commission européenne

Les francs-maçons à la Commission Européenne, des réponses

Par Géplu dans Divers

Le 16 juillet, juste avant les congés, j’ai publié un coup de gueule de Martine Cerf qui s’étonnait de l’absence des principales obédiences maçonniques, et principalement de l’AME, l’Alliance Maçonnique Européenne, à une réunion à la Commission européenne qui venait de se tenir le 7 juillet.

Renseignements pris, il ne s’agissait pas ce 7 juillet d’une de ces fameuses et officielles « réunions dans le cadre du dialogue permanent avec les églises, les religions, les organisations philosophiques et non confessionnelles, tel que défini par l’article 17 du traité de Lisbonne », mais plus du « pot de départ » amical et informel de la fonctionnaire qui supervisait jusque là ces réunions. Une rencontre non officielle donc, et qui n’a d’ailleurs donnée lieu à aucun communiqué de la Commission. Et la proximité des dates entre la dernière réunion officielle avec le premier vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans en charge de ce dossier, le 19 juin, et celle-ci, le 7 juillet, suffit à elle seule à montrer qu’il aurait été étonnant qu’il s’agisse d’une nouvelle réunion officielle « improvisée ». On comprend ainsi mieux pourquoi les obédiences, qui venaient d’assister à la réunion du 19 juin, n’aient pas de nouveau envoyé à Bruxelles un représentant pour ce simple pot, tout sympathique qu’il ait pu être.

A quoi sert et que fait l’AME ?

Il reste que se pose la question de l’AME. A quoi sert cette Alliance, quel est son rôle, son influence, comment travaille-t-elle ? J’ai posé ces questions à Marc Menschaert, ancien Grand Maître du Grand Orient de Belgique (2014-2017), et qui préside l’association depuis sa création en juin 2015.

Première question, sachant que ne peuvent être invités à chaque réunion de la Commission les plus de 100 obédiences maçonniques européennes à peu près sérieuses et représentatives, qui est invité et comment est fait le choix ? Réponse de Marc Menschaert : On ne sait effectivement jamais exactement qui sera autour de la table, puisqu’il n’y a pas d’information préalable de la Commission à ce niveau. Il y a tellement d’obédiences maçonniques en Europe qu’il est difficile pour la Commission d’y choisir des intervenants représentatifs plutôt que d’autres. La commission essaye sans doute de faire un équilibre entre le Nord et le Sud, les réguliers et les libéraux, les grosses et les petites obédiences, etc… Alors, une idée a germé il y a quelques années dans la tête de quelques responsables francs-maçons de diverses obédiences libérales : pourquoi ne créerait-on pas une espèce d’alliance à même de nous représenter à l’échelon européen ? L’intérêt de l’avoir fait est que cela permet de montrer aux membres de la Commission qu’il y a, tout au moins au sein des obédiences libérales européennes, quelque chose qui les réunit et leur permet d’intervenir, non pas au niveau d’une obédience ou d’un pays, mais de ce groupement de plusieurs pays. Et cela arrange la Commission, qui cherche justement des interlocuteurs pouvant représenter plusieurs pays. L’alliance c’est aujourd’hui plus de 30 obédiences de 14 pays européens, et on est maintenant devenu un interlocuteur reconnu auprès de la Commission européenne, invité à chaque réunion.

Et que fait de concret l’AME ? Dans le respect de son objet, « Elle constitue un centre de liaison, d’observation et d’études, afin d’améliorer l’action commune de ses membres, vis-à-vis de l’Union européenne, des États membres et de toute institution européenne. A cette fin, l’association centralise les ressources intellectuelles de ses membres et en facilite la mobilisation et la coordination, afin d’assurer sur le territoire européen et vis-à-vis des institutions de l’Union européenne la visibilité et la lisibilité des valeurs et principes communs à ses membres. » , l’AME fait travailler ses membres sur des sujets européens et remet ses conclusions sous forme de rapports à la Commission. Aujourd’hui, dans un monde déchiré, sollicité par des revendications identitaires et menacé par les dérives communautarisme, il est nécessaire et urgent que les obédiences défendent les valeurs de la franc-maçonnerie, et que nous expliquions que nous maçons pouvons apporter quelque chose dans le débat. Et c’est en travaillant ensemble que nous pouvons faire connaître la pertinence de nos propositions, me dit Marc Menschaert, qui continue : Je pense qu’aujourd’hui le maçon ne peut pas rester au bord du chemin et qu’il doit absolument intervenir. On a une responsabilité. Il faut être fier de ce que nous avons voulu créer, parce que nos enfants et nos petits-enfants nous demanderont des comptes. On ne peut donc pas se limiter au travail que nous faisons dans le temple, il faut vraiment essayer de faire passer nos valeurs au sein des institutions européennes et c’est le travail de l’AME. Bien évidemment nous n’avons pas d’action politique ; le but est de travailler à l’intersection de notre idéal et des compétences de la Commission. Des compétences qui pourraient peut-être être élargies. On a par exemple travaillé beaucoup, même si ce n’est pas une compétence de la Commission aujourd’hui, sur l’éducation. On est beaucoup de maçons à avoir cette intime conviction que si l’on veut éviter ces dérives que nous connaissons maintenant et ce fanatisme, il est urgent de s’occuper de l’éducation. Pas seulement de l’élite mais aussi des enfants qu’on laisse tomber. C’est un constat que l’on fait entre maçons de presque tous les pays européens. Il faut leur donner une éducation pour qu’ils puissent réfléchir et se prendre en charge. Et c’est ce jour-là que nous aurons gagné. Voilà le genre de travail que nous avons l’impression d’être important à faire, et pour lequel nous devons intervenir. En faisant toutefois bien sûr toujours très attention à respecter les sensibilités et particularités de nos obédiences.

Existe-t-il une liste de travaux faits par l’AME ? Sont-ils publics ? Oui bien sûr, on est d’ailleurs en train de créer un site Internet sur lequel ils seront mis. Tout sera accessible très prochainement. On a travaillé jusqu’à présent sur des domaines comme démocratie et citoyenneté, sur les inégalités, le rôle de l’éducation dans la formation des citoyens, le rôle du dialogue interculturel dans la formation des citoyens, et actuellement on travaille sur l’importance de la classe sociale qui détermine le devenir des jeunes et sur l’innovation sociale : qu’est-ce qu’elle pourrait apporter pour réformer le travail.

Et quelles vont être les priorités de l’AME pour cette rentrée ? Nous allons poursuivre le travail commencé sur l’innovation sociale et on va reprendre le dossier sur l’éducation, que l’on voudrait étoffer pour aller plus en profondeur dans nos propositions.

vendredi 18 août 2017 Pas de commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, calomnie, injure, incitation à la haine ou à la discrimination y sont d'application. Les formules de salutation et abréviations maçonniques ne sont pas admises.

Les pseudonymes sont libres, mais pour être publié un commentaire doit provenir d'une adresse authentique et vérifiable. Lors de la première proposition d'un commentaire vous recevrez une demande de confirmation d'adresse, à valider.

 

Signaler un contenu abusif
c8ea8c73e959d3be42b9568a4a06d37aeeeeeeeee