Un maçon franc

Par Jiri Pragman dans Edition

L’écrivain, journaliste, homme de radio et de télévision Christophe Bourseiller affiche un air qu’il veut terriblement sérieux en 4e de couverture de son livre Un maçon franc. Ce qui étonnera toujours ceux qui se souviennent de lui comme du petit « Lucien » de Un éléphant ça trompe énormément ! Sa carrière à l’écran ne s’est pas arrêtée là et elle n’a pas empêché Bourseiller de se faire connaître comme journaliste, notamment à travers ses enquêtes sur les extrémismes et autres groupes à la marge.

Le récit d’un échec

Christophe Bourseiller est aussi Franc-Maçon. Avec Un maçon franc, il livre le récit secret de sa quinzaine d’années de Franc-Maçonnerie. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains ? Sans doute puisque l’auteur fait part de son vécu lors de l’Initiation ou, par exemple, à l’élévation à la Maîtrise, informations que l’on conseille de ne jamais lire avant ces cérémonies. Par ailleurs, s’il se défend d’avoir rédigé un plaidoyer pro domo, Bourseiller offre une certaine vision parfois pessimiste de la Franc-Maçonnerie qui va davantage susciter la réflexion des Maîtres Maçons. Comme il l’écrit, ce livre est le récit de l’échec d’une initiation. J’ai sans cesse avancé sur un fil invisible, tendu au mulieu du vide. Il m’est arrivé de perdre l’équilibre. J’ai vécu simultanément le dégoût, l’ennui, la rage, le plaisir, l’étincelle et l’étonnement.

Pour parler sans langue de bois, j’ai été touché par la sensibilité de l’auteur. Les lecteurs Maçons avertis y trouveront sans doute un écho à certaines de leurs préoccupations.

Bourseiller se raconte. Il ne cache pas ses angoisses. C’est alors qu’il peine à (se) trouver qu’il entre en Maçonnerie. Il est initié en 1984 dans une Loge de la Grande Loge Nationale Française. Il ignore tout des obédiences et de leurs interminables chamailleries.

Dans une Loge « brune »

Il trace les traits de quelques membres de sa Loge avec ses Tenues et ses Agapes rituelliques dans des salles privées de restaurants. Plus tard, il dfécouvrira qu’il a atterri dans un secteur contaminé, au sein d’une incontestable dissidence brune, à savoir une Loge où certains portent au pinacle l’oeuvre de Julius Evola. Ces évolistes s’opposant par ailleurs aux guénoniens. Selon Bourseiller, il n’est rien de commun entre Guénon et Evola. Le théoricien italien prône l’éradication de la franc-maçonnerie et son remplacement par un nouvel ordre, débarrassé des influences juives, quand Guénon réaffirme le primat de la voie maçonnique. Les deux penseurs s’accordent toutefois sur un constat qui me laisse songeur. A savoir leurs critiques à l’égard de la démocratie. Et Bourseiller constate que la loge entière laisse transparaître une troublante haine de la démocratie. Selon les frères de l’atelier, le Rite écossais ancien et accepté constitue une réponse organisée à la subversion démocratique.

Bourseiller a apparemment eu l’espoir de renverser la vapeur mais, en 1990, il abandonne la GLNF et rejoins ensuite la Grande Loge de France. Il démissionnera en 2000 de la GLDF à laquelle, comme il le dit, il n’a pourtant rien à reprocher et ne formulant aucun désaccord idéologique. Il se posera cependant des questions sur l’écossisme dont la quête lui paraît prétentieuse (nous n’en dirons pas plus ici).

  • Un maçon franc. Récit secret de Christophe Bourseiller (Editions Alphée, 2010) disponible chez Amazon

    A propos de ce livre :

lundi 22 février 2010 19 commentaires
  • 19
    Caron 22 juillet 2012 à 10:17 / Répondre

    Bonjour

    après avoir passé 22 ans à la GLNF parti en 2005 avant les évènements connus, je suis entré dans une petite obédience GLRF. Là encore j’ai enfin compris que ce n’esy pas la maçonnerie qui est défaillante, mais bien les maçons.
    Bref maintenant je suis dans une loge libre, et heureux d’y retrouver des Frères sans épée de Damoclès au-dessus de la tête
    Plus de hiérarchie ridicule de décors dont l’égo de son porteur est incommensurable.
    (…)
    Christian
    Clermont-Ferrand

  • 18
    Jiri Pragman 28 mai 2010 à 20:38 / Répondre

    @Petit Laurent

    Nous n’avons peut-être pas à donner des leçons mais nous n’avons certainement pas à en recevoir de votre part.

  • 17
    PETIT LAURENT 24 mai 2010 à 02:13 / Répondre

    Bonjour,

    Messieurs c’est un très bon livre, vous n’avez surtout aucune leçon a donner aux autres, merci.

  • 16
    lihin 8 avril 2010 à 22:58 / Répondre

    Quelle étrange «logique» !

    Quand un auteur est politiquement de la «droite» ou «associé» à elle, les partisans de la «gauche» disqualifient d’office ses oeuvres et vice-versa. Cette «logique» n’est pas loin de celle qui rejète les formules mathématiques d’un Johannes Kepler parce qu’il se trouvait occasionnellement en état d’ivresse.

    Aux partisans politiques soit recommandé la réalisation de l’instruction du grade d’apprenti en franc-maçonnerie, notamment la faculté de résoudre les opposés par la synthèse.

    Aux utilisateurs de propos cités et appliqués en ce fil soit recommandé de rendre effectif leur initiation au grade de compagnon, la logique étant l’un des sept arts libéraux.

    Et les grands souteneurs fondamentalistes d’une démocratie pure et dure devraient se souvenir qu’elle dégénère souvent, et encore de nos jours, en démagogie.

  • 15
    Cowan Hapax 27 février 2010 à 13:51 / Répondre

    Bonjour,

    je viens de lire ce livre, je l’ai trouvé très intéressant. Rapide et bien écrit, il va à l’essentiel : le parcours maçonnique de Christophe Bourseiller, ce qui l’a choqué et ce qui l’a enthousiasmé, et quelques réflexions sur l’utilité de la FM mais aussi sur ses cul-de-sacs.

    Franchement, ça fait du bien de lire un témoignage aussi sincère et direct. Et ça donne une idée de l’atmosphère quelque peu « rance » qui peut régner dans certaines loges de la GLNF, heureusement minoritaires. C’est sûr que participer aux travaux d’une loge dont un frère fait fortune en vendant des éléments de visée pour des missiles, pendant qu’un autre développe les thèses de Julius Evola et qu’un autre rage contre la démocratie parce qu’il a lu Guénon et se croit grand et véritable initié, il y a de quoi réfléchir !

    Je conseille à ceux qui sont intéressés par ce livre de lire aussi le livre d’André Clodic, « J’ai été franc-maçon », qui raconte aussi un parcours de frère qui a fini par abandonner, déçu par son expérience, mais pour d’autres raisons (cf. ma note de lecture ici : http://symbolesetsocietes.blogspot.com/2009/08/jai-ete-franc-macon-un-initie-temoigne.html).

    En fait, étant donné le profil de Christophe Bourseiller, on se dit qu’il a simplement frappé à la mauvaise porte : il a été coopté par un frère de la GLNF, sans trop se poser de questions, à l’époque, sur les spécificités des différentes obédiences. Il a vite découvert qu’il n’avait pas le droit de visiter les autres obédiences. S’il avait été initié au GODF ou au DH par exemple, son parcours aurait sans doute été tout autre.

    Dans un entretien Marianne2 – France Info, l’auteur discute notamment des blogs maçonniques et aussi des loges indépendantes : http://www.dailymotion.com/video/xcdlmt_vid%E9o-2-bourseiller-un-franc-ma%E7on_news

    Il précise qu’il a reçu beaucoup de réactions de « frères », toujours positives, qui l’ont beaucoup ému.

  • 14
    Hiram 27 février 2010 à 09:49 / Répondre

    Ce livre est…vide.

  • 13
    plot 26 février 2010 à 18:49 / Répondre

    @ jean Serlun,

    C’est peut-être par amour par amour pour la fraternité que des maçons se sont tournés vers la République…

  • 12
    Denis Cliche 26 février 2010 à 14:54 / Répondre

    @Thot Hermes,

    Loge libre oui peut-être.. Il y en a surement d’excellentes. Mais la seule loge « sauvage », (dans ce cas j’emploie le mot sauvage a bon escient) que je connais est dirigé depuis près de dix ans, d’une main de fer par un Vénérable qui a une vision très personnelle de la FM. Pour moi ce genre de loge n’est pas maçonnique. La liberté permet toutes les dérives, des bonnes et des beaucoup moins bonnes qu’une obédience reconnue ne peut tolérer.

  • 11
    jean serlun 24 février 2010 à 18:52 / Répondre

    Je connais même le cas d’un « grand initié », assez fréquemment cité chez les maçons, qui a donné, il y a une vingtaine de siècles, un sacré exemple en s’agenouillant devant les membres de son atelier (ses disciples, quoi !) pour leur laver les pieds.

    Dommage qu’on ait si vite oublié ou trahi son enseignement !

  • 10
    Flupke 24 février 2010 à 15:22 / Répondre

    « Les agapes se font en salle humide et c’est les Apprentis qui servent les plats et dressent la table ! »

    NB chez certains soufis c’est le maître qui sert, quel beau symbole !!!

  • 9
    MOUTON Erick 24 février 2010 à 14:10 / Répondre

    je ne reconnais pas ici mon reaa ! Pourquoi Christophe ne nous parle-t-il pas des enquêtes qui sont le moyen de savoir si l’obédience choisie et la bonne? Je crois qu’en Province la FM n’est pas de la même nature. Chez nous nous restons App 3 ans, ça permet de réflechir ! Les agapes se font en salle humide et c’est les Apprentis qui servent les plats et dressent la table ! Enfin pourquoi rester aussi longtemps si c’est pas son truc ! Christophe est un spécialiste de l’ultra-gauche, pourquoi n’a-t-il pas choisi une FM plus libérale? Enfin, la GLNF demande la croyance en Dieu, et il n’en parle pas du tout !!

  • 8
    Flupke 24 février 2010 à 12:13 / Répondre

    d’accord avec jean serlun et thot hermès

    une question qu’appelez-vous « démocratie » au plan pratique ?

    J’ai de trop vieux souvenirs de mes études … presque gaga … mais pour Montesquieu lé démocratie s’exprimait par le tirage au sort et finalement l’évaluation permanente des dirigeants tirés au sort par les citoyens réunis pour ce faire en assemblées régulières … dur dur n’est-ce pas messieurs les politiciens …

    Nous ne sommes pas en démocratie … à moins d’avoir tout faux … possible

  • 7
    jean serlun 23 février 2010 à 07:49 / Répondre

    Comme thot hermès, je suis persuadé que, si la maçonnerie perdure au XXI° siècle, elle sera quantitativement moins importante, moins visible mais constituée de Loges indépendantes, parfois librement associées entre elles dans des réseaux dont les premiers commencent à se constituer sur le net.

    Cela n’a pas que des avantages, cela présente de nouveaux risques mais, au total, il me semble que ce sera le seul moyen de sauver la dernière organisation initiatique régulière existant en Occident.

  • 6
    thot hermes 22 février 2010 à 20:11 / Répondre

    pourquoi ne pas chercher la lumiere du cote des loges libres …..?? ne plus etre infeode a une sructure parasite et totalitaire …l obedience …et retrouver l esprit des loges du 18 e siecle ….libres et independantes …et surtout tres fraternelles ……un macon libre dans une loge libre

  • 5
    jean serlun 22 février 2010 à 19:21 / Répondre

    Sans chercher à choquer, il me semble que la prise de position pour ou contre la démocratie dans la société profane est une démarche individuelle qui n’a aucune raison d’être connectée à l’appartenance à une organisation initiatique.

    Il y a eu – et il y a certainement encore – des hommes et des femmes qui n’adhèrent pas à l’idée d’une société démocratique tout en étant étaient francs-maçons. C’était même le cas de la majorité d’entre eux sous l’Ancien Régime.

    Cela ne regarde qu’eux et je suis personnellement satisfait d’ignorer dans ma Loge les opinions politiques de mes frères et de mes soeurs, dont je me moque éperdument.

    Ce qui est insupportable pour un maçon, c’est l’intolérance, le racisme et l’irrespect de l’autre en tant qu’Homme. Parce que c’est contraire à la fraternité.

    Pour le reste, qu’un maçon soit Républicain, Royaliste ou Bonapartiste, qu’importe ! C’est son problème et on ne devrait pas en faire un drapeau pour la Franc-maçonnerie.

    Pour revenir un peu à Guénon (puisqu’il est cité), rappelons que la véritable hiérarchie est d’ordre initiatique et qu’elle consiste en l’acquisition de degrés de réalisation successifs.
    Bien entendu, ces degrés effectifs n’ont rien à voir avec les degrés virtuels dont s’enorgueillit la maçonnerie spéculative.
    C’est pourquoi, il existe en maçonnerie une double hiérarchie, de fonctions (généralement obtenues par un consensus et un choix des égaux) et de degrés (normalement acquis par le travail initiatique, tout au moins quand ils sont effectifs).

  • 4
    CORTO 22 février 2010 à 19:11 / Répondre

    @ Frère :
    Ce n’ est pas « étonnant » du tout de lire les ouvrages de Julius Evola.
    Pour info, il est incontournable dans la tradition hermético-alchimique.
    Son principal ouvrage :  » La Tradition Hermétique » est un livre d’ anthologie dans le domaine.
    Quand à la polémique : Evola / Guénon évoqué par Christophe Bourseiller, d’ autres existent dans les Ateliers, avec Nietzsche/ Voltaire, etc..
    En toute fraternité.
    CORTO.

  • 3
    erchinoald 22 février 2010 à 17:36 / Répondre

    Des Franc-maçons anti-démocrates? On se serait attendu à ce qu’ils soient à la pointe de la défense de la démocratie.

  • 2
    frère 22 février 2010 à 16:12 / Répondre

    c’est étonnant de voir des Franc-Maçons suivant Evola, surtout pour un italien. En Italie Evola est connu comme auter d’extreme droite. Dans ces derniers ans ses ouvres ont étées poubliées pas des éditeurs neo-nazis.

  • 1
    Un.cherchant 22 février 2010 à 08:00 / Répondre

    Cher Jiri,
    en complément de ton billet cet interview sur France Info
    AF

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