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Antiquity

Les archives de la plus ancienne loge d’Angleterre

Par Pierre Noël dans Contributions

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Les archives de la plus ancienne loge d’Angleterre
et le mystérieux livre E.
par Pierre Noël

Un livre essentiel pour suivre les premières années de la Grande Loge d’Angleterre est peu connu, sinon inconnu. lI fut publié en 1911 en peu d’exemplaires réservés à quelques privilégiés, membres de la loge Antiquity et quelques happy few (dont était Eugène Gobliet d’Alviella, d’où la présence d’un exemplaire à Bruxelles) par William H. Rylands, un des premiers membres d’AQC. Il présente ce qu’il reste des archives de la plus ancienne loge Anglaise, qui fut « opérative » à ses débuts (sans que cela signifie qu’on y travaillait la pierre, mais bien que plusieurs de ses membres l’avaient fait et s’étaient acquis un nom dans le métier). Ce recueil de 402 pages s’intitule « THE LODGE AT THE GOOSE AND GRIDIRON. RECORDS OF THE LODGE, ORIGINAL No. 1, NOW THE LODGE OF ANTIQUITY, No. 2, OF THE FREE AND ACCEPTED MASONS OF ENGLAND. ACTING BY IMMEMORIAL CONSTITUTION.
VOL. I.  EDITED BY W. HARRY RYLANDS, F.S.A., P.M. Privately Printed. 1911. »

Table des illustrations/transcriptions.

Il contient tout ce qu’il reste des compte-rendu et documents de cette loge, prestigieuse sinon mythique, « de temps immémorial ». Un inventaire de 1778 fait état de 8 volumes de registres pour les années 1721 à 1767. Tous ont disparu (les années postérieures à 1767 furent heureusement conservées). Il reste un livre marqué E dont Prescott fait grand cas. Or ce n’est qu’un ensemble de notes brutes (rough minutes) qui paraissent des extraits ou plutôt des résumés de compte-rendu. Leur lecture montre sans doute aucun qu’ils ne peuvent avoir été copiés antérieurement à 1768. La première (mais pas nécessairement la plus ancienne) de ces notes est effectivement datée du 25 décembre 1721 et de la « Vieille Loge de St-Paul ou Antiquity Lodge, Queen’s Arms Tavern, St-Paul’ Churchyard ». Mais cette loge, qui se réunissait en 1717 à la Taverne L’Oie et le Grill et avait déménagé à la Queen’s Arms Tavern (ou King’s Arms) en 1721, n’avait adopté le nom « Antiquity » qu’en 1770 (elle fut appelée « West Indies and American lodge » de 1761 à 1770). Il est donc impossible que ces notes aient été rédigées lors de leur date prétendue.  

Les premières notes du Livre E.

Ceci ne veut pas dire que leur contenu est faux, mais qu’elles furent rédigées et copiées par un seul copiste (l’écriture est d’une même main de bout en bout) plus de quarante ans après les faits qu’elles relatent au départ d’un ou plusieurs documents aujourd’hui disparus. Il n’y a donc aucune raison de leur donner plus de crédit qu’au récit d’Anderson de 1738. Elles donnent de la vie de la loge une idée très parcellaire, les réunions étant bimensuelles (Prichard, 1730, spécifie qu’elle se tenait les 1er et 3ème  lundi de chaque mois). Aucune de ces notes n’est antérieure à 1721, bien que la loge eût existé, selon la tradition confirmée par Prichard, depuis 1691.

Les premières notes, vont de 1721 à 1736, énumérant les Maîtres de loge (les VM) successifs. Leur fait suite, coq-à-l’âne révélateur, la relation de l’installation (en Grande Loge et non dans la « vieille » loge) du duc de Montagu le 24 juin 1721 (différant en plusieurs points du récit d’Anderson publié en 1738). Elles se poursuivent par la succession des Grands Maîtres et Grands Surveillants de 1717 à 1725 (écrite d’une seule main elle aussi) et le lieu des « Grand Assembly and Feast », le tout conforme aux affirmations d’Anderson dans les Constitutions de 1738 à quelques détails près (l’orthographe de certains noms ou occupations, le lieu de certaines fêtes). W.H. Rylands fait remarquer que ces variantes prouvent que le document n’est pas une simple copie d’Anderson : remplacer comme lieu de la fête de 1722, Stationers’hall (Anderson) par Merchant Taylors’hall (Book E, archives d’Antiquity) n’est pas un simple Lapsus Calami du copiste ! La relation de ladite fête (Installation du duc de Wharton) ne parle pas d’irrégularité, démentant les affirmations tendancieuses d’Anderson à ce sujet, déjà démenties par la presse de l’époque (que n’accepte d’ailleurs aucun auteur Anglais depuis plus d’un siècle, quoique puissent en penser les commentateurs Français).

La suite du livre contient une liste des membres de 1721 à 1740, révélant la mutation de la loge qui, composée au début de nombreux artisans (tailleurs de pierre, charpentiers, cordonniers, tapissiers/décorateurs) s’est rapidement embourgeoisée avec l’arrivé d’hommes du négoce et du commerce avec les colonies (d’où le nom « West Indies and American lodge »). A la même époque, la « gentry », petite noblesse, propriétaires, gens de robe et professionnels (médecins, avocats) préféraient rejoindre d’autres loges comme la N°4, The Old Horn Lodge (où seront reçus Ramsay et Montesquieu) ou d’autres (il y en avait déjà 20 à la fin de 1722, 67 en 1730). Ajoutons que les authentiques minutes de la loge commencent le 7 septembre 1736.

La « vieille » loge de St-Paul tenait, semble-t-il, aux anciennes traditions du Craft, dont la principale devait être la lecture de l’histoire légendaire du métier dans le rouleau manuscrit des Old Charges, héritage de la maçonnerie opérative du moyen-âge. Une copie de ces Old (antient) Charges appartient toujours à la loge Antiquity n°2. Elle fut écrite by Robert Padgett Clearke to the Woershipfull Society of Free Masons of the City of London in the second yeare of the the Raigne of our most Gracious Soveraign Lord king James the Second of England &tc Anno Domni 1686 à la demande de William Bray free-man of London and free-mason (une copie est dans Hughan, 1872, pp 64-68). Il est probable que le rouleau manuscrit fut copié pour la loge des Maçons Acceptés (déjà discutée sur Hiram.be, voir « The Worshipful Company » et « Elias Ashmole« ) qui se réunissait à l’époque au Masons’hall, Basingshall street, et qui déménagea ensuite à St-Paul’s Churchyard où elle se réunissait encore en 1717 à la Taverne The Goose and Gridiron, puis à celle des Queen’s Arms en 1721.

Colophon du Ms Antiquity n°2.

Les « vieux » maçons gardèrent un temps leur influence dans la Grande Loge qu’ils avaient contribué à créer et y occupèrent la fonction de Grand Surveillant, mais avec l’installation du duc de Montagu (1721) et, surtout, le remplacement des Old Charges par le nouveau Livre des Constitutions (1723), ils perdirent la main, abandonnant l’autorité aux « nouveaux » maçons, ce qui ne les empêcha pas de rester fidèles à la Grande Loge établie (« ressuscitée » disait Anderson) en 1717. De leurs privilèges de fondateur, ils gardèrent jalousement celui de pouvoir présenter les Constitutions à chaque nouveau Grand Maître lors de son Installation (ils l’ont encore de nos jours). [1724. 8th June. The Duke of Richmond being proposed as Grand Master Elect. It is the Order of this Lodge that the Master Do attend Merchant Taylors Hall on the 24th of this Month to require a public Conformity to the constitution from the Grand Master Elect.]

Très significative est la décision du 19 septembre 1724, lorsque sous la présidence de Bror Villeneau Master, la loge décida unanimement (una voce) que les trente-neuf articles des Vieux Règlements seraient fidèlement observés à toute occasion. [1724. 19th September. Resolved una vose that the thirty ninth Article of the Old Regulations be carefully observed on every occasion and that the Officers of this Lodge do strictly enforce an observance thereof.]

De quoi peut-il s’agir sinon des Règlements présentés à la Grande Loge par George Payne en 1720 et adoptés par elle en juin 1721 ? Il n’y a de liste de 39 articles que dans ce document qui est la pièce essentielle du Livre de Constitutions de 1723.

Tout cela suggère une remarquable continuité (que certains appellent « transition ») de la loge des Maçons Acceptés du Masons’Hall à la « vieille » loge du parvis St-Paul, et de là à la loge Antiquity N° 1 de la Grande Loge d’Angleterre (devenue N°2 de la GLUA par le hasard du sort en 1813).

dimanche 03 mars 2019 17 commentaires
  • 16
    pierre noel 8 mars 2019 à 17:14 / Répondre

    Pour rester dans le bizarre !
    Dans le registre de Lambert de Lintot (loge de L’Observance), on lit dans un rapport du 2 février 1780 (je traduis) que « Leurs Altesse le Prince de Brunswick et le Prince de Hesse-Cassel ont été proposés en loge ouverte comme membres des 7 degrés et qu’ils ont été admis à l’unanimité (à condition de payer les frais habituels) sur proposition du Député Grand Maître et Grand Conservateur Lambert de Lintot, Grand Administrateur Général et député Grand Maître KDS Maître de la Loge de l’Observance ».
    [At London at our orient Mitre Tavern Fleet Street, Temple bas.
    The 2nd February 1780 his most Serene Highness the Prince of Brunswick and the Prince of Hesse Cassel have been proposed as members of the 7 degrees in open lodge, And have been admitted unanimously on condition of paying the customary charges as repre- sented by the Deputy Grand Master and the Grand Conservator Lambert de Lintot, Grand Administrator General and Deputy Grand Master K D S, Master of the Lodge of Observance.
    Bertrand, Secretary of the 7th degree.
    Deliberated the said year and day by 81 voices
    Lambert de Lintot ]
    Le registre ne dit pas s’ils furent effectivement reçus, ni même s’ils furent informés de cette décision.
    Le prince de Brunswick, c’est sans doute Charles-Guillaume-Ferdinand (1735- 1806), neveu de Frédéric II et beau-frère de Georges III, qui sera duc de Brunswick-Lunebourg et prince de Wolfenbüttel de 1780 à sa mort (c’est le général du « manifeste de Brunswick » en 1792,qu’il ne faut pas confondre avec son oncle, Ferdinand 1721- 1792), duc de Brunswick-Lunebourg, général prussien et eques a Victoria, Magnus Superior Ordinis de la Stricte Observance allemande)
    Le Prince de Hesse-Cassel, c’est le landgrave Charles (1744-1836), beau-frère du roi de Danemark, connu de tous les maçons Rectifiés pour son rôle au convent de Wilhelmsbad en 1782. Il succéder au Magnus Superior Ordinis de la SO et finira GM de la GL du Danemark.

    • 17
      André Kervella 11 mars 2019 à 08:48 / Répondre

      Exact ! Et que se passe-t-il le 11 mars 1787 ?

  • 11
    pierre noel 7 mars 2019 à 17:30 / Répondre

    Un extrait de l’article de Wonnacott (« Le rite en sept degrés ») que je ne peux m’empêcher de partager avec vous. C’est une patente signée par Lintot (5 ans avant l’aventure de la GL « south of the river Trent »).
    En 1774, il reconnaît le duc de Cumberland (et Strathearn !) comme GM de son ordre en lieu et place de Charles-Edouard Stuart (ce qui donnerait raison à AK qu’il était jusque-là considéré comme tel, ce qui ne veut pas dire qu’il le fut effectivement ou même qu’il l’ait jamais su !). Or Henry-Frédéric (1745-1790) était le frère cadet du roi Georges III et le neveu de l’autre duc de Cumberland qui avait mis une fin définitive aux rêves de restauration des Stuarts dans les landes de Culloden en avril 1746.
    Henry-Frédéric, qui deviendra Amiral de la Royal Navy, surtout connu pour une mésalliance fameuse, fut effectivement initié en 1767 dans une loge de la première GL d‘Angleterre (aujourd’hui la prestigieuse Royal Alpha lodge) et en fut GM de 1782 à sa mort (1790)

    “The year of our Lord the 19 June 1774 at high noon The Wise and Sovereign Chapter of the Knights of the Eagle Rose Croix assembled have decided to recognise His Royal Highness Henry Frederick Duke of Cumberland, initiated the 9 February 1767, for Grand Master, Grand Commander, Conservator, Guardian of the Pact and Sacred Vow of the Christian Princes in the place of Charles Edward … for the reasons alleged in the present Chapter and particularly that they will give no recognition to any constitution in the name of the said Charles Edward in the three kingdoms of Great Britain, as contrary to our present deliberation and to the vows we make and shall make all our lives for the prosperity of the House of Brunswickc(1), that it will be so represented at the most convenient time to the said Duke of Cumberland, and that at each Chapter he will be saluted as such. Glory to God and to His Royal Highness Henry Frederick Duke of Cumberland. This was deliberated the said day and year above written, by the numbers 70.
    (signé) P. Lambert de Lintot. “

    1) La maison de Brunswick, c’est celle de l’Electeur de Hanovre, devenu en 1714 roi d’Angleterre et d’Ecosse (il descendait de Jacques Ier Stuart par sa fille)

    • 12
      kervella 7 mars 2019 à 18:29 / Répondre

      Patente ou délibération ?

      • 13
        pierre noel 7 mars 2019 à 20:23 / Répondre

        Suffit de lire :
        « The Wise and Sovereign Chapter of the Knights of the Eagle Rose Croix assembled have decided to recognise … »

        • 15
          k 8 mars 2019 à 07:46 / Répondre

          Bizarre ! La notion de patente répond à une définition préise. Une délibération aussi. En anglais comme en français…
          Décider de reconnaître n’est pas délivrer un document qui répond à l’époque à des règles de formulation précises.
          La patente est adressée en bonne forme à celui/ceux qui la demande/nt.
          Le duc de Cumberland, à ma connaissance, n’a jamais rien demandé. Je doute donc qu’il ait reçu quoi que ce soit.
          J’ajoute que plus tard Lambert se pique de vouloir remplacer Cumberland pat le duc de Brunswick et/ou Charles de Hesse qui ne demandent rien, non plus. Lambert le fait, alors que ces deux aristocrates allemands sont impliqués dans l’essor de la SOT réformée.

    • 14
      Jacques Huyghebaert 8 mars 2019 à 01:27 / Répondre

      Pour des commentaires additionnels (écrits en français) sur le Rite en Sept Degrés de Londres (1764-1791) je signale l’article d’André Berté http://hautsgrades.over-blog.com/article-un-aspect-meconnu-de-la-genese-du-rite-ecossais-106644954.html

  • 9
    pierre noel 6 mars 2019 à 17:47 / Répondre

    Pour le fun !! Un extrait du registre de la loge de Lintot (cité dans l’article de Wonnacott)

    « Le 15 9 bre. 1779.
    The Chapter of H-R-D-M. in union ‘ with the lodge St. George de l’Observance makes alliance with the Grand lodge of England South of the River Trent and receives charter at the hands of frere Willson * for their Grand Master, Lambert de Lintot this year Master. »

  • 6
    pierre noel 5 mars 2019 à 17:57 / Répondre

    Ce document n’est pas traduit en français à ma connaissance, ni d’ailleurs l’article de Wonnacott (il faut constater qu’il faut lire un peu d’anglais et d’allemand, sans oublier le néerlandais, si on s’intéresse au passé de la franc-maçonnerie).
    P.Méreaux en a donné quelques extraits (toujours correctement traduits) dans « Les Constitutions d’Anderson, vérité ou imposture » (1995), les commentant de façon assez particulière et personnelle qui mélange les affirmations de Dermott, l’imagination de Preston, les dérives de Stretton et les avis péremptoires de Guénon sur la naissance de la première GL d’Angleterre (qui n’est pas celle de LA franc-maçonnerie).

  • 5
    pierre noel 5 mars 2019 à 17:42 / Répondre

    A l’attention de A.Kervella.

    Dans l’index, le nom Stuart n’apparaît pas.
    Le seul cité Stuart est Jacques II (dans le MS Antiquity).
    Pour l’année 1745, les tenues eurent lieu le 1er janvier, le 5 février (réélection du VM W.H. Trent), le 5 mars, le 2 avril, le 7 mai, le 4 juin, le 2 juillet, le 3 septembre, le 8 octobre, le 12 novembre et le 10 décembre.
    Pour 1746, les minutes de janvier (le 14), février (le 11), mars (le 11), avril (le 8) et mai le 13) manquent. Elles recommencent le 10 juin, le 8 juillet (élection du nouveau VM John Figes), 12 août, 9 septembre, 14 octobre, 11 novembre, 9 décembre (le F. George Mason fut proposé comme VM pour les 6 mois suivants, il sera installé le 10 février 1747).
    Les dates sont indiquées en « ancien style ». Je les ai données en « nouveau style », le nôtre.
    Il n’est pas fait mention dans les minutes de la rébellion jacobite (on pourra toujours supposer que la loge ne s’est pas réunie à cause d’elle, mais cela ne sera qu’une supposition).

    • 7
      Kervella 5 mars 2019 à 20:30 / Répondre

      Merci Pierre Noël.
      Je crois utile d’apporter des compléments à l’intention des lecteurs non anglophones (les germanophones ou autres ne sont pas concernés dans ce cas précis, me semble-t-il).
      1°) Les minutes de la loge Antiquity n° 2 comprennent 2 volumes, pas un seul. Le second, édité avec la même présentation que le 1er, fournit des informations jusqu’en 1921. Il a été proposé par le capitaine C.W. Firebrace en 1926.
      2°) Un nouveau tirage des 2 volumes a été fait en 1928. Il contient moins d’illustrations que le premier tirage (1911 et 1926).
      3°) La loge Antiquity a rompu quelques années avec la Grande Loge de Londres à la fin des années 1770. A ce moment, son vénérable était John Wilson (abondamment cité dans le 1er volume). Le même Wilson possédait un jeu de rituels et de règlements de hauts grades, surtout à l’enseigne d’Heredom. Dans un cahier qui comporte son nom, on lit ceci : « Le départ de Jacques II, roi de la Grande Bretagne, ne laissant que trois grands officiers en commission et à vie, la Grande Loge ayant confirmé leurs charges, l’on a depuis toujours continué l’élection au décès de chacun qui a représenté le roi et l’on a continué également de nommer les aînés du roi au grade de G[rand] M[aître], ce qui a laissé tout le pouvoir aux trois souverains chefs de la Loge d’Heredon. »
      Plus loin : « Comme il n’y a que le comte Stuart prince Edouard qui soit grand maître, la Grande Loge ne peut avoir qu’un député du grand maître. Ainsi chaque loge a son député du prince, qui prend le nom et le titre de grand maître comme représentant le grand maître et un chacun peut avoir son député. » Plus loin encore, avec une syntaxe un peu malmenée: « Comme depuis ce temps les anciennes constitutions avaient été extrêmement falsifiées, mutilées par [une] mauvaise orthographe et qu’il s’y était glissé des faussetés et des erreurs, tant en fait de l’histoire que de la chronologie par l’ignorance des copistes des siècles obscurs, et avant qu’on fît revivre la géométrie et l’ancienne architecture, et si l’on considère que, depuis que Jacques deux a été obligé de quitter ses royaumes, on verra combien il était nécessaire de faire un nouvel ordre dans les statuts et les archives. » Et ce n’est pas tout, dans le rituel au grade d’Architecte, l’impétrant jure « de reconnaître pour grand maître Charles comte Stuart, prince Edouard, héritier légitime de la grande maîtrise des Maçons libres d’Heredon, au droit de ses prédécesseurs ci-devant rois de la Grande Bretagne »

      – Amusant, non ?

      • 8
        pierre noel 6 mars 2019 à 17:05 / Répondre

        Qui s’intéresse un peu aux déboires de la loge Antiquity N°2 sait qu’elle a fait scission de la GL d’Angleterre en 1779, pour des conflits d’égo si fréquents en maçonnerie, non pour des raisons pertinentes. Elle s’en sépara après avoir publié un « Manifeste » (Rylands, 369-374, C.Dyer 1987, 69-73) le 16 décembre 1778, qui après un rappel des événements de 1710-1721 (où ne sont mentionnés ni les rois Hanovriens ni les prétendants Stuart) sont développés les griefs (largement) imaginaires de la loge à l’égard de l’obédience. Le moteur de l’aventure était William Preston, membre de la loge depuis 1774 (et son ancien VM), qu’essayait sans grand succès de tempérer le VM en charge, depuis 1777, John Wilson, un avocat connu pour son bon sens. A la suite de cela, Antiquity se retira de la GL et se prétendit « Grande Loge d’Angleterre au sud de la rivière Trent » (fleuve naissant au-dessus de Bimingham, traversant les midlands d’ouest en est et se jetant dans la mer du Nord dans l’estuaire de l’Humber)
        De 1779 à 1789, cette « Grande Loge » fut constituée de 2 loges, Antiquity et la Parfaite Observance, une loge française présidée par Pierre Lambert de Lintot et de Cavirol (ancien officier, originaire de Normandie et devenu graveur à Londres), qui pratiquait une Rite en sept degrés alliant la tradition templière et des grades « écossais » culminant au Rose-Croix (tous originaires de France). John Wilson devint GM de cette éphémère GL (il est donc normal qu’il ait connu ses grades prétendument « écossais »). L’histoire en est racontée dans “THE RITE OF SEVEN DEGREES IN LONDON” par Bro. W. WONNAGOTT, P.A.G.Sup.W., P.M. 2076 (AQC 39 (1926): 63-114 (un article lui est consacré dans RT, 2015). C’est dans ces hauts-grades français que la fable stuartiste est rapportée. Cette GL fit alliance (la correspondance est dans Dyer, pp 76-79) avec la Grande Loge de York, qui vivotait dans le nord de l’Angleterre mais disparut, elle aussi, vers 1791 (ses quelques loges s’intégrant à la GL d’Angleterre).
        Il est amusant de relever qu’en 1782 Lambert de Lintot entra en contact avec la Grande Loge Royale d’Ecosse qui pratiquait (et pratique encore) le degré d’Heredom de Kilwinning et le Knight of Rosy-Cross. Il en espérait une patente (qui lui fut accordée mais jamais envoyée, L de L n’ayant pas payé les 3 guinées réclamées).

        • 10
          André KERVELLA 6 mars 2019 à 21:07 / Répondre

          Voilà de nouveaux éclaircissements particulièrement intéressants.
          Reste à expliquer
          1°) pourquoi John Wilson, homme de bon sens en effet, accueille favorablement la « fable » stuartiste. Il y a là un paradoxe.
          2°) pourquoi le Rite des 7 degrés de Lmbert n’est pas dominé par le Rose-Croix, mais par le Kadosh. Il y a là un contresens.
          3°) pourquoi Lambert est réellement reconnu au seul grade de Rose-Croix d’Heredom par Edimbourg, le reste de son système n’étant pas jugé favorablement. Il y a là une restriction importante.
          – Pour ce qui concerne les sources de Lambert lui-même, reste à savoir d’où il les tient.

  • 4
    André KERVELLA 4 mars 2019 à 08:03 / Répondre

    Pierre Noël peut-il nous dire s’il existe une étude en langue française de ce document (« peu connu, sinon inconnu »), ce qui permettrait à des lecteurs ne connaissent pas l’anglais de s’en faire une idée ?
    Peut-il nous dire si des membres de cette loge ont, directement ou indirectement, accueilli favorablement la thèse (ou l’hypothèse) d’une filiation de la FM avec les Stuart ?

  • 3
    pierre noel 3 mars 2019 à 16:06 / Répondre

    Pour ceux que cela intéresse; la première page de l’article de Wonnacott.

    THE LODGE AT THE GOOSE AND GRIDIRON.
    RECORDS OF THE LODGE, ORIGINAL No. 1, NOW THE LODGE OP ANTIQUITY, No. 2, OF THE FREE AND ACCEPTED MASONS OF ENGLAND. ACTING BY IMMEMORIAL CONSTITUTION.

    VOL. I.
    x EDITED BY W. HARRY RYLANDS, F.S.A., P.M.
    Privately Printed. 1911.
    A REVIEW.
    W. WONNACOTT, J.D. 2076. (AQC 25, 1912)

    The History of the Lodge of Antiquity, No. 2, which has been eagerly expected for many years by Masonic students and which it was hoped would throw much light on the doings of the Craft and on the Old Lodge of St. Paul’s at the time of the so-called Revival, has at last appeared. The present handsome volume, the first instalment of the records, covering the period of the Lodge’s history down to the end of 1779, the year of Preston’s schism, has been produced under the extremely able editorship of Bro. W. H. Rylands, P.M. of No. 2 and of our own Lodge, No. 2076.
    Bro. Rylands has adopted for his work the modest title of « Records » of the Lodge of Antiquity : he makes no pretension to be the Lodge historian, for all through the work he carefully effaces himself, and allows the litera scripta to tell the plain and simple story of the Lodge in its own quaint manner, with but few remarks of his own and these only as signposts to lead the reader along the path of Masonic history, and permit him as he goes to draw his own inferences and conclusions. Never was historian less dogmatic, or more modest.
    But let me say at the outset two disappointments await the student : one is that this coveted volume will be found only on the shelves of the fortunate members of No. 2, or a few libraries which have been favoured with presentation copies, for it is privately printed and circulated : the other is that nothing authentic exists in the form of Lodge records anterior to 1736. This gap of nineteen years from the time of the formation of the first Grand Lodge, to the date when we find the earliest Lodge Minutes, has been skilfully dealt, with by the gifted editor, and its nakedness concealed, as far as possible, by excerpts from the records of Grand Lodge, and the first and second Books of Constitutions, by Anderson, but without relying on the latter as at all infallible.

  • 2
    Jacques Huyghebaert 3 mars 2019 à 15:10 / Répondre

    Pour ceux parmi nous que le sujet intéresse je recommande vivement la lecture de l’article (65 pages !) de W. Wonnacott consacré au livre de William H. Rylands, publié l’année suivante dans Ars Quatuor Coronatorum (Vol. No. 25, 1912 – voir pages 165 à 230). Je rappelle à ce sujet que les anciens numéros des « Transactions of Quatuor Coronati Lodge no. 2076 » pour lesquelles les droits d’auteur ont expiré sont pour la plupart disponibles sur internet et télécheargeables gratuitement https://archive.org/details/ArsQuatuorCoronatorumVol.251912

  • 1
    Kalife NMK 3 mars 2019 à 11:55 / Répondre

    Il faudrait tenir compte de la bataille idéologique qui existait depuis 1717, entre les « Moderns » et les « Antiqurians », ces derniers se rapportant à la Tradition ésotérique des Anciens. NMK

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