Le canular de Rosslyn

Par Jiri Pragman dans Edition

Le titre original du livre de Robert L.D. Cooper est Rosslyn Hoax?. Il a été traduit en français d’une manière moins provocante puisqu’il s’est changé en Rosslyn, splendeurs, mythes, réalités.

S’il existe beaucoup d’ouvrages d’histoire consacrés à la Franc-Maçonnerie en langue anglaise, peu sont traduits en français et on ne peut que saluer l’important travail effectué ici par les Editions de La Hutte qui ont traduit (Jean-Claude Genoud-Prachex) et annoté (Jean Solis) l’ouvrage de Robert Cooper.

On entend beaucoup d’histoires à propos de cette chapelle de Rosslyn mise à l’honneur dans L’Enigme sacrée dès 1982 et dans le Da Vinci Code et toute une série de livres ou d’articles qui évoquent la fuite de Templiers en Ecosse avant l’arrestation des membres sous ordre du roi de France, leur accueil en Ecosse, et la survivance de cet Ordre à travers la Franc-Maçonnerie. La chapelle Rosslyn du « Grand Maître » Sinclair faisant, elle, office d’ouvrage maçonnique dissimulant secret ou trésor.

Pour s’attaquer à ce mythe, il fallait un « costaud », ce sera celui que Solis appelle « Bob ». De manière moins familière, nous nous contenterons de rappeler que Robert L.D. Cooper est non seulement Franc-Maçon de la Grande Loge d’Ecosse mais c’est aussi un historien à qui la tâche de conservateur du Musée et de la Bibliothèque de la Grande Loge d’Ecosse a été confiée.

Son livre consacré à l’ensemble mythique Rosslyn – Sinclair – Templiers – Franc-Maçonnerie est exemplaire du travail d’un véritable historien. Comme on le verra tout au long de l’étude, beaucoup de problèmes naissent d’une lecture du passé avec les yeux d’aujourd’hui ou trop axée sur sa propre pratique maçonnique. Par exemple, on ne peut voir des allusions au Grade de Maître dans le rouleau de Kirkwall prétendûment du 15e siècle alors que ce Grade n’est apparu qu’au cours du 18e siècle (d’autres éléments, tels que la présence d’un cercueil, l’écriture utilisée, d’autres symboles démentent le caractère médiéval de ce « maillon manquant »).

Ainsi la Franc-Maçonnerie écossaise et ses Rituels doivent-ils être distingués de la Franc-Maçonnerie anglaise ou de l’Ecossisme. Son 1er chapitre est d’ailleurs consacré au pouvoir du mythe et il distingue les 2 approches de l’étude des origines et de l’évolution de la Franc-Maçonnerie: l’approche académique et l’approche simplifiée, populaire, ou alternative, appelée également mythologique (celle qui utilise notamment le négatif pour apporter la preuve du positif).

Cooper démonte minutieusement et sans la moindre agressivité toutes ces théories. Il montre comment elles sont nées, comment elles se sont développées (notamment sous l’influence du romantisme) et comment elles ont été exploitées. On verra ainsi l’influence des antimaçons (l’attaque de l’abbé Augustin Barruel en 1797 est la plus ancienne source non maçonnique à proclamer que la Franc-Maçonnerie est une continuation de l’Ordre médiéval des chevaliers templiers) ou de l’ouvrage de James Burnes (A sketch of the History of the Knights Templars, 1837). Cooper montrera aussi comment l’idée selon laquelle l’Ordre des Chevaliers Templiers était une branche de la Franc-Maçonnerie, courante au 18e siècle, s’est inversée au 19e siècle.

Il analyse aussi les différentes « preuves » qui jalonnent cette histoire (fantaisiste comme les Constitutions d’Anderson), par exemple les « chartes » Sinclair (en fait des lettres de maçons opératifs réclamant un arbitrage). Cooper passe ainsi au crible l’histoire de la famille Saint-Clair (Sinclair ou Sainteclaire) et de ses propriétés dont la chapelle de Rosslyn (il fallut attendre 1738 et les Nouvelles Constitutions d’Anderson pour que la chapelle construite en 1441 soit associée à la Franc-Maçonnerie et que William Sinclair soit désigné comme Grand Maître), la bataille de Bannockburn, les tombes de Kilmartin,…

Quant à la chapelle de Rosslyn, c’est en fait une église collégiale bâtie pour y dire des prières pour les défunts et inachevée. Y ont été ajoutée des sculptures intérieures, certaines ayant d’ailleurs été modifiées (l’Apprenti du pilier connu originellement sous le nom de pilier du prince, et sa balafre). Les sculptures et gravures doivent bien sûr être lues avec les yeux d’un chrétien d’alors (en évitant par exemple de confondre Moïse et le diable!).

  • Rosslyn, splendeurs, mythes, réalités de Robert L.D. Cooper (Editions de La Hutte, Collection Les Veilleurs, 432 pp., 2011) disponible chez Amazon ou à La Cale Sèche
lundi 01 août 2011 9 commentaires
  • 9
    Guy T... 26 novembre 2017 à 11:00 / Répondre

    j’ai lu cet ouvrage. Si il est vrai que R Cooper est implacable pour dénoncer tout en bloc et de manière systématique, ses démonstrations sont d’ailleurs remarquables, il en oublie cependant de très nombreux éléments de très grande importance. De plus , il part sur des idées préconçues qui ne sont pas en rapport avec la réalité. Il serait trop long ici de rentrer dans les détails. Je dirais comme toujours en cas d’avis très opposés, la vérité se trouve probablement entre les deux.
    il est d’ailleurs dommage que R Cooper au lieu de rentrer directement dans le « lard » de certains auteurs eux-mêmes historiens et francs-maçons, n »ait pas rencontré ses homologues pour un débat franc et sincère.
    on est loin de la bienveillance de la Maçonnerie.
    personnellement, j’ai profondément étudié l’histoire de Salomon à la FM toujours dans ce contexte, et il y a pas mal d’autres voies possibles dans ce qui a pu réellement se passer.
    Guy T…

  • 8
    saadi sarni dit nasser 28 novembre 2011 à 23:49 / Répondre

    tu as tellement de temp a perdre que tu ne trouve rien de mieux a faire , qu a raconter des histoires des templaires ,

  • 7
    Jiri Pragman 19 novembre 2011 à 17:44 / Répondre

    La traduction française de « The Rosslyn Hoax » de Robert Cooper a été distinguée au Salon maçonnique du Livre de Paris 2011.

  • 6
    Jiri Pragman 23 août 2011 à 22:21 / Répondre

    @hiram

    Je parlais du travail d’historiens.

  • 5
    hiram 23 août 2011 à 20:42 / Répondre

    le livre « la clé d’hiram » par exemple, comme d’autres « littératures », sont également des travaux historiques à respecter au même titre que d’autres.

  • 4
    Jiri Pragman 23 août 2011 à 06:58 / Répondre

    Ce n’est pas une théorie parmi d’autres. C’est un travail d’historien sérieux à ne pas mettre au même niveau qu’une certaine « littérature » qui ne s’appuie pas sur des éléments historiques.

  • 3
    hiram 23 août 2011 à 05:08 / Répondre

    une théorie parmi d’autres qui disent d’autres chose sur l’origine et la raison d’être de cette chapelle , ou plutot « temple » de rosslyn, comme il devrait plutot s’appeler en référence au temple de jérusalem.

  • 2
    Le Chien 1 août 2011 à 19:39 / Répondre

    Exact Rethy !

  • 1
    Rethy 1 août 2011 à 18:27 / Répondre

    Un livre qui remet les Templiers à leur place.

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