procession maconnique

Autour d’un tricentenaire sans tambours ni trompettes  

Par Emerek Le Fol dans Divers

« Ici tout est symbole » affirme-t-on en loge. Aussi il importe assez peu de savoir si le 24 Juin 1717 un événement « fondateur » a eu lieu dans quelque taverne de Londres. C’est là une affaire d’historiens et, même s’il importe de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, ce fait ne devrait guère influer sur le comportement des adeptes de la franc-maçonnerie si comme le prétendait Jean Mourgues dans son ouvrage (1) elle est encore « la société initiatique des temps modernes » ; sauf à confondre la « maçonnologie » et la franc-maçonnerie.

Et quoi de plus symbolique qu’un anniversaire ? Il y a quatorze ans quelques grands-maîtres d’obédiences importantes avaient saisi l’opportunité d’une date,  1728, pour commémorer le 275ième anniversaire de la franc-maçonnerie française. Pourquoi pas, même si le Duc de Wharton n’en demandait pas tant ! Toujours est-il que, du GODF à la GLNF, de la GLDF à la GLFMM, neuf obédiences avaient, concrètement, réuni ce qui est épars. Pendant six mois la franc-maçonnerie en France, à la fois une et multiple, avait réussi à donner d’elle à travers expositions, colloques, réceptions par les corps constitués de la République Française, du Président de la République au Président de l’Assemblée Nationale en passant par le Premier Ministre, une image positive dont les médias avaient largement rendu compte.

Que reste-t-il de cet élan fédérateur quatorze ans après ? On aurait pu penser que le 300ième anniversaire de la Franc-maçonnerie, fût-il symbolique, donne lieu de manière concertée à des manifestations d’une ampleur équivalente et que celui-ci soit l’occasion pour les obédiences françaises, en un temps où l’anti-maçonnisme redevient virulent dans notre société, de réaffirmer leur foi commune en quelques valeurs. Si l’on en juge par les diverses initiatives prises par certaines obédiences, c’est en ordre dispersé que celles-ci commémorent cet événement.

Bien sûr on n’échappe pas à des colloques, de préférence avec des historiens défendant la même vision. Bien sûr certaine obédience publie un ouvrage consacré à l’événement (2), bien sûr certaines personnalités « autorisées » affirment dans les médias la vitalité quantitative de la franc-maçonnerie en France ; on a même droit à un trophée de golf du tricentenaire, c’est dire si l’imagination est au pouvoir avec cohérence et pertinence…

Mais quid de la volonté de « rassembler ce qui est épars » de la part des dirigeants des obédiences ?

Pourtant,  s’il est bien un sujet où, hors des pseudo enjeux politiques où elles sont en concurrence, les obédiences pourraient s’entendre, dialoguer, débattre, mener des actions concertées, c’est la culture qui, au moins pour l’essentiel, nous est commune. Force est de constater que même sur ce plan qui pourrait être consensuel la formule « rassembler ce qui est épars » est un slogan vidé de son sens.

« Là ou il y a une volonté, il y a un chemin » affirme un proverbe … Faut-il donc en conclure que les différents apparatchiks (comme les appelait le Frère Bruno Etienne) qui dirigent les « commissions culture » et les organismes historiques et culturels obédientiels ou interobédientiels, n’ont pas cette volonté-là ? A moins qu’ils ne sachent comment communiquer entre eux ? A moins que promouvoir la culture maçonnique soit le cadet de leur souci ? Il fut un temps où il ne fallait pas, dans certains milieux, « désespérer Billancourt ». L’histoire a montré où de telles conceptions ont mené ce courant de pensée. Peut-être que chez certains dirigeants de la franc-maçonnerie il ne faut pas, pour les mêmes raisons, désespérer les successeurs d’Hiram ?

Emerek Le Fol

(1) Jean Mourgues. La Franc-maçonnerie, société initiatique des temps modernes. Editions Dervy
(2) Collectif GLNF . 300 ans de franc-maçonnerie Editions Dervy.

dimanche 25 juin 2017 15 commentaires

Étiquettes : ,

  • 12
    Luciole 29 juin 2017 à 11:31 / Répondre

    C’est d’autant plus regrettable qu’un centenaire ne se retrouve que …tous les cent ans et que faute d’avoir dignement commémoré celui ci (historique ou pas) nous allons devoir attendre encore longtemps pour le suivant ,n’est il pas?
    Dans ces temps de turbulences c’était le moment à saisir pour montrer que la FM existe,progresse en France et convient à beaucoup.

    • 13
      Vincent Marche 29 juin 2017 à 15:29 / Répondre

      Quand on voit l’éparpillement de la FM française (l’inverse de l’essaimage), l’école des « faux-semblants » qu’elle est pour certains, l’instrumentalisation dont elle est l’objet de la part d’autres, il est à craindre qu’elle ne soit plus vivante dans cent ans.
      Pourtant, comme l’écrivait le F Bruno Etienne, elle reste « la dernière voie initiatique de l’Occident » et permet encore à beaucoup une méthode pour essayer de mettre en pratique ses idéaux. A ce titre elle est encore une voie « d’avenir ». Juin 2017 était l’occasion de le rappeler avec force et vigueur.

      • 14
        yasfaloth 29 juin 2017 à 21:59 / Répondre

        Il est certain qu’elle sera toujours vivante dans un siècle, sous quelle forme et avec quels effectifs, je n’en sais rien, mais elle habite trop l’imaginaire collectif pour disparaitre à échéance prévisible… même si le côté obscur prenait un jour le pouvoir, et si elle était un jour interdite !
        .
        Luciole a raison, même si, de mon point de vue, ces controverses « historiques » n’ont strictement aucun intérêt pour ce que nous sommes censés faire en loge, c’était une occasion de faire de la relation publique positive.

  • 8
    Michel KONIG 28 juin 2017 à 00:06 / Répondre

    Les anglais l’ont fait avec le tombeau de Newton à Westminster Abbaye, le St-denis des rois d’Angleterre et qui sert de décor à Da Vinci Code.

  • 7
    Peter Bu 27 juin 2017 à 17:46 / Répondre

    « Rendez-vous dans (trois) cent ans ! » Mais non, d’ici six ans, nous aurons l’occasion de fêter un autre 300e anniversaire, celui de la publication des Constitutions d’Anderson. Il ne faudrait pas oublier de profiter de ce délai.

    Le 24 juin 2024, les francs-maçons ne devraient-ils pas envahir les Champs Élysées avec des pancartes portant les noms des maçons célèbres, puis inaugurer un mémorial d’Isaac Newton et de Jean Théophile Désaguliers ?

  • 5
    Michel KONIG 27 juin 2017 à 10:48 / Répondre

    « Il ne s’est rien passé le 24 juin 1717 » est la nouvelle légende négationniste qui remet en cause la fondation de la Grande Loge de Londres et de Westminster. Elle disqualifie le récit des évènements fait par James Anderson dans la réédition de 1738 des Constitutions de la Grande Loge « unique » d’Angleterre.
    Ce discours est depuis trop longtemps celui de la maçonnerie « ancienne » pour que sa reprise lors de l’année anniversaire des 300 ans de la fondation de la première grande loge soit un effet du hasard.
    Il se dit maintenant que le pasteur James Anderson n’était pas quelqu’un de très honnête, qu’il avait été suspecté de plagiat pour son livre sur la généalogie et que son récit de 1738 n’est donc pas très crédible. C’est l’hôpital qui se « f…t de la charité » ! Depuis des décennies, on nous dit que les Constitutions de 1723, sont celles d’Anderson. On le redit dans le rituel d’ouverture du Français, sans doute pour mieux passer sous silence le rôle joué par Desaguliers. Et maintenant on nous dit que ce n’est pas un personnage crédible.
    Ce discours s’appuie notamment sur la « découverte » que la Loge « Au pommier » aurait cessé son activité au moment de la fondation. Mais c’est ignorer la façon dont Jean-Théophile Desaguliers a monté son affaire. Il a créé en 1716 la Loge « A la coupe et aux raisons », du nom de la taverne qui se trouvait dans channel row à 2 pas de chez lui.
    Cette Loge ne contenait que des « acceptés » dont une bonne moitié venait de la Royal Société et comptait plus de 70 membres, alors que les effectifs des autres Loges ne dépassait pas la vingtaine. On retrouve dans ses effectifs les proches de Desaguliers, James Anderson et George Payne. Elle était manifestement destinée à agréger autour d’elle d’autres Loges pour créer un embryon de Grande Loge. Desaguliers, en fin diplomate, a d’ailleurs laissé les maîtres de Loge des 3 autres Loges prendre les postes principaux de la nouvelle Grande Loge pour la 1ère année avant de faire nommer George Payne, Grand Maître pour la 2ème année, puis lui-même avant de reconfier la Grande Maîtrise à George Payne, l’année précédant celle de l’élection du Duc de Montagu.
    Et d’ailleurs ce sont tous ces anciens Grands Maîtres qui figurent sur la gravure de John Pine servant de frontispice aux Constitutions de la nouvelle Grande Loge. Ce dessin montre la passation de pouvoir entre Montagu ancien Grand Maître et Wharton, nouveau Grand Maître, qui après une tentative ratée de déposer le Duc de Montagu, ne voit son élection confirmée le 17 janvier 1722/3 (quantième de l’année en calendrier julien et grégorien : les 2 chiffres figurent sur la promulgation), que par le retrait du Duc de Montagu. Derrière Wharton, on voit Anthony Sayer premier GM facilement reconnaissable car on a un portrait de lui, Desaguliers et Payne. Cela fait 4 anciens GM dont un qui a fait 2 ans 1722-5 =1717 ! Et on retrouvera même plus tard dans les archives de la Grande Loge une demande de secours de Sayer qui lui a été accordée au motif qu’il avait été le premier Grand Maître !
    Il y a d’ailleurs bien d’autres documents historiques que les Constitutions de 1738 qui attestent de la réalité de la fondation de 1717. Ils sont cités par de nombreux historiens connus de la Franc-Maçonnerie, comme Claude Antoine Tory dans « Acta Latomorum », (1815), ou Achille Ricker qui écrit notamment dans Histoire de la franc-Maçonnerie en France (1967) : « Parmi les hommes qui sont là, autour du nouveau Grand Maître, figurent en fait tous ceux qui sont en fait les fondateurs connus de la Franc-Maçonnerie nouvelle : Le pasteur Jean-Théophile Desaguliers, James Anderson, George Payne, Jacob Lamball, King, Calvert, Lumley, Goston Madden » et plus près de nous Ric Berman dans « The foundations of Modern Freemasonry » (2012)
    Mais au fond le témoin le plus crédible des évènements de 1717 n’est-il pas Laurence Dermott lui-même, fondateur et Grand Maître de la Loge des « Maçons Anciens et Acceptés » ? Dans sa lettre de 1778 qui accompagnant la 3ème réédition de son ouvrage de référence « Ahriman Rezon » l’équivalent pour les « Anciens » des Constitutions de 1723, il écrit: « Lors de l’année 1717, quelques joyeux compagnons qui n’avaient passé que par un seul grade de la Confrérie, …, résolurent de former une loge pour rechercher, en se communiquant entre eux, ce qui leur avaient été autrefois enseigné ; Se proposant d’y substituer, quand la mémoire leur manquerait quelques autres innovations ce qui à l’avenir devait passer pour de la Maçonnerie. »
    Ces « joyeux compagnons » étaient, Desaguliers, Gofton, King, Calvert, Lumley, Madden, de Noyer et Vraden, selon la citation que Dermott fit des propos du F Thomas Grinsell, tenus en 1753. Mais ce dernier ajoutait, prenant justement le contre-pied de Dermott, que « c’étaient des hommes ingénieux auxquels le monde était redevable de l’invention de la maçonnerie moderne ».
    C’était certes pour mieux la tourner en dérision, mais cela constitue néanmoins une reconnaissance du fait venant d’un homme dont ne peut guère douter de l’impartialité à l’égard des « Modernes ».

    Il y a donc gros à parier que cette « légende urbaine » du « il ne s’est rien passé en 1717 se dissipera comme rosée au soleil quand 2017 se terminera, mais elle aura contribué à ce qu’on ne parle pas trop du 300ème anniversaire des « Modernes ».

    • 6
      Jean Grenier 27 juin 2017 à 14:23 / Répondre

      Entre Roger Dachez , l’historien qui déclare qu’il ne s’est rien passé en Juin 1717 et Roger Dachez le président de l’Institut Maçonnique de France qui n’a rien fait pour que les 16 obédiences de l’IMF commémorent ensemble ce tricentenaire, lequel choisir?

    • 9
      Désap. 28 juin 2017 à 00:07 / Répondre

      Excellent !
      Continuons de dénoncer l’imposture de celui qui voulait être historien inénarrable, académicien incontournable, exégète insurpassable … … … Roi ?

      • 10
        Elie May 28 juin 2017 à 09:11 / Répondre

        L’IMF qui regroupe 16 obédiences et dont le Président est Roger Dachez avait vocation à être le coordinateur de cet événement.
        Pourquoi n’a-t-ele rien fait en ce sens ?

  • 3
    Michel KONIG 26 juin 2017 à 02:56 / Répondre

    Bonjour!
    j’ai publié chez Conform un ouvrage sur le 300ème anniversaire: « 1717 L’initiation de la franc-maçonnerie » sous-titré « rétablissement d’une vérité historique ». (Collection Pollen maçonnique n°14).
    Les dialogues qui figurent en 2ème partie de l’ouvrage ont fait l’objet d’une adaptation théâtrale qui a été jouée par des FF et SS comédiens dans le Temple de la rue garibaldi à Lyon le 24 juin dernier.

  • 2
    Julien Céma 25 juin 2017 à 10:30 / Répondre

    J’ai eu en main l’ouvrage « 300 » édité par la GLNF. Il est remarquable sur le fond et la forme. C’est un ouvrage de référence qui réunit une vingtaine d’auteurs, de toutes tendances ou presque. Tout maçon, quelle que soit son obédience, qui s’intéresse à l’histoire, devrait le lire.
    Mais le fait que cet ouvrage soit édité par la seule obédience qui se réclame directement de la GLUA veut-il dire que les autres obédiences ne se sentent pas très concernées par cet événement ? Les membres de la GLNF s’en réjouiront, les autres pas forcément.

  • 1
    Vincent Marche 25 juin 2017 à 10:13 / Répondre

    A l’occasion de cet anniversaire une obédience, le GODF, a réussi il y a quelques mois à faire venir le Président de la République en exercice visiter le Musée de la franc-maçonnerie, rue Cadet. Cette très heureuse initiative l’aurait été encore plus si y avaient été associées toutes les obédiences qui se fréquentent.
    Ont-elles été invitées à y participer, à l’organiser ?
    Le tricentenaire de la naissance d’un courant de pensée qui concerne directement 160 000 personnes en France aurait, certainement, mérité la conception et la mise en oeuvre d’une opération de communication d’envergure ; de manière concertée entre obédiences, non pas pour que quelques dignitaires ou spécialistes ou passionnés d’histoire se congratulent entre eux, mais pour que l’opinion publique soit sensibilisée aux valeurs qui sont nôtres.
    L’esprit de chapelle semble l’avoir emporté une fois de plus, la volonté politique y a manqué et c’est dommage pour l’image de la franc-maçonnerie tout entière. Rendez-vous dans cent ans !

    • 4
      Géplu 26 juin 2017 à 22:34 / Répondre

      Comment ne pas être d’accord avec cette analyse de Vincent Marche.
      Pour la commémoration de ce tricentenaire, plus que jamais toutes les familles de la franc-maçonnerie auraient du, dans leur diversité, s’unir pour cette fête de tous !
      Il existe en France l’IMF, qui a su réunir toutes les obédiences françaises importantes pour l’organisation commune du Salon du Livre de Paris. Pourquoi cet Institut Maçonnique de France ne s’est-il pas impliqué pour là aussi réunir toutes les obédiences dans une ou deux grandes opérations communes ?…

      • 11
        Vincent Marche 29 juin 2017 à 10:28 / Répondre

        Pour l’historien Dachez, il ne s’est presque rien passé le 24 Juin 1717. C’est sans doute pourquoi l’Institut Maçonnique de France qui regroupe 16 obédiences et dont il est le Président ne juge pas utile de coordonner les diverses manifestations organisées et de communiquer sur elle. CQFD

      • 15
        Gabaon 2 juillet 2017 à 13:23 / Répondre

        Pourquoi? Peut être attendait on le résultat des scrutins présidentiel et législatif… Mais maintenant que nous vivons au temps du plus pur libéralisme (comprendre individualisme & je-m’en-foutisme) peut-être nos valeurs paraissent-elles par trop à contre courant…

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