John Duc de Montagu
John, Duc de Montagu, Grand Maître en 1721

Une forgerie autour de 1721 ?

Par Pierre Noël dans Contributions

Le livre des Constitutions de 1723 n’est pas signé. Il débute par une dédicace au Grand Maître le duc de Montagu, écrite et signée par J.T. Désaguliers, Député Grand-Maître du GM en exercice. Il se termine par une approbation de l’ouvrage par le duc de Wharton, successeur de Montagu, datée du 17 janvier 1722/23.

La page de garde stipule qu’il fut imprimé par William Hunter, pour John Senex, libraire-cartographe spécialisé en mappemondes et globes célestes, tenant boutique « Au globe » (Il fut grand surveillant en 1723 et 1724, et fut élu à la Royal Society en 1728) et John Hooke, lui aussi libraire (particulièrement intéressé par la philosophie continentale, allemande et française) tenant boutique à « La fleur-de-lys », tous deux installés Fleet street. Ils financèrent l’entreprise et la Grande Loge ne fut pas impliquée, pas plus qu’Anderson. Le frontispice, célèbre pour sa perspective, est l’œuvre de John Pine, graveur établi à Aldersgate, très engagé dans les discussions scientifiques et philosophiques du temps. Tous trois, Senex, Hooke et Pine, étaient très actifs dans la diffusion des sciences nouvelles.

Il faut attendre la page 74 pour apprendre que James Anderson était maître de la loge n°17, indiquant après son nom qu’il était l’auteur de ce livre.

Cette page porte la liste des vingt loges de la Grande Loge d’Angleterre & Westminster en juin 1722. La « vieille » loge de St Paul est la première.  Elle était alors présidée par Thomas Morris, tailleur de pierre, avec John Bristow et Abraham Abot comme surveillants  (les mandats étaient alors de six mois).

L’édition de 1723 donne quelques détails sur les conditions de rédaction de l’ouvrage (p 73).  D’après ceux-ci, c’est le 29 septembre 1721 que le duc de Montagu ordonna à J. Anderson de faire une synthèse des anciennes constitutions « gothiques » et désigna, le 27 décembre un comité de 14 membres pour examiner le manuscrit d’Anderson. De ces 14 membres, on sait seulement que Désaguliers en fut, mais il est vraisemblable que les autres anciens Grands Maîtres (Payne et Sayer) en faisaient partie avec quelques membres des autres loges fondatrices. Le 25 mars 1722, elle rendit son rapport et approuva le travail d’Anderson moyennant quelques amendements (l’histoire, les charges, les règlements de George Payne et le « chant du maître », résumé de l’histoire légendaire de la maçonnerie).  L’impression fut décidée. Le travail d’écriture et de correction avait demandé six mois, l’impression en prit dix. La pièce de résistance en est constituée par Les Règlements en 39 articles, compilés par George Payne en 1720, et non pas par les six « devoirs » qui font saliver les commentateurs continentaux jusqu’à plus soif.

Le 17 janvier 1722/23, l’ouvrage imprimé fut publié avec l’approbation du Grand Maître en exercice, le duc de Wharton. Il était augmenté de « la manière de créer une nouvelle loge » (attribuée à « l’actuel Très Vénérable Grand Maître en accord avec les anciens usages des Maçons », donc à Wharton en personne) et de trois chansons, pour les surveillants (par l’auteur du recueil, peut-être. Anderson ?), les compagnons (par Charles Delafaye, Français d’origine, Huguenot de conviction, haut fonctionnaire et maître-espion whig du gouvernement) et les apprentis (par Mathieu Birkhead, VM de la loge n°5). Les archives (le Livre E) de la « vieille » loge de St-Paul (la plus ancienne de la GL « about London & Westminster ». Hiram.be) contiennent une relation de l’ « assemblée générale & fête » du 24 juin 1721 (dont personne ne dit qu’elle est contemporaine des faits, sinon Méreaux et Prescott). Prescott le croit authentique et écrit peu de temps après l’événement. Tous les autres commentateurs pensent qu’il s’agit d’une copie (tardive et quelque peu trafiquée) de documents aujourd’hui perdus. Elle diffère en quelques points de celle de l’édition de 1738 du livre des Constitutions d’Anderson.

1721 Feast (Je suis désolé de la copier en anglais, mais les termes que je souligne sont essentiels à la compréhension de l’ensemble) : “At A General Assembly of a Greate Number of Free Masons Held at Stationers Hall, London, On the 24th day of June 1721 The Most Noble John Duke of Montague, Was then chosen Grand Master, Dr. John Beale (médecin) Substitute Master, Mr. Josias Villeneau (tapissier/décorateur à Southwark) and Mr. Thomas Morris (tailleur de pierre, membre de la loge St-Paul) Grand Wardens.
The Most Noble Phillip Duke of Wharton, The Right Honble Ld Herbert, The Right Honble Ld Hinchinbrook, The Right Honble Ld Hillsborough, Sr Willm Leman Barrtt, Sr George Oxenden Barrtt,, Sr Robert Rich Barrtt, Sr Andrew Fountaine Knt, , John Holt Esqr, Sackville Tufton Esq,,  Will Young Esq’ ,Will. Stanhope Esq , Coll. John Cope, Coll. Campbell, Philip Lord Stanhope (futur ambassadeur d’Angleterre à la Haye qui initiera Francois de Lorraine, futur empereur du St-Empire), Christopher Wren Esqr  (fils de l’architecte Sir Chritopher Wren), Richd Boult Gent, Thos. Sayer (est-ce le Grand Maître de 1717 ? Douteux), W. Weston Esqr, James Bateman Gent., Charles Hedges, Jos. Bullock.
This Day the Most Noble Prince the Duke of Montague was Installed in form Grand Master of Masons and Solemnly Swore with his Right Hand upon the Holy Evangelist to Observe and keep Inviolate in all tyme Coming the Enfraunchises and Liberties of the free Masons of England and all the Records of Antient tymes in the Custody of the Old Lodge of St. Paul in London and was Moreover firmly held and Bound never to Connive at any Encroachment on the LLand Marks of the old Lodges in England or Suffer the Same to be done by his Successors who shall be also bound by Oath to the same.
This day the Free Masons of London in the Name of themselves and the rest of their Brethren of England Vested their Separate and Distinct rights and powers of Congregating in Chapters &c. in the present old Lodges in London in trust (1)  and the same was this day Publickly Recognised and Notified to their Brethren in Grand Lodge Assembled.
The Masters of the old Lodges Accepted the Trust  (1)  for their Lodges and were Sworn Accordingly.” (Rylands, Records of original n°1,1911, pp. 16-17).

Desaguliers, qui n’est pas mentionné, était présent et fit un discours “bien à propos pour l’occasion” {Post Boy, Juin 24-27, 1721). Les compte-rendu de la fête parlent de la présence de 150 personnes. (Stukeley y était ! Voir Hiram.be sur Stukeley).

On ne dira jamais assez que cette relation diffère de celle qu’en donnera Anderson en 1738 (New Book of Constitutions, p 113) qui se contente de dire que Montagu fut installé en juin 1721 dans la chaire du roi Salomon par George Payne, (le GM de l’année précédente), que l’assemblée lui rendit hommage et qu’il appela à ses côtés, sans en avoir prévenu quiconque, John Beal M.D. (VM de la loge n°12 en 1722) en tant que Député Grand Maître. Ce dernier fut installé par Payne, Passé GM, dans la chaire d’Hiram Abiff, à gauche du Grand Maître régnant.

La différence est de taille car la version « Antiquity » est la seule à parler de l’engagement « sur le Saint-Evangile » du duc de Montagu que rien, jamais, ne serait changé aux règles et usages confiés de tous temps (of Antient tymes) à la garde de la loge St-Paul (in the Custody of the Old Lodge of St. Paul) et de l’engagement en échange des maçons de Londres de confier leurs droits et privilèges (notamment celui de se réunir où et quand il leur semblerait bon) en dépôt (« in trust ») au Grand Maître et à ses successeurs. C’était donc un contrat en bonne et due forme entre la Grande Loge d’une part et les « vieilles » loges de Londres représentées par la loge St-Paul. Or un contrat est rompu si l’une des parties ne respecte pas l’un ou l’autre de ses termes. C’est exactement ce que décréta, en 1779, la loge « Antiquity » (autrefois S-Paul) conduite par son VM William Preston lorsqu’elle accusa la Grande Loge de ne pas respecter ses « droits immémoriaux » et décida dès lors de faire sécession. Elle considérait que « la Grande Loge avait violé les conditions exprimées dans le 39ème article (2) des Règlements généraux (de Payne) qui affirmait les droits inaliénables des fondateurs qui n’étaient plus représentés (en 1778) que par les membres de la loge Antiquity » (Mémorandum de la Loge Antiquity, in Rylands, p. 372.) Elle se retira de l’association Grande-Loge et créa avec le soutien d’une loge française de Londres (La loge « Saint-Georges de l’Espérance » de Lambert de Lintot) la « Grande Loge au sud de la rivière Trent » qui vivota de 1779 à 1780 (après une alliance, aussi formelle qu’éphémère, avec la « Grande Loge de Toute l’Angleterre », siégeant à York, laquelle disparut en 1791).

La question clé reste : ce document présenté par le livre E est-il authentique et écrit en 1721 ? Il n’est cité nulle part ailleurs. La loge St-Paul devenue Antiquity en 1768 n’en avait jamais fait mention auparavant ni évoqué un quelconque « contrat » entre elle et le Grand Maître. Il est possible, sinon probable, que le texte conservé dans le livre E (voir Archives de la plus ancienne loge, in Hiram.be) a été trafiqué en 1778/1779 par Preston et ses partisans lorsqu’ils étaient en conflit ouvert avec la GL à propos de leurs droits « immémoriaux ». Or c’est sur ce texte que se fonde Prescott (AQC 131, 2018) pour avancer que la GL ne fut fondée qu’en 1721 lors de la « remise en dépôt » de leur indépendance par les vieilles loges de Londres. Serait-ce une forgerie de plus ?

Ceci montre en tout cas que des querelles de préséance, d’amour propre et de susceptibilité personnelle ont toujours existé dans notre société fraternelle et ne sont en aucun cas des événements exceptionnels et propres à notre siècle.

Pierre Noël

1 – La fiducie est un transfert de propriété soumis à des conditions d’usage ou de durée. Cette notion existe principalement dans la common law sous le nom de « trust », dans le droit néerlandais (bewind), le droit allemand (Treuhand). Le transfert est annulé si les conditions ne sont pas respectées.
2 – Chaque Grande Loge annuelle a le pouvoir et l’autorité de faire des nouveaux règlements … à condition que les vieux landmarks soient toujours scrupuleusement conservés. (article XXXIX 1723)

mardi 26 mars 2019 14 commentaires
  • 14
    Désap. 6 avril 2019 à 22:34 / Répondre

    Bien.
    Je vais poser la question de manière brute en espérant obtenir une réponse factuelle, concise et directe :
    – Qu’est-ce qui vous fait dire précisément que les gars qui se faisaient recevoir maçon dans les loges de la GL de L&W, hors staff, le faisaient avec pour objectif principal de faire la foire ?

  • 13
    pierre noel 6 avril 2019 à 12:46 / Répondre

    Après 1721, la Grande Maîtrise fut effectivement occupée par des nobles importants (jusqu’à aujourd’hui) mais bien peu ont pris une part effective à la direction du Craft (quand il s’agit de membres de la famille royale, il est prévu qu’un Pro-GM soit nommé qui exerce effectivement la fonction). Ils se contentaient bien souvent de présider l’assemblée annuelle (et plusieurs ne s’y sont jamais montrés). Il y a des exceptions certes, comme le duc de Sussex (fils cadet du roi George III), le futur Edouard VII quand il était Prince de Galles ou le futur George VI quand il était duc d’York (et GMM de la GL d’Ecosse).
    Cela fut vrai pour les « Moderns » (plutôt upper middle class) comme pour les « Antients » (plutôt lower middle class), a fortiori pour la GLUA (résolument middle class !). Le vrai (et seul pouvoir), c’est le « Committee of Charity » établi en 1725 pour assurer la gestion du fonds de « charité » mais qui a progressivement pris de l’importance jusqu’à devenir l’organe directeur de la GL. En 1813 (lors de l’union des 2 GL), il est devenu le « Board of General Purposes ». Sa composition actuelle est restée invariable depuis 1917 : le GM et les Grands officiers (membres ex-officio), des Maîtres ou Anciens Maîtres de Loge soit nommés par le GL (8) soit élus par la GL (12 de province, 12 de Londres) avec des mandats de 4 ans. Il élit le président du Board parmi ses membres. Ses pouvoirs sont très étendus, des finances à l’administratif, du disciplinaire aux affaires extérieures (les célèbres « reconnaissances », prisées par les uns vilipendées par les autres!). Il a les sous et l’influence.

  • 11
    pierre noel 5 avril 2019 à 18:41 / Répondre

    Puisque il faut préciser le débat, je crois que Preston et ses amis d’Antiquity ont trafiqué (d’où le mot forgery) en 1778 ou quelque ce qui fut présenté dans le Livre E comme les minutes (ou les copies de minutes) de l’installation du duc de Montagu (qui avait eu lieu en 1721).
    Ils voulaient par là démontrer que la GL d’Angleterre avait sciemment rompu le contrat dont les termes prévoyaient que les quatre loges fondatrices ne faisaient que céder en dépôt leurs droits et privilèges « immémoriaux » (en d’autres termes les droits des « vieux » maçons encore proche du passé opératif, bien qu’ils ne « travaillent » plus la pierre ou autre chose dans les loges depuis belle lurette) à une génération nouvelle de maçons sans attaches avec le métier, préoccupés uniquement de convivialité (la vie de « club » pour être simple), de progrès dans le domaine des sciences (les « Lumières ») exposés ou échangés lors de discussions toujours courtoises, de « fraternalisme », de sociabilité … dans un cadre rituel très formalisé hérité ou emprunté (le mot honni !) aux anciennes corporations (Companies) de métier toujours vivaces dans la Cité de Londres.

    Ils avaient tort (les loges fondatrices n’avaient jamais ratifié ce contrat purement imaginaire) et raison tout à la fois (la maçonnerie d’après 1723 n’avait plus rien de commun avec celle d’avant 1717).
    En tout cas, cette « révolte » de 1778 montre que l’ obsession anti-obédience cultivée ad libitum a existé de tous temps ! (il y en a bien d’autres exemples au siècle suivant)

    • 12
      Désap. 5 avril 2019 à 19:36 / Répondre

      Il faut donc vous pousser dans vos retranchements pour obtenir une position claire et débarrassée de l’ironie (inutile) que vous adresser régulièrement ici à vos interlocuteurs ; j’imagine que l’attention et la courtoisie président à vos échanges avec vos confrères historiens ne partageant pas vos conclusions.
      Cependant, il me semble que l’on ne peut pas faire du verbe « hériter » le synonyme de « emprunter », ceci au regard du caractère précis et traditionnel du rituel dont on peut estimer le RF 1785 comme étant le reflet assez fidèle de ce que pratiquait les loges de la GL de L&W.
      Il va vous falloir choisir, et c’est toute la question cher Pierre Noël. Selon la nature de ce choix, vous encouragerez la FM actuelle à devenir un club service ou à conserver un caractère traditionnel exempt de tout dogme et ceci déterminera l’intérêt intellectuel ainsi que la valeur du rôle qu’elle jouera à l’avenir.
      Nous sommes incontestablement dans une période charnière, comme l’est toute la société occidentale.
      Vous avez une responsabilité inhérente à votre autorité, qui n’est pas circonscrite à votre seule personne, qui concerne l’ensemble de votre respectable groupe d’auteurs ; prenez là !
      Je remarque que Pierre Mollier, membre d’un Grand Orient de France résolument libéral, souligne, insiste et travail de manière rigoureuse à la revalorisation du Rite Français de 1785, dans un esprit débarrassé de tout dogmatisme, cependant conservant sans exception toute ses particularités, je l’en remercie vivement.

  • 9
    pierre noel 5 avril 2019 à 15:24 / Répondre

    Pourquoi toujours lire les événements du passé avec les yeux d’aujourd’hui ? La société londonienne des années 1715- 1725 n’est pas la nôtre, la franc-maçonnerie encore moins.
    Il n’y avait pas de « tenues blanches » comme la fm française les connaît, ni d’ailleurs de « tenues » tout court au sens actuel du terme. Les ouvertures/fermetures auxquels nous sommes habitués ne sont apparues que quelques décennies plus tard sur le continent (c’est Bernheim qui en a publié les premiers exemples).

    Pourquoi voir les « complots bien dans l’air du temps » avec les yeux de la marquise prenant ses désirs pour la réalité (wishful thinking), et non selon les faits patents ? Le complot de ces années-là fut le complot dit Atterbury (un évêque anglican ancien chapelain de la défunte reine Anne Stuart), bien connu dans ses détails chronologiques, mais surtout par son retentissement sur les activités de la GL de L&W, par l’implication du GM de 1722-1723, Lord Wharton (un « vrai » jacobite celui-là, du moins en fin de carrière) et les interventions des maçons auprès du « ministre de l’intérieur » (ou de ce qui en tenait lieu), Lord Townshend (qui était aussi maçon !).

    • 10
      Désap. 5 avril 2019 à 16:35 / Répondre

      Pourquoi prêter un sens affirmatif à ma seconde phrase, sans même considérer les précautions prises dans sa formulation ?
      Difficile d’échanger avec vous.
      Faut-il ne s’en tenir qu’à la lecture de vos articles et éviter ainsi d’être interprété puis brocardé ?
      Dont acte.
      On notera que votre doxa visant à qualifier 1717 de club ne semble plus prospérer que de façon marginale.

  • 7
    pierre noel 4 avril 2019 à 20:56 / Répondre

    Désap : « La cérémonie est par le fait toute profane, ainsi il n’y a pas de défaut à la participation de profanes, ce serait même une volonté de manière à signifier au Royaume l’existence de la GL, le Roi n’acceptant pas l’existence de sociétés secrètes « .

    Le roi d’Angleterre ou le gouvernement britannique n’ont jamais « refusé » l’existence de loges de francs-maçons, ni avant ni après 1717 (on n’est pas dans la France de Louis XV).
    Au Moyen-âge et au XVI° siècle, le gouvernement a tenté à plusieurs reprises (par les Statutes of Labourers successifs) de limiter les salaires des ouvriers du bâtiment (ce qui est tout différent!). En 1799, il a promulgué une loi interdisant les Sociétés secrètes, craignant l’influence française et jacobine. L’influence discrète des Francs-Maçons (et des frères du roi George III) a permis que cette interdiction épargne la fm en Angleterre, en Irlande et en Ecosse.

    • 8
      Désap. 5 avril 2019 à 11:08 / Répondre

      Il ne s’agissait pas de refuser l’existence des loges de franc-maçons, mais un phénomène apparait après 1717, la prise de contrôle des loges par des membres importants de la noblesse anglaises.
      Ne fallait-il pas assurer la Couronne de l’inexistence d’un éventuel complot (la période s’y prêtait bien) au sein d’une société pratiquant le secret à l’entrée de ses réunions, par l’organisation de sorte de tenues blanches ouvertes, cependant que ceci ne signifie pas qu’en 1717 fût établi un club ?

  • 6
    pierre noel 4 avril 2019 à 18:15 / Répondre

    On peut estimer que toutes ces réunions étaient « profanes » puisque personne ne semble y avoir vu des réunions secrètes à visée ésotérique, occultiste ou « métaphysique » (en tout cas, personne ne l’a écrit à l’époque)

    « Art XIII A ladite réunion trimestrielle (1), toutes les affaires concernant la Confrérie en général, ou des Loges particulières ou des simples Frères, seront discutées et tranchées d’une façon calme et rassise après mûre réflexion. C’est aussi à cette réunion seulement que, à moins d’une dispense, les Apprentis doivent être élevés au grade de Compagnon et de Maître ». (Règlements Généraux compilés par G.Payne, dans Anderson 1723, trad. Mgr Jouin, 1930, p.107).
    Dans le « Nouveau Livre des Constitutions » par J. Anderson (1738). Les « Vieux » Règlements furent remplacés par les « Nouveaux » Règlements, les Règlements de G.Payne étant « révisés » par la Grande Loge. Le nouvel article XIII était ainsi rédigé
    « Le 22 novembre 1725. Le Maître d’une Loge, avec ses Surveillants et un nombre approprié de membres réunis en due forme, peut faire des Maîtres et des Compagnons à sa discrétion (selon son bon vouloir) » (1738, p 160, trad personnelle).
    Il faut distinguer la fonction de « Maître de Loge » (qui était exercée par un Compagnon avant 1725, à Londres en tout cas) et le grade de Maître-Maçon qui semble au début avoir été un honneur, indépendamment de la légende qui sera révélée en 1730 seulement. Si cet « honneur » ne pouvait être conféré qu’en Grande Loge en 1723, il put l’être dans toutes les loges particulières à partir de 1725.

    1) Il s’agit des assemblées trimestrielles du GM, des SS et des VM de loge, prévues à la Saint-Michel (29 septembre), la Saint-Jean en hiver et la « Lady-Day » (jour de l’Annonciation, 25 mars). Voir Anderson 1738, p 113.

  • 4
    pierre noel 3 avril 2019 à 11:50 / Répondre

    Un problème se pose, qui n’a pas de réponse assurée. Dans la relation du Livre E, probablement « revue » en 1778 dans les circonstances que l’on sait, un nombre considérable de « personnes de qualité » assistent à l’installation du duc de Montagu le 24 juin 1721 et parmi eux 5 lords, 4 Sirs, 5 Esquires, 2 gentlemen … Mais il n’est pas dit qu’ils étaient « Freemasons », « Frères » ou que ce soit d’autre (ils n’étaient en tout cas pas « du métier de la pierre ou du bois» !). On sait seulement qu’Anderson écrit en 1738 (p. 112) que Stanhope (le futur Lord Chesterfield qui sera Surveillant, en 1731 à La Haye, lors de la réception de François de Lorraine comme Apprenti et Compagnon, Anderson 1738, p 129) fut fait « un Frère » à la taverne King’s Arms avant que le cortège ne se déplace au Stationer’s Hall où eut lieu la fête. En outre, on sait avec certitude que le duc de Wharton était encore « profane » le 24 juin 1721. D’après la « British Gazeteer » du samedi 5 août de la même année, le duc venait d’être « fait maçon » depuis la dernière parution (il était rentré chez lui encore revêtu de son tablier de cuir blanc !). Il ne l’était donc pas le 24 juin. Si tel était son cas, pourquoi serait-ce le seul ? Ceci suggère que cette fête fut aussi une occasion mondaine où la bonne société londonienne, membre ou pas de la loge aristocratique de Westminster, prit plaisir à « s’encanailler », dans un haut-lieu de la vie économique de la Cité de Londres, avec la plèbe de la capitale, dont un tapissier/décorateur de Southwark(1) (Villeneau), un tailleur de pierre (Morrice) et les « vieux » maçons de la loge St-Paul.
    1) Southwark, quartier situé au sud de la Tamise

    • 5
      Désap. 4 avril 2019 à 09:49 / Répondre

      En 1721 on considère le grade de maitre inexistant.
      Cela prête à interrogation parce que dès lors qui a initié les maçons spéculatifs de 1717 puisqu’un compagnon ne peut le faire ? Les maitres de loge dont il semble qu’il n’y avait pas d’installation rituelle, seulement la nomination d’un compagnon à cette fonction et l’autorité pour faire des maçons, ceci issue de la volonté (d’un vote ?) d’une majorité de compagnons de la loge ? Je l’ignore et vous pourriez nous renseigner.
      Mais admettons.
      Ceci signifierait qu’il n’y a pas de rituel de maitre et ce parait être le cas avant les environs de 1725 ; ainsi il ne peux y avoir plus de rituel d’installation du GM.
      Partant, on peut supposer que l’installation de Montagu et de ses prédécesseurs n’a pas fait l’objet d’ouverture et fermeture de travaux, mais seulement d’une désignation à cette fonction qui a pour objet, outre l’autorité de faire des maçons, la représentation de la GL vis à vis des maçons, également vis à vis du monde profane.
      La cérémonie est par le fait toute profane, ainsi il n’y a pas de défaut à la participation de profanes, ce serait même une volonté de manière à signifier au Royaume l’existence de la GL, le Roi n’acceptant pas l’existence de sociétés secrètes ; ceci indiquerait d’ailleurs clairement que la franc-maçonnerie n’est en aucun cas secrète, mais uniquement discrète, c’est un autre débat.
      Car en effet, j’ai mal à imaginer que des maçons de métier acceptent la participation de profanes à leurs travaux. Je ne les vois pas indigents au point d’admettre le parjure.

  • 3
    Désap. 2 avril 2019 à 19:32 / Répondre

    Jouons donc au maçon, puisqu’il s’agit de cela.
    Au regard du contenu du rituel maçonnique (RF 1785), c’est assez stupéfiant.
    Je n’ai ni votre audience, ni votre respectabilité, je me permets tout de même de vous encourager à revoir votre analyse des faits et documents.
    A minima, je vois pas pourquoi les Antients férocement attachés à la tradition maçonnique tel qu’ils le revendiquaient, auraient perdu leur temps à contester des fantaisistes.

  • 2
    pierre noel 2 avril 2019 à 17:18 / Répondre

    Qu’il y ait eu à Londres et Westminster de très nombreux hommes du métier de la pierre, de la brique ou du bois au XVII° siècle est une évidence, ne fut-ce que par la nécessité de rebâtir la ville après l’incendie de 1666. Qu’ils aient nécessairement fait partie de « loges de francs-maçons » est moins certain.
    Bien sûr il y eut des francs-maçons à l’époque, à Londres et ailleurs (à Chester, à Chichester, à York notamment) mais ces loges n’étaient pas « opératives » (on n’y travaillait pas la pierre ou le bois) même si certains de leurs membres étaient, par profession, opératifs (ou l’avaient été. Dans les annales de la GL, il est fait mention de plusieurs FF « faits maçons » avant 1717, demandant une aide financière au Fonds de Charité (dont le premier GM et plusieurs anciens Grands Surveillants), ce qui prouve qu’ils étaient fm avant la création de la GL mais aussi qu’ils n’étaient guère fortunés.
    Le plus surprenant est l’essor des loges entre 1717 et 1721, particulièrement après l’accès du duc Montagu à la grande maîtrise. Quatre loges en 1717, 20 en 1722 (liste dans Anderson, 1723), 51 en 1723 (Gould, 1887), 64 en 1725 (Annales de la GL) dont 7 en province. Or, depuis juin 1721, une loge n’était reconnue régulière qu’avec l’assentiment et une patente (warrant) du GM (article VIII des règlements généraux compilés par George Payne, publié dans Anderson, 1723). Les loges avaient de facto abandonné leur privilège « immémorial » de se réunir où, quand et comment elles le voulaient, sans l’autorisation de personne (ce qui fut contesté en 1778 par la « première » loge, devenue entre temps « Antiquity », et fut sans doute l’occasion du traficotage des compte-rendu des premières années (1).
    Il est bien improbable que toutes ces loges soient de création récente, seulement pour suivre la mode ! Henry Sadler (1887, trad. Corneloup 1973) suppose que, dans la plupart des cas, il s’agissait de loges préexistantes qui demandèrent une patente au GM et ainsi s’intégrèrent à la nouvelle structure. Ce ne fut évidemment pas le cas de celles présidées par des personnalités éminentes comme le comte de Dalkeith par exemple. Il faut à ce sujet lire le chapitre 2 de Sadler (« Faits et fables maçonniques »)
    On imagine que pour tous ces membres de la gentry, de la noblesse, du barreau, de la classe oisive car bien munie par le sort ou née dans une famille aisée (2), mais aussi de quelques chercheurs avides de connaissances nouvelles (Désaguliers), la franc-maçonnerie devait être une activité séduisante à la recherche des mystères du passé (comme pour Stukeley), en quête d’horizons nouveaux ouverts par les fondateurs de la Royal Society, mais qui était aussi (surtout?) un divertissement un peu théâtral comme les « masques » du siècle précédent lorsque les participants « jouaient » à être ce qu’il n’étaient pas, des pastoureaux, des bergers, des héros antiques, des fiers chevaliers … ou des maçons !

    1) Si « trahison » il y eut, c’est bien en 1778 qu’elle eut lieu lorsque Preston et ses amis adaptèrent à leur lecture les notes d’origine conservées par la « vieille » loge St-Paul.
    2) Tous ceux cité parmi les assistants à l’installation du duc de Montagu (voir le texte du début !). Le caractère primesautier et plaisantin du duc de Montagu, déploré par sa belle-mère, la duchesse de Marlborough, va bien avec le côté ludique de la maçonnerie.

  • 1
    Désap. 2 avril 2019 à 11:04 / Répondre

    Il est une règle impérative et primordiale en matière d’enquête criminelle pour avoir une chance d’approcher la vérité et éviter ainsi toute erreur judiciaire, définir par une ou plusieurs preuves si nécessaire le mobile du crime.
    En matière maçonnique, le parjure est un crime et c’est bien de cela dont certains accusent Anderson, Payne, Désaguliers, Sayer, Montagu, Wharton, Scott, Lennox et quelques autres, ceci sans établir ni démontrer valablement le mobile.
    Cher Pierre Noël, ne trouvez-vous pas l’accusation un peu légère dans son instruction, d’autant plus que les obligations exprimées dans les Constitutions, quelque soit leur date, ne sont pas de l’ordre de la compromission, tout au contraire, on y reprend toutes les obligations des anciens devoirs à l’exception du respect de la religion (forme d’inconscience des conséquences de ses actes, ceux-ci validés a priori de tout s’ils respectent le canon) par la responsabilité pleine et entière de ses actes, face à soi-même et avant toute autre considération, ce qui donne particulièrement, et même exclusivement, la qualité de maçon à l’homme non issue du métier opératif ?
    En effet, pour que le maçon spéculatif existe, pour qu’il ne soit pas qu’un imitateur qui ferait de lui définitivement un usurpateur pour les maçons du métier opératif encore très présents dans les premières loges de la GL de L&W, d’ailleurs très vraisemblablement caution maçonnique de ces premières loges, ne fallait-il pas que ces nouveaux maçons soient en mesure de faire preuve d’une probité sans faille établit par une responsabilité égale à celle indissociable du métier de constructeur imprégné d’un risque létal ?

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