Journal d’une année de peste

Publié par Pierre Noël

La crise du Coronavarius et les mesures de confinement qui l’accompagnent donnent à Pierre Noël l’occasion de nous rappeler que si celle-ci est d’une ampleur inconnue dans nos temps modernes, elle est loin d’être la crise sanitaire la plus effroyable qu’ait connue l’humanité. La pandémie dite de la grippe espagnole des années 1918-19, qui fit selon les plus récentes évaluations jusqu’à 100 millions de morts (4 à 5% de la population mondiale) et les épidémies de pestes de moyen-âge furent bien plus dévastatrices…
Geplu

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« A journal of the plague year being observations or memorials, of the most remarkable occurrences, as well publick as private, which happened in London during the … Written by a citizen who continued all the while in London. … as well publick as private, which happened in London during the last great visitation in 1665. »

Un récit de Daniel Defoe

Ecrit et publié en 1722 par l’auteur de Robinson Crusoé, le “Journal d’une année de peste” se trouve facilement en traduction française. Defoe n’était pas maçon, mais son ouvrage fut publié un an seulement avant les Constitutions d’Anderson (1723). Le quartier de la cathédrale St Paul était celui des imprimeurs, dont William Taylor qui avait fait fortune en publiant Robinson Crusoé (en 1719) et travaillera ensuite en collaboration avec John Senex, l’imprimeur d’Anderson.

Defoe décrit l’épidémie de peste qui tua en 1664/1665 70.000 personnes à Londres (30 % de sa population de l’époque) comme s’il y était, ce qui n’est évidemment pas le cas puisqu’il vécut de 1660 à 1731. Mais il la raconte comme si le narrateur en avait été le témoin. Le récit est réaliste, assez terrifiant et rappelle souvent certaines réactions actuelles. Je ne peux que vous en conseiller la lecture en ces temps de confinement !

On croyait à l’époque que la peste se transmettait par des « miasmes » portés par l’air et le remède proposé était le confinement à leur domicile des malades et de leur environnement. Defoe raconte tout cela avec des détails assez extraordinaires qui font froid dans le dos (les charretées de cadavres transportés la nuit, les fosses communes, les survivants faisant la fête dans les tavernes avant d’être eux-mêmes frappés par la maladie, le pillage des maisons après le décès de leur occupants …). On ignorait à l‘époque la cause réelle de la peste qui n’était pas un miasme de l’air, mais une bactérie (pas un virus) portée par les rats et d’autres rongeurs, transmise à l‘homme par les puces. Le confinement n’était donc pas la solution, mais la dératisation généralisée (on remarquera au passage que l’extermination des chats et des chiens « errants » fut une des recommandations de l’époque !). Le bacille en question, Yersinia Pestis, ne fut découvert que deux siècles plus tard (il est sensible aux antibiotiques actuels).

La preuve définitive de la cause de cette peste fut donnée par l’examen bactériologique de dents de victimes, examinées après la mise au jour d’un charnier de l’époque, découvert à l’occasion de travaux d’agrandissement du métro londonien il y a quelques années.

vendredi 20 mars 2020
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  • 8
    pierre noel
    22 mars 2020 à 17:47 / Répondre

    Le narrateur raconte qu’on a tué, sur ordre des autorités, 50.000 chiens et 200.000 chats ! Les chiffres peuvent être exagérés mais le fait reste. Rien de tel qu’un chien pour tuer les rats, comme me le racontait mon grand-père qui avait vécu quatre ans dans les tranchées de l’Yser.
    le traitement recommandé était les fumigations de résine et d’ail dans les maisons infectées. Les « soignants » fumaient la pipe pour se protéger des miasmes.

  • 6
    Patrice 21
    21 mars 2020 à 09:18 / Répondre

    YaKa faut cons. !!
    Cessons de critiquez. Facile ! Agissons et continuons à applaudir et notamment tous ceux qui ne disent rien mais qui font

  • 4
    DEL RIO
    20 mars 2020 à 18:53 / Répondre

    La France, “fille de l’Eglise” transmuée au fil des siècles en fer de lance de l’universalisme Européen, déclassé entre temps du premier au 6ème rang (et non le 5ème) des grandes puissances mondiales, a-t-elle vraiment appris de ces grandes catastrophes ? Que nous a apporté le siècle des Lumières sinon l’illusion que nous maîtrisions désormais d’avantage notre destin, illusion balayée par une grippe mutante venue d’Asie ? A quoi bon se glorifier des valeurs modernes et progressistes, largement partagées par les pays Européens, quand le virus décime en Italie seulement plus de malheureux qu’en Chine, pays 25 fois plus peuplé ? Oui, chaque fléau sanitaire remet en cause notre système de valeurs dans la société. Peut-être parce que nous n’avons toujours pas trouvé le bon.

    • 7
      Astérix
      21 mars 2020 à 09:25 / Répondre

      « A quoi bon se glorifier des valeurs modernes et progressistes, largement partagées par les pays Européens ».
      Je ne comprends pas cette phrase et je ne vois de quelles valeurs vous parlez quand la seule ambition de l’Europe est celle du chacun pour soit, je parle des états pour ne pas dire des individus, et celle du fric à très court terme. Me concernant il ne s’agit pas là de valeurs, je les place sur un autre plan, et sans doute avec plus de solidarités et de fraternités entre humains.
      Quant à la période des lumières, il est certain qu’elle a également ses imperfections mais au regard de l’époque c’était un progrès. Faire confiance à la science, à la démocratie et à la séparation des pouvoirs constituait un moindre mal, une avancée, par rapport à l’existant, à la scolastique, au tout théologique, à l’arbitraire dont Diderot et Voltaire eurent à connaître les contraintes et la mise à l’index de leurs ouvrages.

  • 3
    pierre noel
    20 mars 2020 à 18:41 / Répondre

    J’ai connu la grippe « asiatique », pandémie de 1957 qui a fait 2 millions de morts dans le monde en un an, et la grippe « de Hong-Kong » qui tué environ un million de morts entre l’été 1968 et le printemps 1970. Dans les deux cas, il s’agissait d’affections virales assez comparables à la grippe due au corona virus.
    On en a beaucoup parlé à l’époque, dans la presse et dans les informations (radio surtout).
    Avec la grippe « espagnole », celle que nous connaissons est la quatrième pandémie en un siècle.
    S’il y eut « changement de valeurs » en 1918, la grippe en fut un facteur significatif mais sans doute pas le plus important.Les deux autres pandémies n’ont pas laissé de traces marquantes dans les mémoires (vous vous en souvenez ?).
    Il nous reste à espérer qu’il en soit de même pour celle de 2020.

    • 5
      Astérix
      21 mars 2020 à 09:07 / Répondre

      Je me souviens bien de ces pandémies de 1957 et celles des années 1970..La grande différence c’est que le personnel médical était très rarement atteint. Il n’y avais pas de numerus clausus de médecins, les infirmières et autres personnels avaient de quoi se laver les mains et disposaient de masques..il y avait rarement de maladies nosocomiales du fait que du personnel de nettoyage propre aux établissements passait nettoyer les sols et autres plusieurs fois dans la journée pour ne pas dire en permanence .Pour des raisons d’économies on a supprimé tout cela….notamment le personnel de nettoyage dont la tâche a été confiée à des boites privées qui passent une fois par jour.
      Au profit de qui ? Si on ne se pose pas cette question alors cette pandémie qui va laisser des traces n’aura servi à rien.

      • 9
        pierre noel
        22 mars 2020 à 21:22 / Répondre

        J’ai vu beaucoup de ce « personnel médical » affecté par l’épidémie. et plusieurs sont morts que je connaissais de près. Les maladies nosocomiales étaient connues et étaient la crainte première des unités de soins intensifs. L’usage inconsidéré des antibiotiques de première génération fut un facteur significatif de leur diffusion. Il l’est toujours.

  • 2
    marcos testos
    20 mars 2020 à 12:23 / Répondre

    Entièrement d’accord avec toi.

  • 1
    Astérix
    20 mars 2020 à 10:58 / Répondre

    A chaque grande catastrophe on a assisté à un changement de valeurs et de la société. Après la peste du XIVème on est passé du moyen âge à la renaissance, après le terrible tremblement de terre de Lisbonne on a assisté à la remise en cause de la théologie dominante et l’arrivée du siècle des lumières. Qu’en sera -t’il après le corona..?
    Une chose est quasi certaine nous allons devoir remettre en cause un certain nombre de principes,
    Exemple : mondialisation qu’il ne faut pas confondre avec universalisme, Fric à tout va au détriment de l’essentiel qui est la vie de nos concitoyens, l’économie des profits à court terme au détriment d’une vision humaniste du long terme. Des instruments comme la cour des comptes qui accompagne toutes les mesures du court-termisme sans autre vision que le classeur excel doivent être supprimés, on constate la nocivité d’une telle institution et de ses choix à très court terme dans un pays, Vème puissance mondiale, qui n’a ni masque, ni gants, ni tests à offrir à ses concitoyens, ses personnels soignants, ses policiers, ses pompiers, ses employés des magasins et autres services, on croit rêver.
    Un hôpital de campagne qui met près de huit jours pour être installé? On imagine ce qu’il en serait s’il agissait d’une guerre? Cela me rappelle les dires de feu mon père qui m’affirmait que pour la guerre en 1940 il n’avait disposé en tout et pour tout que de dix huit cartouches, toutes tirées en quelques minutes sur des avant-gardes motocyclistes allemands du coté de Montmirail.
    L’imprévision est la marque des irresponsables…
    Quant à ceux qui applaudissent le soir sur leurs balcons pour se donner bonne conscience vis à vis du personnel soignant, ils auraient été mieux inspirés d’accompagner ledit personnel lorsque ce dernier manifestait pendant les grèves pour réclamer plus de moyens pour les hôpitaux.
    Et que dire des crédits de la recherche gelés depuis des années, alors qu’on en aurait eu tant besoin, il parait même que des lumières voulaient supprimer le cnrs….?
    .Je pense que dans les obédiences et les loges il va y avoir matière à une grande réflexion sur ce qu’il se passe actuellement.

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