La Houppe « dentellée » : cordelière, décor ou symbole ?    

Publié par Jean van Win

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Est-ce le dessin humoristique de notre ami François Morel paru ici lundi dernier qui a rappelé à Jean van Win ce texte qu’il a écrit « dans ses jeunes années » sur la Houppe dentelée (ou « dentellée » comme on l’écrivait au XVIIIe siècle et comme préfère l’écrire Jean) ?

En tout cas voici une très intéressante contribution qu’il nous a envoyée pour une meilleure connaissance sur l’origine et l’histoire de ce symbole – ou de cette décoration – des tableaux de loge et parfois même des temples.

Merci Jean.

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Sourions un peu. Depuis mon entrée dans l’Ordre maçonnique, j’ai toujours été intrigué par l’un des « symboles » qui nous sont le plus familiers : la « houppe dentellée ». [1] J’ai lu, comme tout maçon, les développements imaginatifs des inévitables Boucher, Plantagenet, Bayard, et autres Wirth. C’est ainsi qu’une première explication, d’inspiration opérative, consiste à voir dans cette cordelière, la « corde à nœuds » des bâtisseurs de cathédrales, instrument qui permettait aux Maîtres d’Oeuvre de tracer et de reporter des proportions sans recourir aux mathématiques ni à la géométrie. Je me suis livré à quelques exercices qui donnent en effet l’angle droit avec une simple cordelière à nœuds. Mais, s’il s’agit de reproduire l’outil de ces géniaux illettrés aux mains calleuses, n’aurait-il pas comporté quelques bons nœuds bien serrés au lieu de ces frivoles lacs d’amour et de ces féminines houppes dentellées ? Je n’étais pas du tout convaincu par cette interprétation.

Je n’ai pas non plus été convaincu par les dissertations fumeuses portant sur le « symbole de l’infini » [2] ni sur celui du « nombre huit couché ou paresseux » que certains décèlent dans les lacs [3] d’amour. Bien moins encore par la nécessité, présentée souvent comme impérieuses, de tracer trois lacs d’amour au premier grade, cinq au deuxième et sept au troisième ! Une autre école nie farouchement cette nécessité, et une « sous école » prétend au contraire que les lacs doivent aller par douze, en l’honneur du Zodiaque qui comporte douze signes, voire même en souvenir des douze apôtres… Une abondante iconographie, aussi incohérente que les diverses théories qu’elle prétend illustrer, nous est offerte en témoignage de l’infinie capacité imaginative de nos frères.

Je finis par me demander de quoi il pouvait bien être question si l’on envisage le symbole sous un angle purement historique et factuel. D’où vient-il ? Que tente-t-il d’exprimer ?

Il s’agit d’une cordelière comportant un certain nombre de nœuds plats (de deux au minimum à douze au maximum !), terminée à chacune de ses deux extrémités par une houppe. Cette cordelière délimite les faces Nord, Est et Sud des tableaux de loge [4] français, car les Anglais ignorent cette cordelière qui se répandra dans les tableaux de toute l’Europe, à l’imitation de la France. Une houppe, depuis que ma grand-mère m’a initié aux contes de Perrault et plus particulièrement aux aventures de Riquet à la Houppe, est une touffe de brins de laine, de soie, de duvet ; définition plus élégante encore, due au petit Larousse : c’est « un petit bout de ruban effiloché qui s’échappait du ferret de l’aiguillette » ! La houppe (ou houpe au XVIIIe siècle) est donc l’extrémité de la cordelière, et non la cordelière dans sa totalité. On a donc pris la partie pour le tout. Mais pourquoi qualifie-t-on, en maçonnerie, cette houppe de « dentellée » ?

Retournons cette fois au petit Robert qui nous dira : « dentellé : tissu très ajouré, orné de dessins, et qui représente généralement un bord dentelé ». Ce n’est donc pas la bonne piste, car ceci ne nous éclaire en aucune façon. Que viendraient donc faire ces décoratives et frivoles dentelles sur un très sérieux tableau de loge, même pour accompagner une houppe ? Cherchons plus loin. « Dentelé : qui présente des pointes et des creux. Voir indentation. Feuille dentelée ou dentée ». Que viendrait faire sur nos tableaux, dont on sait qu’ils représentent le Temple de Salomon, une bien inconcevable dentelle ? En français, cela n’a aucun sens précis, et ne possède pas le moindre rapport avec la construction que je viens d’évoquer.

Alors, où se situe la première apparition de l’expression « houppe dentellée » et quel pouvait être son sens à l’origine ? A ma connaissance, c’est très probablement le fameux Louis Travenol (dit aussi Léonard Gabanon) qui, en 1744, publia pour la première fois en France une représentation de tableau de loge, dans une divulgation intitulée : « Le Catéchisme des Francs-Maçons ». Trois autres divulgations l’avaient précédée : « La Réception d’un Frey Maçons » en 1737, « La Réception Mystérieuse » en 1738 et « Le Secret des Francs-Maçons » en 1742. Nous reproduisons ici le premier tableau de loge au grade d’Apprentif-Compagnon probablement jamais révélé au grand public français. En n° 15, la légende de ce tableau porte : houppe dentellée. Voici donc la première référence, semble-t-il.

Comme toujours, pour percer les mystères des sources françaises de la Franc-Maçonnerie, retournons aux premières pratiques maçonniques anglaises qui se répandirent à Paris, afin d’y trouver, éventuellement, une version intacte d’une pratique mal comprise, ou mal traduite, chez nous. Et c’est bien le cas ici !

Donc, en 1742, l’abbé Pérau publie « Le Secret des Francs Maçons ». Il se base sur le texte anglais d’une divulgation célèbre et importante : « Masonry Dissected », publiée en Angleterre en 1730 par Samuel Prichard. Mais les connaissances linguistiques du bon abbé sont assez limitées, et ses traductions approximatives. Par exemple, sous sa plume :

Mosaïck Pavement                 devient                        Palais mosaïque
Blazing Star                           devient                        Dais constellé d’étoiles
Intended Tarsel                      devient                        Houpe dentellée

Tarsel n’existe pas dans les dictionnaires contemporains. L’erreur de Pérau provient peut-être d’une mauvaise lecture et d’une confusion qu’il aurait commise avec Tassel, qui signifie gland, et donc avec tasselled, orné de glands.

Que dit le texte original de Prichard en 1730, qu’il n’est pas nécessaire de traduire, tant il est accessible :

Q : Have you any furniture [5] in your lodge ?
A : Yes.
Q : What is it ?
A : Mosaïck pavement, Blazing Star and Indented Tarsel.
Q : What are they ?
A : Mosaïck Pavement, the ground Floor of the Lodge ; Blazing Star, the Center ; Indented Tarsel, the Border round about it.

Donc, le pavement mosaïque constitue le sol de la loge ; l’Etoile flamboyante en est le centre ; le Tarsel « denté » en est la bordure « tout autour ».

Comme on le sait, la bordure des tableaux de loge anglais comporte presque toujours une frise composée de triangles blancs et noirs alternés, ou de carrés blancs et noirs coupés en diagonale, disposés comme des dents, c’est-à-dire « indented ». Les tableaux de loge français de la même époque qui ont repris cet usage anglais sont extrêmement rares. Nous en publions un exemplaire ci-contre. De nos jours, une survivance inaltérée peut être vue sur « les tapis » de loge du Rite Ecossais Rectifié, qui a conservé intacts ses usages de 1778. [6] L’usage français au premier grade veut donc, depuis Pérau probablement, que ce que l’on appelle improprement « la houppe dentellée » représente une corde, pourvue de plusieurs nœuds plats, et terminée par deux glands effilochés. De nombreuses divulgations ultérieures, de nombreuses gravures et de nombreux rituels reprendront la même expression qui, en dépit de son illogisme et de sa totale incorrection, va constituer au fil du temps un usage établi, aussitôt baptisé « tradition ». Et ceci n’est pas un cas isolé. L’enlèvement des gants blancs [7] pour la chaîne d’union est, à mon avis, une dérive occultiste subie par nombre de rationalistes.

Pourquoi donc les premiers maçons français en sont-ils venus à remplacer la « bordure dentée » des tableaux anglais par une corde baptisée « houppe dentellée » de la plus bizarre des façons qui soient ? En France, dès 1744, la « houppe dentellée » constitue un ornement surajouté aux tableaux de loge, si on les compare aux tableaux anglais contemporains. Ces derniers ignorent la houppe de nos jours comme ils l’ont du reste toujours ignorée. C’est là incontestablement l’un des éléments originaux et constitutifs du « style » français, de « l’esprit » ou de la « spécificité » française, comme l’habitude curieuse de conserver le port de l’épée en loge, [8] de même que celui du chapeau, voire encore une copie du cordon bleu très sélect de l’Ordre du Saint Esprit, usages répandus dans la bonne société qui fréquentait les salons.

Une lueur apparaît toutefois avec le célèbre Louis Travenol, alias Léonard Gabanon, qui, dans la seconde de ses divulgations publiée en 1747 : « La Désolation des Entrepreneurs Modernes du Temple de Jérusalem », décrit enfin la « houppe » comme : « une espèce de Cordon de Veuve qui entoure le haut du Dessein » (sic). [9] Il est étonnant que Travenol soit le seul auteur français de cette époque qui ait envisagé cette explication à caractère héraldique. Cette description fort intéressante coïncide chronologiquement avec une autre expression qui apparaît dans les rituels en 1745, en relation avec le récent grade de Maître maçon (vers 1725 à Londres) et qui qualifie les Maçons d’ « Enfans de la Veuve » (sic) par allusion à Hiram, dont la Bible nous dit (ch.VII, v.14 de Rois) qu’il était « fils d’un Tyrien et d’une veuve de la tribu de Nephtali ». On se souviendra avec amusement de l’affirmation comique d’un illustre représentant de l’école maçonnique mythique, qui faisait de cette expression un hommage à… la veuve d’Hiram !

L’Art héraldique.

Cet ornement, qui apparaît très tôt sur nombre de pierres tombales ou autres, mais qui accompagne aussi certaines armoiries civiles ou ecclésiastiques, va nous inciter à faire une incursion dans un domaine truffé de la symbolique la plus riche qui soit : l’Art héraldique. Et cette incursion va nous donner, avec beaucoup de simplicité, la clef de ce petit problème.

Dans son remarquable « Dictionnaire héraldique » paru en 1974, Georges de Crayencour [10] décrit deux types de blasons qui vont nous éclairer ; le premier est celui des veuves. Il nous dit ceci : « Les Veuves portent deux écus : celui aux armes de leur mari et le leur ; tous deux accolés et entourés, à partir du XVIe siècle, d’une cordelière à entrelacs ou d’un cordon de soie tressé d’argent et de sable… La cordelière en filet à nœuds est une sorte de lacs d’amour… Il se distingue par la présence de trois nœuds serrés, mis en chef et les deux autres en flanc… ». Voici donc une première explication, tirée de l’Art héraldique.

Il en existe une seconde, provenant de la même source, mais plus surprenante, car elle se réfère, non plus de l’art héraldique propre aux veuves, mais bien à celui qui se rapporte aux ecclésiastiques, de l’un et l’autre sexe d’ailleurs. La correspondance entre les lacs d’amour des princes et princesses de l’Eglise et ceux des Francs-Maçons est assez piquante. Elle s’observe de nos jours encore aux frontons de nombreuses abbayes et de palais épiscopaux, sur les pierres tombales, innombrables dans les inégalables églises baroques des îles de Malte et de Gozo, où on les contemple dans leurs compositions de marbres multicolores, et en bien d’autres lieux encore. Georges de Crayencour nous apprend que « le chapeau somme l’écu et son cordon garni de nœuds (ou ganses) et terminé par des houppes disposées en triangle, l’entoure… Sur la signification des nœuds et des houppes, les avis sont partagés »… On ne croit pas si bien dire, et voilà une perplexité que se partagent fraternellement éminences et francs-maçons !

De nos jours, la majorité des tableaux de loge de l’Europe continentale, dérivés de la maçonnerie française, portent en leur chef une harmonieuse « houppe dentellée. Cet ornement est-il simplement esthétique ? Possède-t-il une autre signification, qui se serait perdue ? Résulte-t-il d’une simple erreur de traduction, bien bizarre, malgré la fréquence de ces dernières lors des premiers pas de la maçonnerie d’esprit français ? Cette ravissante houppe provient-elle de la simple fantaisie d’un artiste maçon, qui a voulu « faire joli » ? Mais ce serait alors un cas unique dans l’iconographie maçonnique, qui fait allusion, de façon générale, à quelque sens caché décryptable par un petit nombre…

Regrettable dérive supplémentaire, à mon avis personnel, certains ateliers ont reporté la houppe dentellée sur la partie supérieure des parois septentrionale, orientale et méridionale de la loge (qui est devenue temple, comportant même un autel !), sous le plafond. Elle est, de surcroît et trois fois hélas, souvent assortie d’un ensemble zodiacal, pour moi très incongru mais dont on trouve qu’il fait très « opératif ». Ce qui démontre bien à quel point une « tradition » peut être évolutive… Cet ensemble composite symbolise, dit-on, l’union universelle des francs-maçons ! Voilà comment une pauvre petite veuve peut se faire faire une prolifique descendance, grâce à l’imagination de ses « enfans ». La confusion entre la fine houppe dentellée héraldique et la grosse corde à nœuds des compagnons bâtisseurs est ici, de toute évidence, à son comble. Cette corde à nœuds est autre chose, et j’ai fait moi-même la démonstration de la construction de l’angle droit grâce à la simple corde à douze nœuds, ayant recours au carré de l’hypoténuse par 3, 4 et 5 nœuds. Mais cet instrument opératif n’a absolument rien à voir avec le débat sur la houppe !

Revenons à la question : disposé en chef sur le tableau de la loge, comportant originellement deux lacs d’amour qui s’aimèrent à ce point qu’ils en compteront bientôt douze, que peuvent bien symboliser ces élégants entrelacs aux yeux méditatifs de nos Frères contemporains ?

On peut y voir, et c’est mon cas, bien autre chose qu’un simple ornement héraldique, ce qu’il n’a jamais été en maçonnerie, à mon sens. Car il serait, dans cette dernière hypothèse, le seul élément à n’avoir qu’une fonction esthétique, ce qui constituerait un cas sans pareil parmi les éléments constitutifs du tableau de loge. Cette interprétation est donc invraisemblable et à rejeter. Le choix délibéré de ce cordon rappelle au Maçon que le tableau de la loge synthétise, tel un blason, l’ensemble des éléments symboliques concernant le grade pratiqué. Toutefois, un élément majeur relatif au grade de Maître est déjà présent dès le tableau du grade d’Apprenti. En effet, pareille anticipation est parfois le cas d’un grade initiatique à un autre, où ce qui ne sera explicité que dans tel grade se trouve déjà en germe, non ostensiblement, dans tel autre grade qui le précède. Par exemple, au XVIIIe siècle, le tableau de loge du Rite Français au grade d’apprenti comporte déjà une étoile flamboyante, mais non explicitée. [11]

Quant au « cordon de la Veuve », il rappelle au Maître Maçon que tous, par Hiram qui vit éternellement en nous, nous sommes les « Enfans de la Veuve ». Ceci est immédiatement perceptible dans une société de classes, telle celle du XVIIIe siècle, où l’héraldique est largement répandue et familière à tous, et sert aussi de moyen d’identification ; cet art est couramment et banalement pratiqué avec des sens d’identification connus de tous. Les symboles sont parlants, même si leur langage s’apparente au double langage voire à la cryptographie ; le sens néanmoins se perd lorsque la société évolue, et que sa composition sociologique se modifie, en l’occurrence vers la démocratisation, dès l’instauration de l’Empire. Les maçons du XIXe, du XXe et du XXIe siècle sont de moins en moins des familiers et des connaisseurs de l’art héraldique, sauf peut-être en Allemagne, en Espagne, en Autriche et en Suisse, où cet art est resté très vivace et populaire. Il n’est pas de municipalité ou de ville, dans les pays précités, qui n’arbore fièrement ses armoiries.

L’interprétation du « Cordon de la Veuve » qui est mienne me paraît plus enrichissante, au plan symbolique, que les dissertations réputées « ésotériques », sur les thèmes de l’universalité, du nombre huit couché (sic !), de l’Infini, du Zodiaque, des manouvriers maçons moyenâgeux « qui avaient des secrets venant des pyramides » (sic), des fils d’Isis, des Druides et je passe volontiers les Templiers, les Rose Croix et les Alchimistes !

Cette conclusion n’est bien entendu pas LA vérité. Si elle l’était, nous sortirions du cadre d’une philosophie interprétative pour entrer dans celui de la science, de l’emblématique, de l’allégorie, du sigle, de la pensée unique. Où serait dès lors le plaisir de la découverte et surtout, ce qui est encore bien plus enthousiasmant, la volupté de la recherche, voire la véritable « chasse au sens caché » qui devient l’incontournable double nature du maçon blanchi sous le harnais ? « A chacun sa Vérité » dit une célèbre pièce de théâtre. A quoi Ponce Pilate répond, du fin fond de sa Judée : « La Vérité ? Quelle Vérité »… avant d’aller se laver les mains, geste hautement symbolique !

Postlude : la houppe dentelée de notre « chère Inconnue »

Il existe, dans quelque rue pentue du vieil Uccle, cette très ancienne commune des environs de Bruxelles, une vénérable auberge dite De Hoef, portant le millésime 1627. Trois petites salles patinées par les siècles, parfumées par les relents languissants d’un âtre ronronnant et comme éternel. Des reliques du passé dorment accrochées aux murs et jonchent les meubles antiques. Au cœur du labyrinthe, le jardin secret où il ne pleut jamais, clos et plein de charme, offre ses ombrages. Sous la tonnelle, depuis trente ans et plus se retrouvent régulièrement quelques Frères de toutes formes, grades et couleurs, afin de refaire périodiquement l’obédience, la loge, le collège, le programme, la vie, un monde plus fraternel, quoi… Ces agapes s’ouvrent « depuis des temps immémoriaux » par la question devenue rituelle à laquelle l’un d’entre eux ne pourrait jamais se soustraire, car tous l’attendent et rien ne peut commencer sans elle :  » Mangeons-nous quelque chose avant les armagnacs ? ».

Au mur de cet îlot situé en terre de Fraternité, et donc hors du temps et de l’espace, une peinture patinée par les siècles : nous contemplent ainsi depuis toujours six écureuils et dix coquilles Saint-Jacques. Un écu écartelé, entouré d’une superbe houppe dentelée à cinq lacs d’amour et deux houppes, portant l’inscription : Obiit 14 janu 1735. La forme ovale de l’écu révèle qu’il s’agit d’une femme. L’écartèlement de l’écu lui a permis de faire figurer les armes de son époux en alternance avec les siennes. Le Cordon de la Veuve établit, hélas, ce que fut son dernier état. La fin parfois brumeuse de nos agapes voyait notre imagination s’emparer de celle que nous avions vite baptisée « notre chère Inconnue ».

Un beau jour, en notre jardin secret où jamais il ne pleut, nous avons décidé de savoir qui s’en était allée à jamais en ce  matin glacé de janvier 1735 et qui, depuis lors, demeurait l’invitée fantomatique aux banquets de nos rêves. Nous avons fureté dans les armoriaux du temps. Il ne devait pas être impossible de retrouver un blason « écartelé en deux et trois de gueules, à cinq coquilles Saint-Jacques au naturel, au un et quatre de gueules à quatre burelles d’or, au chef d’or à trois écureuils accroupis au naturel « . Les quartiers 1 et 4 sont les armes de Jeanne Josinne Isabelle van Thulden, née van Stakenbosch à Malines, le 16 mars 1686, décédée le 14 janvier 1735 à Bruxelles, à l’âge de 49 ans, ainsi que l’indique son « obiit » ou armoiries funéraires. Elle épousa Laurent Henri Corten, dit de Brialmont, qui fut fait baron van Thulden par lettres patentes du 10 mai 1720. Il mourut à Malines en novembre 1730, cinq ans avant notre Jeanne. Qui n’est donc plus désormais « notre chère Inconnue », mais est devenue « la Dame de nos Pensées ». Elle nous attend toujours, fidèlement, dans notre jardin où jamais il ne pleut, lovée dans sa houppe dentelée, si proche de chacun d’entre nous par tant de secrètes et affectives correspondances.

Et qui donc comprendra jamais, parmi les hôtes profanes de cette séculaire auberge, pour quelles mystérieuses raisons connues de ses membres seuls, un petit groupe d’adultes se lève allègrement et, tendant un cercle de « canons » dûment chargés vers un très ancien tableau, boit en murmurant, avec un sourire entendu: « A Jeanne à la Houppe ! »…

Bibliographie

– Armorial général précédé d’un dictionnaire des termes du blason. Rietstap, J.B., Barn & Noble, New York, 1965, 3 vol.
– Traité de l’héraldique. M. Pastoureau, Picard, Paris, 1993.
– Le Blason. Geneviève d’Haucourt, P.U.F.n°336, 10° éd. 1995 (p.121).
– L’Héraldique. Claude Wenzler, éd. Ouest-France, 1997.
– The Early French Exposures 1737-1751. Harry Carr, the Quatuor Coronati Lodge n°2076, London, 1971 (pp. 320-321), ainsi que toutes les divulgations françaises citées.
– Dictionnaire héraldique. Georges de Crayencour, Paris, Léopard d’Or, 1985.
– Armorial de l’Eglise de France. J. Meurgey de Turpigny, Mâcon, 1938.

Blason ornant la tombe d’une Mère Abbesse du XVIe siècle.
L’une des plus anciennes manifestations – si pas la plus ancienne – du Cordon de la Veuve dans l’Art héraldique.
Cathédrale de Narbonne, France.

[1] J’écrirai dorénavant « dentellée » comme au XVIIIe siècle.
[2] Lemniscate généralisée après 1713 seulement par Bernoulli, donc ignorée par les bâtisseurs de cathédrales.
[3] Des lacs, ou lacets, sont des liens.
[4] Appelés « tapis » au seul Rite Ecossais Rectifié.
[5] Mobilier en français.
[6] Le RER possède aussi des « tableaux » de loge, dont plusieurs exemplaires sont exposés didactiquement au fur et à mesure du déroulement de la cérémonie de réception, et ensuite exposés au pied des stalles des Officiers. D’où, l’emploi du mot « tapis » pour éviter toute confusion.
[7] Constituant l’habit du maçon, au même titre que le tablier, ne l’oublions pas !
[8] Ou, pour les bourgeois, de s’en attribuer le port.
[9] « A digression on the Houpe Dentellée » in : « The Early French Exposures », by Harry Carr, the Quatuor Coronati Lodge n° 2076, London 1971.
[10] L’anagramme de Crayencour donne Yourcenar. C’est le nom d’une vieille famille belge ayant donné à son pays une célèbre académicienne et au monde un remarquable écrivain. Les Maçons connaissent sans doute Marguerite Yourcenar pour son « Oeuvre au Noir », mais ses « Mémoires d’Hadrien » sont stupéfiants.
[11] Ce grade fut pendant un certain temps celui d’apprentif-compagnon.

samedi 26 décembre 2020
  • 20
    joab's
    30 décembre 2020 à 18:33 / Répondre

    Débat un peu etrange.
    En examinant du côté RF, régulateur et ce qui est enoncé comme Rit primodial on y trou 2 objets :
    – la cordeliere à houppes qui relie les franc-maçons
    – la bordure dentellée qui delimite l’espace sacré.
    Donc 2 symboliques bien differentes.
    Côté anglais dans les « lectures »(instructions) on trouve la bordure dentellée(indented or tessalated border) qui rappelle les planètes autour du soleil pour le faire autour de la loge. (1ere lecture, 5e section).

  • 16
    JEAN VAN WIN
    27 décembre 2020 à 16:31 / Répondre

    @MATT
    Oui ! en dehors de toute pandémie, le Hoef fonctionne toujours à la même adresse depuis 1627. Un peu de patience, cela reviendra, et on m’y reverra avec Francis et nos amis, amoureux de leur belle inconnue… dans le jardin secret où jamais il ne pleut.
    Pas comme aujourd’hui, tonnerre de Brest!

    • 17
      pierre noel
      27 décembre 2020 à 17:39 / Répondre

      Hoef ne signifie-t-il pas « sabot » (de cheval ou autre équidé, hoof en anglais) ?
      Ne raconte-t-on pas qu’en 1627, l’endroit était un relais de poste, avec un maréchal-ferrant, toujours prêt à ferrer et parer les chevaux de passage ? La rue ne sera évidemment nommée Edith-Cavell qu’après la 1° guerre mondiale, comme son nom le laisse penser.

  • 15
    Matt
    27 décembre 2020 à 09:24 / Répondre

    Est-ce que quelqu’un ici sait si l’on « mange toujours quelque chose avant les armagnacs » au Hoef ? Je connais l’endroit mais n’y ai plus été depuis …. longtemps avant d’entrer en maçonnerie. J’avoue que je serais ravi retourner et d’y rencontrer d’autres refaiseurs de monde (une fois la pandémie actuelle éradiquée bien sûr …)

  • 11
    Jeantintin
    26 décembre 2020 à 20:16 / Répondre

    Ma très chère Solange,
    Tu peux me faire confiance (on se connait bien, notamment pour t’avoir photographiée quelque fois et même en compagnie de Geplu ), ce n’est pas une coquille. Un Conseiller de l’Ordre a même essayé de me convaincre que c’était possible !!
    Il aurait surement été trop simple de me réponde : « effectivement c’est une erreur, on va rectifier ». Le problème est que ce fascicule, avec cette erreur , va être imprimé pour être donné aux nouveaux Compagnons. Après ce n’est que de l’ arithmétique soit la multiplication du nombres de destinataires par le nombre de fascicules et donc il me semble très dommageable de « gaspiller » cette argent qui pourrait servir à bien d’autre choses.
    Ayant ton mail personnel, je peux te faire suivre les différents documents que j’ai envoyés pour justifier cette erreur.
    Au plaisir de se revoir au 45.
    Bonne soirée à tous.
    Jeantintin.

    • 13
      sudarskis
      27 décembre 2020 à 08:11 / Répondre

      Bien cher Jean, Merci d’avance, bien sûr cela m’intéresse.

  • 10
    ERGIEF
    26 décembre 2020 à 19:40 / Répondre

    Je cite: « Au XVIIIème siècle le tableau de loge du Rite Français comporte déjà une étoile flamboyante ». Cher Jean c’est toujours le cas de nos jours au Rite Ecossais Rectifié ou le tapis de loge du 1er et 2ème Grade sont identiques à un détail près concernant l’absence de la lettre initiale sur la deuxième colonne chez les Apprentis.
    Ceci étant précisé, merci pour ce beau travail dont j’ai particulièrement apprécié, au delà des apports historiques, techniques et symboliques, la dernière partie plus cardiaque consacrée à la dame à la houppe.

    • 12
      pierre noel
      26 décembre 2020 à 21:03 / Répondre

      Rien d’étonnant !
      Le rite rectifié descend en ligne directe des rituels en usage en France dès 1745 (qui seront la racine du « rite français » qui ne sera affublé de ce nom que sous l’Empire) ).
      Quant à l’absence d’une lettre sur la colonne du midi au 1er grade du RER, c’est un emprunt de Willermoz aux rituels suédois du temps de W’bad (1782)

  • 7
    pierre noel
    26 décembre 2020 à 16:47 / Répondre

    J’ai été fasciné par « Les Trois Colonnes, Sagesse Force Beauté, et les Trois Grands Chandeliers », ouvrage de René G. (paru en 1963), quand je l’ai lu en 1979. J’ai rencontré à plusieurs reprises l’auteur à Paris ou à Bruxelles et nous avons correspondu (comme on le faisait en une époque sans e-mail !). L’ouvrage est tout à fait remarquable et montre une connaissance de la maçonnerie anglaise inhabituelle à l’époque (en France), mais il vaut mieux que le rituel reconstruit ensuite (le RF « rétabli ») par RG qui, qu’on le veuille ou non, reste du Viollet-le Duc ! « Les Pierre de la franc-maçonnerie », publiés en 1995 (avec une préface de Michel Brodsky), sont, me semble-t-il, son chef d’œuvre.

  • 5
    JEAN VAN WIN
    26 décembre 2020 à 15:08 / Répondre

    Guilly fut « le premier » à en parler ? So what ? Moi, je possède la toute dernière lettre autographe qu’il écrivit juste avant sa mort. Nous devions nous voir, une fois encore à Paris ; il « ne se sentait pas bien » et me demandait de surseoir à cette rencontre… A quelques jours de laisser tomber les outils.
    Je ne connais pas cet ouvrage-là de René Guilly, dont je fus autrefois très proche, dans ma recherche du Rite Français Traditionnel, que je pratique toujours aujourd’hui, mutatis mutandis, comme disent les snobs. Je vais donc acheter ce livre s’il se trouve encore chez Dervy. Mais je ne crois pas que René connaissait la famille de Crayencour, ni ses œuvres ! Il m’en aurait parlé.
    Voici une convocation pour une tenue en sa loge d’étude Louis de Clermont, lettre Ghimmel, qui se tenait rue Saint-Bon, au pied de la tour Saint-Jacques, en mai 1989, et que je fréquentais en venant à chaque fois de Bruxelles. Question : qui devinera qui était alors le 1er Surveillant de cette loge présidée par René D … ? Un certain Roger D…., mais oui !
    Et on voit que René signait: le TV, ce qui est une erreur, puisque le titre de TV de se donne qu’au vocatif, et en loge. (Voir, si l’on veut, mon récent mda « les spécificités du Rite Français Traditionnel » dont j’extrais ceci :
    Dans les années qui suivent la fin de la deuxième guerre mondiale, certains FF du GODF sont désireux de ramener le Rite Français à la réalité spirituelle du XVIIIe siècle, afin aussi d’éviter des départs de FF vers le REAA, considéré comme plus « spiritualiste » que le RF.
    Le F. René Guilly est alors membre du GODF. Il est historien, journaliste, historien de l’art, conservateur au musée du Louvre et a dirigé l’équipe qui fut chargée, à la Bibliothèque Nationale de Paris, de mettre de l’ordre dans les nombreux manuscrits qui y dormaient.

    Ces abondants rituels n’étaient pas classés, et René Guilly a bien aidé la conservatrice des manuscrits, Mme Florence de Lussy, à les mettre en ordre utile sans les mélanger. Vaste programme !

    René Guilly se consacre alors à reconstituer un rituel proche de celui qui fut pratiqué par la maçonnerie française dans les années 1720-1760, et ambitionne de rétablir les liens avec la franc-maçonnerie primitive des Iles britanniques. C’est cet esprit qui, sous son impulsion, donne naissance, au Rite Français Rétabli, ce qui indique que le symbole fondamental du Grand Architecte y est réintroduit et donc rétabli. Et Guilly, dans ses rituels révisés, de préciser à chaque fois : « le Grand Architecte, qui est Dieu ! »

    En 1961, René Guilly procède ensuite à la transformation d’une loge rectifiée, les Forgerons du Temple, relevant cette fois de la Grande Loge Nationale Française Opéra. Elle devient sous son impulsion la respectable loge Jean Théophile Désaguliers, travaillant au Rite Français Moderne Rétabli. Désaguliers, probablement l’un des véritables inspirateurs des Constitutions dites d’Anderson en 1720-1723, devient aussi le nom de plume de René Guilly.

    Il poursuit la reconstitution du rite en y faisant apparaître au grand jour sa tradition chrétienne, et donc en réintroduisant notamment en loge la présence de la Bible, ouverte à l’évangile de Saint Jean. En 1968, il fonde la Loge Nationale Française ; il met au point le rituel du Rite Français Traditionnel qui s’appuie sur une tradition située en amont du GODF, obédience dont René Guilly récuse l’autorité. Je possède des lettres autographes très dures de René sur ce sujet.

    En résumé, le Rite Français sans autre qualification connaît donc un pivot central qui est celui du Régulateur de 1786, expression de l’esprit des Lumières, avec, en amont, les rituels français de goût, d’esprit et de style français jusqu’à 1786 environ, et, avec en aval de 1786, les rituels Murat, Amiable, Groussier et le RF Rétabli et le RF Traditionnel, dus à l’action de René Guilly, qui voulait retourner aux sources anglaises, mais aussi chrétiennes du rite lorsqu’il s’implante chez les Français.

    Peut-être plaira-t-il à Géplu de reproduire cette antique convocation qui témoigne des origines du Rite Français Traditionnel, dans une de ses formes déjà archaïques !

  • 4
    Jeantintin
    26 décembre 2020 à 13:51 / Répondre

    Bonjour à tous,
    Concernant « cette fameuse houppe » que l’on trouve en « décoration » dans les Temples je vous fais part d’une interrogation . Pour une fois, ce message s’adresse aux maçons Compagnons ou Maîtres du GO, puisqu’ils seront les seuls à avoir accès au document que je cite. Je m’explique, dans le dernier cahier d’instruction du Grade de Compagnon (2019), il y a cette phrase qui me pose question …/…Il circule autour du Temple pour indiquer que cette union s’étend par toute la terre. Il rappelle la corde opérative à 12 nœuds et 13 segments des bâtisseurs d’autrefois, utilisée pour les calculs nécessaires à toute construction géométrique. (Page 36)…/…
    Je veux bien qu’on refasse le monde, mais refaire la géométrie me semble plus aléatoire ! En effet depuis le CM1 il m’a été expliqué que sur une ligne il y a toujours un espace de moins que le nombre de « piquets » et non pas l’inverse.
    Ce qui m’inquiète, c’est qu’après consultation de divers Conseillers de l’Ordre ou autre, cela n’ai pas l’air de les choquer.
    Je laisse ça à votre sagacité.
    Bonne fin d’année à vous tous.
    Jeantintin

    • 8
      Solange Sudarskis
      26 décembre 2020 à 17:30 / Répondre

      Cela ne peut être qu’une coquille car il est tout à fait exact que pour avoir 12 segments, il faut 13 nœuds ! D’ailleurs, en lisant le etxe je me suis étonnée que se puisse être écrit : »j’ai fait moi-même la démonstration de la construction de l’angle droit grâce à la simple corde à douze nœuds, ayant recours au carré de l’hypoténuse par 3, 4 et 5 nœuds. » S’il n’y a pas de 13ème nœud, une extrémité n’est pas un segment, et donc 11 segments seulement ———–o—o—o—o—o—o—o—o—o—o—o—o

      • 9
        Christophe Dioux
        26 décembre 2020 à 19:00 / Répondre

        Sans compter, on ne va pas rappeler Jean-Michel Mathonière à la rescousse une fois de plus, que cette «corde opérative des bâtisseurs» n’a très probablement jamais existé. En tout cas personne n’en a jamais trouvé la moindre trace historique.
        Et non, les tracés de triangles pythagoriciens qu’on trouve dans certains ouvrages anciens ne démontrent pas que la «corde opérative» ait existé. Il ne démontent que le fait qu’on connaissait le triangle pythagoricien depuis l’époque de Pythagore (et même avant en fait!).
        Les charpentiers et les maçons du Moyen-Age et d’avant connaissaient parfaitement les tracés géométriques d’Euclide, réalisables avec un cordeau sans nœuds beaucoup plus simples et précis. Ils n’avaient aucune raison d’utiliser cette «corde opérative» moins pratique et moins précise qui n’a jamais été utilisée que par des arpenteurs et encore ce n’est pas certain.
        Voir par exemple
        «Corde à 13 nœuds : un beau néo-mythe pédagogique» – Université de Lyon-1
        Ou l’article «Corde à nœuds» de Wikipédia.

        • 14
          sudarskis
          27 décembre 2020 à 08:24 / Répondre

          Et pourtant ! Outre le plaisir de découvrir un traité très didactique où on retrouvera l’emploi du cordeau tel en usage au XVIIe siècle dans le Traité de géométrie de Sébastien Le Clerc de 1690, on trouve bien l’usage de cordeau à nœuds chez les opératifs : Le cordeau utilisé alors pour effectuer des relevés et des tracés sur le terrain « peut être simple et de telle longueur qu’on voudra, mais étant divisé, il est de dix toises pour l’ordinaire, et les divisions y sont marquées par des nœuds faits de six pieds en six pieds, c’est-à-dire de toises en toises ». pages 218 et suivantes sur : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63441011/f227.item

          • 18
            Christophe Dioux
            27 décembre 2020 à 19:23 / Répondre

            De cordeau utilisé pour faire des relevés sur le terrain, ou par des arpenteurs, ou encore par des jardiniers, ça ne fait absolument aucun doute. Et aussi de tracés au cordeau réalisés par les charpentiers, c’est évident. Ca se fait encore. C’est très pratique notamment pour tracer des angles droits, des perpendiculaires et des parallèles, mais selon la méthode euclidienne classique qu’on apprend à l’école élémentaire à la règle et au compas, et pas en utilisant des nœuds et la propriété 3²+4²=5².

            Les opératifs n’avaient aucune raison d’employer cette curieuse méthode «secrète» (ou en tout cas documentée nulle part) et «maçonnique», peu commode et peu précise, alors qu’il est parfaitement connu et attesté qu’ils utilisaient le tracé « classique » qu’on apprend à l’école, plus simple et plus précis, avec un cordeau sans nœuds.

            D’ailleurs, le cordeau de dix toises, divisé de toise en toise, le confirme bien, puisqu’il n’a évidemment que 10 intervalles et pas 12. Et le traité de Sébastien Le Clerc de 1690, merci pour cette référence, le montre lui aussi assez: On se sert du cordeau pour tracer toutes sortes de figures à la manière d’un compas (avec l’avantage qu’en plus, en repliant le cordeau, on peut facilement diviser les longueurs) et pas du tout en utilisant la propriété 3/4/5.

            Comme quasiment toutes nos légendes maçonniques, celle de l’utilisation par les opératifs du cordeau à 12 nœuds pour tracer des triangles rectangles est très jolie mais c’est une légende, inventée par Louis Charpentier en 1966. Jusqu’à preuve du contraire en tout cas.

            Personnellement, je l’aime beaucoup notre «houppe dentelée» à 12 nœuds et j’aime bien la voir autour des murs de nos temples. J’y vois le symbole du zodiaque et de l’Univers et ça me va très bien comme ça. Mais c’est un symbole relativement moderne (ce qui ne le rend pas moins intéressant et inspirant pour autant) et pas une réalité historique.

            Bonne soirée.

            • 19
              pierre noel
              27 décembre 2020 à 21:20 /

              Le « skirret » est l’un des 3 working tools du MM britannique. Il est conseillé aux loges de l’acheter dans un magasin d’horticulture !

  • 3
    Désap.
    26 décembre 2020 à 12:08 / Répondre

    Je suis un peu étonné.
    Le RF 1785/1801 distingue au grade d’App.:, sans qu’il ne puisse y avoir d’ambiguïté, « La bordure dentelée qui entoure tout le Tableau sépare du monde profane l’espace de la Loge » et « la cordelière à houppes pourvue de lacs d’amour qui entoure les emblèmes de ce tableau ».
    La première chasse les ténèbres (à l’image des gargouilles de la Cathédrale) et ne laisse entrée que la Lumière, la seconde se suffit à elle-même.
    Houppe dentelée et Cordon de la Veuve n’ont de mon point de vue pas de signification, au RF s’entend.

  • 2
    Van Worden
    26 décembre 2020 à 09:51 / Répondre

    AI-je mal lu ? Mais je reste stupéfait de ne pas voir dans la bibliographie « Les pierres de la Franc-Maçonnerie » Dervy) de René Désaguliers (alias René Guilly) qui fut le premier, dans ce livre, en son chapitre V « Un autre accident Français, la houppe dentelée » à exposer la question!

  • 1
    yonnel ghernaouti, YG
    26 décembre 2020 à 05:09 / Répondre

    Rappelons que la fixation de l’orthographe en France fut la conséquence de la promotion du français au statut de langue officielle sous le règne de François Ier avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts datant de 1539.
    Au cours du XVIIIe siècle, l’orthographe a maintes fois évolué avec les réformes de 1718 – plusieurs simplifications sont adoptées -, de 1740 et 1762 – un tiers des mots voit son orthographe modifiée -, de 1798 – continuation des simplifications et ajout de termes révolutionnaires…
    Merci Jean pour tous ces éclaircissements. Je garderai de notre rencontre à Masonica/Bruxelles 2019, 4e journée du livre maçonnique, un excellent souvenir.

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