Lui sous la Pluie, Les Lycanthropes, La Liberté, Vents Dominants, Le signe d’une saison, Homo Civilis, Aqua Civilis… à l’intérieur de ces séries on retrouve ses grandes figures : Burchell (les zèbres), les arbres et les plantes, l’eau, les portraits, le corps, les mains, la grotte … et les Mariannes où il glorifie la République en la singularisant par les points qui évoquent chaque citoyen qui la compose, en l’illustrant par le bonnet phrygien qui rappelle la Révolution et par là le siècle des Lumières, en la magnifiant par la douceur du visage et le buste pudiquement dessiné, symboles de la beauté, de l’harmonie et de la mère nourricière.

Sa production artistique ne se limite pas aux toiles, il faut ajouter les mosaïques sur de grands panneaux publiques, les objets, les carnets, les agendas et … la décoration des vitrines, sans oublier la stèle représentant Jean Zay dans le hall de l’Hôtel Cadet réalisé à l’occasion de l’entrée de celui-ci au Panthéon. Parallèlement à cette riche destinée artistique, Henijean a parcouru un long et fructueux chemin maçonnique. Le 5 mai 1995, il est reçu Apprenti à la Loge « Les Frères de Georges Couthon », Orient de Clermont-Ferrand du Grand Orient de France. Ensuite, il fera partie des membres fondateurs de la Loge « Bartholdi-Liberté » en 2002, puis de la Loge « Odyssée 1801 » en 2009, dans ce même Orient. À l’intérieur de ces ateliers, il occupera des postes d’Officiers dont celui de Vénérable dans cette dernière de 2015 à 2018.

Engagé sur de nombreux chantiers, il fut logiquement attiré par la poursuite du parcours au delà de la Maîtrise au sein des Ordres de Sagesse et il fut reçu dans le Chapitre de Rite Français « Cité des Neuf Sages » le 11 janvier 2003. Fondateur du Chapitre « Citoyens des Lumières » dans cette même Vallée de Clermont-Ferrand, il en devient le Très Sage en 2016. Enfin, il est accueilli au Vè Ordre du Rite Français le 3 février 2018.

La vie de l’homme se nourrit de multiples expériences qui vont structurer et organiser sa sphère cognitive et donc caractériser sa personnalité. Ces deux sources, la carrière artistique et l’engagement maçonnique, constituent chez Henrijean une contribution essentielle sans bien sûr être exclusive car ne tenant pas compte, ou du moins que partiellement, de son action non négligeable sur le forum ni du rôle, oh combien crucial, des émotions et des sentiments. L’œuvre n’est malheureusement pas achevée car nous savons qu’il avait encore plein de projets dans la tête.

Salut l’Artiste, salut mon Frère, ceux qui t’ont connu ont eu de la chance.

Paul Leblanc

Consultez ici le site personnel d’Henrijean.

mercredi 16 janvier 2019 12 commentaires

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  • 12
    Mathilde-Albertine Vinaize 4 mars 2019 à 20:07 / Répondre

    Un jour où H-J avait oublié les clefs de la galerie on a dû escalader la façade pour rentrer par une fenêtre cassée d’un vieil immeuble à l’abandon.
    Merci pour cette belle aventure et tous ces souvenirs au sein de la team Henri Jean.

    L’assistante d’H-J,
    Mathilde.

  • 11
    TREINS Miche 17 janvier 2019 à 18:40 / Répondre

    Quel privilège d’avoir connu Henri Jean de l’avoir suivi même d’un peu loin dans ses trajets d’artistes mais aussi de maçon et de posséder de tout petits morceaux de son talent. Comme ils me sont chers aujourd’hui.

    Bel hommage Paul merci

  • 10
    JEAN-FRANCOIS BIZET 17 janvier 2019 à 10:36 / Répondre

    Notre proximité, intellectuelle et artistique, a développé notre Fraternité jusqu’à la rendre presque idéale. Et pourtant… Te voilà passé à l’Orient Eternel. Après Christian C, avec lequel nous formions un Triangle indestructible. Je me sens un survivant pour lequel l’ordre des choses n’a pas été respecté. Et, tu le sais, « ma » Marianne qui décore l’introduction de ce blog sera toujours présente dans mon bureau, comme les autres toiles de toi qui ornent mes murs.

    Merci à notre F.°. Paul de ces beaux propos d’une grande frat.°. et qui illustrent bien notre F.°. HJ

  • 9
    JPF 17 janvier 2019 à 09:31 / Répondre

    Quel bel et formidable hommage au Frère et à l’artiste dont une « MARIANNE » superbe me fait face, en entrant dans mon appartement.
    JPF

  • 8
    Jacques Coudray 17 janvier 2019 à 00:45 / Répondre

    Merci Paul, pour cette très belle évocation. Henrijean était un frère que j’ai connu tant au sein des Frères de Georges Couthon qu’au sein des ateliers de perfection du rite français. Je crois même que nous avons, avec 2 autres frères qui me sont chers, progressé ensemble dans cette juridiction. Le frère m’était proche, l’artiste m’était plus compliqué à comprendre. Je me souviens, comme cela est dit, des extincteurs rouges enrubannés. C’était, il y a longtemps, mais déjà il y avait les 3 couleurs, le blanc, le noir et l’exaltation du rouge et surtout le trait ! Choc émotionnel, car j’essayais de comprendre alors, ainsi que le dit Aragon, dans son poème : « Est-ce ainsi que les hommes vivent » :
    « On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d’épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j’y tenais mal mon rôle
    C’était de n’y comprendre rien
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent ».
    Cela me va bien de parler des lycanthropes en pensant à Henrijean. Il aimait en parler, bien sûr, pour dire et ne pas dire, s’exposer et se protéger, être proche et pourtant éloigné.
    Avec lui, dans son travail, j’ai appris le sens du délitement. C’est extraordinaire de penser à la déconstruction de l’être et de la nature, avec ces traits et ses points qui quittent leurs assises, alors que nous nous efforçons de bâtir et de construire. Cette contradiction fondamentale était profondément inscrite en lui et c’est un grand bonheur, pourquoi ne pas dire un grand honneur, d’avoir cheminé avec Henrijean. Rien de plus, mais c’est déjà beaucoup.

  • 7
    Florence 16 janvier 2019 à 21:22 / Répondre

    L’abîme est grande et le chagrin profond mais l’oeuvre demeure et elle doit nous porter à la consolation d’avoir perdu un ami, un frère.. souvenons-nous d’Henri-Jean comme un guerrier a la recherche d’un esthétisme parfait..

  • 6
    Yo 16 janvier 2019 à 21:17 / Répondre

    Noir, Au Revoir…
    &
    Blanc, HenriJean, A Jamais présent !!-!

  • 5
    lazare-lag 16 janvier 2019 à 19:56 / Répondre

    Ne connaissant ni l’homme, ni son oeuvre, il me serait pour le moins indélicat d’apporter un commentaire à ces niveaux là.
    J’observe seulement que né en 1965, notre Frère nous quitte à à peine un peu plus de 50 ans.
    C’est vraiment moche.
    Il y a des jours comme cela où l’on est autorisé à se demander où diable (!?!) peut regarder le G.A.D.L.U…

  • 4
    Didier Comte 16 janvier 2019 à 19:07 / Répondre

    Un bel hommage pour une belle personne … qui nous manque déjà terriblement tant il était présent dans l’espace et le temps, avec respect, pudeur, humilité et empathie …

  • 3
    Bernard Machabert 16 janvier 2019 à 16:45 / Répondre

    Heureux d’avoir fait un bout de chemin avec toi mon frère. Ce fut pour moi un véritable enrichissement.

  • 2
    Granite 16 janvier 2019 à 15:17 / Répondre

    Bel hommage pour un artiste que je ne connaissais pas.

  • 1
    Pierre Mollier 16 janvier 2019 à 07:30 / Répondre

    Une bien triste nouvelle. HenriJean était un artiste inspiré auteur d’une œuvre poétique (ses animaux mi-réels mi fantastiques nous ouvrent des ailleurs) et un Frère très impliqué…. et adepte du « Régulateur » !
    Nous sommes particulièrement heureux de lui avoir consacré une exposition au Musée de la franc-maçonnerie. Merci Paul pour ce bel hommage.

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