Alain Michon
Alain Michon, Grand Maître National
de la Fédération française de l'Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN

Une interview d’Alain Michon, Grand Maître de la Fédération française du Droit Humain

Par Géplu dans Interviews

La Fédération française du Droit Humain, c’est plus de 17 000 Frères et Sœurs, répartis dans 518 loges. Alain Michon vient d’être réélu pour une deuxième année Grand Maître National. Il a accepté de répondre à quelques questions du Blog Maçonnique.

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Géplu : Très Respectable Frère Alain, tu viens d’être reconduit pour la seconde année Grand Maître National de la Fédération française du Droit Humain. Dans quel esprit abordes-tu cette nouvelle année de responsabilités, et quelles sont les priorités de ton mandat ?

Alain Michon : L’année qui s’annonce sera celle de chantiers très importants pour la Fédération française. Celui qui est sans doute le plus important, et original dans la pratique maçonnique,  vise à  faire vivre dans les loges de la Fédération française, et à tous les degrés, un espace ordonné de réflexion et de propositions sur le devenir de la maçonnerie mixte et internationale qui est la nôtre. Il est absolument nécessaire de bien comprendre comment porter l’idée et l’idéal maçonniques dans la société actuelle, et leur permettre de se projeter dans l’avenir. Cette réflexion doit à notre sens être enrichie de tous les apports des Frères et Sœurs de la Fédération française. Nous sommes fidèles à l’esprit dynamique qui a présidé à notre création à la fin du XIXème siècle, et c’est précisément la raison qui nous pousse à trouver comment poursuivre aujourd’hui ce que nos Fondateurs ont projeté.

Comment définis-tu la place qu’occupe le Droit Humain dans le paysage maçonnique français aujourd’hui ?

Nous sommes nés d’une transgression, l’initiation des femmes

Une place particulière. Nous sommes l’Obédience historique de la mixité, et cette mixité est constitutive de notre identité. Elle nous donne un regard particulier sur le travail maçonnique. Le premier article de  notre Constitution pose le socle, à savoir « l’égalité de l’homme et de la femme ». Dans la société comme dans l’initiation maçonnique. Et nous avons également une dimension internationale.

Notre projet, porté par la liberté absolue de conscience, ne fait pas de distinctions d’ordre social, ethnique, philosophique ou religieux. Nous sommes nés d’une transgression (l’initiation des femmes) mais cela ne nous enferme pas dans l’isolement. Nous faisons notre chemin dans le respect des particularités des uns et des autres.

Quelles sont les relations du Droit Humain avec les autres obédiences ?

Fraternelles, sans faux fuyants, tranquilles… Nous considérons la diversité maçonnique comme une richesse. Certains nous considèrent comme irréguliers. La place égale accordée aux femmes et aux hommes y est peut-être pour quelque chose…

L’ouverture du Grand Orient de France à la mixité a-t-elle nui ou fait de l’ombre au DH ?

Je ne voudrais pas froisser qui que ce soit, et surtout pas le Grand Maître du GODF. Car nos relations sont réellement très fraternelles et nous savons très bien que nous partageons des valeurs communes évidentes. Mais je ne pense pas que le GODF, en tant que tel, soit devenu mixte. Des loges du GODF sont mixtes, ce qui n’est pas la même chose. Ce que nous savons montre que l’existence de ces loges mixtes n’affecte pas particulièrement l’entrée ou la permanence du nombre de Sœurs au Droit Humain. Je voudrais aussi dire que les Sœurs, comme les Frères du reste, ne sont pas la propriété d’une Obédience. La recherche maçonnique a besoin d’hommes et de femmes libres qui choisissent librement leurs engagements et leurs chemins.

Le Droit Humain est mono-rite REAA. En quoi la pratique du REAA au Droit Humain, obédience sociétale, diffère-t-elle de celle du REAA de la Grande Loge de France, obédience revendiquant la régularité ou de celui d’autres obédiences ?

Nous pensons que la démarche initiatique porte en elle une ouverture humaniste sur la Cité

La réponse est un peu dans la question… Depuis nos débuts nous travaillons à la fois sur l’initiatique (et de manière approfondie) et sur l’ouverture aux questions sociales (pour dire un peu vite). Notre tradition est ainsi faite. Nous pensons que la démarche initiatique porte en elle une ouverture humaniste sur la Cité. Nous restons fidèles au projet de construire une humanité organisée en sociétés libres et fraternelles. Cela implique de s’inscrire dans le monde et la société. Comme chaque Frère ou Sœur l’entend, dans le cadre de nos valeurs. Notre pratique du REAA n’est pas antinomique de la présence au monde et du souci de l’humanité. Beaucoup de Frères et Sœurs du Droit Humain savent combien il est exigeant et difficile de mettre en œuvre ce que l’initiatique nous a appris pour traiter une question sociale dans une perspective maçonnique. Je dirais enfin, en souriant, à propos de REAA, qu’il y a peut-être plusieurs demeures dans la maison du père…

Philippe Foussier, le nouveau GM du GODF a dit être favorable à l’organisation d’une manifestation pour le tricentenaire commune aux grandes obédiences françaises. Que penses-tu de cette proposition ?

Une intervention commune de plusieurs Grands Maîtres, dont celui du GODF, est en cours d’organisation à ce propos. Nous serons présents. Nous indiquerons notre perception des choses.

Tu as parlé dans ton rapport moral au Convent du dernier week-end d’août de la nécessité d’augmenter la présence du Droit Humain dans les médias. Peux-tu nous expliquer ce que tu entends par là ?

Il est certain que nous devons poursuivre notre effort pour faire connaître nos travaux et nos vues sur des sujets de fond qui traversent l’actualité. Mais j’ai plutôt dit que nous devions trouver nos moyens de communiquer en cherchant à nous adresser à des publics précis. Il est bien question de médias, mais d’une manière ciblée, maîtrisée. Nous avons publié beaucoup de communiqués l’an dernier sur des sujets d’actualité et leur réception nous laissent penser qu’il faut poursuivre. Nous travaillons à des formes de communications actuelles et vivantes. Du nouveau pourrait arriver. Mais je vais garder le secret pour l’instant !… Les canaux maçonniques seront informés en  temps voulu.

Dans ce même discours tu as aussi parlé de « générations et de groupes trop absents sur les colonnes ». Lesquels et que faire pour promouvoir l’initiation comme alternative spirituelle ?

Au Droit Humain nous n’avons pas à nous poser la question de la présence des deux genres sur nos colonnes, ce qui est un acquis dû à nos fondateurs

Le sens de cette préoccupation est connu de beaucoup de maçons, je crois. Je suis persuadé qu’il n’y a pas qu’au Droit Humain qu’on cherche comment nous pourrions nous ouvrir à des catégories sociales qui sont très et trop peu représentées dans nos temples. De même que les jeunes adultes ne sont pas assez présents. Ne nous voilons pas la face sur ces sujets. Nous savons très bien que nous sommes là sur un sujet difficile. Ni jeunisme ni idéalisation des représentations…

Au Droit Humain nous n’avons pas à nous poser la question de la présence des deux genres sur nos colonnes, ce qui est un acquis dû à nos fondateurs. Mais l’universalité justement affichée dans notre ambition signifie un travail de transmission profond. Si les « jeunes » ont besoin de nos connaissances et de nos expériences de maçons plus anciens, nous avons aussi besoin d’eux, ne serait-ce que parce que ce sont eux qui seront les forces vives de demain. Il n’y a là nulle démagogie ni facilité, loin de là, mais juste un rappel d’une réalité. Nous devons avoir confiance dans les jeunes qui viennent à nous, et leur permettre de prendre le relai et de poursuivre la tâche. La tradition doit être vivante, sinon elle est menacée de perdre son âme.

Quelle est la position du Droit Humain sur la laïcité, et quelles sont ses relations avec des instances telles que l’Observatoire de la laïcité ?

La laïcité est inscrite dans la Constitution du Droit Humain, ainsi que la liberté absolue de conscience

Nous nous sommes rendus l’an dernier avec la Grande Loge Féminine de France et le Grand Orient de France à l’invitation de l’Observatoire de la laïcité. Nous avons présenté nos approches en présence les uns des autres, ce qui était très intéressant. Ce temps d’écoute et d’échanges reposait sur un respect mutuel. La laïcité est inscrite dans la Constitution du Droit Humain, ainsi que la liberté absolue de conscience. Nous sommes donc attachés à ce qu’elle représente et signifie, à son aspect protecteur des libertés et de la paix civile. C’est dans ce sens qu’il faut veiller à son respect rigoureux, à ne pas l’adjectiver ou l’ajuster à la demande. Le fait qu’elle soit parfois instrumentalisée et détournée par certains à des fins d’exclusion est une raison supplémentaire pour l’expliquer, particulièrement aux jeunes, pour faire comprendre qu’elle est un outil de la concorde. La résistance aux communautarismes passe par elle et en elle. Veillons donc à ne jamais leur donner la moindre goutte d’eau à leur moulin ravageur, pas plus qu’aux identitaires de toutes veines. Nous portons le nom de Droit Humain : il y a là un programme fraternel.

lundi 11 septembre 2017 Pas de commentaires

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