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William Stukeley
William Stukeley

William Stukeley, un devancier bien oublié

Par Pierre Noël dans Contributions
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En cette année où nous fêtons le tricentenaire de la création de la maçonnerie spéculative, Pierre Noël nous a envoyé cette présentation de William Stukeley, un devancier bien oublié, qu’avait déjà évoqué ici Alain Bernheim en janvier 2015…
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On parle toujours de « ces années-là » mais jamais des motivations de leurs acteurs. Un au moins a écrit ce qu’il cherchait. William Stukeley (1687-1765), médecin puis prêtre anglican, fut fondateur de la Society of Antiquarians en 1717 [1], il devint membre de la « Royal Society for Improvement of Natural Knowledge » en 1718, en même temps que le duc de Montagu. Il fut reçu franc-maçon le 6 janvier 1721, à la Salutation Taverne, Tavistock street. Il rapporta plus tard : I was the first person made a freemason in London for many years. We had great difficulty to find members enough to perform the ceremony. Immediately after that it took a run, & ran itself out of breath thro’ the folly of its members.

Il voulait dire par là que les francs-maçons étaient bien peu nombreux à Londres en 1721, mais que très rapidement (c’est-à-dire après l’installation du duc de Montagu la même année), ils furent dépassés par leur succès et l’ordre eut du mal à trouver son équilibre devant l’afflux inattendu de nouveaux membres [2]Mais cela ne répond pas à la question essentielle. Pourquoi Stukeley se fit-il recevoir maçon ? Il avoue candidement dans son journal (qu’on peut trouver aisément sur Internet) que « sa curiosité l’avait amené à être initié dans les mystères de la Maçonnerie, qu’il soupçonnait être les vestiges des mystères des anciens ». La réponse est claire, Stukeley attendait, comme tant d’autres après lui, la révélation de secrets du passé.

Il était présent au Stationers’ hall [3] le 24 juin 1721 lors de l’installation comme Grand Maître de son collègue de la Royal Society, le duc de Montagu [4] à l’occasion de laquelle George Payne, Grand Maître descendant de charge, présenta le ms Cooke, « vieux de cinq cent ans » [5]. Le récit du banquet ce jour-là fut raconté par Eugenius Philalethes (sans doute Robert Samber, traducteur des contes de Charles Perrault et auteur de Long Livers (Ceux qui vivent longtemps), dans Ebrietatis Enncomium or the Praise of Drunkennes (Eloge de l’ivresse), publié en 1723 [6] (Chap. XV Of Free Masons and other learned Men, that used to get Drunk)

C’est en présence de son ami, le Grand Maître Montagu, que Stukeley fut installé par le Dr. R. Beal, deputy GM, comme (vénérable) maître d’une nouvelle loge créée le 27 décembre 1721 à la Fountain Tavern, sur le Strand. Son journal rapporte « We met at the Fountain Tavern, Strand, and by the consent of the Grand Master present, Dr Beal, constituted a Lodge there, where I was chosen Master. »  En novembre 1722 il y reçut la visite du duc de Wharton, Grand Maître de 1722 à 1723, et de lord Dalkeith qui sera son successeur.

Il quitta Londres en 1726. Dans une lettre à Samuel Gale datée du 6 février 1727, il dit qu’il avait fondé une loge de francs-maçons, « petite mais disciplinée » à Grantham (bourgade située au nord de Londres). Cette loge fut « sauvage » puisqu’elle n’apparut pas sur les registres de la Grande Loge. Elle dura aussi longtemps qu’il y vécut !

En 1729, il devint prêtre de l’Eglise d’Angleterre (état qui n’a pas le caractère mi sacré mi mystérieux qu’il a dans l’Eglise de Rome) et curé de paroisse à Stamford dans le Lincolnshire (1730–1747). Il revint à Londres en 1747 pour s’occuper de la paroisse St George martyr, Queen square, quartier de  Bloomsbury [7], où il resta jusqu’à sa mort. Il ne s’intéressa plus à la franc-maçonnerie après 1730. Il ne fut donc maçon que pendant 10 ans d’une vie qui en dura plus de 70. Le problème de la rétention ne date pas d’hier !

Stukeley voulait remonter à la source du Savoir, découvrir la véritable religion, celle des patriarches, qui avait existé avant la naissance de Moïse et celle du Christ. Cette religion primitive aurait été obscurcie, défigurée, pervertie par l’idolâtrie et la superstition, d’où son intérêt pour ce tout qui était pré-chrétien, en particulier la tradition druidique.

Ami d’Isaac Newton (qui ne fut jamais maçon, ni de loin ni de près), il en écrivit une biographie en 1752. Il aurait été le premier à relater l’anecdote de la pomme !  En 1754, il fit un portrait acerbe de Martin Folkes (GM adjoint en 1724-1725), le présentant comme mécréant, impie et athée, comme d’ailleurs la plupart des dignitaires de la Grande Loge de Londres (les Montagu, Richmond, Pembroke) et la moitié de la Royal Society, d’après ce qu’il dit.

Il décéda d’un accident vasculaire cérébral le 3 mars 1765, à l’âge de 78 ans.

Pierre Noël

[1] Il s’intéressa tout particulièrement aux monuments anciens du sud de l’Angleterre, Stonehenge et Avebury. Il fut un des premiers à affirmer (à tort) que les druides en avaient été les bâtisseurs).
[2] Le reflux se fit sentir après 1730.
[3] Situé Ave Maria Lane, donnant sur Ludgate Hill, à deux pas de la cathédrale, est le local de la Worshipful Company of Stationers (papetiers et assimilés) depuis 1670.
[4] John, duc de Montagu (1690-1749) avait épousé la fille de Marlborough en 1705. Il devint médecin en 1717, membre de la Royal Society en 1718 (avec Stukeley). Noble le plus riche d’Angleterre, chevalier du Bain, il devient GM des fm en 1721 (élu en mars, installé en juin). Sous sa GM, il fut décidé d’imprimer le livre des Constitutions de James Anderson. On ne sait ni quand ni où il fut initié.  On imagine que ce fut sur l’instigation de Jean Désaguliers qui réussit à le convaincre.
[5] En fait estimé à +/-1450
[6] In Knoop, Jones et Hammer, Early masonic pamphlets, 1945 (réédition 1978, pp 108-109)
[7] St George the Martyr est une église anglicane construite en 1706. Elle est située Queen Square, quartier d’Holborn, à 800 m de l’actuelle GLUA.

dimanche 09 juillet 2017 17 commentaires

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  • 17
    pierre noel 22 juillet 2017 à 19:08 / Répondre

    En septembre 1723, W.Stukeley et Roger Gale (1672-1744, autre antiquarian connu, membre de la Society of Antiques et de la Royal Society for Improvement of Knowledge, ami et beau-frère de Stukeley, tous deux proches de Newton) inspectèrent une inscription gravée sur un fragment de marbre découvert en avril de la même année à Chichester, petite ville du Sussex (sud de l’Angleterre) connue pour son passé romain. Ils purent la déchiffrer non sans difficulté. Elle devint par la suite propriété du duc de Richmond (on ne sait ce qu’elle est devenue depuis). Voici leur transcription :

    « Neptuno et Minervae templum pro Salute domus divinae, ex auctoritate Tiberii Claudii Cogidubni regis, legati Augusti in Britanniae, collegium fabrorum et qui in eo a sacris (ou sacerdotes) sunt de suo dedicaverunt, donante aream Pudente Pudentini filio »

    (La corporation des ouvriers et ses prêtres (dignitaires ?) dédient ce temple à Neptune et Minerve pour le bonheur de la famille impériale (divine), par le pouvoir de Cogidubnus Tibère Claude, roi, légat d’Auguste en Grande-Bretagne, le terrain étant offert par Pudens, fils de Pudens)

    (Claude fut empereur de 41 à 53 A.D. C’est sous sa magistrature que fut envahie l’Angleterre. Cogidubnus était sans doute un de ces roitelets soumis à l’autorité romaine qui, en échange, avaient reçu le droit de conserver leur titre et de se présenter comme légat de l’empereur romain, Claude. Selon la coutume fréquente parmi les affranchis, il avait adopté le nom et le surnom de son maître. Le Pudens qui fit don du terrain peut être Aulus Pudens, sénateur romain, époux de Claudia Rufina, fille d’un autre roitelet britannique].
    Les corporations d’ouvriers existaient, d’après Plutarque, depuis le (légendaire) roi Numa Pompilius. Elles avaient suivi les légions et se sont répandues dans tout l’empire. Connues sous le nom Collegia Fabrorum, elles sont l’objet de tous les fantasmes (beaucoup y voient l’ancêtre lointain du mouvement qui conduira aux loges maçonniques).
    Une fois de plus, on retrouve des antiquarians, des amateurs de vieilles pierres, des membres de la Royal Society, des francs-maçons (Stukeley et Richmond, GM en 1724 ; Gale ne semble pas l’avoir été), les Collegia Fabrorum et la vie intellectuelle de Londres de l’époque « Augustéenne ».

  • 16
    pierre noel 19 juillet 2017 à 18:33 / Répondre

    La Grande Loge d’Angleterre naquit dans le petit cercle de la loge du 2ème duc de Richmond (dont le père était déjà franc-maçon) à Westminster qui se réunissait à la taverne Rummer & Grapes, Channel Row, avant de déménager vers 1720 à la taverne The Horn, New Palace Yard (toutes deux à côté de Whitehall, près de la Tamise) . Les membres en étaient des aristocrates, des politiciens et d’autres personnes en vue, Charles Delafaye (un huguenot, sous-secrétaire d’état), William Cowper (haut magistrat, Clerk au Parlement ), Jean Désaguliers (FRS, conférencier et chapelain du duc de Chandos), George Payne (civil servant), Martin Folkes (FRS), Alexander Chocke, Nathaniel Blackberry, Leonard Streate (tous trois hauts magistrats nommés par le Lord Chancelier), John Beal (médecin, il devint député GM). Ils purent convaincre le duc de Montagu, ami de Richmond, de devenir Grand Maître en 1721. Montagu était un des hommes les plus riches du royaume. Beau-fils de Marlborough (celui de la chanson !) , il était proche des huguenots Français et occupa des fonctions éminentes à la cour. Son élection fit de la maçonnerie un lieu à la mode, un club huppé attirant de nombreux membres et l’attention du public et de la presse. C’est de son accession à la Grande Maîtrise que date l’augmentation fulgurante du nombre de loges.
    Les Lords Chancellors qui se succédèrent de 1714 à 1733 n’eurent de cesse qu’ils aient écarté les Torys et les jacobites de toutes fonctions judiciaires importantes. En plus d’être le rempart de l’Establishment contre le London mob (la populace), Ils avaient tous des attaches familiales étroites avec la franc-maçonnerie par frères, fils ou beau-fils interposés.
    La maçonnerie devint ainsi, dans ces loges élitistes (il y en avait beaucoup d’autres, populaires et ouvertes aux classes moyennes dans les quartiers moins « snobs », Soho, Holborn, Clerkenwell, Southwark …) un lieu où se retrouvaient des nobles, des gentlemen, des érudits de toute profession et dénomination, un endroit de rencontre acceptable à tous niveaux et marqué par la tolérance religieuse et l’exigence morale. Quoique pro-gouvernemental, le mouvement restait tolérant et ouvert (sauf aux femmes, aux esclaves, aux mineurs d’âge et aux hommes immoraux ou scandaleux !).

  • 15
    AlexMisaubin 18 juillet 2017 à 23:21 / Répondre

    Stukeley fut un des premiers maçon de cette époque à avoir la triple affiliation (Franc-maçon en 1720, FRS Royal Society, 1718, et la Société des Antiquarians (Folkes, Montagu et Richmond en furent aussi membres, ainsi que James Anderson), qu’il avait remise sur pied en 1717). Il fut aussi membre de la Spalding Gentleman’s Society (dont Desaguliers et Folkes étaient aussi membres). Il sortait de Cambridge, ce qui pourrait dans une certaine mesure le rattacher (comme peut-être Newton lui-même) au courant des platoniciens de Cambridge qui se développa vers le milieu du XVIIème siècle, et qui prônait l’alliance de la foi et de la raison et une attitude latitudinaire sur le plan religieux (comme les whigs qu’ils étaient pour la plupart).
    Tous les noms cités (sauf Anderson!) étaient membres de la Royal Society, comme de nombreux maçons de la Horn Tavern et de Bedford’s Head Covent Garden.

    A noter qu’en 1723 (date à laquelle selon Daruty, The Rummer & Grapes qui était sur Channel Row (où habitaient Desaguliers et Richmond et où quelques années plus tard Montagu fit construire), se déplaça vers The Horn qui se trouvait à quelques dizaines de mètres, sur New Palace’s Yard ou St Margaret’s Street. ce fut donc en effet l’une des loges les plus actives pendant les 10 ou 15 premières années de la franc-maçonnerie moderne (mais il y en eut d’autres comme Bear and Harrow, Bedford’s Head ou The Rummer at Covent Garden)

    En fait ces maçons aux affiliations multiples comme Folkes, Stukeley, Jones, Montagu, Richmond, Brook Taylor, William Jones, ou Charles De La Faye, et bien d’autres, semblent avoir été les premières forces vives du mouvement!

  • 14
    pierre noël 17 juillet 2017 à 10:43 / Répondre

    Le Druid Order existe avec des hauts et des bas (dont des scissions, comme toute association humaine !) depuis le XVIII° siècle.
    John Toland, William Stukeley, John Aubrey sont régulièrement cités parmi ses membres.
    Réorganisé en 1909, l’Ordre organise des fêtes hautes en couleur, toujours bien suivies. Il a un site facebook, où son centre d’intérêt et ses activités sont décrites.

    L’association de tout ce qui est maçonnique ou para-maçonnique (au XVIII° siècle) est la tarte à la crème d’une partie non-négligeable de la maçonnerie française actuelle.

  • 13
    Jean VILA 16 juillet 2017 à 23:46 / Répondre

    S’i’ous plait mes TCFF, ‘y aurait-i’ pas autre chose à dire à propos de ce cher William Stukeley ?
    Dans les années 80, je lisais une thèse de doctorat de 3eme cycle, soutenue à Rennes, d’un dénommé Michel Raoult et consacrée aux sociétés druidiques… Mais était-ce bien sérieux ?
    Stukeley se voyait présenté comme Antiquarian par sa passion pour l’archéologie, en particulier ses tentatives de déchiffrage du site de Stonehenge. De là à approcher les cercles druidiques et y adhérer il n’y avait pas loin. C’est ce que l’auteur de la thèse développait, tout en précisant qu’une fédération dite Druid Order vit le jour à Londres, au solstice d’automne de 1717 et dans une des tavernes accueillant aussi une des quatre Loges maçonniques ayant participé à la fondation de la GLL.
    Il se fait que je viens de retrouver le document intégral sur le site : Michel Raoult http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/userfiles/file/les-druides-michel-raoult
    et que le chapitre concerné peut se lire à partir de la p.63, Stukeley étant directement cité p.68. Il aurait été le chef-druide de l’organisation de 1722 à 1765…
    Après cette ancienne lecture, j’avais toujours été étonné que la FM ne fasse jamais allusion à aussi curieuse coïncidence et à la double appartenance de certains frères-druides. Le tout, dans le cas de Stukeley, sous l’égide de la Royal Society…
    Pourrait-on ressentir en cela une tentative de fusion entre la « spéculation » maçonnique et une sensibilité
    « vibratoire » ancrée dans la nature… ? De l’ordre d’une chaîne d’union très consensuelle et donc un peu « chargée »… ?
    Merci d’un début de commentaires de la part de nos très prolixes et érudits correspondants.

  • 11
    Van Worden 10 juillet 2017 à 21:48 / Répondre

    Ce qu’écrit Stukeley est particulièrement intéressant à cause de la date et de l’endroit où il écrit. Déjà, très tôt finalement (1736), on a, dit de manière tout à fait frappante, et à la source de la maçonnerie (Londres!) ce que décrit Jan Assman dans son livre « Religio Duplex », (Aubier 2013), c’est à dire le désir et la construction, (mais d’après Assman sensiblement plus tard et en Allemagne surtout) de la maçonnerie comme le lieu d’une approche « d’autre chose » qui ne s’appelle pas encore ésotérisme, mais qui veut porter un nouveau regard sur la religion vue à la fois dans son acception social et son acception spirituelle. Merci pour cet échange.

  • 10
    pierre noel 10 juillet 2017 à 21:22 / Répondre

    Ce qu’on ne dit pas, c’est que Stukeley ne parla plus jamais de maçonnerie après 1730. Elle ne l’intéressait manifestement plus, qu’il y ait trouvé ou non ce qu’il croyait y trouver pendant les dix années qu’il en fut membre.
    Il était pourtant resté en contact avec nombre de maçons, et non des moindres. Une note dans son journal de juillet 1749 le décrit assistant aux funérailles du duc de Montagu, l’ancien GM de 1721, aux côtés de leur ami de la Royal Society, Martin Folkes , deputy GM de 1724 à 1725 pendant la grande maîtrise du duc de Richmond . Elle ne contient aucune allusion à leur ancienne appartenance.

    « 18 July, 1749. Mr. Martin Folkes and I walked by 5 a clock in the morning to the Castle, Kentish-town , to pay our last respects to the illustrious remains of the Duke of Montagu. 59 minute guns at the tower went off during his passage through the city. Soon after 6 the herse (sans doute hearse, corbillard) came by, on which I threw some honey-suckle flowers (fleurs de chèvrefeuille) I had got out of the hedges (haies).
    Manibus date lilia plenis ;
    Purpureos spargam flores, animamque nitentem [nepotis]
    His saltern accumulem donis. et fungar inani
    Munere (1). [ Virg. En. vi., 883.] »

    Vous le voyez, le problème de la rétention des membres ne date pas d’hier ! Je crains que notre exemple ne soit pas la solution.

    1) À pleines mains, offrez des lys ! Ah, que je répande des fleurs pourprées, qu’au moins sur l’âme de mon petit-fils, j’accumule des offrandes, et m’acquitte ainsi d’un vain devoir.

    • 12
      Benjamin Rathery 12 juillet 2017 à 16:04 / Répondre

      Mon BAF, tu es cité par Thierry Zarcone dans l’article « L’héritage hermétiste et néo-platonicien » de l’excellent ouvrage « trois cents ans de franc-maçonnerie » publié par la GLNF aux éditions Dervy

  • 7
    pierre noel 10 juillet 2017 à 18:07 / Répondre

    En 1736, Stukeley écrivit ces lignes qui montrent ce qu’il cherchait en maçonnerie, une révélation qu’il n’avait pas trouvée dans la religion de son temps (donnant une curieuse image de la prêtrise qui annonce le Vicaire Savoyard et fait peu de cas du christianisme).

    « On voudra savoir quel était le but et la cause de leur initiation à ces mystères. La réponse sera qu’ils y apprenaient le silence, l’art de garder un secret, chose bien utile dans la vie politique ; ils apprenaient à cultiver une amitié inviolable, la moralité &, à la longue, une notion plus exaltée de la religion que le reste de monde n’en connait… Par là, l’amitié scellée parmi les initiés en prenait un caractère sacré & inviolable : ils étaient frères à jamais.
    Ceux qui étaient initiés aux mystères étaient, croit-on, liés par un vœu, par un lien sacramentel, de suivre à l’avenir un parcours très vertueux, à la fois en paroles et en actes, en accord avec cette exacte connaissance de la religion qu’ils y avaient apprise … en sorte que les mystères avaient pour but de donner une notion meilleure de la divinité et d’une religion meilleure que celle qui était professée publiquement. C’était un acte religieux d’une plus haute espèce que celui habituel, & accompagné, pensaient-ils, d’une influence divine, d’espérances et de récompenses meilleures. Toutes ces considérations démontrent qu’elle (la religion ordinaire) n’est que corruption de quelque institution patriarcale & qu’elle est bâtie sur les fondations de quelques parties de la religion première et authentique, que l’histoire ne nous a pas particulièrement transmise… »

    • 8
      NEGRIER 10 juillet 2017 à 19:57 / Répondre

      Si la religion ordinaire telle qu’elle est enseignée par les prêtres « n’est que corruption de quelque institution patriarcale & qu’elle est bâtie sur les fondations de quelques parties de la religion première et authentique, que l’histoire ne nous a pas particulièrement transmise », c’est de facto au sens où les prêtres ne possèdent et ne transmettent qu’une perception exotérique de l’Ecriture dont l’ésotérisme constitue l’essence non corrompue et première, ésotérisme qu’il n’est possible d’atteindre que par l’exégèse symbolique de la Bible, laquelle nécessite de remplir plusieurs conditions :
      1. exégèse basée non sur des traductions mais sur les textes originaux et qui implique de connaître suffisamment l’hébreu et le grec ;
      2. approche scientifique de l’Ecriture, compte tenu des acquis basiques de la médecine, de la physique, de la chimie, et de l’astronomie (ne sous-estimons pas à cet égard les Anciens) ;
      3. approche philosophique, rationnelle, de l’Ecriture ;
      4. pratique de la typologie biblique ;
      5. recours à l’histoire de la culture par la connaissance et la compréhension des sources égyptiennes et mésopotamiennes voire grecques de l’Ecriture ;
      6. connaissance et pratique de la science traditionnelle des symboles ;
      7. et enfin exercice du « voir » (I Sam. 9,9), dénomination ancienne de ce que les modernes appellent aujourd’hui « méthode phénoménologique » (Kant et Husserl n’ont rien inventé, ils n’ont fait que redécouvrir).
      La franc-maçonnerie contient dans sa symbolique (référence au temple de Salomon) et dans sa pratique rituélique divers éléments susceptibles de composer ensemble une méthode épistémologique et herméneutique capable de permettre, à ceux qui le veulent et qui en ont la vocation, de reconquérir les divers moyens culturels qui conditionnent l’exégèse symbolique de la Bible et par là le recouvrement de la « religion première et authentique » qui n’était en réalité qu’une philosophie.

    • 9
      Désap. 10 juillet 2017 à 19:59 / Répondre

      Je pense qu’une chose échappe à l’esprit de beaucoup de maçons : les trois religions monothéistes condamnent fermement l’initiation qui est une pratique des sociétés antiques, notamment égyptienne et grecque.
      Ce me semble très précisément ce que Stukeley exprime.
      S’arcbouter sur la Bible, en faire autre chose qu’un symbole, me semble un non-sens initiatique.
      Se souvenir ce qu’en disent les Basic Principles de 1929, qui n’évoquent aucunement, ni Dieu -notion exclusivement religieuse-, ni Bible ; ils ne parlent que de GADLU -dont la volonté révélée attribuée à une notion religieuse est un abus non seulement manifeste mais un postulat d’une pauvreté déconcertante et qui ne mène à rien d’autre qu’aux principes de la religion, d’où dans ce cas l’inutilité de pratiquer autre chose- et de VLS dont il est expressément précisé :  » de manière à SYMBOLISER la révélation d’en haut ».
      Se souvenir également qu’en 1929 la GLUA a face à elle un GODF qui essaime dans toute l’Europe et une GLDF qui produit une érudition qui lui est très largement supérieure.
      Pour préserver l’autorité sur la maçonnerie, la GLUA se devait d’être particulièrement juste dans ce qu’elle exigeait.

  • 6
    NEGRIER 10 juillet 2017 à 12:23 / Répondre

    On lit dans le recuel d’écrits autobiographiques de Stukeley : « 4 octobre 1723 : J’ai lu mon exposé sur l’amphithéatre de Dorchester en loge et en ai distribué une copie à chacun des frères ». C’est là un des premiers témoignages historiques sur la pratique de la lecture d’une « planche » en loge. Pierre Mereaux présente de manière détaillée sur une vingtaine de pages la biographie maçonnique de Stukeley dans son ouvrage sur Les Constitutions d’Anderson (Le Rocher, 1995).

  • 4
    pierre noel 9 juillet 2017 à 12:17 / Répondre

    Qui confirme qui ? Stukeley en 1721 ou Gould en 1885 ?

    • 5
      NEGRIER 9 juillet 2017 à 13:14 / Répondre

      Gould confirme Stukeley

  • 2
    pierre noel 9 juillet 2017 à 09:10 / Répondre

    Papers of William Stukeley – Bodleian Libraries
    http://www.bodley.ox.ac.uk/dept/scwmss/wmss/…/stukeley/stukeley.html

    William Stukeley (1687-1765) was an Anglican clergyman, physician, antiquary … Papers of William Stukeley, including diaries, correspondence, and notes on …
    Full text of « The family memoirs of the Rev. William Stukeley, M.D., and …
    https://archive.org/stream/familymemoirsofr03stuk/familymemoirsofr03stuk_djvu.txt
    William Stukeley, M.D., and the antiquarian and other correspondence of William ….. LETTERS AND EXTRACTS FROM DIARIES OF WILLIAM STUKELEY, …

    • 3
      NEGRIER 9 juillet 2017 à 10:33 / Répondre

      Ce que dit Stukeley de la rareté des francs-maçons à Londres et notamment dans sa propre loge Salutation tavern en 1721 ne fait que confirmer ce que Gould a dit : à part la Horn tavern où déménagea la loge n° 4 qui se réunissait avant au Gobelet et les Raisins et qui comptait en 1725 soixante et onze membres, les trois autres loges fondatrices n° 1, 2 et 3 (numérotation qui apparaît dans les Constitutions de 1738) ne comptaient chacune qu’une quinzaine de membres (Robert Freke GOULD, The Four old lodges, London, 1879).

  • 1
    NEGRIER 9 juillet 2017 à 00:41 / Répondre

    A quelle adresse internet peut-on consulter le Journal de Stukeley ?

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