FM histoire retrouvee

David Taillades interviewé par Pierre Noël

Par Géplu dans Interviews

David Taillades vient de publier « Franc-maçonnerie. L’histoire retrouvée » , livre qu’il présente comme révolutionnaire et renversant tout ce qui a été écrit jusqu’alors sur les documents de la « protomaçonnerie ». Après un travail de recherche minutieux et conséquent, il propose en effet dans ce livre une nouvelle datation, généralement plus anciennes, des principaux de ces documents connus sous le nom de « Old Charges », antérieurs au XVIIIe siècle. Et il en tire des conclusions qui à son avis invalident les thèses de la théorie de l’emprunt, pour au contraire conforter celle de la transition. Une prise de position qui ne laissera pas indifférents les « experts »…
Avec l’accord de David Taillades j’ai demandé à Pierre Noël, lui aussi fin connaisseur de ces « Old Charges » de bien vouloir lire le livre et interviewer David à son sujet. Cela donne l’échange ci-dessous, réservé aux connaisseurs…  🙂 

___________________________

Pierre Noël : David, vous publiez un livre de 204 pages, « Franc-maçonnerie. L’histoire retrouvée » (éd. Dervy, 2019), basé sur votre lecture d’une trentaine de « Constitutions Gothiques » des francs-maçons britanniques (plus souvent appelés « Old Charges », « Anciens Devoirs » en français). Ce travail dont on perçoit la méticulosité par l’appareil critique qui l’accompagne aura le mérite d’attirer l’attention du lecteur francophone sur un sujet qu’il connaît mal. A son intention, pourriez-vous nous dire ce qu’étaient ces documents, à quoi (ou à qui) ils pouvaient servir et quel était leur milieu d’origine ?

David Taillades : Les Old Charges sont des textes à portée juridique. Ils servaient principalement à définir l’organisation du métier de « maçon ». Aussi, tout nouvel entrant devait prêter serment sur leur contenu. On connaît un peu plus de cent vingt Old Charges aujourd’hui et si j’en présente un peu plus d’une trentaine dans mon ouvrage, j’en ai étudié plus de quatre-vingt pour arriver aux conclusions exposées. Les textes qui nous sont parvenus sont presque tous des copies d’originaux perdus – ou non encore retrouvés – et les deux plus anciens d’entre eux sont actuellement donnés pour être du tournant du XVe siècle. En fait, on ne sait pas précisément quand ont été écrits les premiers textes, ni par qui. On voit clairement pour l’un d’eux (Cooke) qu’il a été copié pour partie sous la dictée d’un maçon, à moins qu’un maçon ne l’ait rédigé lui-même – éventualité qui n’est pas à exclure –, alors que pour un autre on voit qu’il a été rédigé par un clerc (Regius). C’est bien un maçon qui recopie un de ces textes vers 1581 (comme nous le relate le Melrose n°2).

On ne peut s’empêcher de remarquer que l’histoire légendaire d’un métier particulier (la construction en pierre) ne se trouve qu’en Angleterre (et accessoirement en Ecosse) à partir du XV° siècle, alors que ce métier est pratiqué partout depuis la « révolution néolithique », notamment en France. Force aussi est de constater qu’une telle histoire n’existe que pour le métier de la pierre et pour aucun autre. Comment expliquez-vous cela ?

Cette singularité, maintes fois relevée, n’a jamais fait l’objet de toute l’attention nécessaire et les interprétations qui en ont été tirées ne reposent malheureusement sur aucun élément tangible comme il est facile de le constater lorsqu’on se penche sérieusement sur le sujet. Tous les métiers sont régulés à cette époque, et sensiblement selon les mêmes obligations ou charges. Aussi, pourquoi seuls les textes des tailleurs de pierre comportent une histoire « légendaire » ? Pourquoi ne trouve-t-on pas de légende chez les forgerons ou les charpentiers alors que leurs métiers sont antérieurs à celui de la pierre selon la Bible ? Seuls les maçons auraient eu une imagination suffisamment développée pour s’inventer une « légende » afin de se donner, selon la thèse actuelle, du lustre ? Voilà une assertion bien légère et qui surtout n’est étayée par aucun élément. Si, comme je le mets en évidence dans cet essai, on entrevoit ce que nous enseigne la généalogie exposée dans les Old Charges, et qu’on se place dans le contexte de l’époque en Angleterre, alors on peut comprendre pourquoi une telle légende se trouve exclusivement dans ces textes… aussi, je propose de laisser le lecteur le découvrir par lui-même en lisant mon ouvrage. Il pourra se forger sa propre opinion sur les faits exposés et les conclusions objectives que l’on peut en tirer.

Vous annoncez dès le premier chapitre (notamment pp 20-23) que vous avez relu ces anciens documents selon une méthode qui vous a conduit à une refonte en profondeur de la chronologie généralement admise, appuyée sur un ancrage historique souvent négligé par vos prédécesseurs trop influencés par une lecture seulement philologique. Pouvez-vous nous décrire cette méthode qui vous permet de « vieillir » de quelques dizaines, voire d’une centaine d’années, la plupart de ces textes que l’on croyait définitivement datés ?

Comme dit précédemment, les textes qui nous sont parvenus sont pour la plupart des copies, des copies de copies ou encore des copies d’écrits fusionnés dans un nouveau texte. Dès lors, la calligraphie ou la codicologie sont d’une utilité très limitée pour reconstituer l’histoire puisque ces techniques permettent seulement d’attribuer une datation au nouveau support mais pas à son contenu. Il fallait donc trouver, dans les textes, des points clés permettant d’entrevoir une évolution dans le temps. Mais à partir de quel repère puisque toutes les datations actuelles concernent les supports et donc jamais les originaux ? Ce n’est que progressivement que la méthode de classification est apparue. J’ai commencé à lister similitudes et les divergences des manuscrits dans un tableur ce qui a fait progressivement émerger leur ordonnancement dans le temps. Comme l’approche était empirique, certains textes sont venus poser de sérieux problèmes dans la chronologie en cours de construction. Mais plutôt que de les écarter au prétexte d’une singularité, une faiblesse que l’on peut observer trop régulièrement chez certains chercheurs, j’ai préféré revoir ma copie… mainte et mainte fois, jusqu’à ce que tout soit logique et cohérent. Pour ce qui est du point d’ancrage temporel servant de base à la nouvelle datation, il faut comprendre qu’en prêtant serment sur les Old Charges les maçons s’engageaient vis-à-vis du monarque. Aussi, j’en ai déduit, ce qui m’était confirmé par certains textes que j’avais entre les mains, que l’on devait avoir des indications dans les Old Charges concernant le monarque sur le trône lors de la rédaction des constitutions. Enfin, comme une ordonnance royale stipule que les constitutions doivent être remises au monarque, pour ratification, suite à des ordonnances régulant le métier, je me suis mis en quête des édits royaux visant directement le métier. A partir de tous ces éléments, il m’a été possible de regrouper quelques textes et de leur attribuer une datation fiable, servant d’ancrage, afin de positionner les autres manuscrits, avant ou après ce repère, en fonction des points communs ou des différences dans les contenus.

Il est généralement admis qu’il y a un délai considérable entre les deux manuscrits les plus anciens (le Cooke et le Regius du début du XV° siècle) et les suivants, postérieurs à 1583. Vous estimez que cette illusion d’un intervalle ne repose sur aucune base. Il résulte d’erreurs graves dans la datation des documents et n’a en réalité jamais existé. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce point discutable ?

Lorsqu’on reprend tous les travaux, du moins ceux dits de références sur le sujet des Old Charges (Begemann, Hughan, Poole, Rosedale, Knoop et Jones, McLeod), on ne peut être qu’époustouflé par la manière dont les datations sont attribuées. En effet, il n’y a jamais d’explication ! Il faut s’en remettre à leur « autorité ». Or, ils tirent le plus souvent leur conclusion de la calligraphie… les datations qu’ils donnent sont donc celles des copies, mais pas des originaux. Comme les copies ne suivent pas la chronologie des originaux, nous avons aujourd’hui un classement qui n’a aucun sens. Le seul qui donne vraiment des « clés » de datation, c’est W. Begemann. Cependant, comme on le constate dès le premier article qu’il signe dans les AQC, il réfute des preuves écrites car de « son opinion », ou de « son point de vue », ce dont elles témoignent ne peut être vrai à ses yeux ! C’est très impressionnant de voir que ce chercheur, qui avait découvert beaucoup de choses, préférait nier les écrits pour satisfaire son idéologie. Comme tous ceux qui se sont penchés sur les Old Charges ont marché dans ses pas, sans reprendre l’intégralité de ses travaux, ils n’ont fait que reproduire le même schéma avec les mêmes erreurs méthodologiques. Cela fait donc cent trente ans que nous sommes dans une impasse…

Le « vide » documentaire entre le début du XVe siècle et le Grand Lodge n°1 (1583) n’est malheureusement qu’une pure « invention » des historiens. Cette idée d’un vide est liée à une méconnaissance de la construction en Angleterre à cette époque. En effet, les maçonnologues ont pensé que parce qu’il n’y avait plus d’ouverture de grands chantiers comme dans les siècles précédents, le métier de la pierre avait drastiquement diminué en Angleterre. Il n’y a rien de plus faux : s’il n’y a pas de grands édifices à construire, il y a des extensions (chapelles, chœurs, tours…) et l’entretien de ceux existants, sans compter la réalisation des sculptures ornementales. La nouvelle classification proposée, embrassant l’histoire politico-religieuses des îles britanniques, fait émerger à quelle période se situaient les originaux dont les copies nous sont parvenues.

Vous insistez sur la personnalité du maître d’œuvre du temple de Salomon, cité dès le XV° siècle sans que son nom réel ne soit mentionné à l’époque (il l’est dans le Colne ms – « Hiram of Tyrus, a mason son that was master of geometry » – que vous datez de 1534, p 82 ; Hiram Abif, maître en géométrie, apparaît dans l’Inigo Jones ms, daté par vous de 1655, p.99). Faut-il comprendre qu’il était connu mais soigneusement caché des étrangers au métier? Vous écrivez qu’il était pour les tailleurs de pierre un modèle « relevant de la sainteté » (p 149) et qu’il fut pour cela effacé par les protestants radicaux après la Réforme. Son culte devint clandestin au même titre que les rituels catholiques ou les « mystères », ces jeux scéniques autrefois joués sur le parvis des cathédrales. Il n’aurait réapparu qu’avec la tolérance religieuse pourtant relative de l’époque des rois Stuart. Le grade de maître, avec sa légende, serait très antérieur au XVIII° siècle, contrairement à ce que prétendent les tenants de l’école authentique, mais il aurait toujours été tenu secret, ce qu’attestent quelques versions des Old Charges (vous donnez comme exemple, p 76, le Harris n°1 daté par vous de 1460 qui parle de ces « secrets » que conserveraient les loges). Pensez-vous vraiment que les maçons du XV° ou du XVI° siècle se réunissaient dans leur « chambre » pour célébrer la résurrection d’Hiram à l’abri des regards et à l’insu de tous ?

Comme vous le soulignez, il est désormais incontestable que Hiram de Tyr, l’artisan, encore appelé Hiram Abif, était connu du métier et ce de longue date. D’ailleurs, c’est bien ce que l’on comprend avec le Cooke, comme l’avait déjà souligné Alex Horne. Le Harris n°1 parle des secrets mais surtout des « mystères » que les maçons doivent garder secrets… un terme qui, à cette époque, correspond à la pratique de jeux scéniques. Je dirais donc que je n’ai pas besoin de « penser » que les maçons de cette époque se réunissaient pour de tels jeux, je le lis dans un texte. Cet écrit est un témoignage irréfutable d’une telle pratique, dans le métier, qui devait être gardée secrète. Ces jeux racontaient probablement, mais cela reste encore à démontrer, l’histoire « traditionnelle » des maçons, celle qu’on trouve dans les Old Charges : d’avant le déluge au temple du Roi Salomon… une histoire dont on a la trace dans certains side degrees.

Vous reprochez à vos prédécesseurs de lire les faits et de les interpréter en fonction d’une idéologie réductrice qui ne voit que ce qu’elle veut bien et retient seulement ce qui la conforte. Comment être certain d’échapper à ce travers lorsqu’on veut « retrouver la franc-maçonnerie » ?

On ne peut jamais être certain de rien en recherche historique. La méthode scientifique est un appareillage qui donne des moyens de se prémunir contre certains travers. Parmi ces moyens il y a l’approche de la « complexité » qui consiste à regarder les preuves au travers d’un ensemble de prismes qu’offre une approche pluridisciplinaire. La franc-maçonnerie n’a jamais été étudiée sous tous ses angles simultanément, il y a eu des choix arbitraires quant à ce qui devait entrer dans le champ de l’étude, ou pas. Des pans entiers de l’histoire doivent être reconnectés autour du sujet qui nous intéresse si nous voulons y voir plus clair un jour. Il y a aussi la posture intellectuelle qui consiste à ne jamais gommer, minimiser ou écarter des écrits et/ou faits qui viennent nuire à la vision proposée. S’ils viennent remettre en cause « l’histoire », du moins celle qu’on essaie de reconstituer, c’est qu’il faut revoir ses propres postulats et ses interprétations. Ensuite, il faut rester à l’écoute des autres chercheurs et ne pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire, un piège qui nous guète tous. La confrontation d’idées, le débat, l’écoute active et constructive, l’humilité devant la tâche à accomplir, sont également de bons moyens pour continuer ses réflexions et ses recherches afin de ne pas s’enfermer dans une « idée » : l’histoire n’est jamais définitivement écrite. Quand je regarde derrière moi, je me rends compte du chemin que j’ai parcouru au travers de mes écrits (largement perfectibles, je le concède sans difficulté) en ayant adopté la posture intellectuelle que j’évoque dans ces lignes… je reste toujours vigilant et continue de travailler avec Louis Trebuchet et John Belton, deux chercheurs qui ne font aucune concession sur la rigueur des conclusions avancées.

_____________________________
Franc-maçonnerie, l’histoire retrouvée. Par David Taillades. Aux Editions Dervy, chez Amazon ou de préférence dans la librairie la plus proche de votre domicile. ISBN : 979-1024205229

mercredi 29 mai 2019 8 commentaires
  • 5
    pierre noel 19 juin 2019 à 18:37 / Répondre

    Les « Anciens Devoirs » des maçons britanniques n’intéressent plus grand monde, comme l’a justement écrit John Belton dans sa postface (p.165) à l’ouvrage de D.Taillades. Et c’est bien vrai ! Après une bouffée d’enthousiasme qui suivit leur redécouverte (au tournant du XIX° et du XX° siècle) et les commentaires de Gould, de Poole, de Begemann, de Hughan et du duo Knoop & Jones, la vague s’est quelque peu éteinte.
    Plus récemment, la traduction française des documents les plus importants (et les plus anciens) fut présentée par l’équipe groupée autour de Frédéric Tristan, puis par Patrick Négrier et par Guy Chassagnard parmi d’autres. David Taillades en propose une chronologie nouvelle (que discuteront les spécialistes) et surtout une interprétation qui renouvelle et réactive la thèse bien connue des « traditionnalistes ». Les « Anciens Devoirs » contiendraient, pour qui sait les lire, la preuve que les « mystères » furent transmis par les maçons médiévaux à leurs successeurs spéculatifs de l’âge classique d’abord, puis à leurs lointains héritiers, les francs-maçons d’aujourd’hui. D.Taillades n’en doute pas. Il estime cette thèse évidente, indiscutable, et sa défense enthousiaste fait plaisir à lire dans ses réponses à mes questions. Il souligne certains passages jusqu’ici inaperçus. Il fait plus d’une fois des remarques intéressantes. Mais si sa conviction est sans pareille, sa thèse ne convainc pas vraiment, pas plus que ses arguments exposés sans détour dans l’épilogue (pp. 145-156). En d’autres mots, je n’y crois pas et, comme le disent nos voisins, « I agree to disagree ». Discuter de points qui paraîtraient de détail ou « techniques », ouvrant des discussions interminables, … ne serait d’aucune utilité puisqu’on ne convainc jamais que les convaincus ! Je m’en abstiendrai mais je ferai seulement une remarque, en revanche vraiment « technique ».
    Mystery a plusieurs sens en anglais. Le premier est le même qu’en français et désigne quelque chose de … « mystérieux » : une énigme, une devinette ou un secret. Il sert aussi à désigner les « Mystères » antiques révélant aux seuls initiés un culte ou une doctrine secrète (on connaît les Mystères d’Eleusis, ceux de Mithra). C’était le nom donné aux scénettes d’inspiration biblique (ou de la Légende Dorée) jouées au moyen-âge sur le parvis des cathédrales. « Le mystère de la foi » est une formule répétée chaque dimanche dans les églises de nos pays.
    Mais il a (en anglais) un autre sens, archaïque et peu usité. « Mystery » est simplement le « métier », venant du vieux français « mestier » (lui-même venant du latin ministerium). Je ne donnerai qu’un exemple, tiré des London Masons’ Ordinances de 1521. C’est une supplication adressée au Lord Maire et aux échevins de la ville de Londres. Il commence ainsi :
    « Humbly besechen your good Lordship and Maistership the Wardeyns and company of the mister of Masons Fremen of this Citie that there been dyvers Articles necessary and expedient to be added to the ordinaunces of their mistere aswele for the Common Weale ….” [Nous, les Guardiens (et) de la compagnie du métier de maçons, bénéficiant de la franchise de cette cité, prions votre seigneurie que soient ajoutés divers articles nécessaires et utiles aux ordonnances de leur métier ainsi qu’au Bien Commun … ]. (Knoop & Jones, The Mediaeval Mason, 1933, rééd 1967, p. 231)
    Il est évident que D.Taillades connaît cet autre sens du mot, mais il n’est pas inutile de le rappeler à ceux de ses lecteurs qui l’auraient oublié.

    • 6
      DT 19 juin 2019 à 19:49 / Répondre

      L’ouvrage, comme mes recherches en général, ne sont pas là pour convaincre ceux qui ne veulent pas l’être…en effet 😉

      Il est certain que venir battre en brèche l’idéologie ambiante en montrant toute ses lacunes méthodologiques et ses erreurs, ça passe pas très bien, ça peut même choquer :o) Chacun sait, depuis Einstein, qu’il est plus facile de casser une idéologie que le noyau d’un atome.

      Si ma thèse ne convainc pas vraiment, du moins Pierre Noël et d’autres, elle convainc outre-manche, notamment du coté des AQC, mais aussi en France comme je l’ai constaté à ICOM.

      Mais chacun doit se faire sa propre opinion en comparant les travaux des « spécialistes » sur le sujet et surtout en vérifiant les sources avancées.

      Enfin, non seulement D. Taillades connaît bien les différents sens de « Mystery » (puisque c’est explicitement souligné dans le livre), mais il montre, justement, que dans le texte concerné il ne peut être traduit par « métier »… puisque la phrase n’aurait alors aucun sens… CQFD.

      • 7
        Désap. 19 juin 2019 à 23:45 / Répondre

        6 – il est assurément plus facile de casser le noyau d’un atome qu’une idéologie, ce qui n’étonnera pas ce cher Albert … 😊😊

        • 8
          DT 20 juin 2019 à 07:13 / Répondre

          7 : oui 🤪🤪🤪

  • 3
    pierre noel 10 juin 2019 à 21:06 / Répondre

    L’ « idée » de Prescott repose sur le constat que les Old Charges anglaises insistent sur l’obligation pour les « employeurs » de payer un salaire adéquat aux maçons, comme le voulaient les rois et princes réels ou imaginaires d’autrefois, de Nemrod à Athelstan, « that every Master give pay to his ffellows and Servants as they may deserve » (Lansdowne MS) à une époque où les Statutes ou Ordinances royales visaient à limiter l’augmentation des salaires.
    le motif paraîtra futile aux férus d’ésotérisme et de sciences secrètes. Il l’était sans doute moins aux labourers, workmen, hardhewers et stonehewers de l’époque.

    • 4
      David T 11 juin 2019 à 06:45 / Répondre

      Nous avons la même chose avec l’article 1 du Cooke, comme je l’ai souligné.
      L’original du Cooke est le plus ancien des textes que nous ayons. Donc, la légende n’est pas un ajout « tardif » comme l’avance A. Prescott dans l’article de 2006, Old Charges Revisited.
      Cette hypothèse d’avoir inventé une légende pour raison de respectabilité est aussi puérile que celle qui a consisté à dire qu’elle remplace, dans l’imaginaire des maçons qui se déplaçaient tout le temps, leur domicile. Le « Household Imagery » de D Vance Smith, repris par L. H. Cooper est, lui aussi, une pure invention des chercheurs. Nous avons avec ces deux exemples des « idées » que se font les chercheurs… pas de preuves et encore moins des explications cohérentes… normal, la chronologie qu’ils emploient n’est pas la bonne.

  • 2
    David T 10 juin 2019 à 19:02 / Répondre

    PN a tout fait raison de souligner qu’il est important d’aller regarder les autres études qui existent concernant les Old Charges afin de se faire une idée objective des perspectives proposées. Il faut d’ailleurs regarder en détail les datations proposées et les justifications données de ces datations, notamment par la vérification des sources des auteurs étudiés. C’est un travail besogneux mais on voit ensuite clairement ce qui relève d’une analyse des sources, et de leur milieux, ou tout bonnement de l’idée que se font les chercheurs du sujet qu’ils étudient, en d’autres termes : l’idéologie sous le couvert du sceau de la science.

    Concernant l’interprétation d’A. Prescott, malgré les travaux remarquables et précis de l’historien, elle ne repose sur rien de factuel. C’est « l’idée » qu’il se fait du sujet pour expliquer la présence de cette « légende ». Or, que je le mets en avant, il y a une autre approche de cette problématique de la légende dans les charges, une approche fondée sur des faits, des écrits et l’histoire de l’Angleterre…

    A chacun donc de se faire sa propre opinion. Pour ma part, en ce qui concerne le sujet des Old Charges, je préfère désormais toujours aller vérifier les sources que de m’en remettre à des « autorités » qui déclament, sans jamais prouver quoique ce soit…

  • 1
    pierre noel 7 juin 2019 à 16:59 / Répondre

    Peu de maçon s’intéressent encore aux Old Charges, soit qu’ils considèrent que c’est de l’histoire ancienne, soit plus simplement qu’ils n’en ont jamais entendu parler. L’entreprise de D.Taillades n’en est que plus méritoire puisqu’elle peut éveiller l’intérêt de quelques-uns pour un aspect oublié du passé de notre institution. Mais sa présentation risque aussi de faire oublier que d’autres analyses existent qui jettent sur ces « Constitutions gothiques » un tout autre regard (les deux n’étant pas nécessairement contradictoires).
    La plus courante est celle qui souligne ces « charges » (en plus de considérations simplement morales) décrivent les obligations réciproques du « maître » (seigneur, maître d’œuvre ou « architecte ») et de ses ouvriers (labourers). C’est un contrat assurant que ceux-ci accomplissent sans faute l‘œuvre commandée et qu’en revanche l’employeur doit payer aux premiers des salaires convenables. Cette revendication prend tout son poids quand on se souvient que la politique du gouvernement (le roi, les propriétaires terriens, la noblesse, l’Eglise …) fut toujours au contraire de limiter les salaires et de les maintenir au taux le plus bas possible comme le montrent les « Statutes of labourers » successifs passés sous les rois Edouard III, Henri VI ou au temps de la reine Elisabeth I (l’ouvrage essentiel reste sur ce sujet The Mediaeval Mason, de Knoop & Jones, 1933, rééd. 1967). Or l’histoire légendaire qui précède l’énoncé de ces Charges justifie les salaires des maçons par la protection de rois et de princes prestigieux du passé (Nemrod, David, Salomon, Charles Martel, Alban, Edwin de Northumbrie, Athelstan de toute l’Angleterre et de son fils, ou frère, Edwin) qui ont garanti une juste paie mais aussi le droit pour les maçons de se réunir en une assemblée annuelle pour en discuter. La succession des Constitutions gothiques montre une élaboration de la légende au cours du temps, qui devient de plus en plus détaillée et précise jusqu’à lui attribuer un lieu (York) et finalement une date (926).
    Si à cela on ajoute que ces documents n’ont pas été rédigés par une instance du pouvoir, royal, ecclésiastique ou autre (les employeurs) comme le sont les chartes officielles par exemple, mais semblent plutôt venir des maçons eux-mêmes, on comprend que Andrew Prescott ait appelé ce phénomène « la phase syndicale » de la maçonnerie (Old Charges revisited, 2006). Selon cet auteur, la « légende » des old charges ne vient pas d’un lointain passé que des maçons se seraient raconté le soir à la veillée ou au cours de réunions « secrètes », mais en réponse à la situation socio-économique particulière qui fit suite à la Grande Peste du XIV° siècle et aux périodes d’inflation des siècles suivants.

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, calomnie, injure, incitation à la haine ou à la discrimination y sont d'application. Les formules de salutation et abréviations maçonniques ne sont pas admises.

Les pseudonymes sont libres, mais pour être publié un commentaire doit provenir d'une adresse authentique et vérifiable. Lors de la première proposition d'un commentaire vous recevrez une demande de confirmation d'adresse, à valider.

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Signaler un contenu abusif
commodo at commodo tempus non adipiscing