Bordeaux maconnique

En parcourant le Bordeaux maçonnique

Par Géplu dans Contributions

Voici un texte de Jean-Philippe Bernard *, publié dans le numéro 1 des « Cahiers de l’Alliance » de GL-AMF, et reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la GL-AMF.

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Au moment où, en 1717, quatre Loges de Londres se réunissent pour former une Grande Loge et fonder ainsi la Franc-maçonnerie moderne, le port de Bordeaux, un des plus importants d’Europe à l’époque, commerce principalement – si l’on omet pudiquement la traite des noirs d’Afrique – avec les Antilles et surtout avec l’Angleterre et l’Irlande où part une grande partie de la production de vins de la région.

Créateurs avec les hollandais, de cette activité, les britanniques sont très présents et même dominants dans le commerce du vin de Bordeaux, un peu comme, encore de nos jours, dans celui du Porto. Dans les noms de châteaux et certains négoces ou courtiers, on peut retrouver les noms des Barton, Johnston, Lynch, Lawton, Talbot, Boyd, Kirwan et bien d’autres. Il faut rappeler que c’est depuis le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenet en 1152 que les anglais s’intéressent au vin de Bordeaux, au « claret » comme ils ont baptisé les rouges. Quoi d’étonnant à ce que ce soient trois capitaines de navires marchands anglais – ou irlandais, selon les auteurs – qui, en 1732, aient fondé une des premières Loges de France, qui existe toujours aujourd’hui, sous le nom de « L’Anglaise 204 ».

A cette époque, la ville est en pleine prospérité, les riches négociants se font construire de magnifiques maisons, souvent décorées de symboles maçonniques et, au cours du siècle, la ville devient une sorte de musée de l’architecture de l’époque, de la Bourse au Grand Théâtre, en passant par le plan même de cette ville nouvelle née de la prospérité. C’est à ce moment que naît dans l’hyper-centre ce que les bordelais appellent le Triangle : un triangle avec un œil au milieu ! Au début, donc, « L’Anglaise ». Fondée par nos trois marins britanniques, Martin Kelly, Nicholas Stainton et Jonathan Robinson en 1732, elle joue très vite un rôle très important, d’abord dans le développement de la Franc-maçonnerie localement puis dans la région, depuis le Périgord jusqu’à Cognac – « L’Anglaise de Cognac » date de 1746 – mais surtout dans la naissance et le développement de degrés supérieurs. Pour ce qui est des Loges, dès 1740, naissent à Bordeaux « La Française », en 1744  » La Parfaite Harmonie », en 1746 « L’Amitié ». On en arrive, vers 1780, à près de 3 000 Maçons pour 100 000 habitants (1), toute l’élite des commerçants, négociants, intellectuels et parlementaires s’y retrouve, et même de nombreux prêtres malgré l’interdiction de la bulle « In Eminenti » de 1738.

Notons que l’interdiction faite aux aubergistes par le cardinal de Fleury en 1738 de recevoir les Loges n’aura pas eu, non plus, une grande efficacité. L’Intendant royal de Guyenne, Boucher, adresse en 1742 un rapport à Versailles où il écrit : « Il s’est introduit icy une espèce de société sous le titre de confrairie des franc-massons qui prend beaucoup de faveur… La nouveauté qui plaît infiniment en ce païs y a déterminé nombre d’honnêtes gens à entrer dans cette confrairie, même des officiers du Parlement. Comme on fait serment, sous des peines trés sévères, de ne point révéler les secrets de l’ordre, il ne m’a pas été possible de les pénétrer, ce qui me l’a rendue trés suspect ». (2) Nombreux sont les Maçons bordelais célèbres, mais l’un des plus célèbres d’entre eux, Montesquieu, fut initié non pas à Bordeaux mais à Londres chez Lord Chesterfield ; il jouera un rôle important au Parlement de Bordeaux et dans le négoce des vins. C’est aussi un Maçon bordelais, Etienne de Polverel, qui sera de ceux qui obtiendront de la Convention l’abolition de l’esclavage.

Il n’y a pas que le REAA que l’on puisse rattacher à Bordeaux pour ses débuts puisque c’est en 1761 que Martinès de Pasqually, qui fut à l’origine du Rite Ecossais Rectifié, s’installe à Bordeaux, s’affilie à la Loge « La Française » qui deviendra, en 1764, « La Française Elue Ecossaise » et fonde un temple d’Elus Cœn. Il y restera jusqu’en 1766, date où il part pour Paris car le Chapitre aurait été fermé par l’Obédience (3). C’est pourquoi, certains considèrent Bordeaux comme le berceau du RER. Parmi les visiteurs célèbres, le célèbre charlatan Joseph Balsamo, alias Cagliostro, créateur et fondateur du « Rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne » qui fait remonter les débuts de la Franc-maçonnerie aux pharaons, passe un an, de 1783 à 1784, chez le marquis de Canolle et tente, sans grand succès, de vendre ses pratiques magico-divinatoires. Il fait même l’objet d’une chanson satirique, « Les prodiges de Cagliostro » dont voici le premier couplet :

« Dans Bordeaux il est arrivé
Un homme qui fait des merveilles
Par lui tout le monde est sauvé
Ouvrez les yeux et les oreilles
Le comte de, le comte de Caliostro
Va guérir de tout vertigo
Bravo bravo bravissimo ! » (4)

L’hôtel de son hôte le marquis, situé au 15 cours Clémenceau, dans le « Triangle » cela va de soi, arbore un magnifique bandeau sculpté au dernier étage, il est malheureusement presque impossible de le voir ou de le photographier, sauf en hiver, du fait des arbres qui bordent l’avenue et qui, depuis le temps, ont poussé. Il représente un pont et des emblèmes que les initiés n’ont guère de mal à identifier. Bordeaux peut donc se targuer d’être, sinon le lieu de création, du moins le point de départ de la structuration et de la diffusion du Rite Ecossais Ancien et Accepté, le REAA.

En effet, en 1745, débarque à Bordeaux après avoir été libéré et avoir quitté Londres où il était prisonnier de guerre (5) un certain Etienne Morin. Il a dans ses bagages un rite comprenant les degrés de « Royale Arche » dont il aurait reçu la plupart à Antigua, dans les Antilles, un ou deux ans plus tôt, ainsi que les patentes l’autorisant à le propager. Il fonde aussitôt, le 8 juillet 1745, la Loge de perfection « Les Elus Parfaits ». De cette date à sa mort, il ne cessera de faire des allers-retours entre les Antilles et Bordeaux et, dès 1748, il participe à la création d’une Loge à Saint-Domingue. Nommé « Inspecteur pour toutes les parties du monde », il rencontre en 1767, à Saint-Domingue, Henry Francken à qui il transmet les patentes du rite, Francken qui, revenu aux Etats Unis, participera avec cette patente à la constitution de la juridiction sud des Etats Unis, considérée comme la « mère » du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ce n’est donc pas un hasard si le document le plus ancien qui fixe les règles de cet ancêtre du Rite soit les « Constitutions de Bordeaux », attribuées au même Etienne Morin et qui datent de 1767. Et c’est à Bordeaux, encore, que Grasse-Tilly débarque en 1804 pour installer le rite en France avec les patentes de la Juridiction Sud et le titre de Grand Inspecteur Général.

Bordeaux, donc, ville où la Franc-maçonnerie est très présente dès le milieu du XVIIIe siècle,  présente et très active ; par exemple, le Frère Leberthon, premier président du Parlement de Bordeaux, s’oppose violemment à Louis XVI et à son ministre Maupeou, il est exilé et son retour en 1788 sera marqué par des fêtes et des illuminations organisées par les Frères. (6) Cette présence est forte, très forte, au point qu’un manuscrit de 23 pages datant de 1776 et qui porte comme titre « Livre des Marchés ou Dépôt complet des connaissances de la Franche-Maçonnerie », déposé à la bibliothèque municipale de Bordeaux, dénonce, déjà, en préambule du rituel de ce qui peut apparaître comme le cinquième degré à l’époque :
– « Le peu de discrétion entraînant des publications où le faux écrase le vrai ;
– L’entrée en Loge de profanes qui n’y ont pas leur place ;
– La création de grades intermédiaires pour flatter les incapables ;
– Les  aventuriers visitant les Loges pour les rançonner ;
– La création de grades et systèmes pour les ambitieux se doublant souvent d’escrocs. »

Les remèdes proposés consistent à « changer les mots de passe et exiger des visiteurs patentes, brevets, certificats de visite signés et scellés » ainsi que « empêcher le chaos maçonnique par un recrutement sévère et par l’interdiction de nouveaux grades qui s’ajoutent sans cesse aux premiers ». Cette présence si importante de la Franc- maçonnerie à Bordeaux, aux débuts de son développement en France à la fin du XVIIIe siècle, se traduit par bien des marques et signes qui ont fixé dans la pierre cette période.

Le Grand Théâtre

Rien d’étonnant donc, à ce que nombreuses soient les constructions de la ville qui portent des marques maçonniques. La première est le Grand Théâtre. Bien que la meilleure entente ne règne pas à l’époque entre le maire, le Vicomte de Noë, qui est franc-maçon, et le gouverneur de Guyenne, le Maréchal duc de Richelieu dont l’appartenance est plus que probable, on décide de faire construire une salle de théâtre et d’opéra. Cela  fait  partie en fait du plan d’urbanisme qui, depuis 1726, détruit les remparts datant du Moyen-Age qui bordaient les quais afin d’ouvrir la ville et de construire en bord de Garonne la magnifique enfilade d’immeubles XVIIIe que nous connaissons aujourd’hui.

L’architecte choisi pour la construction du Grand Théâtre est Victor Louis. Ce n’est pas un inconnu, loin de là car, en 1755, à 24 ans, il est déjà couronné par l’Académie et a obtenu le Grand prix de Rome. Il préconise, par exemple, l’utilisation de renforts métalliques dans les pierres utilisées pour la construction de l’édifice, connue sous le nom de « clou de Louis » cette technique préfigure le béton armé. De plus, il est connu et estimé par Philippe d’Orléans, mieux connu pour les historiens de la Franc-maçonnerie comme duc de Chartres, le Grand Maître du moment donc. La  construction démarre  en 1773 et c’est en 1776 que la pose symbolique de la première pierre est faite par le duc de Chartres. L’inauguration, toujours par le même duc de  Chartres, Grand-Maître, est  célébrée le 7 avril 1780. Contrairement à une légende très répandue ce n’est pas La Flûte Enchantée de Mozart (dont il faut noter qu’elle a été créée en 1791) mais Athalie de Racine qui sera donnée pour la première représentation. Le bâtiment est magnifique et fait l’objet de l’admiration de voyageurs, dont le philosophe Schopenauer : « Le Grand-Théâtre, vu de l’extérieur, est sans conteste le plus bel établissement de spectacle que j’aie jamais vu. C’est un  bâtiment superbe, imposant, soutenu sur les deux côtés principaux par de merveilleuses colonnes, ceint d’arcades tout autour et orné de douze statues sur la façade. » (7)

La présence de signes et symboles maçonniques dans cette superbe construction a fait l’objet de centaines de pages dont certaines présentent des interprétations aventureuses ou pour le moins exagérées. Par exemple, on parle du nombre d’or pour ses dimensions : le rapport longueur/largeur du bâtiment est de 1,87 alors que le nombre d’or est proche de 1,61. N’oublions pas, cependant, que cette proportion dorée, le nombre d’or, est connue et pratiquée par tous les architectes de l’époque avec ou sans rapport avec la Franc-maçonnerie. On parle à l’époque de « carré long ». De même, on peut gloser sur la signification du fait que le péristyle soit soutenu par 12 colonnes (5+4+3). Certains ont aussi voulu faire ressortir le Tau que représenterait le grand escalier etc… Cela dit, les symboles sont quand même nombreux, ne serait-ce que par le choix des statues qui surplombent le portique : les neuf muses dirigées, en quelque sorte, par Minerve, Junon et Venus, qui incarnent la Sagesse la Force et la Beauté ; l’emploi des couleurs bleu, blanc et or pour la décoration intérieure de la salle (couleurs que l’on peut voir, dans certaines obédiences, sur des tabliers de grande taille !) sur certains des caissons qui ornent la voûte du vestibule. De plus, on ne peut que remarquer l’appartenance maçonnique du duc de Richelieu, qui fut à l’origine du projet, la présence répétée du Grand-Maître à la première pierre et à l’inauguration, ainsi que la statue de l’architecte qui est dans le hall du théâtre et qui le représente dans une  position qui ne laisse guère de doute sur son appartenance : main droite au signe d’ordre, main gauche formant une  équerre. Il y a quelques années on pouvait voir sur le socle une petite figuration équerre-compas que les services de la ville ont apparemment fait disparaître, de même d’ailleurs que le splendide symbole maçonnique qui ornait la grille des jardins de la mairie. A partir de là, se pose une question : Grand Théâtre maçonnique, certes, mais l’architecte qui l’a construit n’a été reçu en Franc-maçonnerie qu’après la livraison de l’édifice. Victor Louis n’était pas Maçon pendant la construction du Grand Théâtre ; il a certes été initié à Bordeaux mais à la fin du chantier. Quel était donc l’inspirateur, le « Maître  secret » qui lui a soufflé, suggéré les éléments qu’il a si magnifiquement introduits ?

Pour  certains  la  construction  du  Grand Théâtre a été financée en partie par les négociants francs-maçons bordelais de la Loge « L’Amitié », fondée en 1746, qui accueillait des membres très fortunés du grand négoce (8). Serait-ce un ou plusieurs Frères de cette Loge qui auraient guidé Victor Louis dans le chemin des symboles maçonniques ? Ou bien l’aurait-on en quelque sorte  « préparé » à l’initiation en lui faisant découvrir des éléments après tout pas si confidentiels que cela ? N’oublions pas non plus qu’il était un protégé du duc de Chartres, Grand-Maître. On ne peut en terminer sur le caractère maçonnique des bâtiments officiels de la ville sans évoquer l’esplanade des Quinconces et la position des trois colonnes qui représenteraient les emplacements du Vénérable Maître et de ses Surveillants au rite français. Là encore, il va falloir tempérer la légende. La colonne principale, celle dite « des Girondins », a été érigée entre 1894 et 1902 (le premier projet date de 1868 !) à la mémoire des huit députés girondins guillotinés sous la Terreur en 1793. Les sculptures de bronze qui ornent le bassin symbolisent au moins autant les valeurs de la République, « Liberté, Égalité et Fraternité », que la symbolique maçonnique que l’on peut y rattacher. Quant aux colonnes rostrales, dénomination venant du « rostre », proue des navires qui les ornent, elles datent de bien avant puisque réalisées en 1828 avec une destination bien et clairement annoncée, la célébration du commerce maritime qui fait la fortune du Bordeaux de l’époque. Le symbole le plus clairement présent y est le caducée d’Hermès, dieu du commerce.

Empreintes maçonniques en façades

Cela dit, l’empreinte maçonnique est bel et bien présente à Bordeaux et nous allons la trouver gravée sur un nombre étonnant de maisons ou hôtels particuliers, presque tous construits entre la fin du XVIIIe et du XIXe siècles. Nous allons trouver, sur des immeubles du vieux Bordeaux, par exemple, des signes anciens :
ou restaurés récemment.

Présents sur toute la façade, certains sont bien évidents et on pourrait se demander si l’érosion n’a pas détruit les deux têtes que pouvait avoir l’oiseau, certainement un aigle qui soutient le balcon… !

 

Celui-ci, splendide et qui se trouve, ô coïncidence, rue Frère…

On en trouve de toutes sortes, tel ce bandeau bien clair et en quelque sorte, signé. Parfois le signal est moins clair.

Bien d’autres bâtiments de la ville portent des symboles maçonniques.

Et comme ici dans les années 60, on poursuit la tradition et on assume.

 

 

Bordeaux porte bel et bien les marques de son histoire commencée en 1732 avec « L’Anglaise 204 » et de toute l’activité des Frères, qu’ils soient bordelais ou visiteurs, qui y sont passés au cours de toutes ces années et qui ont gravé dans la pierre la marque de leur passage, de leur vie maçonnique et, pourquoi pas, de leur vie tout court.

*  Jean-Philippe Bernard a enseigné dans des universités françaises et étrangères dans le domaine de la stratégie d’entreprise et de la communication interculturelle. Auteur d’articles et de conférences sur la Franc-maçonnerie, notamment dans Salix et Les Cahiers Villard de Honnecourt, sur des thèmes comme : « Valeurs et transcendance », « La Franc-maçonnerie, fille des Lumières ? », « L’anti-maçonnisme », « Initiation et ordination », « Don Quichotte, un parcours initiatique »…

Les « Cahiers de l’Alliance », revue de la GL-AMF, sont édités par Numérilivre.

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1 – Source : Dominique Mirassou, publications de la mairie de Bordeaux.
2 – Albert Rèche « Naissance et vie des quartiers de Bordeaux », l’Horizon Chimérique.
3 – Notice historique sur le martinisme, Le Puits-Pelu, Lyon, 1934.
4 – Louis Desgraves, « Evocation du vieux Bordeaux », Les éditions de Minuit, 1976.
5 – La France est en guerre avec l’Angleterre et l’Autriche depuis mars 1744.
6 – W. Doyle, « The parliament of Bordeaux and the end of the Old Regime », E. Benn, 1974.
7 – Arthur Schopenauer, Souvenirs d’un voyage à Bordeaux en 1804 Editions de la presqu’ile, 1973.
8 – Historia, janvier 2005, « L’empreinte des Frères inscrite dans la pierre ».

vendredi 12 avril 2019 5 commentaires
  • 5
    pierre noel 19 avril 2019 à 20:29 / Répondre

    La loge de Bordeaux existe depuis le dimanche 27 avril 1732, quand se réunirent le capitaine Martin Kelly, (vénérable) maître, Mr Nicholas Staunton et Mr Jonathan Robinson, surveillants, tous trois Irlandais. Ils tinrent loge et reçurent James Bradshaw, marchand à Bordeaux, au grade de maître et le capitaine Patrick Dixon de Dublin à celui d’« interprentice & fellow-craft » (une copie du livre d’architecture est conservée par la loge AQC de Londres, Bernheim, 1988).
    Ainsi débuta la maçonnerie girondine dans une loge anonyme qu’on désigna sous le vocable the English Lodge parce que la langue vernaculaire y était l’anglais, nonobstant l’origine irlandaise des fondateurs. Les quelques pionniers se réunirent ensuite les 26, 29 et 30 avril et le 2 mai, toujours avec le F. Kelly comme maître. A cette date, 8 membres étaient présents pour assister à la réception d’apprenti-compagnon de John Drolenvaux, Anthony Taylor (de Galway) et John Howard. Martin Kelly, devant quitter le royaume, fut remplacé dans ses fonction par Nicholas Staunton. James Bradshaw et Jonathan Robinson devinrent Surveillants et John Drolenvaux, « Custos Rotulorm ». Tous ces noms sont irlandais.
    La patente de la Grande Loge d’Angleterre date du 8 mars 1766 et est signée par lord Blayney, baron Blayney of Monaghan. Le texte reconnaît l’ancienneté de la loge. Il est donc faux de présenter l’Anglaise comme patentée par la Grande Loge d’Angleterre à sa fondation . Elle ne le fut qu’en 1766.
    “… we the Right Honourable … Lord Blayney, Baron Blayney of Monaghan, Lord Lieutenant and Custos Rotulorum of said country in the kingdom of Ireland and major general in His Majesty’s Service Grand Master of the Most Ancient and Honourable Society of Free and Accepted Masons ….
    Know ye that at the Humble Petition of Our Right Worshipful and well-Beloved Brethren Abraham Lawton, James Bradshawn, Michel Bonniot and several others brethren residing at or near the Town of Bordeaux, Do hereby Constitute the said Brethern into a regular Lodge of Free and Accepted Masons to be opened in the town of Bordeaux aforesaid, to be called by the name of the English Lodge at Bordeaux That they have met ever since the year 1732 And the Grand Lodge of England hath confirmed their Proceedings from that time …”
    Notons qu’un des fondateurs était encore là, James Bradshaw, et que le Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre était, cette année-là, un Irlandais au nom très reconnaissable.
    Il suffit enfin de lire Lane pour savoir ce que peu admettent (“Records of lodges”) :
    Although constituted in 1732, the Lodge was not in List until 1766. Its last payment was in 1788. Date of Warrant or Constitution 6 March 1766, Constituted 27 April 1732. Successive numbers 363 (1755), 298 (1770), 239 (1780), 240 (1781), 204 (1792).
    Bref, la loge de Bordeaux devrait s’appeler « L’Irlandaise ».

  • 4
    Laloue Michel 19 avril 2019 à 17:00 / Répondre

    Le Mascaron ou l’on voit un barbu a l’ordre a été fait par un ingénieur Mr Denis Moyal ( décédé depuis deux ans) qui s’est représenté lors de travaux de cet édifice situé a l’angle de la rue Vital Carles et du cours de l’intendance il y a une trentaine d’années

  • 3
    LIONEL MAINE 15 avril 2019 à 09:48 / Répondre

    « Chaos à Bordeaux » !

  • 2
    Jean-Michel Mathonière 14 avril 2019 à 20:19 / Répondre

    Il me semble à lire cet article que tous ces bâtiments où l’on voit l’équerre et le compas entrecroisés ont été construits par des spéculatifs qui, à cette époque, savaient réellement tailler la pierre ! Plus fort encore : Victor Louis a construit seul le Grand Théâtre, ce qui prouve bien qu’il était digne d’être reçu franc-maçon.

    Oui, à lire semblables articles érudits, on en oublierait presque que Bordeaux, comme bien des grandes villes, était (est toujours) un siège compagnonnique important, tout particulièrement pour les compagnons tailleurs de pierre. Vous savez, ces opératifs qui transpiraient tellement… Les pôvres : même pas foutus de se servir du compas, de la règle et de l’équerre ; ne sachant ni lire ni écrire (et probablement même pas épeler !), ils besognaient péniblement avec leur maillet et leurs ciseaux.

    Soupirs…

  • 1
    Philippe Nadine 14 avril 2019 à 15:45 / Répondre

    Merci pour être entré dans l’histoire Maçonnique Bordelaise et nous en avoir fait bénéficier. Très intéressant

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