Mollier Rite des Antients

Une histoire maçonnique oubliée à la source du REAA

Publié par Géplu
Dans Edition

Le dernier livre de Pierre Mollier vient de sortir. Il s’intitule Le Rite des Antients en France. L’Ancienne Maçonnerie d’York  à Saint-Domingue (1790-1803) : Une source oubliée du Rite Écossais Ancien Accepté et retrace l’histoire oubliée d’un petit courant maçonnique qui s’est développé à Saint-Domingue entre 1790 et 1803.

Il le présente ainsi sur son blog Rassembler ce qui est épars :

Pourquoi s’intéresser à la Grande Loge Provinciale pour Saint-Domingue de l’Ancienne Maçonnerie d’York ? Au premier regard, elle n’apparaît que comme une organisation marginale et éphémère dans la longue et riche histoire de la franc-maçonnerie française. Coincée sur un bout d’île en pleine révolution, à plus de 7000 kilomètres de la Métropole, elle ne rassembla que quelques Loges. Installée le 9 janvier 1802, elle cessa probablement ses Travaux mi-1803, quand la situation des Français de Saint-Domingue devint intenable et que ceux-ci durent partir pour la côte Est des États-Unis ou directement pour la France.

Pourtant elle a eu une influence déterminante sur notre histoire maçonnique. En effet, pour la première fois, des Français découvrent et pratiquent un autre type de cérémonies pour les trois premiers grades : le rituel des « Antients ». Née en Angleterre au milieu du xviiie siècle, la Maçonnerie des Antients n’avait jamais pénétré en France ni même en Europe continentale. Les Frères de Saint-Domingue sont donc les premiers Maçons français à adopter cette autre et importante tradition maçonnique anglaise. Les Anciens de Saint-Domingue sont vite emportés par les bouleversements de l’histoire. Outre les difficultés toujours inhérentes à l’histoire des rituels, retracer la vie de la Grande Loge Provinciale des Anciens, c’est aussi affronter la complexité de l’histoire de Saint-Domingue pendant la période révolutionnaire où la situation et les équilibres peuvent changer du tout au tout en quelques jours.

La fin de la présence française à Saint-Domingue marque aussi leur disparition. Mais quelques survivants de l’aventure déposent une partie de leur héritage dans la corbeille du Rite Écossais Ancien Accepté naissant en 1804 et contribuent à fixer ses trois grades symboliques à Paris. Ainsi, la Maçonnerie des Anciens de Saint-Domingue est une source majeure de l’une des grandes traditions maçonniques françaises.

Au sommaire du livre :
Avant-propos de Jean-Pierre Aksas
Introduction
1re partie : L’histoire
I. La Maçonnerie à Saint-Domingue au XVIIIe siècle
II. Port-au-Prince, 1790 : La Réunion des Cœurs Franco-américains
III. La Grande Loge Provinciale pour Saint-Domingue de l’Ancienne Maçonnerie d’York
IV. La postérité française des Anciens de Saint-Domingue
V. Le Royal-Arch et les grades complémentaires du Rite Ancien d’York
Conclusion
Postface de Jacques Oréfice
2e partie : Les rituels
I. Le Rite Ancien d’York
II. Le « Royale Arche » des Antients ?
III. La Maçonnerie de la Marque à Saint-Domingue
IV. Le « Royale-Arche » de Ragon dans la continuité de Saint-Domingue
3e partie : Les documents
Document I : Demande de Constitutions de La Réunion des Cœurs Franco-américains
Document II : Constitutions de La Réunion des Cœurs Franco-américains
Document III : Création d’une Grande Loge Provinciale de l’Ancienne Maçonnerie d’York pour l’île de Saint-Domingue
Document IV : Installation de la Grande Loge Provinciale de l’Ancienne Maçonnerie d’York pour l’île de Saint-Domingue
Document V : Les Anciens Maçons d’York de Saint-Domingue et les « hauts grades »

Le Rite des Antients en France. L’Ancienne Maçonnerie d’York  à Saint-Domingue (1790-1803) : Une source oubliée du Rite Écossais Ancien Accepté, par Pierre Mollier. avant-propos de Jean-Pierre Aksas, postface de Jacques Oréfice. Aux Editions Dervy, chez Amazon ou de préférence dans la librairie la plus proche de votre domicile.
ISBN : 979-1024205472

jeudi 21 novembre 2019
  • 24
    NEGRIER
    8 décembre 2019 à 16:13 / Répondre

    Pierre Mollier prétend que « tout ce qui est dans Pritchard est dans les Antients ». C’est archi-faux et cette affirmation, contredite par les faits qui suivent, dénote une lecture superficielle et non intelligente des textes. Les Trois coups distincts de 1760 qui serviront de modèle aux Antients oblitérèrent complètement deux éléments fondamentaux du rituel des Modernes : 1. le développement philosophique sur la lettre G qui faisait l’éloge de la méthode géométrique des philosophes déistes du XVII° siècle en vue de rendre raison du contenu du tétragramme YHVH désigné chez Prichard par l’expression « four letters » qu’une glose extérieure et adventice a commentée comme étant Boaz, erreur que les textes ultérieurs ne retiendront évidemment pas en préférant pour l’occasion nommer en toutes lettres Jéhovah. 2. n’ayant pas compris que la légende d’Hiram était une version allégorique (conformément aux principes de l’art de mémoire) de la figure de Jésus de Nazareth, les Three distinct knocks substitueront aux 15 frères prichardiens qui partent à la recherche du corps (les Onze apôtres + les 4 saintes femmes mentionnées par Jean, Judas l’Iscariote ayant fait défaut mais ne figurant pas parmi les 3 mauvais compagnons qui étaient le grand-prêtre juif Caïphe, Ponce-Pilate le gouverneur romain de Judée, et le roi Hérode de Galilée) 12 frères, ce qui rend évidemment la légende d’Hiram incompréhensible. Je retiens de ces faits 2 enseignements : 1. les Antients, qui étaient inféodés à la croyance religieuse au lieu de faire comme il se doit, en respectant l’épistémologie définie en Mt. 22,37 et en Mc 12,30, une lecture rationnelle et donc philosophique de la vie et de l’Ecriture, refusèrent de mentionner la méthode géométrique du déisme car ils rejetaient toute rationalisation de l’Ecriture, à la différence des Modernes de la GL d’Angleterre (rationalisme de la GL d’Angleterre qui sera d’ailleurs une des causes de l’absence du pasteur d’Anderson à la GL pendant plusieurs années). 2. c’est précisément ce fidéisme des Antients qui les empêcha de faire des récits évangéliques des Passion, mort et résurrection de Jésus une lecture rationnelle à l’instar des Moderns de la GL d’Angleterre dont le rituel rendait raison de la résurrection en signifiant haut et fort qu’elle ne doit pas être comprise comme une résurrection physique des os et de la chair puisque Hiram/Jésus reste un cadavre au reste réinhumé de manière définitive ; exégèse rationnelle et philosophique qui, si les Antients l’avaient conduite à bien, leur aurait pourtant permis de reconnaître dans la légende d’Hiram une allégorie des Passion, mort et résurrection de Jésus, ce qu’ils ne firent pas puisqu’ils substituèrent aux 15 chercheurs du corps seulement 12. Il est inutile de dire que je n’applaudis pas à la sottise des Antients et que sur ce point je donne raison à Desap.

  • 23
    Désap.
    7 décembre 2019 à 13:39 / Répondre

    J’ai relu pas moins de six ou sept fois le dernier commentaire de Pierre Mollier pour finalement me rendre à l’évidence : il s’agit bien pour lui de nous dire que les Antients ont enrichi de leur maçonnerie religieuse et, dit-on, complexe (j’avoue rester perplexe face à cette dernière affirmation) une maçonnerie Modern simple et pauvre.
    Sans même parler de ce que cette maçonnerie Antient développe comme endiguement de la pensée par l’intrusion de la Révélation, je vais y aller très fort et tant mieux si je choque :
    c’est vraiment n’avoir rigoureusement rien compris du contenu métaphysique du rituel Prichard, entendu comme une retranscription assez précise de ce que pratiquaient les Moderns ; j’ose ici préciser qu’un grand nombre de ces maçons étaient membres ou très proche de la Royal Society, l’organisation philosophico-scientifique la plus en pointe et la plus intellectuelle au sens noble d’une Europe des 17è et 18è siècles encore sclérosée par la religion, cette société à qui l’on doit la revalorisation de la pensée philosophique et conceptuelle des Grecs anciens et des progrès scientifiques considérables. Je me permet également d’indiquer que Isaac Newton, père de la physique moderne, pratiquait l’Alchimie pour toutes autres raisons que de fabriquer de l’or dont il savait qu’il s’agissait d’un dévoiement mythomane.
    C’est également ne rien comprendre des Noces Chimiques R+C, et moins encore des principes alchimiques, mais ceci est pardonnable pour cette dernière tant le message fût torturé et faussé au moyen âge.
    De sorte qu’il n’y ait pas de méprise, je prie chacun de m’accorder que je ne fais aucun cas de quelconques considérations fantasmagoriques en exprimant cela, pas plus que je ne suis athée ou considèrerais que l’Univers serait le fruit du hasard, sans Cause primordiale.
    Ceci me parait être emblématique ce ce que j’ai souligné à plusieurs reprises : la très grande majorité des maçons accède aux degrés sans n’avoir jamais sérieusement, voire pas du tout, travaillé les grades maçonnique Apprenti, Compagnon, Maitre, les seuls à pouvoir prétendre à ce titre.
    On aura beau jeu de faire une éventuelle caricature de mes propos, entendu que je ne peux pas développer hors d’un endroit couvert, mais ne vous trompez pas, j’ai des arguments, tous appuyés et exclusivement sur les trois rituels bleus.
    Je suis surpris, déconcerté et très inquiet du devenir de la Franc-maçonnerie.

  • 22
    Pierre Mollier
    7 décembre 2019 à 10:16 / Répondre

    Cher Pierre,
    C’est la vrai question. Pour ma part la richesse du RA Port-au-Prince-Philadelphie-Londres – qui m’a aussi frappé – me paraît cohérent avec l’analyse que je fait maintenant des Antients. Pour ce qui est des grades symboliques, ma conviction intime est aujourd’hui qu’à partir de 2 ou 3 spécificités irlandaises (J et B etc.), les Antients ont, à Londres, entre 1750 et 1760, considérablement enrichi les rituels. Pour répondre à une ambiance qu’à bien décrite Roger dans son article de RT et a un besoin d’une maçonnerie plus riche symboliquement. Pour faire court, tout ce qui est dans Pritchard est dans les Antients, en revanche ceux-ci ont ajouté plein d’éléments (Diacres, Instructions etc.). Je sais que cela va à l’encontre de l’idée que l’on a en général mais en se plongeant dans ces textes, c’est l’analyse qui me vient à l’esprit. Donc pour le RA c’est la même chose, à partir de quelques spécificités irlandaises, les Antients de Londres ont beaucoup enrichi et complexifié le rituel. Notre texte est probablement le résultat de cela à Londres dans les années 1780, puis il est parti pour Philadelphie etc.

  • 21
    pierre noel
    4 décembre 2019 à 19:00 / Répondre

    Plusieurs questions me chipotent au lu de cet ouvrage.
    La parenté de Philadelphie sur Port-au-Prince ne semble faire aucun doute, le Barbier Du Plessis en étant l’intermédiaire. Or c’est la Grande Loge « Antient » d’Angleterre qui a donné une patente aux loges n° 2 et N°3 de Philadelphie. Celle-ci, en 1767, disposait déjà pour conférer le RA « d’une arche, de voiles, de triangles, d’un piédestal, de deux tapis, de trois couronnes, de trois sceptres, de deux diadèmes … » tous ustensiles nécessaires au rituel tel que décrit ensuite à St-Marc (AF Chapman, p. 627, 1896). La filiation (Angleterre -> Philadelphie -> St Domingue) est évidemment séduisante. Mais la question subsiste : toute cette mise en scène et ce rituel très complexes étaient-ils aussi pratiqués en Angleterre dans les loges « anciennes » ? Ce serait beau, certes, mais est-ce bien assuré ? Les rituels Anglais primitifs (ceux que je connais en tout cas), tous « Moderns », sont beaucoup moins compliqués et annoncent sans hésitation la simplicité du rituel Anglais actuel, quasi « monacal » (excusez l’expression qui ne peut que déplaire à certains) à côté des développements hollywoodiens des rituels américains avec leurs costumes, leurs maquillages, leurs effets de scène (décors, slides, projections par power point de nos jours) et leur côté Cecil B De Mille (qui était d’ailleurs maçon !).
    Cela expliquerait évidemment cette différence entre un héritage « moderne » et un héritage « ancien ».
    Incidemment, dans le feu du récit, ces candidats à l’achèvement du 3¨degré se voient confiés de simples travaux de terrassement, bien loin de ceux tellement plus nobles des architectes, maîtres maçons et autres constructeurs de cathédrales, précurseurs des francs-maçons actuels (paraît-il). Peut-être ce dû à l’indifférence (l’insouciance ?) des auteurs inconnus, sans doute étrangers au métier de la pierre ? En tout cas, cela peut suffire à enlever tout intérêt à ces développements que n’ont connus ni Vitruve ni Anderson.

  • 20
    pierre noel
    2 décembre 2019 à 15:51 / Répondre

    L’ouvrage de P. Mollier est d’un intérêt exceptionnel et sa lecture passionnante.
    Le document le plus significatif est le grade de Royal Arche appartenant au F. Borin de la L. La Concorde à St Marc (St Domingue) qui serait celui pratiqué, en français, par les « Anciens Maçons d’York » de l’île en 1801-1803.
    Qui connaît un peu le mode de fonctionnement des chapitres d’AR américains actuels ne peut qu’être frappé par l’extraordinaire similitude de pratique entre ce qui se faisait autrefois et aujourd’hui. Le scénario est le même, depuis l’introduction des candidats jusqu’à l’admission finale dans le groupe (seul manquent de nos jours l’aspect « musclé » de la réception et son côté bizutage). La prière d’admission des candidats dans la loge (pp 180-181) est une traduction littérale de celle qui se trouve dans le Monitor de Thomas Webb, le « père » de la franc-maçonnerie américaine (1797, p. 155-156). Les nombreux extraits bibliques lus pendant la première partie de la cérémonie sont exactement les mêmes dans le texte français et le Monitor de Webb. Le déroulement de la réception est identique à celui des chapitres Américains actuels, et ne s’en distinguent que par des variantes de terminologie. Ainsi les « appartements » successifs présidés chacun par un « Roy ou Grand Maître » (trois en tout) dans le rituel en français sont, dans les rituels américains d’aujourd’hui, des lieux clos séparés par des voiles de couleur gardés par quatre « Maîtres des Voiles » qui font allusion aux quatre tribus principales d’Israël, Judah, Ephraim, Reuben et Dan (le même épisode constitue en Ecosse le degré, séparé, d’Excellent Maître, dit « passage des voiles », prélude à l’AR . Le récit ultérieur de la découverte sous le temple d’objets contenus dans une boite, réplique de l’Arche d’Alliance, est lui aussi identique. Les « signes » enseignés au néophyte sont ceux utilisés sous un autre nom, dans les chapitres américains actuels, de même que les autres « secrets ». Une surprise cependant : lors de la découverte, deux officiers (importants) de la loge s’écrient (lorsqu’ils accueillent le candidat à la sortie de la voûte) « Jubilum est un bon maçon» (p 190), expression qui sent bon le Chevalier Royal-Arche français (ou Royal Arche d’Enoch, actuel 13° degré du REAA) et inusitée en Amérique.
    Pierre Mollier suggère que ce rituel « Ancien » était celui introduit en Pennsylvanie au départ de l’Angleterre par des loges de la « GL selon les anciennes institutions ». Il a très certainement raison, d’autant que ce rituel par sa complexité et sa dévotion apparente diffère en bien des points des premiers rituels connus de l’Arche Royale tels que pratiqués par les chapitres du « Grand and Royal Chapter » créé en 1766 par des maçons Moderns sous la conduite d’un de leurs anciens GM (Lord Blainey, un nom très irlandais !) en totale indépendance de sa GL (ce « G and RC »a reçu à ce grade les membres et dignitaires de la « Première » GL et répandu ses chapitres dans toute l’Angleterre jusqu’à l’union de 1813, ce qui devrait suffire à démentir l’affirmation, commune mais fausse en tout point, que « les Moderns ne connaissaient pas l’AR » !) . Ces rituels nous sont connus par le Ms Sheffield et le Dovre ritual pratiqué à Oslo (tous deux de 1780).
    Ces rituels sont très proches des rituels Anglais actuels et diffèrent des rituels Américains (dont celui de St Domingue) par leur simplicité, leur retenue en matière de religion et leur réelle démarche initiatique (il convient de souligner que lors de l’Union, ce sont ces rituels Modernes qui servirent à l’élaboration du rituel définitif, « The Perfect Ceremonies », présenté en deux formes, Domatic et Aldersgate).
    Il me reste cependant un regret : je ne sais toujours rien du parcours de Ragon entre son retour des USA au début des années 1820 et son décès, années qui furent celles de sa production littéraire.

  • 19
    Désap.
    29 novembre 2019 à 12:15 / Répondre

    Ces maçonneries christiques, RER et York, ont vivoté (pas plus) puis se sont éteintes dans la même décennie dans une France du début du XIXè siècle encore « fille ainée » de l’Eglise.
    Depuis le début des années 2000 c’est une résurgence, on peut très nettement constater que les loges régulières et celles qui se revendiquent de la maçonnerie de tradition sont discrètement mais très solidement phagocytées par les principes du fondamentalisme chrétien.
    J’en veux pour preuve à la fois ce que j’entends en tenue, où pratiquement seuls les principes bibliques servent de fondement à une réflexion qui n’a, en conséquence, plus de maçonnique que le nom, les commentaires postés sur Hiram par les maçons qui travaillent sur l’Histoire de la Franc-maçonnerie et les rites (on en arrive même à faire du RF une exégèse du Livre ; un comble), ainsi que les réactions épidermiques et systématiques des maçons de la GLNF qui viennent ici infirmer plus que fermement toute démonstration contraire à leur avis éclairés exclusivement les Saintes Ecritures, jamais par un argumentaire fondé, toujours par ce sacro-saint procès en ignorance, ce couple si caractéristique des fidèles du monothéisme abrahamique et inscrit au frontispice de ses commandements.
    Ce phénomène participe d’une réaction plus générale des sociétés occidentales qui voient là le moyen de contrer un Islam, quoique réfutent ses prélats, qui échafaude un projet prosélyte conforme à ses objectifs. Il participe également d’un christianisme, s’il n’est à l’agonie, dans une crise très profonde. Cette situation est dangereuse parce qu’un animal blessé est dangereux ; le christianisme mettra tout en oeuvre pour ne pas risquer la disparition, comme il mit tout en oeuvre à la fin du XIXè face à la République, au Risorgimento et à la République espagnole, jusqu’à soutenir les pires régimes politiques comme le montre l’Histoire.
    Les Franc-maçons qui pratiquent la maçonnerie traditionnelle, et qui ont compris les raisons profondes et fondamentales pour lesquelles le principe religieux est destructeur de la Maçonnerie, doivent s’interroger.
    La lecture des Constitutions de 1723, ainsi qu’une étude approfondie des rituels bleus, et exclusivement ceux-là, sont à même de montrer aux Maçons toute la déviance de la situation actuelle propre à effacer tout libre arbitre, annihiler toute la puissance de la réflexion objective et portant le germe de la disparition du maçon libre dans une loge libre.
    J’ai dit.

  • 15
    Désap.
    28 novembre 2019 à 10:19 / Répondre

    Considérant la naissance de la franc-maçonnerie de 1717 comme celle d’un énième club philosophique tel qu’il en existait pléthore dans l’Angleterre et la France de l’époque des Lumières, le raisonnement de Pierre Noël est juste.
    Cependant, pour fonder cette hypothèse il faut répondre à plusieurs questions.
    Pourquoi avoir choisi de s’identifier à une tradition ancestrale liée au métier de la construction d’édifices en pierre ?
    Pourquoi avoir choisi de s’approprier les us et coutumes de ce métier ?
    Pour quelle raison avoir établi un Ancien Devoir particulièrement explicite dans la description par ce que l’on estime être l’essence de ce métier, savoir décrire la pensée et l’esprit de la discipline qui président à l’acte de construire et ainsi démontrer qu’il s’agit d’un art et non simplement d’un métier vulgaire (on m’accordera de comprendre correctement ce dernier qualificatif) ?
    Si l’esprit et les considérations de ce nouveau club étaient respectueux des règles et principes religieux qui s’imposaient la société civile de l’époque tel qu’on l’affirme trop souvent et de manière erronée en éludant savamment ce qu’exprime explicitement ses Constitutions, pourquoi ce somme toute banal club si on l’envisage ainsi déclenchera les foudres d’un certain nombre de superstitieux irlandais et, plus déterminant encore, celles du Pape en 1738 (on me l’accordera aussi, qui avait autre chose à faire que de s’occuper d’un club), il y voit une remise en cause radicale du dogme, celui-ci également respecté par l’Eglise Anglican à quelques menus détails près ?
    Pourquoi, également, après quatre ans de travail, le seul landmarck accepté par la Loge de Promulgation des Moderns, est la présence de la Bible dans les loges en contre-partie de quoi la Loge de Réconciliation (qui travaillera trois ans de plus après l’acte d’union de 1813) établira le style Emulation comme une déchristianisation du rituel des Antients ?
    Si l’on n’apporte pas de réponse précisément fondée et revêtant un caractère incontestable à l’ensemble de ces questions, si l’on s’en tient en conséquence à des affirmations, on fait alors preuve d’un irrecevable acte d’autorité parfaitement péremptoire.
    Je me permets de rappeler que la pratique maçonnique a pour objet de nous libérer, de toute forme d’idée reçue, de toute forme de peur, notamment celles ayant trait à la puissance supposée d’entités surnaturelles toutes aussi supposées, et ainsi de n’accepter comme recevable seul ce qui est fondé sur un raisonnement sanctionné par la plus exigeante objectivité.
    Faute de quoi, ce qui nous est proposé est simplement de croire, auquel cas mieux vaut s’en remettre aux professionnels d’un exercice vieux de trois mille ans, repris dans trois livres, et pas des moindres, dont on prétend qu’ils sont Vérité.

    • 16
      marcos testos
      28 novembre 2019 à 12:19 / Répondre

      Mon cher Désap
      1-pour ton info, « Emulation » est un rite (le rite Emulation) et non pas un style. Et si le rite Emulation a pu effectivement favoriser une déchristianisation du rituel des Antients, il préserve néanmoins l’ambiance religieuse d’une tenue
      2- je te rappelle que TA « pratique de maçonnique » n’est pas universelle.

      • 17
        Désap.
        28 novembre 2019 à 13:18 / Répondre

        16 – Mon TCF Marcos Testos,
        Renseigne-toi de la signification de « style Emulation », ceci t’évitera plusieurs choses peu flatteuses pour toi, entre autres me reprendre inutilement.
        Si, par « ambiance religieuse », tu entends l’oeucuménisme propre à chaque tenue maçonnique, tu ne fais que souligner une évidence.
        Je crains malheureusement qu’il s’agisse pour toi d’une ambiance propre au Canon, la GLNF ne pratiquant qu’un oeucuménisme réduit à elle-même avec tout le néant que cela implique et toute la négation que cela emporte au point de vue des principes maçonniques élémentaires.
        RF 1785 et REAA 1804 dans toutes leurs exigences, je veux bien que l’on me démontre le défaut d’universalité de ma pratique maçonnique.
        Au choix mon Frère, la langue ou le clavier : sept fois.

        • 18
          marcos testos
          29 novembre 2019 à 09:58 / Répondre

          Mon TCF Désap.
          Je ne te reprend pas plaisir crois moi. J’essaie juste de corriger tes erreurs ou tes mauvaises interprétations. En l’occurrence je te précisais simplement que le mot « Emulation » employé seul ne pouvait pas etre considéré uniquement comme un style (style Emulation) et que dans ce cas il valait mieux parler de rite (rite Emulation). Mais si tu tiens à tout prix à ce qualificatif il faut que tu ailles jusqu’au en parlant du « Rite anglais de style émulation ».
          Pour ton info, il n’y a pas d’oeucuménisme dans nos tenues. Nous n’en avons pas besoin puisque je te le rappelle la croyance en Dieu est une condition indispensable pour etre initié à la GLNF. Tu dois confondre avec d’autres obédiences qui ont fait leur religion de l’agnosticisme ou l’anti-théisme.

  • 14
    pierre noel
    27 novembre 2019 à 17:12 / Répondre

    Complément à 13 : j’ai écrit trop vite ! Mea Culpa.
    Je voulais dire que le clivage sociologique ancien/moderne caractéristique de la maçonnerie en Angleterre ne s’est pas retrouvé dans les colonies américaines, les conditions étant bien différentes. Tout ce qui gravitait autour du gouvernement britannique, de la gentry coloniale, de l’attachement au « vieux pays » (et avec elle la fm « moderne » à l’anglaise) disparut avec la guerre d’indépendance, donc près de dix ans avant l’arrivée des Français fuyant la révolte des esclaves.

  • 13
    pierre noel
    27 novembre 2019 à 11:29 / Répondre

    L’ouvrage de Pierre Mollier, remarquable à plus d’un titre, permet de mieux comprendre ce qu’était la maçonnerie des Anciens. Il montre aussi, me semble-t-il, que la distinction ancien/modern n’a pas la signification sociologique (le clivage entre classes sociales) qu’elle eut en Angleterre et plus particulièrement à Londres.
    L’origine en fut l’afflux de maçons Irlandais à Londres dans les années 1740, en quête de travail et d’une vie meilleure. Initiés en Irlande, comme Laurence Dermott, ou dans des loges formées dans ce but dans la capitale anglaise, ils se virent quasi systématiquement refusés dans les loges de la « première » Grande Loge (de 1717/21) de composition sociale très supérieure, la gentry, les cercles proches du pouvoir, les sociétés savantes, le parti whig …. Ces loges « nouvelles » se groupèrent pour fonder une Grande Loge rivale (en 1751) qui ne fut pas reconnue par la « première » car trop populaire, trop classes-moyennes-inférieures, trop prolétaire et trop irlandaise (le migrant économique étant autrefois considéré comme il l’est encore au jour d’hui). Son succès vint évidemment de son champ de recrutement, bien plus vaste que celui de leurs rivaux. En plus, ces loges essaimèrent dans les colonies et y obtinrent un succès plus grand encore, multipliant les admissions dans toutes les classes de la société coloniale, s’étendant chez tous, profitant de l’esprit d’entraide et du « fraternalisme » prévisible dans un pays en friche.
    C’est la maçonnerie des « Anciens » (celle de 1751) qui s’implanta dans les colonies américaines (particulièrement en Pennsylvanie où les quelques loges « modernes » furent balayées en quelques années). C’est elle que les colons Français trouvèrent lorsqu’ils fuirent la révolte de leurs esclaves à Saint-Domingue. Ils y apportèrent leurs pratique maçonnique, façonnée sur celle de la mère-patrie (la France). Il n’est donc que normal que les deux s’y mélangent de ci de là. Le rituel pratiqué en Louisiane (pp 104-157) montre ce mélange. La disposition de la loge est « ancienne », l’atmosphère de la réception est « française » avec les questions dans le cabinet de réflexions, les voyages plutôt « musclés », l’eau et le feu, la saignes, la liqueur amère, les question menaçantes …. En revanche, l’obligation, les pénalités, la lumière dans le cercle des épées sont bien « anciennes » (au sens propre, car commune aux deux GL anglaises). Le grade de Maître relève presque exclusivement de la tradition britanniques, commune à l’Irlande et à l’Angleterre. La réception s’y fait en deux temps, l’introduction et l’obligation d’abord, la « pièce dans la pièce » ensuite (après que candidat eut été averti qu’il allait « représenter un des plus grands hommes du monde », p 147). Le récit de la légende hiramique est typiquement anglais avec l’évocation à la « Règle de Trois » (p 148), connue depuis Prichard mais absente, si je ne me trompe, de la maçonnerie française. Après le relèvement du cadavre (il n‘y a pas de résurrection dans la maçonnerie de langue anglaise), il est inhumé dans le sanctuaire du Temple, le Saint des Saints (p 153).
    Il faut peut-être relever que certaines loges actuelles de la Nouvelle-Orléans (les plus anciennes) conserveraient quelques choses de cet héritage français.

  • 12
    Désap.
    26 novembre 2019 à 17:22 / Répondre

    Dans le numéro 186 de Renaissance Traditionnelle, avril 2017, sous le titre « La « tradition des Antients »: un mythe historiographique français », Roger Dachez déclarait :
    « … une réalité toute simple apparaît : ce qui séparait les Anciens et les Modernes, en Angleterre, sur le plan strictement maçonnique et rituel, tenait à très peu de chose, et cette différence est allée en s’amenuisant très vite, au point qu’il fut très facile d’aplanir définitivement les obstacles qui les séparaient encore à la fin du XVIIIe siècle. »
    .
    Notons tout d’abord qu’il fallut soixante deux ans d’une lutte féroce, où l’on ne se reconnaissait pas, pour qu’une union entre Moderns et Antients s’opère et ceci principalement à la faveur des nécessités de la Couronne. D’autre part, nous savons que le style Emulation pris pas moins de deux générations pour s’imposer dans toutes les loges anglaises.
    Mais ce qui apparait plus délicat se trouve au point de vue du « le plan strictement maçonnique et rituel » que notre Frère juge comme tenant « à très peu de chose » et qu’il réduit à des différences de mot de grade et de position des plateaux des Surveillants dans l’arrangement des loges.
    Or, à la lecture des rituels Antients il apparait qu’il en est tout autrement.
    Les différences sont au contraire bien marquées.
    Quand les Moderns prenaient une singulière distance vis à vis du principe religieux en 1723, les Antients de 1751 en conservaient toute l’orthodoxie catholique.
    Bien emblématique de cette différence fondamentale est la légende d’Hiram des Antients qui porte une signification pas moins contraire à celui du rite Modern.

  • 11
    Pierre Mollier
    25 novembre 2019 à 07:38 / Répondre

    Oui l’ouvrage de Ragon est assez déconcertant. Comme dans toutes les plaquettes de cette série il commence par dire grand mal du rituel qu’il publie… A la lecture de ces introductions fantasques et désopilantes on se demande d’ailleurs pourquoi il publie ces textes. Il faut dire que ce sont des publications très tardives, autour de 1860 (il meurt en 1862), peut-être tout simplement pour des raisons économiques. Les très courts passages sur le Passé-Maître, la Marque et l’Excellent Maître sont effectivement très curieux et assez loin des références symboliques classiques de ces grades que nous connaissons aujourd’hui. A sa décharge il faut dire que tous les manuscrits français de ces grades des années 1800-1820 sont un peu comme cela. Tu verras mon introduction au rituel de « Mark Maçon » que je publie. En revanche, son rituel de Royal Arch est tout à fait intéressant et s’inscrit vraiment dans une filière « Antients-Pennsylvanie-Saint-Domingue ».

  • 10
    pierre noel
    24 novembre 2019 à 15:49 / Répondre

    Avant de lire le dernier cru de Pierre Mollier, j’ai eu la curiosité de parcourir (relire?) l’ouvrage que J.M. Ragon (« ancien vénérable maître des trois ateliers des trinosophes à Paris ») consacra au « Rituel de la maçonnerie de Royale-Arche improprement appelée Rite d’York » (1861 ?). Ce sont 46 pages d’un méli-mélo où une chatte ne retrouverait pas ses petits!
    Il mélange les rituels de passé-maître, de maçon de marque, de très-excellent maitre et de Sainte-Arche-Royale, les signes, les mots de reconnaissance, l’ordre des degrés … jusqu’à rendre l’ensemble incompréhensible. Pour qui connaît un peu ces degrés en Ecosse, en Angleterre, aux USA, une seule question vient à l’esprit : mais où donc Ragon a-t-il pêché tout cela ? Rien n’est tout à fait faux, mais tout est irrémédiablement mélangé.
    Une remarque est sans doute vraie « Un chapitre de Royale- Arche, rite d’York, fut établi à Paris dans la loge le Phoenix en 1817, par le F. Hacquet, G. Prêtre, et dont nous avons fait partie ainsi que le prouve la patente qui nous a été délivrée le 1er octobre 1818 » (p. 25).
    J’ai eu en outre la surprise de lire dans ce recueil une traduction fidèle de « l’allocution au nouvel initié » (p 40-42) qui n’est autre que la « charge of the newly admitted freemason » qui termine l’initiation au 1er degré dans les loges Anglaises et Ecossaises (texte dont la première version, apparue à Dublin en 1735, est tout sauf du « rite d’York »))
    (D’après Songhurs, ces rituels datent de 1861 : The Tuileur general, ou Manuel de l’initié, Paris 1861, is without doubt the seventh volume of Les fastes initiatiques as it bears the title and conforms generally to the description of that volume as given in Orthodoxie maconnique. He also published in 1860 and 1861 a number of Rituals or Monitors of different grades.)

  • 9
    Michel HERMAND
    24 novembre 2019 à 09:39 / Répondre

    Bonjour Pierre(*2)!
    Je l’ai reçu hier et m’en vais le dévorer.
    Puisque l’on parle de Ragon, serait-il possible qu’il ait emporté dans ses bagages en 1820 les « archives américaines » du SCDF?
    Un autre « coupable » potentiel est Glock d’Obernai, parti aux Etats-Unis à peu près au même moment. Ce serait d’ailleurs amusant d’étudier la possibilité d’une rencontre entre les deux hommes… voire d’une traversée de l’Atlantique sur le même bateau.
    Excellent dimanche.

  • 7
    Joël
    23 novembre 2019 à 18:48 / Répondre

    Le plus célèbre de tous les Frères de l’atelier La Réunion des Amis du Nord à l’Or. de Bruges s’avère sans conteste le Français Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781-1862), considéré par ses pairs comme le franc-maçon le plus instruit de son siècle. Les hasards de sa carrière administrative l’avaient conduit aux confins de la Flandre. Il faut préciser que Napoléon avait fait de la ville un casernement dans la perspective de l’invasion de l’Angleterre. Fonctionnaire à la Recette Générale du département de la Lys (Flandre occidentale), Ragon est initié à La Réunion des Amis du Nord en 1804. Il en devient le Secrétaire en 1805 avant d’être élu Grand Archiviste-Garde des Sceaux du Chapitre.
    En déplacement à Paris, il se surnommait lui-même « le frère J.M. de Bruges ». C’est à son époque que La Réunion des Amis du Nord connut son apogée, entre 1805 et 1808, quand le nombre de membres passa de 59 à 108. Après la révolution belge de 1830, la Loge et le Souverain Chapitre brugeois furent « mis en sommeil » ou déclarés « dormants », c’est-à-dire en cessation temporaire d’activité. Cette situation lui conservait son caractère régulier. C’est ainsi que, selon le jargon maçonnique, « les colonnes et les feux ont pu être rallumés » le 22 juin 1996. Tout au long de son parcours initiatique, Ragon essaiera de concilier alchimie, ésotérisme d’inspiration johannique et symbolique traditionnelle, notamment dans son essai La Maçonnerie occulte. À lui revient l’idée originale de lancer la revue Hermès, la première de la longue histoire de la Franc-maçonnerie (1818-1820), un journal très vite interdit par le Grand Orient pour « indiscrétion ». Et c’est lui qui transforme la formule rituelle « Liberté de passer » en… « Liberté de penser » !
    Après la défaite de Napoléon à Leipzig, les troupes françaises quittent Bruges en février 1814. La même année, à Paris, Ragon est le fondateur et le Vénérable de la célèbre Loge parisienne Les Vrais Amis, dont il atteindra le grade suprême. Cette Loge est plus connue sous le nom de Trinosophes, un néologisme dont l’étymologie signifie « Trine-Une Sophie », référence explicite au livre attribué à l’énigmatique comte de Saint-Germain, La Très Sainte Trinosophie. Apparemment pourvu du don d’ubiquité, Ragon fait un moment partie du rite « égyptien » de Memphis Misraïm. Il aurait reçu les Arcana Arcanorum, c’est-à-dire les ultimes degrés (sur une échelle de 90 ou 95 !) qui donneraient une explication hermétique des rapports de l’homme avec la divinité par la médiation des esprits célestes. D’autre part, Ragon est un membre actif du fameux, ou fumeux selon d’aucuns, Ordre du Temple de Fabré-Palaprat soutenu par Napoléon à des fins politiques. Il appartient également à la Loge Le Phénix du Grand Orient de France. Quoique souvent traité de plagiaire subtil ou de compilateur besogneux, il exercera une influence certaine sur Éliphas Lévi (1810-1875), l’auteur du Dogme et rituel de Haute magie qui devait lancer pour longtemps la vogue de l’occultisme en France, relayée par de jeunes écrivains comme Villiers de l’Isle-Adam et Catulle Mendès. En juin 1887, dans son introduction à L’Occultisme contemporain, Papus peut encore faire l’éloge de Ragon au nom de tous les Francs-maçons :

    Donner aux Enfants de la veuve d’après les conseils de leur auteur sacré Ragon aux kabbalistes et aux Théosophistes une bibliographie qui leur permette d’étendre le domaine de leurs connaissances, fournir aux critiques le moyen de savoir ce dont ils parlent, ce qui ne leur arrive pas toujours, remettre en lumière des savants injustement ignorés comme Louis Lucas ou Hoëne Wronski, enfin montrer à tous la réaction anti-matérialiste qui se produit en ce moment, telles sont les fins que je me propose en publiant ce petit traité :

    Pour être précis, Constantin Rodenbach (ndr : grand-père de Georges Rodenbach, auteur de Bruges-la-Morte) et le Français n’étaient pas à Bruges à la même époque. Ce qui n’empêche pas d’imaginer qu’ils aient pu se rencontrer, échanger des courriers ou encore que l’aura internationale de Ragon ait continué à imprégner les travaux de l’Atelier flamand dont, rappelons-le, il était le Grand Archiviste.
    Le controversé Paul de Saint-Hilaire assure, en omettant de citer ses sources, qu’une trentaine de Francs-maçons belges illustres se seraient fait initier à Paris, de 1821 à 1823, dans l’Ordre du Temple fondé par Fabré-Palaprat en 18084. Comme je l’ai dit, Ragon en était un membre actif et éminent. Il convient de noter que Bernard-Raymond Fabré-Palaprat (1773-1838), Grand Maître de ces néo-templiers, était chirurgien dans la Grande Armée et professeur à la Faculté de Médecine. Il fut même un pionnier du galvanisme à des fins thérapeutiques. Il n’est pas impossible que Constantin Rodenbach, qui avait étudié à Paris et qui exerçait la même profession que lui, l’ait connu personnellement… Les « templiers » belges auraient tous joué un rôle décisif dans les événements de la Révolution belge de 1830, aux côtés de leurs rivaux et amis pour la cause, les Carbonari exilés en nombre chez nous. Si ces allégations sont fondées, il est quasi certain que Constantin Rodenbach a fait partie des « heureux élus » à Paris. D’autant que le baron Larrey, son probable parrain en Maçonnerie, entretenait pour sa part des liens étroits avec l’amiral britannique Guillaume Sidney Smith, un des dignitaires de cette néo-templerie…
    Mais revenons-en à Jean-Marie Ragon qui était un véritable graphomane. Ainsi lui doit-on La Messe et ses Mystères, Le Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, l’Orthodoxie maçonnique : suivie de la Maçonnerie occulte et de l’initiation hermétique dont la présentation ampoulée par l’auteur dénote des orientations gnostiques, martinistes et alchimiques que j’évoquerai au chapitre 22 :
    Les sciences occultes révèlent à l’homme les mystères de sa nature, les secrets de son organisation, le moyen d’atteindre à son perfectionnement et au bonheur. Leur étude était celle des hautes initiations égyptiennes. Le premier but fut de tirer l’homme de l’état de barbarie pour le civiliser, et de prendre l’homme civilisé pour le perfectionner, afin de ramener l’homme que l’on croyait déchu à sa première nature. Le second but fut la recherche des moyens de relever la matière à sa première nature, dont on la croyait aussi déchue. Ainsi, la mystagogie ou l’initiation aux mystères avait ses deux divisions.
    Dans la première, on ne purifiait que des penchants, on ne passait au creuset que des hommes ; c’était une alchimie des esprits, une mystagogie humaine. La seconde était l’initiation aux mystères des opérations de la nature, une mystagogie des corps. Dans l’une, on cherchait la pierre cubique ou la pierre angulaire du temple de la philosophie, capable de réunir intellectuellement par ce symbole ingénieux, toute l’humanité dans une même foi, une même espérance, un même amour. Dans l’autre, on cherchait ce qui peut ramener l’âge d’or : la pierre philosophale et l’élixir qui prolonge la vie.

    Aujourd’hui, Ragon reste principalement connu pour son Tuileur Général de la Franc-maçonnerie ou Manuel de l’Initié5, une somme fastidieuse, c’est la loi du genre ! qui reprend les nomenclatures de 75 Maçonneries, 52 rites, 34 Ordres dits maçonniques (sic), 26 Ordres androgynes, 6 Académies maçonniques et plus de 1.400 grades, etc.
    À la fin du 19ème siècle, les catalogues des libraires antiquaires insistaient encore sur l’intérêt et la rareté de cet ouvrage qui était donc accessible au lettré curieux.

    A lire : Le secret de Bruges-la-Morte (pdf gratuitement en ligne)
    https://bruges-la-morte.net/

    • 8
      Joël
      23 novembre 2019 à 19:19 / Répondre

      Répond à 2ème partie, IV de l’article liminaire

  • 6
    Willermoz 59
    23 novembre 2019 à 18:04 / Répondre

    Ce type de littérature est quand même plus intéressant que les élucubrations sur les symboles et les manuels de réussite maçonnique…

  • 5
    Pierre Mollier
    23 novembre 2019 à 15:57 / Répondre

    Un grand merci pour ces premiers retours très positifs. Cette recherche a été une véritable enquête entre France et États-Unis. Il y a un côté tragique, l’histoire de Saint-Domingue de 1790 à 1804, mais aussi romanesque dans cet épisode maçonnique.

  • 4
    Désap.
    23 novembre 2019 à 10:51 / Répondre

    Passionnant et rédigé de telle façon que l’on à du mal à quitter le livre pour aller dormir 🙂
    Egalement, le support et les couvertures des ouvrages de Pierre Mollier sont toujours splendides.
    Sagesse, Force et Beauté.
    Merci mon TCF.
    TF
    Patrick B.

  • 3
    Augustin1813
    22 novembre 2019 à 12:17 / Répondre

    Je le reçois à l’instant et suis impatient de trouver du temps pour le lire.

  • 2
    Pierre Moller
    22 novembre 2019 à 11:56 / Répondre

    Bonjour Pierre,
    Effectivement, la première pierre de cette recherche est la conférence que j’avais faite à Acta Masionica… il y a quelques années ! Le livre est parti de Paris, il devrait arriver à Bruxelles ces jours-ci 🙂 Il explore la période antérieure à celle que tu as étudié dans ta passionnante étude sur « Le Guide des Maçons Ecossais ». L’analyse que je défends est que 1804 – pour les grades symboliques du REAA – n’est pas un début… Mais un remake de ce qui s’était passé à Port au Prince en 1790. D’ailleurs, tous les premiers manuscrits des grades symboliques du REAA sont intitulés « Rite Ancien ».

  • 1
    pierre noel
    21 novembre 2019 à 14:51 / Répondre

    Je suis impatient de lire le nouvel ouvrage de Pierre Mollier. Il était venu il y a une quinzaine d’années parler à AM de l’éat de ses travaux sur Hacquet et la GL de Pennnsylvanie. C’était l’ébauche de ce travail bien plus important.
    Je suis particulièrement intéressé par ce qu’il nous apprendra de Ragon.
    Dans un ancien AQC, Songhurst avait présenté à la loge une série de diplôme de Ragon qu’il avait acquis. Is relatent déjà une partie de sa carrière maçonnique (commencée en Belgique !)
    En 1819, Ragon avait quitté la France pour les USA. N’ayant pas eu ce qu’il espérait, il revint en France quelques années plus tard.
    Or je n’ai pas réussi à savoir ce qu’avait été sa carrière ultérieure (époque pendant laquelle il publia tous les ouvrages qui ont fait sa renommée dans le petit monde qui est le nôtre.

    – Certificates and Diplomas of Jean Baptiste Marie Ragon : —
    1. La Reunion des Amis du Nord. Bruges, 1st February, 1805.
    2. M .-. P .’. et M .’. ELU. Bruges, 30th May, 1805.
    3. ,, „ Paris, 9th February, 1810.
    4. Elèves de Minerve. Royal Order of Scotland, Paris, 12th March, 1804.
    5. Grands Ecossois de St. André d’Ecosse. Rose croix. Angers, 9th September, 1806.
    6. Elèves de Minerve. 31°. Paris, 25th November, 1804.
    7. Eleves de Minerve. Appointment as representative at La reunion des Amis du Nord.Paris, 25th April, 1807.
    8. Point Parfait. Rose Croix (Certificate of affiliation). Paris, 25th April, 1809.
    9. Grand Orient of France. 33°. Paris, 6th December, 1819.
    10. Order of the Temple. Paris, 19th October, 1819.
    11. „ „ (Powers for Palermo). Paris, 19th December, 1819.
    12. „ ,, (Powers for Virginia). Paris, 22nd December, 1819.
    13. „ „ (Powers for Virginia and Kentucky). Paris, 26th Dec, 1819.
    14. Trinosophes. (Founder’s Certificate). Paris, 6th September, 1819.
    15. Powers for Virginia and Kentucky, signed « Richard. » Paris, 1819.
    16. Cercle de Polymnic. Bruges, 10th May, 1809.
    17. La Reunion des Amis du Reveil de la Nature. Paris, May 1817.
    Presented to QC Lodge
    « JM Ragon » (Songhurst, AQC, 1905, vol 18)

    J’aimerais beaucoup en savoir plus sur ces « Elèves de Minerve » !

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