Henri Delaage et les doctrines secrètes

Publié par Jiri Pragman
Dans Divers

La Bibliothèque nationale de France a numérisé en janvier 2008 le livre Doctrines des sociétés secrètes, ou Épreuves, régimes, esprit, instructions, moeurs des initiés aux différents grades des mystères d’Isis, de Mithra, des chevaliers du Temple, des carbonari et des francs-maçons. Cette monographie signée par Henri Delaage est parue à Paris en 1852.

Henri Delaage (1825-1882) a aussi publié Le Monde prophétique, ou Moyens de connaître l’avenir employés par les sibylles, les pythies, les aruspices, les sorcières, les tireuses de cartes, les chiromanciennes et les somnanbules lucides (1853), L’Eternité déveloilée, ou Vie future des âmes après la mort (1854), Le sommeil magnétique expliqué par le somnanbule Alexis en état de lucidité, La Science du vrai, ou les Mystères de la vie, de l’amour, de l’éternité et de la religion dévoilés (1882), Le monde occulte, ou Mystères du magnétisme et tableau du somnanbulisme à Paris, tous édités chez E. Dutu.

Le nom d’Henri Delaage est cité dans les sites martinistes. Il passe pour avoir transmis une initiation au grade de Supérieur Inconnu à Gérard Encausse en 1882. Il était lui-même le petit-fils de Jean Antoine Chaptal intié par Louis-Claude de Saint-Martin.

Il faut lire le portrait d’Henri Delaage que trace Armand de Pontmartin dans Causeries littéraires :
Rajeunissez Saint Martin de quatre vingts ans faites lui lire en passant Hoffmann et Charles Nodier; égarez le sur les trottoirs de notre jeune littéraiure et vous aurez M Henri Delaage une physionomie charmante un No valis inachevé que je suis fâché de voir écrire de petits livres sur les Tables tournantes le Monde prophétique et la Chiromancie au lieu de consacrer son imagination si jeune et si fraîche à de vrais travaux littéraires N importe roman pour roman il en est peu de plus intéressants que le volume de M Henri Delaage sur les moyens de connaître l’avenir ou pour mieux dire sur le Magnétisme. S’il suffisait des séductions de l apôtre pour accréditer l’apostolat, je serais tout converti en lisant ou en écoutant M Henri Delaage. Il est si sincère si convaincu qu’une partie de sa conviction passe bon gré mal gré dans l esprit de son auditeur et l’on finit par croire avec lui. Le moment serait d’ailleurs mal choisi pour renier la grâce magnétique et j’aurais contre moi toutes les tables tous les chapeaux toutes les clefs et tous les saladiers de Paris. J’aime donc mieux recommander comme une attrayante lecture les récils merveilleux de M Delaage et surtout signaler en lui ce qui me paraît le distinguer des autres thaumaturges. Il ne voit dans les sciences occultes que des moyens de mortifier la chair et il en conclut qu’elles sont compatibles avec le christianisme et animées de l’esprit chrétien de même que Saint-Martin ne voyait dans le mysticisme que la délivrance de l’âme et en concluait qu’il était l expression suprême divinisée de la foi catholique. Ces accommodements là sont possibles ou du moins spécieux avec des natures exquises comme l’était celle de Saint-Martin comme l est celle de Henri Delaage mais ne serait il pas dangereux de vouloir trop généraliser. Pour un spiritualiste de bonne foi que de charlatans Que M Delaage relise avec nous le livre si spirituel et si curieux où M Gérard de Nerval nous raconte l’histoire des Illuminés précurseurs du socialisme et qu il nous dise s il n ya pas eu dans les sciences occultes tout un côté dangereux chimérique véreux taré mêlé d impudence d escroquerie et de mensonge le côté des libertins comme Restif des fous comme Raoul Spifame des fripons comme Cagliostro renfermant en germe le saint simonisme le fouriérisme le communisme c’est-à-dire encore et toujours la révolte le dogme et l apothéose de la matière C est pourquoi si vous m en croyez nous ne mépriserons pas le mysticisme surtout quand il a M Caropour historien et pour interprète nous ne repousserons pas le magnétisme surtout quand il a M Henri Delaage pour prédicateur et pour biographe; nous ferons môme si cela nous amuse tourner quelques tables et quelques chapeaux. Mais après nous reviendrons au bon sens à ce pauvre vieil ami que nous négligeons souvent que nous oublions quelquefois et que nous sommes pourtant heureux de retrouver à notre foyer moins surpris qu’attristé de notre absence moins courroucé qu inquiet de notre abandon bornant sa vengeance à nous offrir quelque volume de Bossuet ou de a Bruyère de Molière ou de Lesage et à nous redire tout bas que ce sont là les vrais patrons de l’esprit français les vrais titres de noblesse de notre littérature

D’après les notes du livre Emile Goudeau. Dix ans de bohème, de 1850 à 1870, Henri Delaage avait été l’une des personnalités du Tout-Paris, faisant et défaisant les célébrités. Il fut l’ami d’Henri de Pène, le célèbre journaliste, et passait son existence dans les cafés du Boulevard et les loges des théâtres. Passé de mode, il devint peu à peu sa propre caricature en voulant néanmoins poursuivre son existence passsée. Mythomane, habillé misérablement, vivant de peu et s’invitant partout, il habita toute sa vie durant une modeste chambre au 6 de la rue Duphot.

Et voici ce qu’écrit à son sujet l’occulte Eliphas Lévy dans son Histoire de la Magie (1860), plus précisément dans le chapitre Les fantaisistes en magie :
Henri Delaage est un écrivain fécond un thaumaturge méconnu et un fascinateur habile. Son style n’est pas moins étonnant que les idées d Alphonse Esquiros son initiateur et son maître; ainsi dans son livre des Resnu cités, il dit en parlant d une objection contre le christianisme : Je vais prendre cette objection à la gorge et quand je la lâcherai la terre retentira sourdement sous le poids de son cadavre étranglé. Il est vrai qu il ne répond pas grand chose ensuite à cette objection mais que voulez vous qu on réponde à une objection étranglée quand une fois la terre a retenti sourdement sous le poids de son cadavre. Henri Delaage est, avons nous dit, un thaumaturge méconnu il a avoué en effet à une personne de notre connaissance que, pendant un hiver où régnait impitoyablement cette affection de poitrine si fâcheuse qu on nomme la grippe, il n avait qu à se présenter dans un salon pour guérir immédiatement toutes les personnes qui s y trouvaient il est vrai qu’il était la victime du miracle car il ya gagné un léger enrouement qui ne l a pas quitté depuis. Plusieurs amis d Henri Delaage nous ont assuré qu’il aie don d’ubiquité; on vient de le quitter au bureau de la Patrie on le retrouve chez Dentu son éditeur; on s enfuit effrayé, on rentre chez soi et l on y trouve Delaage qui vous attendait Henri Delaage est aussi un fascinaleur habile. Une dame du monde qui venait de lire un de ses livres déclarait qu elle ne connaissait rien au monde de plus beau et de mieux écrit mais ce n est pas seulement à ses livres que Delaage communique le don de beauté. Un jour, nous venions de lire un feuilleton signé Fiorentino où l’on disait que les charmes physiques du jeune magicien égalaient ou même surpassaient ceux des anges. Nous rencontrons Delaage et nous le questionnons avec curiosité sur cette révélation singulière. Delaage alors met la main dans son gilet se tourne de trois quarts et lève en souriant les yeux vers le ciel. Heureusement nous avions sur nous l’Enchiridion de Léon III qui est, comme on sait, un préservatif contre les enchantements et la beauté angélique du fascinateur resta invisible à nos yeux. Nous donnerons à Henri Delaage des éloges plus sérieux que ceux des admirateurs de sa beauté; il se déclare sincèrement catholique et proclame hautement son respect et son amour pour la religion; or la religion pourra faire de lui un saint ce qui est un titre plus estimable et plus glorieux que celui de sorcier. C est à cause de sa qualité de publiciste que nous avons nommé ce jeune homme le premier parmi les fantaisistes de la magie.

Jules Lovy écrit à son sujet dans Le Magnétiseur. Journal du magnétisme animal (1862-1863) :
C’est vers 1847 qu on a vu surgir dans les cercles mesmériens un jeune amateur de magnétisme qui de même que M Alexandre Dumas juge la science de Mesmer avec son imagination J ai nommé M HENRI DELAAGE. Je n établis ici aucun parallèle littéraire, cela va sans dire, je constate une simple analogie entre deux hommes qui voient les phénomènes magnétiques à travers leur fantaisie.
Qu’est ce que M Henri Delaage ? Est ce un gnome an sylphe un farfadet ?Des magnétiseurs m’assurent avoir connu M Henri Delaage bien avant 1847. Quelques vétérans même affirment l’avoir vu se glisser dans les réunions mesmériennes du temps de (…) Ségur et Deleuze. C’est M. Henri Delaage. C est le prophète de la décadence. C’est donc à tort que je vous désigne M. Henri Delaage comme on jeune amateur de magnétisme. M Henri Delaage n’a pas d âge; c’est un être mystérieux (..) type fantastique et ceux qui se figurent qu’il date du commencement de ce siècle pourraient bien commettre une erreur de plusieurs centaines de plusieurs milliers d années. M Henri Delaage doit avoir été contemporain des Mages de la Perse c est peut être le comte Saint-Germain lui-même que nous croyons mort depuis 1784. Alors il aurait assisté aux noces de Cana. Tous les jours, je rencontre M Henri Delaage sur les boulevards dans les théâtres aux concerts dans les salons où ne le rencontre-t-on pas Je l’aborde je lui souris mais le malaise et l’effroi sont au fond de mon âme le contact de cet homme me fait peur car cet homme sait tout voit tout il est partout. Lui seul possède cette merveilleuse faculté que le ciel a refusée aux enfants de la terre, ce précieux don de l’ubiquité qui permet à un être de se transporter en chair et en os sur plusieurs points à la fois dans la même minute dans la même seconde; distance, barrière, obstacle physique, entrave morale, tout disparait et les moments se succèdent sans l’atteindre; il est ubiquiste dans le temps comme dans l’espace et est-ce me fait croire il a existé de toute éternité.

(…)
Pendant que M Alexandre Dumas et quelques autres écrivains exploitent l élément magnétique dans l’intérêt de leurs fictions romanesques, Henri Delaage se sert du même élément au profit de ses mystiques élucubrations et de ses voyages à travers les sciences occultes. Depuis huit ou dix ans, il entasse volume sur volume sans jamais se lasser. Ses écrits ont un cachet tout particulier une couleur suigeneris une étiquette spéciale. Sont-ce des romans ? Non. Est-ce de l histoire ? Pas davantage. De la philosophie de la physiologie du rnesmérisme ? Rien de tout cela. Les livres de Henri Delaage ne sont ni romanesques ni scientifiques ni magnétiques. Ce sont les livres de Henri Delaage
(…)
Le style de Henri Delaage est chatoyant; il reflète les couleurs de l arc-en-ciel. Chacune de ses phrases a quatre mètres carrés avec bordure indienne dessins perses et liserés bibliques. C’est du saint Augustin, c’est du Lacordaire du Paracelse et du Nostradamus. Il ya quatre ou cinq ans chaque écrit de Henri Delaage plongeait les masses dans une nouvelle stupeur. Aujourd’hui, hélas, le public est tellement habitué à ces livres qu il ne s en émeut pas plus que si c étaient des brochures politiques du docteur Véron.

lundi 11 février 2008
  • 1
    Papus |
    2 octobre 2014 à 13:54 / Répondre

    […] histoire. Á l’adolescence, il s’inscrit en Médecine, il est brillant. Il rencontre Henri Delaage qui lui transmet une initiation au grade de Supérieur Inconnu aux alentours de 1882. Cet homme lui […]

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