Bande de frères

Publié par Géplu
Dans Divers

Un article publié dans le magazine indien The Week et signé de la journaliste Anjuly Mathai nous donne les impressions sur la franc-maçonnerie d’un Frère, ancien Vénérable de sa loge « Kottayam 245 » au Kerala, état du sud-ouest de l’Inde. Un pays où n’existe que la maçonnerie « régulière », celle qui impose la croyance en Dieu. Pourtant, même s’il ne viendrait visiblement pas à l’esprit des rédacteurs qu’il puisse exister une franc-maçonnerie dans laquelle en vertu du principe de la liberté de conscience on n’est pas obligé de croire, on découvre dans ce texte une compréhension et une appropriation du concept de laïcité et de l’émancipation sociale que permet la franc-maçonnerie que l’on attribuerait en France plutôt aux obédiences sociétales adogmatiques. Extraits :

« Accorde ton aide, tout-puissant architecte de l’univers, à notre présente convention, et accorde que ce candidat à la franc-maçonnerie puisse se consacrer et consacrer sa vie à ton service au point de devenir un vrai et fidèle frère parmi nous. Donnez-lui une compétence de votre sagesse divine qui, aidé par les secrets de notre art maçonnique, puisse mieux lui permettre de déployer les beautés de la vraie piété, à l’honneur et à la gloire de votre saint nom. »  Ce qui précède est une prière prononcée par le Vénérable Maître de la loge lors de la cérémonie d’initiation d’un franc-maçon. Cela pourrait donner l’impression que la franc-maçonnerie est un ordre religieux qui jure allégeance à « l’architecte tout-puissant de l’univers ». Mais rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, dit Abraham Cherian, ancien maître de la loge Kottayam n° 245 au Kerala.

« La franc-maçonnerie vous oblige à croire en un seul Dieu, en n’importe quel Dieu », dit-il. (…) « À l’intérieur d’un temple maçonnique, lorsqu’une cérémonie est conduite et que le nom de Dieu est invoqué, chaque personne est autorisée à invoquer le nom de son Dieu. C’est l’organisation la plus laïque qui soit. » (…) C’est cette flexibilité et cette inclusivité qui font de la franc-maçonnerie un antidote au fondamentalisme et aux croyances autoritaires. En fin de compte, la franc-maçonnerie n’est rien d’autre qu’un code moral pour aider à rendre les «bons hommes meilleurs». (…) «L’accent est mis sur le développement de l’individu dans la mesure où la franc-maçonnerie devient un mode de vie» (…)

Puis, parlant de son initiation, « Je me souviens avoir été complètement émerveillé par la cérémonie, même si je ne pouvais pas comprendre la moitié de ce qui se passait ». Ces rituels élaborés font partie intégrante de la franc-maçonnerie. Il est paradoxal qu’un mouvement imprégné de tant de mythes, de rituels et d’allégories antiques encourage ses adeptes à un tempérament scientifique et à une vision moderne. Cette contradiction apparente dans la franc-maçonnerie est peut-être sa plus grande contribution à l’Inde. (…) Depuis l’époque coloniale, la franc-maçonnerie a joué un rôle, quoique modeste, dans la construction du pays et dans l’élaboration de ses valeurs. « Les francs-maçons indiens étaient souvent des chefs de file des mouvements de réforme socio-religieux dans leurs communautés respectives, qu’elles soient hindoues, musulmanes ou parsi, et les religions réformées qu’ils cherchaient à construire ressemblaient beaucoup à la franc-maçonnerie, conformément à la science, et sans barrières telles que la caste ».

mercredi 6 janvier 2021
  • 7
    pierre noel
    7 janvier 2021 à 18:32 / Répondre

    le pire des faux-amis serait de croire que cette prière est « chrétienne »! Elle ne l’est pas mais comme ils disent « non-denomitionnal » ou « universal ». Cela permet à ces loges indiennes d’avoir des membres Hindous, Parsis, Musulmans, Chrétiens ou simplement indifférents (ce que Kipling décrivait dans un poème qui fait saliver tout maçon bien élevé).
    C’est en Inde que le degree « beyond the craft », le Secret Monitor », a le plus de succès car il offre dans un de ses degrés ce qu’on appelle communément (en UK en tout cas) « the Jewish Rose-Croix »

  • 6
    pierre noel
    7 janvier 2021 à 13:07 / Répondre

    La prière liminaire de cet article n’est pas propre à la maçonnerie indienne mais est commune aux différents workings anglais (Emulation Taylor, West end ou autres) au 1° degré
    « Vouchsafe Thine aid, Almighty Father and Supreme Governor of the Universe, to our present convention, and grant that this Candidate for Freemasonry may so dedicate and devote his life to Thy service as to become a true and faithful brother among us Endue him with the competency of Thy Divine Wisdom, that, assisted by the secrets of our Masonic Art, he may the better be enabled to unfold the beauties of true Godliness to the honour and glory of Thy Holy Name. »
    Se méfier des faux amis ! « Convention », c’est une assemblée, ce que nous appelons « tenue ». « Architecte » est parfois remplacé par « gouverneur ».
    Un produit de l’école de Jules Ferry y verra une expression déiste insupportable, le produit d’une « public school » ou d’une « grammar school » n’y verra bien souvent que manière de parler.

    • 8
      Désap.
      9 janvier 2021 à 10:01 / Répondre

      6 – Produit toi-même, biblique en l’espèce.

      • 9
        pierre noel
        9 janvier 2021 à 16:26 / Répondre

        Sans vouloir contredire qui que ce soit, je ne crois pas que les Hindous, les Parsis et autres Sikhs se préoccupent beaucoup de la bible (mais je peux me tromper !)

  • 5
    Anonyme
    6 janvier 2021 à 17:34 / Répondre

    Le Kerala est un état où les chrétiens sont très nombreux, il existe aussi une synagogue à Cochin l’ancienne capitale.
    L’Universalité y est peut-être ancrée depuis très longtemps …
    Par ailleurs il y avait un ancien comptoire français au Kerala : Mahé … en communication avec les îles mascareignes … « La Réunion » ex île Bourbon bien sûr, mais aussi l’ancienne « île de france » redevenue l’île Maurice sous emprise britannique au traité de vienne … Malgré tout sur l’ïle Maurice il y a encore plusieurs plusieurs loges et chapitres du GODF avec liberté absolue de conscience (1877) …

  • 4
    Christophe Dioux
    6 janvier 2021 à 16:15 / Répondre

    Pour moi, c’est toujours le même faux problème, fort bien résolu par Spinoza.

    Si on accepte, parmi d’autres, la conception spinozienne «Deus sive Natura», alors croire en Dieu revient à croire à la Nature et à ses lois et le problème disparaît.

    Après évidemment, si on s’amuser à rajouter des exigences théologiques pour compliquer les choses et virer les « mécréants » qui n’ont pas la bonne conception de Dieu, forcément, ça peut devenir beaucoup plus compliqué.

  • 3
    Cassandra Verde
    6 janvier 2021 à 15:31 / Répondre

    La franc-maçonnerie est, à mon avis, issue du rejet des complications apportées à la Thora par certaines interprétations rabbiniques. Mais, à mes yeux, les francs-maçons – les vrais – ont gardé au cœur de leurs divers travaux ainsi que dans leur comportement quotidien les vraies valeurs morales imposées par les dix commandements. Pour moi c’est ce qu’il y a de plus important et qui, même si ça peut paraître paradoxal, les rend éligibles au peuple élu. Que l’on appelle Dieu Yahvé, Hachem, Adonaï, Le Grand Architecte, etc., tant que l’on obéit aux dix commandements en termes de valeurs morales, on est sur le même chemin.

  • 2
    yonnel ghernaouti, YG
    6 janvier 2021 à 07:28 / Répondre

    Il est écrit : « … Un pays où n’existe que la maçonnerie « régulière », celle qui impose la croyance en Dieu… »
    En fait, si l’on en croît Yves Hivert-Messeca dans son ouvrage « Les Francs-Maçons d’Afrique et d’Asie – Latomorae Novae Terrae », paru chez Cépaduès, Collection de Midi, en juillet 2018, il existe bien, avec la présence, il est vrai, de Loges appartenant à la Grande Loge Unie d’Angleterre, à la Grande Loge d’Écosse ou encore à la Grande Loge d’Irlande, en plus de la Grande Loge d’Inde, des Loges liées à « une scission spiritualiste du Droit Humain mixte et international », même si cette dernière reste très minoritaire.
    Pour mémoire en 2020, Grand Lodge of India, fondée le 24 novembre 1961, est forte de 22 200 Frères et 438 Loges. Freemasons’ Hall, le siège, est à New Dehli.

  • 1
    yonnel ghernaouti, YG
    6 janvier 2021 à 07:08 / Répondre

    Afin de mieux connaître l’Inde et la Franc-Maçonnerie, on lira ave intérêt « Franc-maçonnerie et pouvoir colonial dans l’Inde britannique (1730-1921) » de Simon Deschamps.
    Sa thèse de doctorat en Études anglophones, soutenue le 24 novembre 2014, sous la direction de note TCS Cécile Révauger, a donné lieu à une publication en 2019 par les Presses universitaires de Bordeaux, collection monde maçonnique, sous le titre « Sociabilité maçonnique et pouvoir colonial dans l’Inde britannique (1730-1921) ».

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