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Dimanche 29 Août 2010
Bernard Faÿ, parcours d'un antimaçonProfesseur au Collège de France et à la Columbia University, spécialiste lui aussi de Proust , Antoine Compagnon s'est lancé sur les traces de Bernard Faÿ (1893-1978). Ses recherches nous valent un livre, Le cas Bernard Faÿ. Du Collège de France à l'indignité nationale.
Livre particulièrement intéressant car les Maçons qui s'intéressent plus particulièrement à la situation de la Franc-Maçonnerie sous le régime de Vichy ont peut-être tendance à penser que les antimaçons n'étaient que de sombres brutes à l'intelligence limitée. Ce n'est certainement pas le cas de Bernard Faÿ qualifié par Compagnon de personnalité omniprésente du monde parisien des arts et des lettres dans les années 1920 et 1930 (y compris du gay Paris).
Celui qui devint un collaborateur de haut vol et écrivit dans Je suis partout (hebdomadaire proche de l'Action française et qui dériva vers l'antisémitisme dès 1934) fut aussi l'ami de Gertrude Stein (qui alliait le conservatisme politique et le modernisme esthétique et traduisit en anglais les Paroles aux Français du maréchal Pétain!) et Alice Toklas - juives et lesbiennes - qu'il protégea pendant la guerre. Il traduisit d'ailleurs l'autobiographie d'Alice Toklas. L'administrateur général de la Bibliothèque nationale qui réorganisera fort bien cette institution (même si toutes ses réformes n'aboutirent pas pendant cette période) fut aussi celui qui récolta et archiva à la BN les archives maçonniques, d'août 1940 à août 1944, et prépara l'exposition anti-maçonnique La franc-maçonnerie dévoilée. L'auteur de La franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle du XVIIIe siècle (ouvrage auquel on s'intéressait dans les Loges dans l'avant-guerre) publié en 1935 ne faisait pas siennes les thèses de l'abbé Barruel sur le complot maçonnique et entretenait des relations cordiales avec l'historien Albert Lantoine. C'est pourtant Faÿ qui se porta à la tête du combat antimaçonnique, par exemple dirigea les Documents maçonniques et se vanta de son rôle dans la conception de la loi du 11 août 1941 alignant le statut des Francs-Maçons sur celui des juifs et instituant contre eux la délation d'Etat, mais, de fait, la campagne contre la maçonnerie ne prit jamais la tournure d'une guerre totale et elle n'eut rien de commun avec la persécution antijuive (...). Ce boîteux (alité entre 5 et 13 ans pour cause de poliomyélite), réformé, s'engagea dès août 1914 dans la Croix-Rouge aux armées et il reçut la croix de guerre en 1917 à Verdun. C'est cet homme qui fraya aussi avec les Allemands et obtint du délégué du Sicherheitsdienst (SD) pour la France, le SS-Sturmbannführer Schilling, l'immeuble du Grand Orient de France à Paris. C'est lui qui, en octobre 1941, donna un thé en l'honneur du SS-Standartenführer Franz Six de retour d'URSS où il avait dirigé une unité de l'Einsatzgruppe B. Cet américaniste et américanophile, ancien d'Harvard, auteur de L'esprit révolutionnaire en France et aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle (considéré par le jury du prix Pulitzer comme le meilleur de l'année 1925 pour l'histoire américaine) qui donna cours aux USA et dont les livres restent des références, finit par jouer les délateurs pendant l'Occupation et, jamais, ne s'excusa ou ne fit part du moindre remords. Arrestation et condamnation de Bernard Faÿ
Faÿ fut arrêté le 19 août 1944 puis placé sous mandat de dépôt à la Préfecture et interné administrativement à Drancy jusqu'en juillet 1945 avant d'être incarcéré à Fresnes jusqu'en janvier 1947. En 1946, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité et à la confiscation de ses biens (limitée aux valeurs mobilières par décret présidentel de 1949) et à la dégradation nationale.
La peine de travaux forcée à perpétuité fut commuée en 1948 à 20 ans de réclusion. Cette peine fut accomplie à Saint-Martin-de-Ré puis à Fontevrault et il s'évada le 30 septembre 1951 de l'hôpital d'Angers où il était soigné. Compagnon mentionne qu'il prit la clé des champs après la messe avec la complicité des religieux et franchit la frontière suisse déguisé en curé, ce qui lui valut encore cinq ans de prison par défaut. Seule petite lacune de cet ouvrage; on aurait aimé en savoir plus sur cette évasion et cette filière. Faÿ fut gracié en 1959 et revint en France où il publia des livres à la Librairie académique Perrin. Son enterrement en 1978 eut lieu à saint Nicolas des Chardonnet; il fut dirigé par Mgr Lefebvre et Mgr Ducaud Bourget.
Rééditions de livres de Bernard Faÿ
Quelques autres livres d'Antoine Compagnon
Jiri Pragman
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