Le compagnonnage et la franc-maçonnerie

Par Jiri Pragman dans Edition

On a déjà beaucoup dit et écrit sur la relation entre le compagnonnage et la Franc-Maçonnerie. La thèse selon laquelle la Franc-Maçonnerie serait issue du compagnonnage est encore répandue, même si elle n’est pas assise historiquement.

Dans sa collection Les Archives de la Franc-Maçonnerie, les éditions Maison de Vie ont réédité Le compagnonnage et la franc-maçonnerie, un texte rédigé par Etienne Martin Saint-Léon, historien et conservateur de la Bibliothèque du Musée social. Le texte ici reproduit est tiré du livre Le Compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses rites datant de 1901.

Comme l’écrit Martin Saint-Léon, l’étude des origines d’une institution a pour préliminaire essentiel le départ entre la légende et la vérité historique, entre les récits abondants et variés qu’enfante l’imagination populaire et les données authentiques dont il est possible de déduire soit une certitude, soit, tout au moins, une conjecture raisonnable. Avant d’aborder l’étude particulièrement délicate et complexe des origines historiques du compagnonnage, il lui donc tout d’abord entendre ces contes merveilleux qui se sont perpétués d’âge en âge, créant autour du berceau de cette association comme un nuage flottant de mystère et de lointaine poésie.

C’est ainsi qu’il nous mène sur les traces légendaires de Salomon, de Maître Jacques et du Père Soubise avant de tenter de remonter aux origines du compagnonnage. Il se démarque alors d’un Agricol Perdiguier qui prétendait que le compagnonnage avait existé dans l’Antiquité et l’identifiat avec des sectes religieuses (Thérapeuthes, Phraisiens, Sadducéens, Esséniens). Bref, pour Martin Saint-Léon, on ne possède aucune donnée certaine sur l’organisation et même sur l’existence du compagnonnage aux XIIe, XIIIe, XIVe et même XVe siècles mais il émet l’hypothèsue de la formation des premiers compagnonnages, du commencement du XIIe à la fin du XIIIe siècle. Il rappellera par ailleurs que la corporation de métiers n’est pas le compagnonnage; elle en est le contraire, à certains égards, l’antithèse.

Plus loin, il rappellera l’hypothèse d’une affinité primitve entre ces deux associations, le compagnonnage et la Franc-Maçonnerie (il présente celle-ci comme une institution dont l’antiquité n’est pas contestable !), émise en premier par l’abbé Grandider dans un ouvrage consacré à la cathédrale de Strasbourg.

Le compagnonnage fut interdit en Sorbonne en 1665, notamment pour péché, sacrilège d’impureté, blasphère contre les mystères de la religion. Le serment était également considéré comme ni juste ni légitime.

Dans le 2e chapitre de cette réédition, on trouve des informations sur l’organisation du compagnonnage sous l’ancien régime et notamment comment on devient compagnon.

L’initiation fait l’objet du 3e chapitre. Elle met en parallèle des extraits de rituels et catéchismes compagnonniques et maçonniques, sans manquer de relever des similitudes. Comme l’écrit Martin Saint-Léon : On pourrait se demander si ces analogies entre les deux rituels sont révélatrices d’une identité d’origine des deux sociétés; il serait, à notre avis, téméraire de l’affirmer.Il incline à penser que les rituels du compagnonnage moderne ainsi que l’Instruction et le Catéchisme ont été calqués au commencement de ce siècle sur les formulaires similaires de la maçonnerie, formulaires sans doute rédigés au commencement du XVIIIe siècle par les loges anglaises et adoptés par la suite par les loges du continent.

Le 4e chapitre est consacré au Tour de France.

  • Le compagnonnage et la franc-maçonnerie d’Etienne Martin Saint-Léon (Maison de Vie Editeur, Les Archives de la Franc-Maçonnerie, 2010) disponible chez Amazon ou à La Cale Sèche
dimanche 21 mars 2010 9 commentaires
  • 9
    suppo 15 mai 2018 à 12:30 / Répondre

    Pour avoir suivi un « certain chemin » dans le Compagnonnage, je peux me permettre de donner mon humble avis. L’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir est reconnue « d’utilité publique ». La formation de l’apprenti compagnon est très sérieuse et le travail à effectuer se doit de revêtir le « Parfait ». Il en possède pour cela tous les « Outils » nécessaires pour édifier en une parfaite Géométrie, de beaux ouvrages. Sans les Compagnons, pourrions-nous contempler ces oeuvres grandioses, que sont les cathédrales, les monastères…ces beaux vitraux…etc
    Il est bien entendu que les compagnons sont réunis en diverses corporations. Cependant, il y existe le même Lien de Fraternité et surtout, celui du « travail fini »!
    En effet, ils se reconnaissent entr’eux, par ce que l’on peut appeler « signes de reconnaissances », divers « secrets » pour les perfectionner en leur oeuvre….etc
    Cependant tout le monde peut les connaître, et eux-mêmes sont ouverts à tous. Ils ne « taisent » pas le fait qu’ils sont compagnons bien au contraire.
    A la différence peut-être de la franc maçonnerie qui reste quelque peu « voilée » au monde extérieur.
    Bien que celle-ci, il faut le reconnaître utilise exactement les mêmes « Outils » que ceux des Compagnons.
    Avec exactement aussi les mêmes signes et symboles. Ainsi que les signes de reconnaissance avec certains « mots de passe »….etc
    En résumé le Compagnons du Devoir se sert des mêmes outils pour accomplir son chef d’oeuvre extérieur, alors que le Franc Maçon les utilise pour accomplir un chef d’oeuvre « intérieur »…
    Pour avancer sur ce chemin, il se doit aussi de respecter les mêmes « Vertus », humblement….Car l’apprenti demeure toujours en nous….Avec la soif de nous « Perfectionner » sans cesse…..etc

  • 8
    Patrick 25 octobre 2013 à 16:07 / Répondre

    je suis franc maçon et suis très étonné du doute généralisé qui s’est installé depuis peu sur la filiation entre FM et compagnonnage, voire de l’idée selon laquelle la première aurait donné des leçons au second (???).

    Une certitude : les cathédrales ont bien été construites par des gens de métier, en effet, dans le cas contraire elles se seraient écroulées depuis longtemps. Ainsi, au regard de l’outillage primaire de l’époque, il fallait assurément une sacrée dose de foi en ce qui devrait constituer, à mon humble avis, aujourd’hui l’essentiel du secret maçonnique, pour mener à bien l’ouvrage … et l’ouvrage (les ouvrages !!), a été mené à bien, ce qui est une preuve incontestable de la validité de l’enseignement, ce qui est loin d’être le cas de la juste compréhension de l’enseignement de la FM au regard de la foire d’empoigne de ces dernières années : qui récupèrera la reconnaissance perdue de presque feu GLNF …

    C’est un peu comme si nos érudits frères Dachez et autres Bleu-Ciel répugnaient à ce que des ouvriers aient pu donner des leçons d’intelligences à des hommes de haute condition, haute condition, soit dit en passant, que l’on se doit de considérer comme bien illusoire lorsqu’on est maçon, me semble-t-il.

    D’autre part, l’argument selon lequel il manquerait des preuves historiques de cette filiation me semble avoir ses limites ; effectivement, comment trouver des preuves à propos de corporations dont le secret était l’usage à une époque où sévissait l’inquisition ? Je suis défenseur de la science et de l’histoire et peu enclin à l’occultisme, néanmoins, en l’espèce, nous pouvons admettre les limites de la science et de l’histoire au profit de l’intuition raisonnée, ce ne me semble pas interdit et je pense que cela devrait faire l’objet de discussions sérieuses qui ne pourraient qu’être enrichissantes

    Je suis un amoureux de la maçonnerie, qu’elle soit franche ou compagnonnique ; je pense que tout franc maçon qui regarde Notre Dame, de Paris ou d’ailleurs (les pyramides, c’est encore plus parlant), comprend inévitablement le secret maçonnique, si t’en est qu’il soit bien débarrassé de tous ces métaux.

    Je suis d’accord avec toi mon frère compagnon, si tu me le permets, qui a posté le 23//03/2011 à 23h06.

    (…)
    Patrick

  • 7
    ^^ 6 octobre 2011 à 23:06 / Répondre

    et mes pauvre sachez que les compagnons sont bien au de la de la franc maçonnerie , ils sont ma famille et de plus en soit sont les plus reconnu de part leurs travaille et savoir faire la franc maçonnerie et issu du compagnonage sachez dont la véritable histoire…..

  • 6
    ombre 23 mars 2010 à 19:38 / Répondre

    Enfin pour les auteurs les plus économes, ne pas oublier que les restes peuvent être préservés dans un réfrigérateur, et servir à la préparation d’une nouvelle recette ultérieurement.

  • 5
    Jean-Michel Mathonière 23 mars 2010 à 17:05 / Répondre

    Recette de salmigondis maçonnique à la sauce opérative.

    Prenez un livre tombé dans le domaine public, sans droits d’auteur à payer, ni, de fait, d’autorisation de charcutage à demander. Choisissez-le de préférence d’un auteur académique, doté d’une aura de sérieux au-dessus de tout soupçon.

    Découpez-le en morceaux. Mettez soigneusement à part ceux qui traitent de sujets susceptibles d’intéresser le public visé, en l’occurrence les Maçons en mal de ressources documentaires rapides à lire et faciles à digérer, propres à produire de bonnes planches. Le Compagnonnage est l’un des meilleurs morceaux, surtout s’il est persillé d’extraits de rituels à saveur maçonnique.

    Jetez soigneusement tous les morceaux inutiles : ils pourraient inciter à une réflexion pesante, longue et difficile.

    Faites rapidement revenir dans le beurre les morceaux choisis. Enrobez le tout d’une couverture en quadrichromie et d’un titre flatteur. Evitez soigneusement toute notice préliminaire et tout appareil critique : ils alourdissent inutilement le propos et, qui plus est, entament votre budget.

    N’oubliez pas de soigneusement dégraisser le texte mais de grossir le corps de caractère. Gardez précieusement le beurre et l’argent du beurre.

    Servez enfin le plat à votre clientèle pour 12 euros les 112 pages.

    La même base de recette peut être employée à cuisiner maçonniquement tous les sujets.

  • 4
    Baptiste 23 mars 2010 à 09:05 / Répondre

    Encore faut-il être d’accord sur ce que sont les sources. Vu le nombre de personnes qui contestent la transition loges opératives vers loges spéculatives (thèse défendue entre autres par M. Dachez), il y a encore du boulot… (Quant à moi je n’ai pas d’avis)

  • 3
    henri-françois 22 mars 2010 à 15:53 / Répondre

    D’accord avec EMEREK. Vive le retour aux sources.

  • 2
    EMEREK 21 mars 2010 à 22:19 / Répondre

    @Bleu Ciel.Bien d’accord avec vous!.

    Je pense que vous voulez parler en fait de « variantes » ou « d’ajouts » au rituels, lorsque vous citez besace,canne .J’y ajouterai : réunion en « cayenne ».
    Ces modifications tendent à donner une filiation compagnonique illusoire à la maçonnerie et éloignent les cherchants des objectifs du grade qu’il ne convient pas de détailler ici.
    Pour moi,la maçonnerie a toujours été et demeure(normalement) spéculative,elle a inspiré la reviviscence rituélique du compagnonage qui lui a emprunté ses symboles.

    Le gage de pérennité d’un rite :c’est sa constance et sa résistance au temps.
    La surcharge de scories dans les rites sous l’influence d’occultistes ,d’alchimiste,de théosophistes, d’illuminés ,de religieux ou de politiques (…) peut aboutir à dénaturer l’essentiel du message.
    La tendance forte dans certaines structures(…) est de pratiquer le nettoyage,la restauration en enlevant les couches successives de « peintures » et de « vernis » inutiles afin de retrouver la » substantifique moelle » dans toute sa fraîcheur…..

  • 1
    Bleu-Ciel 21 mars 2010 à 13:30 / Répondre

    J’apprécie qu’un siècle après la diffusion de ce livre Roger Dachez aboutisse aux mêmes conclusions:nous ne devons pas grand’chose au compagnonnage.C’est pour cela que le rituel,en Franc-Maçonnerie,faisant appel ou évoquant des symboles compagnonniques tels que sac,besace,canne etc…m’irrite !A croire que l’Histoire ne fait pas partie de nos fondamentaux…et laisse bien souvent le Mythe polluer celle-ci!

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