Jonathan Swift
Jonathan Swift

Archéologie des hauts grades maçonniques

Par Patrick Négrier dans Contributions

Suite aux récents articles publiés sur les relations entre les Chevaliers templiers et la franc-maçonnerie, Patrick Négrier m’a envoyé cet article, consacré à ce qu’il a appelé « l’archéologie des hauts grades maçonniques ». C’est avec plaisir que je soumet cette réflexion historique à l’appréciation des lecteurs du Blog Maçonnique Hiram.be
Géplu

1658 : le Contrat maçonnique de la loge écossaise de Perth établit premièrement le fait historique de la filiation institutionnelle de la loge calviniste presbytérienne de Perth à la loge écossaise et calviniste presbytérienne de Kilwinning, et il établit deuxièmement la filiation culturelle de la loge de Kilwinning (qui pratiquait au moins depuis 1637 le rite calviniste du Mason word ou Mot de maçon, lequel se référait explicitement à la symbolique du temple de Jérusalem bâti par Salomon et décrit en I Rois 6-7) au « temple des temples », allusion à la symbolique du temple de Jérusalem qui servit effectivement de fondement au rite du Mot de maçon (usage des mots Bo’az et Yakin) pratiqué alors par les loges calvinistes presbytériennes d’Ecosse comme celles de Kilwinning et de Perth.

1724 : se basant sur le Contrat de Perth, et dans l’intention de se moquer des loges écossaises presbytériennes qui pratiquaient le rite calviniste du Mot de maçon qu’il appelle une « vomissure » (il utilise dans son texte un néologisme tiré à la fois de l’hébreu et du grec, Manaboleth, qui signifie « vomissure »), l’écrivain pamphlétaire irlandais et anglican Jonathan Swift, profondément hostile au calvinisme presbytérien des Ecossais, écrit sa Lettre de la grande-maîtresse des franc-maçonnes à M. Harding imprimeur où, en raison du rapport culturel qui reliait la loge de Kilwinning praticienne du rite du Mot de maçon à la symbolique du temple de Jérusalem, il mentionne la loge de Kilwinning qu’il associe, sans aucun égard pour la vérité historique, à la mention des chevaliers de saint Jean de Jérusalem et de Malte, non qu’il y ait eu le moindre rapport historique entre la franc-maçonnerie apparue en 1356 (Règlement pour les maçons de Londres) et cette chevalerie, ni même qu’il y ait eu le moindre rapport historique entre les loges calvinistes presbytériennes d’Ecosse pratiquant le rite du Mot de maçon et les chevaliers catholiques, mais parce que les loges écossaises qui pratiquaient le rite calviniste du Mot de maçon pratiquaient avant 1637 le rite anglican des Anciens devoirs (comme l’a montré le professeur David Stevenson dans Les Premiers francsmaçons), rite au cours duquel ces loges écossaises avaient l’habitude de recevoir leurs apprentis le jour de la saint Jean d’hiver.

France de 1736-1737 : n’ayant pas compris que la Lettre de Swift de 1724 était un simple pamphlet dénué de portée historique (exceptée sa référence implicite au Contrat de Perth), le franc-maçon et chevalier catholique Andrew Michael Ramsay prit naïvement son contenu au pied de la lettre et crut qu’il pouvait se baser sur cet écrit de Swift pour proclamer devant des francs-maçons français (qui étaient pour la plupart catholiques) l’existence d’une filiation historique entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, filiation qui n’a jamais existé.

France, années 1740 : des rituels de hauts-grades maçonniques apparaissent. On trouve un écho de l’existence de ces hauts grades en 1745 dans L’Ordre des francs-maçons trahi de Gabriel-Louis Pérau. Certains de ces rituels prétendent continuer la légende d’Hiram et se réfèrent explicitement à la chevalerie.

Patrick Négrier

mardi 19 avril 2016 4 commentaires
  • 4
    MICHA 24 avril 2016 à 17:27 / Répondre

    Intéressant, merci.

    EM RL Iris Or Bouillon GOB

  • 3
    Jean-Pierre Bacot 20 avril 2016 à 18:48 / Répondre

    Il est probable que même sans Ramsay, l’imaginaire chevaleresque aurait surgi dans les rituels ne serait ce que pour rattacher symboliquement à la noblesse la bourgeoisie montante en quête de légitimité et permettre aux chrétiens d’avoir un référent mythique compatible avec leur croyance.
    Cela dit, remettre le « discours » de Ramsay à sa place est fort salutaire.
    Quand on pense que certains en ont fait le symbole du développement international du rite moderne, on en reste ébahi

  • 2
    Green man 19 avril 2016 à 18:35 / Répondre

    Rite Anglican, rite Calviniste , chevaliers catholiques, sont des comportements religieux pratiqués dans la franc maconnerie avant le dix huitieme siecle anglais.
    Interessant, nouveau.

  • 1
    Speculum 19 avril 2016 à 13:18 / Répondre

    Mettre les references en marge, et le travail sera incontestable.

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