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manifestants. Droit d'auteur: bialasiewicz / 123RF Banque d'images

La rue ne remplacera jamais ni la justice, ni la démocratie

Par Pascal Vesin dans Contributions

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Une crise : le rubicon a été franchi !

Depuis quelques semaines, de nombreux évènements, révélateurs d’une crise sans précédent, ont obscurci le paysage politique français.

La mise en cause du fonctionnement de la Justice a certainement été le plus prégnant. L’insulte des magistrats par le président Hollande dans son livre « Un président ne devrait pas dire ça », l’invective de Marine Le Pen, en meeting électoral, laissant entendre que les juges inventaient les lois : « les juges n’inventent pas les lois, ils les appliquent ! », les propos virulents à l’égard de l’autorité judiciaire tenu par François Fillon le 1er mars dernier ne sont que trois exemples tangibles de cette dénonciation outrancière. La manière dont Marine Le Pen invoque la « trêve » électorale ou son immunité parlementaire pour se soustraire à la justice dénonce, une fois de plus, la différence de traitement entre les citoyens.

De quels moyens disposons-nous pour refuser une convocation devant la justice ? Une candidate à la plus haute fonction de l’Etat, si elle était irréprochable, ne devrait-elle pas se réjouir de cette convocation pour clamer haut et fort, exemple à l’appui, que son parti demeure celui des « mains propres et tête haute » ? De même, toutes les victimes d’injustice, si injustice il y a, bénéficient-elles de passages au journal de 20h, de manifestation Place du Trocadéro pour défendre leur honneur ? Certains trouvaient la justice trop lente pour Jérôme Cahuzac ou d’autres, trop rapide pour eux. Quelle piètre image de la vie politique nous offrent nos élus. Ils considèrent la justice comme des autoroutes : on en veut tous, pourvu qu’elle passe chez le voisin ?!

Dénoncer la presse dans sa liberté d’expression remet en cause les principes mêmes de Liberté. Cette dénonciation revient à refuser cette dynamique vertueuse : la liberté d’expression fonde la délibération collective, cette dernière garantissant son plein exercice. Autant d’éléments qui tirent la sonnette d’alarme : la sortie de cette crise réclame une révolution.

Le Rubicon n’est pas ici un bijou provençal (le rubis, con !); il est une insulte à la démocratie, il est un abime entre la classe politique et le peuple, il est un déni de l’abolition des privilèges. Ce cours d’eau, aujourd’hui symbolique, avait déjà été franchi allègrement lorsque le Traité de Lisbonne, rejeté souverainement par le peuple, a été imposé par voie parlementaire !  Les têtes des carriéristes politiques, monarques et puissants d’hier, ne sont pas encore toutes tombées ! 

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Une révolution : nous n’irons plus à Canossa !

En appeler au seul suffrage électoral comme blanc-seing, c’est faire appel à la niaiserie des électeurs, capables de soutenir les candidatures de Silvio Berlusconi, de Patrick Balkany et autres escrocs. « Il n’y a pas d’autre alternative ! », martèle François Fillon. Les différentes propositions politiques seraient-elles si pauvres, les alternatives à ces politiques seraient-elles absentes, qu’elles nous imposeraient d’offrir, sans vergogne, une virginité aux puissants ?

Non, nous ne baisserons plus notre froc ! Quand les instances politiques se murent dans un silence complice, les humanistes doivent se lever. 

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Un moyen : refonder la République.

  1. Une République fidèle à la Constitution de 1958. 

Certains en appellent à une VIème République. Et si notre Vème République était – enfin – honorée ? Une République fidèle à ses fondements, où rôles et fonctions seraient respectés : un Président à sa juste place, un Premier Ministre chef de gouvernement et répondant de la politique mise en place.

Nos choix politiques doivent prendre en compte, dès aujourd’hui, les élections législatives de juin prochain. Quels députés souhaitons-nous pour nous représenter et élaborer nos lois ? Devant l’effondrement des partis traditionnels (une gauche jamais autant désunie / une droite qui aura du mal à recoller les morceaux et incapable de trouver une légitimité à un nouveau candidat), n’est-ce pas l’occasion d’entrer dans un gouvernement de coalition honorant moins les personnes, les ego et les réflexes claniques que les projets, les idées et les valeurs ?

  1. Une République des valeurs. 

Les carrières politiques éloignant de la réalité, les « petits arrangements » et magouilles de partis, les postures idéologiques, ont vécu. Les destinées personnelles, supplantant le bien commun, sont à reléguer dans le passé. Quelle représentation politique souhaitons-nous ? N’est-ce pas l’occasion d’un grand coup de balai et rendre leur liberté à tous ceux qui, depuis trop longtemps, contraignent la nôtre ?

  1. Une République de la responsabilité. 

Pour éviter des lendemains qui déchantent auxquels nous sommes trop habitués, notre responsabilité est engagée : notre bulletin de vote compte ! De trop nombreuses connaissances me confient ne plus vouloir voter. Le sentiment que « tous sont pourris » serait-il si fortement ancré ?

Il faut non seulement retrouver le chemin des urnes mais y conduire aussi grand nombre de nos concitoyens. Donner leur légitimité à des hommes politiques neufs relève des urnes seules. Des hommes de progrès, debout et humanistes se rendent aux urnes pour élever des temples à la vertu et aux hommes vertueux et bâtir des cachots pour les vices et les menteurs.

Aux urnes citoyens !

« Quand c’est la rue qui décide dans un pays, c’est que la démocratie et le choix du peuple ne sont plus respectés »
François Fillon / 12.11.2012

vendredi 10 mars 2017 28 commentaires
  • 25
    CHERET Pierre 11 mars 2017 à 08:40 / Répondre

    Pour revenir à la démocratie, j’aimerais que les médias publient les noms de tous les candidats à la présidentielle française. Je connais ainsi des hommes qui valent bien les ténors retenus par informations.

  • 10
    astronome64 10 mars 2017 à 16:07 / Répondre

    il y a des rues un peu plus agitées et violentes que d’autres ces temps-ci….. les urnes seront elles suffisantes ???

  • 9
    Philippe DEBAY 10 mars 2017 à 15:15 / Répondre

    Les hommes/femmes de pouvoir stigmatisent « la rue », ceux qui aspirent à plus de démocratie utilise la rue.
    « La rue » a aussi ses titres de gloire.
    Nombre de francs-maçons ont participé à des « mouvements de rue ».
    Par exemple la Boston Tea Party fut l’un des événements « de rue » symboliques de la révolution américaine et annonça la guerre d’indépendance américaine.
    « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » (Selon les méchants révolutionnaires français de 1793).

    • 13
      astronome64 10 mars 2017 à 16:52 / Répondre

      De mémoire la tea party relevait davantage d’un probléme de taxes et d’un libéralisme effréné que d’autre chose..mais c’était au XVIII° siécle… et depuis bien des choses se sont passées…

      • 23
        Philippe DEBAY 10 mars 2017 à 19:12 / Répondre

        Cependant les « taxes » ou leurs conséquences ont souvent été la cause des mouvements dans les rues.

    • 18
      Jean_de_Mazargues 10 mars 2017 à 16:56 / Répondre

      Heureusement que ce texte stupide n’est jamais entré en vigueur …

    • 26
      Luciole 11 mars 2017 à 12:25 / Répondre

      la « Boston Tea Party » fut, à ma connaissance, (mais je peux me tromper)une opération nocturne,secrète et de type « commando » surement pas au grand jour dans la rue.

      • 27
        astronome64 11 mars 2017 à 16:43 / Répondre

        D’un autre coté comme c’était en décembre et que la nuit tombe vite, c’était nécessairement nocturne….. et les opérations commandos sont plus efficaces de nuit..

  • 8
    HRMS 10 mars 2017 à 14:17 / Répondre

    Une réelle indépendances de la Justice devrait être étroitement dépendante de la responsabilité juridique personnelle de ces agents comme le sont les médecins hospitaliers publiques, avec les notions de faute professionnelle et de faute détachable du service.
    ainsi le juge d’instruction devrait d’abord être personnellement seul responsable du secret de son dossier d’instruction et des pièces qui le constituent, il porte la garantie assermentée de ce secret et que sa mise en cause serait immédiate et directe quand ces éléments du dossier sortent dans le public, ce qui correspond alors à une forfaiture.

    • 11
      Condorcet 10 mars 2017 à 16:15 / Répondre

      Sauf que les conseils des parties (avocats), qui ont accès au dossier, ne se privent pas pour laisser certaines infos à la presse quand ça arrange leur défense ou leur stratégie.
      Le juge n’est pas le seul à connaître d’un dossier, il y a également la police, les avocats, les parties et leurs proches, etc…la liste est longue.

      • 16
        Philippe DEBAY 10 mars 2017 à 16:54 / Répondre

        Dans mes différentes lectures, à plusieurs reprises, il est noté que les avocats n’ont pas accès au dossier du PNF (parquet national financier).
        Je ne suis pas spécialiste de ce « parquet ».
        Si cela est vrai nous éloignons de la démocratie et nous rapprochons d’une structure répressive étatique.
        Si cela est vrai les fuites sont à son niveau ou niveau policier donc nécessiteraient (en démocratie) une mise en examen des différents intervenants ou au minimum des enquêtes approfondies et éventuellement poursuites pénales.
        Y a-t-il un F juriste permettant d’y voir clair ?

      • 17
        Jean_de_Mazargues 10 mars 2017 à 16:55 / Répondre

        en effet : le plus souvent ce sont les parties qui fuitent.

      • 19
        Horus 10 mars 2017 à 17:06 / Répondre

        Dans le cas d’espèce,les avocats n’avaient pas accès au dossier puisque le PNF dépend directement de la Chancellerie et ne fait pas partie des instances juridiques traditionnelles. A force de ne pas vouloir voir …

      • 21
        HRMS 10 mars 2017 à 18:33 / Répondre

        c’est bien pour ces causes extérieures que le juge doit être le seul garant,le seul gardien de la mise à couvert de l’instruction et il doit en rendre compte;
        il en porte d’abord et avant qui que se soit la responsabilité pénale,je dis bien pénale car il est le premier responsable à devoir tout faire pour interdire l’accès au dossier à quiconque;à rendre celle-ci parcimonieuse et il porte alors aussi la responsabilité de poursuivre ceux qui lui dérobent des pièces;
        Désormais Les juges ne peuvent plus être les seules personnes à rester professionnellement irresponsables et travailler en toute impunité
        les ministre et le président du pouvoir exécutif, les députés du pouvoir parlementaire sont passibles des cours de justice dans l’exercice de leurs fonctions, comment imaginer que les Hommes du 3iéme pouvoir pourraient continuer à exercer en notre nom, en tout irresponsabilité et impunité?

  • 7
    yasfaloth 10 mars 2017 à 13:02 / Répondre

    Allez, un petit coucou amical à Pascal Vesin qui m’avait particulièrement agacé en se « victimisant » en tant que FM dans ses démêlés avec sa hiérarchie, mais qui depuis démontre dans ses interventions des qualités de cœur et d’humanité qui l’honorent et que je trouve même touchantes (dans le sens noble du terme).
    .
    J’adhère pleinement (pour une fois) à ce billet, tout en sachant, et d’ailleurs en constatant qu’il sera interprété par chacun à l’aune de ses points de vues politiques… mais au fond ne somme nous pas ici, même si nous y parlons de maçonnerie dans un espace profane, donc quoi de plus normal ?

    • 15
      Jean_de_Mazargues 10 mars 2017 à 16:54 / Répondre

      Venant d’un catholique, la tendance à la victimisation n’est pas très étonnante …

      • 24
        Philippe DEBAY 10 mars 2017 à 19:18 / Répondre

        La victimisation me semble une attitude dépassant très très largement les religions.
        C’est la chanson « Allô Maman bobo / Maman comment tu m’as fait je suis pas beau ….. »

    • 28
      Luciole 12 mars 2017 à 01:13 / Répondre

      La vocation de tout bon catholique est d’être une victime pour se rapprocher de Jésus.
      Le problème est que leur esprit de partage insiste sur cet aspect qui ne peut convenir à ceux qui n’ont rien demandé.

  • 3
    Horus 10 mars 2017 à 11:33 / Répondre

    « propos virulents à l’égard de l’autorité judiciaire » dit M. VESIN.
    .
    A-t-il entendu parlé du mur des cons érigé par des magistrats et où sont placardés 95% d’hommes politiques de droite ? Ce qui veut dire qu’ils sont condamnés avant même d’être entendus !
    .
    Réalise t-il que pour qu’il y ait des fuites de documents de l’instruction dans la presse, il faut la complicité de magistrats ? Quelle magnifique justice ! Elle n’est tout simplement plus crédible avec ces faits édifiants.
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    Réalise t-il que la France est au même niveau que l’Union soviétique pour le formatage des « esprits » par l’idiot-visuel contrôlé par le pouvoir et la bien-pensance , c.-à.-d. par la caste médiatico-politique, sûre de pouvoir fabriquer et imposer un polichinelle politique ?
    .
    La FM est-elle une école de l’éveil ?

    On peut en douter avec toutes ces logorrhées dont la naïveté le dispute avec des rêveries hallucinantes.

    • 5
      André Mor. 10 mars 2017 à 12:27 / Répondre

      « La France est au même niveau que l’Union soviétique pour le formatage des « esprits » par l’idiot-visuel contrôlé par le pouvoir et la bien-pensance ».
      Plutôt par le pouvoir de l’argent, le pouvoir économique, que par le pouvoir politique, Horus…
      Quant à savoir s’il s’agit d’une bien-pensance ?… Un formatage vers une pensée unique bien docile, en tout cas.

    • 12
      Condorcet 10 mars 2017 à 16:21 / Répondre

      Les magistrats sont comme tous les citoyens ils ont leurs opinions et convictions de citoyen. Cela ne les empêche pas de faire leur métier avec sérieux en appliquant des règles décidées souvent par ceux qui s’en plaignent lorsqu’ils sont pris la main dans le sac.
      Les médecins ont aussi leurs convictions est ce pour autant qu’ils vont mal soigner un patient qui n’est pas de leur appartenance politique?
      Je crois que dans tous ces métiers beaucoup ont une hauteur de vue qui les fait dissocier une plaisanterie de potache placardée dans un local syndical -même contestable- avec le cœur de leur métier qui est celui de l’impartialité dans l’application des lois.

      • 20
        Chicon 10 mars 2017 à 17:57 / Répondre

        C’est exact, mais cela a quand même »fuité » chez le magistrat ou la chancellerie.

      • 22
        HRMS 10 mars 2017 à 18:56 / Répondre

        je ne parle pas des « opinions » des uns et des autres,dont on se contrefiche, mais du Métier, avec ces Devoirs éthiques, ces règles d’exercice et de déontologie, des règles professionnelles nécessaires au respect des individus soumis aux caractères quasi religieux et sacré de la Justice.

  • 2
    CHERET Pierre 10 mars 2017 à 09:48 / Répondre

    Rester libre; c’est toute la question.
    Je suggère à tous de lire ou de relire le petit fascicule de Simone WEIL. Puis d’en discuter « en réunion ».

  • 1
    Jean_de_Mazargues 10 mars 2017 à 09:14 / Répondre

    En quoi ce texte est-il maçonnique ? en quoi concerne-t-il, de près ou de loin, la démarche maçonnique.

    Et merci au passage pour la stigmatisation gratuite des Provençaux (le « rubis, con ! »). Imagine-t-on un seul instant, de nos jours, une plaisanterie de ce type dans une chronique qui se veut sérieuse, sur le parler nord-africain, sur le parler ashkénase. Mais les provençaux, c’est un peu comme les Ch’tis : on peut se foutre de leur gueule, ce sont des simplets.
    Où sont les valeurs maçonniques, on se le demande. Comme quoi, on peut être maçon et catholique et être très très loin des réflexes humanistes les plus élémentaires …

    • 4
      André Mor. 10 mars 2017 à 12:23 / Répondre

      Et en quoi une réflexion sur la société n’est-elle pas maçonnique ? Au GO, au moins, qui dit chercher à améliorer « l’homme et la société », ce type de réflexions sont tout à fait logiques et admises en loges. Les travaux ne s’y limitent pas aux réflexions sur la symbolique et le sexe des anges.

    • 6
      André Mor. 10 mars 2017 à 12:52 / Répondre

      Pour préciser mon intervention, je ne veux pas dire qu’au GO il n’y a que des travaux « sociétaux » ou à implication sociétale, mais que, à côté des travaux plus intimistes et symboliques, il n’y aucune raison de s’interdire aussi ces analyses quand elles ajoutent à la réflexion humaniste et au travail sur soi.
      Il y a là un équilibre à trouver, propre à chaque loge et à chaque maçon, frère, ou sœur, puisqu’au GO nous n’avons pas « peur » de travailler avec des sœurs. La réflexion en mixité est un enrichissement, non un appauvrissement.

      • 14
        Jean_de_Mazargues 10 mars 2017 à 16:53 / Répondre

        Travailler sur les sujets « sociétaux », ce n’est pas à mon sens verser dans le débat politique version café du commerce. Sans être un inconditionnel des travaux « sociétaux », je reconnais que la méthode maçonnique, fondée sur l’écoute, la bienveillance et la tolérance, peut permettre de nourrir la réflexion. Mais je ne vois rien de tout cela dans ce texte.

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