LE PENSE-BÊTE de Pierre-Paul, Le Con-finé

Publié par Géplu

LE PENSE-BÊTE de Pierre-Paul, Le Con-finé

« Restez confinés ! » nous répète-t-on à l’envi à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux. Et moi qui fais partie du vulgum pecus (et chacun sait comme le p.-cus fait défaut en cette période d’enfermement), j’ai eu envie de comprendre ce que l’on me disait et redisait avec tant d’insistance.

J’ai donc ouvert mon dictionnaire, et j’ai lu le sens qui était donné à ce mot de « confiné ». Et là, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que sa première signification était celle de « toucher au confins, aux limites d’un pays » ! Quoi ? À nous que l’on oblige à rester à la maison, à ne pas nous éloigner de notre domicile, à ne pas partir en vacances, voilà qu’en « confinés » nous sommes invités à nous rendre à l’autre bout du pays, voire même à franchir les « confins », nos frontières – or parmi les plus proches de la France, il y a celles de l’Italie et de l’Espagne où la situation semble encore pire que la nôtre ! -. Qu’en penser ? Il est vrai qu’on nous assomme aujourd’hui d’informations contradictoires ; mais à ce point, j’en suis troublé !

Ainsi perturbé plus qu’il n’était de raison, je me suis attaché à savoir s’il n’y avait pas un deuxième sens qui éclairerait le mien. Et il y en avait un : « Confiné. Être tout proche, voisin de ». Ce n’était pas croyable ! J’avais cru comprendre que si j’étais « confiné », c’était pour ne pas avoir de contact avec mes voisins, justement. Et à présent, c’était tout le contraire auquel nous étions conviés : Parce que l’on était « confinés », il aurait fallu que l’on se rapproche, que l’on s’attouche, que l’on s’effleure, que l’on se palpe même !

Je ne savais plus quelle décision je devais prendre : D’un côté, le « confinement » suggérait de s’agglutiner, de l’autre les messages du gouvernement nous recommandaient de nous tenir à plus d’un mètre de distance les uns des autres. Déstabilisé par ce paradoxe qui exigeait de moi que je me tins le plus près possible mais aussi le moins loin de mes concitoyens, je décidais de sortir avec un mètre pliant dans ma poche pour m’assurer que j’étais à la fois à bonne et à moindre distance des passants. Ainsi, les croisant dans la rue les jours de mes sorties, je dépliais mon mètre à leurs pieds pour mesurer la distance qui me séparait d’eux. Allez donc y comprendre quelque chose ? Aussitôt que je m’approchais avec mon flexible, je les voyais s’enfuir en poussant des cris d’orfraie – mais des cris étouffés, toutefois, derrière les masques qui les protégeaient -. Et je m’interrogeais : Pour quelle raison me fuyaient-ils de la sorte ?

J’ai dû me rendre à l’évidence : La solution que j’avais adoptée n’était probablement pas la plus adéquate pour résoudre le dilemme auquel j’étais confronté. Pourtant, le dictionnaire… les messages du gouvernement…

Décontenancé, je me suis mis à réfléchir différemment. Je savais bien que beaucoup de mots composés s’étaient transformés en substantifs simples avec le temps en perdant le trait d’union qui les unissait (par exemple : entretemps, contretemps, autoécole, agroalimentaire, microstructure, etc.) Alors je me suis dit : Et si, en fait, le mot « confiné » était à l’origine un mot composé (« con-finé ») qui serait devenu un mot simple au cours du temps ?

Pour moi, au rebours de cette pensée, les choses étaient devenues limpides. Un « con », je savais ce que c’était. Depuis Descartes, pour qui « le bon sens était la chose du monde la mieux partagée », j’avais compris pourquoi chacun en avait si peu. J’en déduisis que « l’espèce des cons » (à laquelle – sans illusion aucune – j’appartenais) était la plus répandue sur la terre (ce qui me renvoya au vulgum pecus que j’avais évoqué). Mais que pouvait bien signifier « finé » ? Mon petit dictionnaire de la langue française ne suffisant pas à me renseigner, je me suis tourné vers le Larousse 6 volumes pour y engager une dernière recherche sémantique. Et qu’y ai-je découvert ? Oh, surprise ! « Finer » a le sens ancien de : « Régler, payer (Vx.) »

Enfin, j’étais rassuré ! Après avoir été « confiné » chez moi autant qu’aux confins de la France, après y avoir été enfermé tout en partant en vacances (comme beaucoup de Français qui, eux, disposaient d’une résidence secondaire à la campagne), après m’être tenu à distance mais en restant proche des gens, j’apprenais à ma grande joie que « l’espèce de con con-finé » que j’étais allait être « payé » – comme le gouvernement l’avait promis -.

Malgré tout, je n’étais pas totalement tranquillisé. Une dernière pensée m’instilla de l’effroi ; et c’était celle-ci : Le gouvernement allait-il payer la tête de con que j’étais pour lui… ou allait-il tout simplement se contenter de se payer ma tête de con ? Encore un dilemme que je ne parvenais pas à résoudre. Alors j’angoisse ! J’angoisse ! Et j’angoisse encore !…

mercredi 8 avril 2020

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