Long Livers

A curious History of Such persons of both Sexes…

Par Pierre Noël dans Contributions

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Long Livers : A curious History of Such persons of both Sexes who have liv’d several Ages and grown Young again…” By Eugenius Philalethes, F.R.S. Author of the Treatise of the Plague. London … 1722.

(ECCO Reproduction from British Library, transcription in KJ&H, 1945, 1978)
Pierre Noël

C’est la traduction d’un ouvrage du Français Harcouet de Longeville, publié en 1715 à Paris : « Histoire des personnes qui ont vécu plusieurs siècles avec le secret du rajeunissement, tiré d’Arnauld de Villeneuve » (ce dernier est un médecin et alchimiste qui vécut de 1245 à 1313). Une traduction anglaise parut en 1722 à Londres, attribuée à Robert Samber (1662-1745), le premier qui traduisit les contes de Charles Perrault (dans un ouvrage paru en 1729). Pour « Long Livers … » , Il employa le pseudonyme « Eugenius Philalethes », le même qu’utilisait Thomas Vaughan, théosophe et alchimiste du XVII° siècle (1621-1666) quand il traduisait en 1652 la « Fama Fraternitatis Rosae-Crucis … » , faisant connaître en Angleterre les manifestes rosicruciens issus du cercle de Tübingen (1615-1616). Samber s’inscrit par-là dans la lignée mythique des Rose-Croix.

La traduction est précédée d’une « Dédicace » (une préface) de 50 pages (absente de l’original français) du 1er mars 1721/2, adressée « Au Grand Maître, Maîtres, Surveillants et Frères de la très Ancienne et très Honorable Fraternité des Free Masons de Grande-Bretagne et d’Irlande par le Frère Eugenius Philalethes ». L’auteur était-il effectivement maçon ? Rien ne le prouve mais deux choses méritent d’être remarquées

–  En 1722, si la Grande Loge de Londres & Westminster existait bel et bien, il n’y avait pas de Grande Loge ni en Ecosse ni en Irlande.
–  En 1723, la rédaction d’un autre ouvrage lui-aussi traduit du français, « The praise of drunkenness » ou « Ebrietatis Encomium », fut attribuée au même Robert Samber (sous un autre pseudonyme, Boniface Oinophilus). Dans le chapitre XV interpolé par le traducteur mais absent de l’original français, il décrit la Grande Fête de 1721, (l’Installation du duc de Montague) à laquelle il aurait assisté après avoir satisfait au tuilage et payé son ticket (EK&J, 1978, p. 108-109).

La « Confrérie » décrite par l’auteur de la Dédicace serait-elle la franc-maçonnerie de la GL de Londres & Westminster ? Elle diffère sensiblement de la Fraternité décrite par les Anciennes Constitutions britanniques ou par celles, contemporaines, de James Anderson (1723). Il n’y est nulle part fait allusion au métier de maçonnerie, à son histoire légendaire, au temple de Jérusalem, au roi Athelstan et aux thèmes habituels de ce genre de littérature.

En revanche, elle a  plus d’un point commun avec la mythique fraternité des Frères RC des manifestes de 1614-1616, notamment le caractère « discret » d’une société de cénobites pratiquant un christianisme intégral, absolu, exigeant, foncièrement anticlérical et farouchement antipapiste (dans la « Dédicace », le christianisme de la confrérie semble bien être celui de l’Eglise d’Angleterre, l’ « Established Church of England » épiscopalienne et soumise au roi d’Angleterre, seule véritable Eglise « catholique » pour les Anglicans), sa composition très restrictive d’hommes préoccupés essentiellement de leur fin dernière, sa vocation de soigner les malades, sa conviction surtout de posséder le grand secret de la nature, transmis depuis les temps anciens et inscrit dans le livre M (ce Liber Mundi emporté par Christian Rose-Croix dans la tombe) et objet ultime de la quête des adeptes.

L’auteur fait allusion à un chemin progressif vers la Lumière et à un voile séparant ceux qui sont déjà avancés et les commençants. La Confrérie aurait existé de tous temps, silencieuse, cachée à l’abri des fureurs du monde et de la méchanceté des hommes, appliquant la Loi divine donnée depuis le début des temps. Les Justes du passé, Seth, Noé, Abraham en auraient fait partie, comme plus tard les apôtres du Christ. Cette foi en une société cachée d’hommes vivants, à l’écart du monde nécessairement mauvais, dans une société fermée transmettant une tradition « primordiale » remontant à l’aube de la création et d’origine « supra-humaine » n’est pas rare dans les milieux maçonniques, ésotériques ou occultistes où elle fait parfois l’essentiel des systèmes connus, le rite rectifié, le rite suédois, le martinisme et d’autres.

La Confrérie selon Samber est chrétienne, « catholique » dans le sens primitif du terme et foncièrement Anglicane, rappelant à son adepte qu’il est le sel de la terre, la lumière du monde et le feu de l’Univers : « Ye are living Stones, built up a spiritual House, who believe and rely on the chief Lapis Angularis, which the refractory and disobedient Builders disallowed » (on reconnaît là le thème du Mark degree toujours très prisé par la maçonnerie anglophone).

Ce Christianisme exclusif est sa principale caractéristique et la Dédicace en fait une profession appuyée (pp. XIII et XIV), soulignant que la conviction trinitaire était déjà reconnue par les néo-platoniciens (p. XLIII) : « Les philosophes platoniciens, pour ne citer qu’eux, reconnaissaient trois personnes dans la divinité. Ils appelaient la première, Père de l’Univers et de toutes choses qu’il contient. La deuxième était nommée Fils ou Premier Esprit, Intellect divin émanant de Dieu le Père (en conformité avec Plotin ou Philon). Il était Lumière issue de la Lumière et Parole prononcée par elle ; elle était nommée Logos, Verbe ou Parole. La troisième était appelée Esprit (ou Anima Mundi) qui, telle une colombe, couvait sa nichée sur la surface des eaux et par sa chaleur céleste emplie d’amour faisait éclore l’Univers. » (p. XLIII). 

Quelques développements ne vont pas sans annoncer la doctrine de la Réintégration de Martines de Pasqually : « Nous sommes emprisonnés, mais qui nous délivrera de ce corps mortel ?  Nous sommes des enfants exilés loin de leur pays natal. Quand y retournerons-nous ?  (Dieu) nous a placés ici-bas tels des postulants ou des novices, quand ferons-nous notre profession au sein de la fraternité bénie d’en-haut, quand deviendrons-nous libres citoyens de la Jérusalem céleste qui n’est pas faite de mains d’homme, quand serons-nous réinstallés dans notre état d’innocence ? Ici-bas, nous errons dans la sombre vallée de larmes et l’ombre de la mort. Nous ne sous souvenons de rien, nous ne savons rien ».

Tout aussi caractéristiques sont l’anticléricalisme et l’antipapisme du texte. La condamnation des prêtres de toute espèce, depuis ceux de la religion juive jusqu’à ceux de la religion catholique romaine également indignes de leur position, va de pair avec celle des philosophes Grecs de la lignée d’Aristote : « La philosophie d’Aristote, sa terminologie obscure et ses sophismes furent introduits dans les écoles chrétiennes, avec leurs subtilités ridicules, leurs controverses sémantiques, leurs notions chimériques, l’Entia Rationis (entités idéales), les Genereitas in Concreto et leurs paillardises barbares. Tout cela n’est que charabia d’imbécile savant et de pédagogue bruyant, creux, vaniteux et dogmatique ». (p. XL)

La Dédicace contient une longue paraphrase biblique (pp XVI-XXXV) bien différente de celle des Anciennes Constitutions des francs-maçons Anglais qui relataient l’histoire légendaire de la Géométrie autrement appelée Maçonnerie. Il n’est pas question de cela dans la Dédicace qui ne parle que de la trahison de la Loi divine et naturelle (les deux étant synonymes) bafouée par la méchanceté et la cruauté des hommes, clercs et laïques, grands et petits, depuis les temps de Caïn jusqu’à la Réforme Anglicane (David et Salomon sont tout particulièrement visés) et cela en dépit de l’annonce par le Christ de la Loi de grâce. Les raisons en ont toujours été les mêmes, la volonté de pouvoir, la cupidité, l’avarice, la vanité (notamment celle du Pape) et dans une moindre mesure la luxure. Ceci n’empêche Samber, après avoir dit le plus grand mal des prêtres de toute sorte, de répéter son estime des prêtres Anglicans : « Il convient que la Confrérie ait le plus grand respect pour les hommes d’Eglise, particulièrement pour ceux de l’Eglise Etablie (d’Angleterre). Elle ne doit en aucun cas se rendre complice de ce que les esprits forts de notre temps appellent « bouffer du curé » (« roast the parson »). Cela ne convient ni à la qualité d’un gentleman ni à celle d’un honnête homme (ce qui est la même chose) (p LIV) ». 

La Dédicace a au moins de commun avec les Anciennes Constitutions l’exaltation des arts libéraux, mais il ne s’agit plus ici de géométrie mais de louer l’action du Créateur : « (p VII) Nul n’est digne d’être l’un des vôtres s’il ne connaît et n’apprécie un ou plusieurs des sept Arts Libéraux qui dépendent en fait les uns des autres : Musique, Harmonie et Proportions en constituent la trame. Le plus grand, le plus sublime de tous est l’Astronomie. Elle fut donnée à l’homme par la révélation d’en-haut et lui permet de réaliser les plus grands prodiges. Par elle fut exposée la gloire du Très-Haut. Les Cieux proclament Sa gloire et le firmament illustre l’œuvre de ses Mains. Cette Terre que nous habitons est une structure merveilleuse avec sa variété de végétaux, d’animaux et de minéraux, tous d’origine divine. Une mouche est autant objet d’admiration pour le plus sagace des philosophes que l’homme fier et hautain, qui se prétend rationnel mais fait un si mauvais usage de sa raison, qui se veut seigneur de la Création mais, tel un véritable tyran, en dévore le tiers pour entretenir son orgueil. Ce petit insecte négligeable a les mêmes organes tout aussi proportionnés, son œil à une choroïde, une rétine et une humeur vitrée ; son corps (P. VIII) a ses vaisseaux, son sang et sa lymphe tout comme nous. O Seigneur, quelle merveille est ton Nom par toute la Terre ! Que sommes-nous sur ce globe minuscule recouvert par la voûte céleste, voile déployé par le Sublime Architecte des Mondes, rideau orné d’étoiles sans nombre. Il circonscrit l’Univers autour d’un point par les branches d’un compas sans limites ?  Il est lui-même le centre de toutes choses, celui d’un cercle dont la circonférence est inconnue. » 

L’auteur termine en s’adressant « aux Frères de la Classe la plus élevée » : « and these few words I shall speak to you in Riddles, because to you it is given to know those Mysteries which are hidden from the Unworthy ». Quels sont ces Mystères présentés sous formes d’énigmes à ceux qui en sont dignes ? La description de ce mystère s’étend sur plusieurs pages où on retrouve les grands thèmes hermétiques, le Roi et la Reine, les quatre éléments, le Lion, l’Aigle, le Crapaud, la table de Porphyre et le Dragon qui se dévore la queue (symbole de la vie dans « Long Livers »), toutes choses que ne peuvent comprendre que ceux qui « connaissent les Secrets de la Maçonnerie ». La vision est onirique, imaginaire et apocalyptique, inspirée de celles de Jean et d’Ezéchiel quoique sans en être une copie servile.

« N’avez-vous donc pas vu ce bain rempli d’eau la plus limpide qui soit … ?  Son bassin est de forme quadrangulaire ; c’est un cube posé sur six autres cubes tous ornés de joyaux brillants comme les étoiles dans le ciel et supportés aux quatre angles par quatre lions. (p. L). Notre puissant Roi et la Reine y siègent en majesté, sereins et tranquilles. Le Roi resplendit dans la gloire d’un vêtement d’or, orné de saphirs …. Sa royale épouse est vêtue d‘un tissu de fils d’argent immortel, enrichi d’émeraudes, de perles et de corail. (Le roi et la reine du mariage chymique sont aussi symboles du soleil et de la lune).

Devant cette structure céleste est un vaste bassin de marbre de porphyre, recueillant le jet sortant de la bouche d’une tête de lion prolongée par deux corps formant une fontaine de jaspe de couleur vert d’eau… (p LI) … Cette merveille n’est ni tout à fait ignée, ni tout à fait terrestre, ni simplement aqueuse. Elle n’est ni aigue ni obtuse mais est entre les deux, légère sous le doigt, douce sans être dure. Elle n’a pas d’aspérité, elle est au contraire lisse au toucher, odorante au nez, agréable à l’œil, délectable à l’oreille, plaisante à l’esprit… Seuls les enfants de la lumière qui connaissent les sublimes mystères et les profonds secrets de la Maçonnerie peuvent (me) comprendre … Elle vous conduira à ce palais au centre duquel brille ce feu céleste, flamboyant comme un cristal en gloire, plus éclatant que le soleil dans la gloire de son méridien. »

Ni Anderson ni ses prédécesseurs ne se sont exprimés de la sorte !

dimanche 09 décembre 2018 18 commentaires
  • 18
    pierre noel 19 décembre 2018 à 11:21 / Répondre

    Très intéressant.

    Bernard Nieuwentyt (1654-1718), philosophe et mathématicien Hollandais, écrivit “Het regt gebruik der werelt beschouwingn, ter overtuiginge van ongodisten en ongelovigen » en 1715. Cet ouvrage fut traduit en anglais” (The religious philosopher, or the right use of contemplating the works of the Creator”) par John Chamberlayn (qui avait étudié à l’université de Leyden) en 1718. La traduction eut trois éditions (publiées chez l’éditeur John Senex, celui des Constitutions d’Anderson en 1723. La troisième édition contient une lettre de Désaguliers adressée au traducteur.
    “Chamberlayne, John, 1666-1723: The religious philosopher, or, The right use of contemplating the works of the Creator : I. In the wonderful structure of animal bodies, and … man, II. In the … formation of the elements, and their various effects upon animal and vegetable bodies, and, III. In the … structure of the heavens, with all its furniture : designed for the conviction of atheists and infidels / by that learned mathematician, Dr. Nieuwentyt. Translated from the original, by John Chamberlayne … To which is prefix’d, a letter to the translator, by the Reverend J.T. Desaguliers … Adorn’d with cuts. (1720-1721). London: Printed for J. Senex and W. Taylor. “
    Dans cette lettre, Desaguliers félicite Chamberlayn d’avoir traduit le « Religious Philosopher » en anglais et l’auteur de l’avoir écrit en néerlandais, « langue utilisée par maints athées et libre-penseur ». Il termine par une remarque curieuse, saluant l’omission par le traducteur d’arguments (tirés de la philosophie moderne) hostiles à la religion révélée car, « trop faibles ou trop légers », ils auraient pu être utilisés par les contempteurs de la religion pour la dénigrer et faire triompher leur cause.

    Je ne suis pas convaincu que les Psaumes (ou tout autre texte biblique) furent pour ces auteurs une source majeure d’inspiration.

  • 17
    NEGRIER 19 décembre 2018 à 09:07 / Répondre

    Votre thèse est très intéressante au point de vue théorique mais j’ignore si d’un point de vue pratique Samber s’est bien renseigné en lisant les publications de la Royal society. Ce qui me pousse à m’interroger est que, d’un point de vue statistique, il est tout aussi probable que Samber puisa son information sur la mouche dans une publication qui répondait directement à ses préoccupations personnelles relatives à la religion de la nature (qui est précisément l’un de ses points de vue dans sa préface à Long livers) : celle du Religious philosopher du néerlandais Bernard Nieuwentyt (1654-1718). En effet le tome II de ce titre traduit en anglais (London, 1719) contient des aperçus sur la structure de la mouche (Contemplation XXII, section XL) et sur les yeux de la mouche (ibidem, section XLI) où l’auteur mentionne d’ailleurs plusieurs fois les travaux de son compatriote Leeuwenhoek (le volume I de la traduction anglaise de cet ouvrage de Nieuwentyt était paru à Londres en 1718 précédé de la fameuse lettre de Desaguliers). J’aurais donc actuellement plutôt tendance à penser que Samber s’inspira de Nieuwentyt lorsqu’il parla de la mouche.

  • 16
    pierre noel 18 décembre 2018 à 18:44 / Répondre

    « Une mouche est autant objet d’admiration pour le plus sagace des philosophes que l’homme fier et hautain, qui se prétend rationnel mais fait un si mauvais usage de sa raison, qui se veut seigneur de la Création mais, tel un véritable tyran, en dévore le tiers pour entretenir son orgueil. Ce petit insecte négligeable a les mêmes organes tout aussi proportionnés, son œil à une choroïde, une rétine et une humeur vitrée ; son corps (P. VIII) a ses vaisseaux, son sang et sa lymphe tout comme nous. »
    Quand Samber (Eugenius Philathes) écrivait ces lignes, il ne pensait qu’accessoirement à la bible et au royal psalmiste ! La microbiologie (dont ni les rédacteurs de la bible ne connaissaient rien, surtout pas l’existence) venait d’être découverte par un observateur de génie. Ces lignes n’auraient pu être écrites avant lui.
    Anton Van LEEUWENHOEK (né et mort à Delft, 1632-1723), drapier et mercier de profession, inventa ou plutôt perfectionna le microscope, obtenant un grossissement de 50 à 300 fois. De 1658 à sa mort, il multiplia les observations sur les protozoaires, la présence de bactéries dans le tartre dentaire humain, la levure de bière, l’anatomie des insectes (puces, mites, fourmis), l’œil des invertébrés, la striation du muscle squelettique, la description des spermatozoïdes et celle des cellules sanguines …
    Il décrivit ses observations, de 1673 à sa mort en 1723, dans plus de 350 lettres adressées à la Royal Society (célèbre parmi les francs-maçons grâce à Bauer) à Londres. Le retentissement en fut considérable ! L’honorable société après quelques réticences (réserve bien British concernant un bloody foreigner ne parlant ni anglais ni latin, seulement le hollandais), l’élut membre en 1680 (il n’avait rien demandé et n’alla jamais à Londres !) Ses lettres furent régulièrement publiées dans les « Philosophical Transactions of the Royal Society », périodique fondé en 1665.
    « Eugenius Philalethes » qui signait F.R.S. ne pouvait évidemment les ignorer.
    Le succès en fut tout aussi considérable dans le public cultivé de Londres. Ces observations furent discutées dans les loges « moderns » de la métropole, notamment en juin 1734 (onze ans après la mort de AVL) devant la loge se réunissant à l’Old King’s Arms tavern (Trevort Stewart, Prestonian lecture 2004).
    C’est d’elles et non des Psaumes que viennent ces lignes.

  • 15
    NEGRIER 16 décembre 2018 à 20:03 / Répondre

    Dans la mesure où Samber reprenait la pensée du Ps. 8 au point de citer le verset 9 sous la forme “O Lord our God, how wonderful is thy name in all th earth”, et de reprendre le « what is man » du verset 4 sous la forme « what are we », de même on peut penser que chez Sambers l’homme qui dévore le tiers de la création renvoyait au Ps. 8,6-7 qui parle de la domination de l’homme sur les moutons et sur les bœufs (qu’il mange).
    Méchanceté de l’homme ? On ne peut généraliser : Samber parle de « good men » ; « this should learn us… not to pass sentence on the states of men, for that may be a vessel of grace and election, which we may fancy to be a vessel of wrath and reprobation” ; “the wise men of the earth”.
    Cruauté du prêtre en général ? Non : plutôt critique de ceux des prêtres qui étaient cruels (p. XLI) ; et critique du clergé catholique romain (p. XXXIX).
    Anticléricalisme ? Non : éloge des évêques comme trésoriers (p. XXXVIII) ; « être respectueux de tous les hommes d’Eglise, spécialement de ceux de l’Eglise établie », c’est-à-dire anglicane, et « ne pas être complices de ceux qui bouffent du curé » (p. XLIV).

  • 14
    pierre noel 16 décembre 2018 à 13:12 / Répondre

    (To the chief Musician upon Gittith, A Psalm of David.) O LORD our Lord, how excellent is thy name in all the earth! who hast set thy glory above the heavens.
    2 Out of the mouth of babes and sucklings hast thou ordained strength because of thine enemies, that thou mightest still the enemy and the avenger.
    3 When I consider thy heavens, the work of thy fingers, the moon and the stars, which thou hast ordained;
    4 What is man, that thou art mindful of him? and the son of man, that thou visitest him?
    5 For thou hast made him a little lower than the angels, and hast crowned him with glory and honour.
    6 Thou madest him to have dominion over the works of thy hands; thou hast put all things under his feet:
    7 All sheep and oxen, yea, and the beasts of the field;
    8 The fowl of the air, and the fish of the sea, and whatsoever passeth through the paths of the seas.
    9 O LORD our Lord, how excellent is thy name in all the earth!

    Et bien, non ! Samber, comme les hommes de son temps, étaient nourris de culture biblique qui était leur référence. Mais le texte en question n’est pas un copier-coller du psaume 8, même s’il est évident que l’auteur le connaissait.
    la phrase qui nous touche le plus (« l’homme fier et hautain qui se prétend rationnel mais fait un si mauvais usage de sa raison, qui se veut seigneur de la Création mais, en véritable tyran, en dévore le tiers pour entretenir son orgueil. ») ne se trouve pas dans le psaume 8.

    Samber, ou un autre auteur, n’a pas pour la bible, le respect littéral d’un de ses ministres. Au contraire, son texte n’est qu’une accusation féroce et une condamnation sans appel de son contenu qui rappelle sans cesse la méchanceté innée de l’homme, la cruauté du prêtre, la rapacité du roi, l’insensibilité du courtisan. Etre plus anticlérical est difficile.

  • 13
    NEGRIER 16 décembre 2018 à 08:08 / Répondre

    Ce texte des pages VII et VIII de la préface de Long livers était un résumé et un commentaire du Psaume 8 (le psalmiste est mentionné page VIII) qui décrivait l’échelle des êtres allant des animaux puis aux humains adultes et à leurs enfants puis aux cieux et enfin au Créateur, échelle dans laquelle chaque degré intermédiaire se trouve assujetti aux degrés supérieurs tout en assujettissant les degrés inférieurs. Ce Ps. 8 était dans l’Ecriture un des rares exemples de religion de la nature (principe d’ailleurs énoncé deux fois par Samber dans sa préface, notamment ici, les trois règnes du monde « révélant une divine origine ») : le Psalmiste cherchait à signifier que si l’homme exerce sa toute-puissance sur les animaux, il n’est que petitesse et faiblesse par rapport aux degrés de la Création qui le dépassent (Samber écrit : « what are we… etc. »). Mais le texte de Samber ne reprend pas que le thème général de la religion de la nature : il reprend aussi un autre thème plus précis qui l’explicite, l’idée que l’essence géométrique des créatures dénote l’existence d’un Créateur Géomètre (mentions des « proportions » de la mouche, du « compas » de l’Architecte, du « point » et de la « circonférence ») que les auteurs chrétiens comme Kepler traitèrent avec raison en lien avec le verset de Sag. 11,20 sur la création de tout avec nombres, poids et mesures, 3 notions qu’on retrouve dans le texte de Samber. Nombres : « infinie variété », « mondes infinis ». Poids : « balance », « weighs ». Mesures : « compas ». La notion d’un Dieu Géomètre avait aussi été utilisée par John Milton dans son Paradis perdu VII (1667-74) et par Leibniz (+ 1716). Ce texte de Samber n’était donc pas original au sens où il aurait innové (en fait il ne faisait qu’emprunter à la tradition) mais il était original par sa compréhension personnelle exacte et profonde de cette tradition.

  • 12
    pierre noel 15 décembre 2018 à 20:38 / Répondre

    Laissant de côté les controverses théologiques ou scolastiques, le texte du rédacteur de la préface de « Long Livers », qu’il s’agisse de Sambers ou d’un autre, ne devrait pas laisser indifférent :

    « Cette Terre que nous habitons est une structure merveilleuse avec sa variété de végétaux, d’animaux et de minéraux, tous d’origine divine. Une mouche est autant objet d’admiration pour le plus sagace des philosophes que l’homme fier et hautain qui se prétend rationnel mais fait un si mauvais usage de sa raison, qui se veut seigneur de la Création mais, en véritable tyran, en dévore le tiers pour entretenir son orgueil. Ce petit insecte négligeable a les mêmes organes tout aussi proportionnés, son œil à une choroïde, une rétine et une humeur vitrée ; son corps (P. VIII) a ses vaisseaux, son sang et sa lymphe tout comme nous…
    Las, mes frères, que sommes-nous sur ce globe minuscule recouvert par la voûte céleste, voile déployé par le Sublime Architecte des Mondes, rideau qu’il a orné d’étoiles sans nombre et dont il a circonscrit le grand TOUT par les branches d’un immortel compas ? Il est lui-même le centre de toutes choses, celui d’un cercle qui ne connaît pas de circonférence. »

    Qu’on croie ou qu’on se fiche d’un « Sublime Architecte des Mondes », la description de l’homme telle que pouvait la faire un auteur du XVIII° siècle ne peut que surprendre nos contemporains.
    Quant à l’image de l’architecte, elle annonce la gravure bien connue de W. Blake.

  • 11
    pierre noel 12 décembre 2018 à 21:04 / Répondre

    Négrier écrit : « Le philosophe Pierre Bayle a répondu à votre question … ».
    Je ne pose aucune question, n’éprouvant pour ces problèmes qu’une indifférence profonde.

  • 9
    NEGRIER 12 décembre 2018 à 20:04 / Répondre

    Le philosophe Pierre Bayle a répondu à votre question en parlant abondamment dans son oeuvre des athées théoriques qui sont vertueux (les athées pratiques par nature sont immoraux), signe qu’on peut respecter dans son comportement la loi naturelle (éthique universelle) sans référence à un dieu quelconque, ce qui en dernier ressort pose quand même la nature exacte de ce dieu auquel on se réfère. L’athéisme envisagé par Bayle était la négation des représentations de son temps d’un dieu créateur du monde au sens littéral physicien (athéisme critique fort admissible). Depuis on a encore évolué et la notion de création divine du monde peut recevoir des réponses rationnellement satisfaisantes comme celles fournies par Spinoza (dieu = nature naturante), par Kant (dieu = idéal moral et partant postulat nécessaire de la raison pratique), par Heidegger (dieu = acte d’Etre au sens d’actualisation mondaine des potentialités mondaines, thème au reste évoqué par Guénon), ou encore par l’exégèse symbolique et philosophique de la Bible (Gen. 1-2 n’est pas un récit de création du monde physique mais un traité portant sur les trois vertus théologales dans lesquelles l’Esprit et l’Etre ne désignent pas autre chose que des phénomènes mondains de nature historique, évènementielle, et dont la rationalité est intelligible à la lumière de l’expérience de la vie). Dans ces différents cas on est loin des élucubrations naïves des théologiens et des illusoires croyances populaires qui n’ont fait qu’abîmer la vie intellectuelle.

  • 8
    pierre noel 12 décembre 2018 à 18:05 / Répondre

    L’article I du malheureux pasteur tend, hélas, à devenir le point Godwin de toute discussion maçonnique.
    Et pourtant ? L’article I d’Anderson n’est, ni condition d’admission ni motif de rejet de la Fraternité (les conditions d’admission sont décrites précisément dans les articles III et IV: être né libre, d’âge mûr, ni femme ni invalide, ni immoral ni scandaleux). Il s’adresse aux membres déjà reçus dans la Fraternité et, lu attentivement, il n’est qu’un constat. “Un maçon (membre de la fraternité) doit respecter la loi morale, cette religion dont tous conviennent. S’il comprend bien l’art (s’ll comprend ce qu’il fait !), il ne sera jamais ni athée ni libertin”. D’où le constat inverse : s’il ne comprend pas, il peut être n’importe quoi (et inversement, s’il est toutes ces choses, athée ou pire, c’est la preuve qu’il ne comprend pas). L’article I n’interdit pas d’être athée ou libertin au maçon “‘qui n’a rien compris” (expression fréquente dans la bouche des maçons d’aujourd’hui, allant jusqu’au malséant “stupide” !). Mais ce raisonnement a un hic ! La loi morale (naturelle) est-elle compatible avec l’athéisme, qu’il soit pratique ou théorique ? N’implique-t-elle pas en toute logique un principe, non autrement défini mais non-humain ? Si tel est le cas, l’interdiction n’est pas dans la formule bien connue (centrée sur la « stupidité » d’ailleurs), mais dans le spectre de la Loi naturelle. La réponse est du ressort de chacun (la “liberté de conscience” ne sert que si l’on s’en sert, notamment pour faire des choix).
    La formulation ambiguë de notre pasteur est-elle autre chose que l’expression de son désir profond : que tous soient comme lui, chrétien trinitaire, presbytérien et antipapiste ? Je ne sais pas mais si tel fut le cas, cela resta voeu pieux. Les franc-maçons londoniens de 1720 étaient plutôt déistes (comme Newton qui n’était pas maçon), athées (comme Folkes, Montagu ou Richmond) ou libertins (dans tous les sens du mot, comme Wharton qui mourut en odeur de sainteté), comme beaucoup de nos contemporains, indifférents aux problèmes de transcendance, de l’au-delà et d’une vie après la mort.

    • 10
      Désap. 12 décembre 2018 à 20:11 / Répondre

      Ce n’est pas tant « l’au-delà » ou vie ou pas après la mort qui importe, ce qui importe prioritairement c’est de comprendre le phénomène « création » (ou pas d’ailleurs), l’esprit, la matière, sont-ils distincts ou en symbiose dans le phénomène « création », ce phénomène n’est-il pas plutôt une « manifestation » et dans ce cas de quoi ?
      Voilà un ensemble de questions assez fondamentale dont l’approche hors de toute fantasmagorie aiderait et serait même nécessaire à la compréhension de l’Univers d’après Etienne Klein et nombre de ses collègues scientifiques.
      Ceci, à mon sens, est d’autant plus important qu’il nous faut trouver des solutions de développement quasi du domaine du miracle pour ne pas (re?)tomber dans un (le) chaos climatique, économique, sa conséquence, et donc absolument systémique pour l’espèce humaine.
      Autant j’ai toujours eu du mal à comprendre exactement de quoi les prophètes du monothéisme voulaient sauver l’humanité, autant aujourd’hui c’est très concret puisqu’il en va de notre survie.
      L’institution « franc-maçonnerie » serait bien inspirer de se consacrer à la réflexion sur les solutions à apporter pour changer notre modèle de développement et cela plutôt d’un point de vue principiel.
      Ceci aurait en plus la vertu de l’obliger à une approche « originale », mais débarrassée de toute « irréalité » de manière à conserver une très nécessaire crédibilité pour être utile à nos gouvernements, nos scientifiques et nos ingénieurs.
      Les maçons de 1717 s’étaient donnés pour objectif de changer la Société et les mentalités. Ils y sont parvenus ! Le monde occidental vie en démocratie et la Science est respectée.
      Nous devons aujourd’hui terminer le travail en trouvant le moyen d’acquérir une sorte d’éternité pour notre espèce, seulement restreinte par l’évolution physique des astres qui nous gouvernent (parce que cela, clairement, on y peut et n’y pourra jamais rien) et non par l’épuisement ultra précoce de notre environnement.

  • 6
    NEGRIER 12 décembre 2018 à 13:29 / Répondre

    Les perspectives des Anciens devoirs et de Samber sur les 7 arts libéraux n’étaient pas du tout les mêmes. Si les A.D. insistèrent sur la géométrie, ce n’est pas seulement parce que cette science jouait un rôle éminent dans l’art d’architecture et dans la technique de maçonnerie, c’est aussi parce qu’ils la présentèrent comme une figure du droit de propriété (le Cooke rapportait en 1410 le propos d’Hérodote sur les inondations du Nil conçues comme origine égyptienne de la géométrie) et comme une figure du droit du commerce (propos du Dowland de 1500 sur le rôle de la géométrie dans les poids et mesures utilisés dans le commerce), la présentation de la géométrie comme une double figure du droit dans les A.D. convenant parfaitement à la nature juridique de leur contenu qui énumérait les devoirs moraux et professionnels des maçons. Quant à Samber, s’il insista sur l’astronomie, c’était parce qu’il s’intéressait particulièrement à trois choses : 1 : la religion de la nature illustrée par le Psaume 8 dont il cite le verset 2 page VII avant de résumer les autres versets page VIII aux lignes 4 à 9 ; 2 : le rôle de la symbolique cosmique dans la Bible (Moïse qualifié avec raison de « grand astronome » en raison de la symbolique cosmique du tabernacle de l’exode, du cromlech zodiacal d’Ex. 24,4, du sanctuaire du mont ‘Eval dont les deux stèles du Décalogue représentaient les 2 solstices, du rite de la pâque juive célébrée le 14 du premier mois lunaire, et du pectoral du grand-prêtre qui représentait le zodiaque ; 3 : le rôle de la symbolique cosmique dans la culture alchimique (voir à la fin de sa préface le rôle de la sphère céleste avec les révolutions de ses 7 astres traditionnels – la terre + les 6 autres – dans le contexte de la description de la pierre philosophale).

  • 4
    pierre noel 11 décembre 2018 à 11:33 / Répondre

    La fonction et la hiérarchie des Arts Libéraux diffèrent sensiblement chez Samber et dans les « Anciennes Constitutions » des Francs-Maçons.
    Dans celles-ci, la maçonnerie, art servile, est identifiée à la Géométrie ou Architecture, art libéral à la base de tous les autres.
    “There be seaven Libreall Sciences of the which this Noble Science of Masons is one… The fifth is Geomitrie that teacheth a man to Mett and Measure of Earth and of all things of the which this Science is called by Master Euclides Geomititrie and by Vitruvus Architecture…. The seaven Liberal Sciences of which all be founded by one that is Geomitrie “ (Antiquity MS. 1686, in Hughan, 1872)
    Chez Samber, l’astronomie est la plus sublime parce qu’elle révèle les gloires du Très-Haut
    “No one is worthy to be of you that does not know one or more of the Liberal Arts which depend on each other; Musick, Harmony and Proportion run throu’all ; but the grandest and most sublime of all is Astronomy (which) has so amply displayed the Glories of the Most High.” (Long Livers, 1722, p. vii).

    J’ajouterai que pour Samber, Loi divine et Loi naturelle sont une seule et même chose, réaffirmée par la Loi de Grâce (et je ne confonds par « profession de foi » et réalité objective !)

  • 3
    pierre noel 10 décembre 2018 à 18:49 / Répondre

    Le Livre M (“The book of Masony triumphant”) fut publié à Newcastle-upon-Tyne par William Smith en 1736. C’était, dit Anderson, une publication pirate de ses propres Constitutions. Vrai ou faux ? Je ne m’avancerai pas. En tout cas le Pocket Companion de 1734 du même Smith était un plagiat d’Anderson, qui n’avait d’autre raison que le besoin d’un manuel par une fraternité en plein essor. Il contient des allusions au « Long Livers », suffisantes pour affirmer que l’auteur avait lu la Dédicace.
    Le livre M contient, outre une réédition fidèle des Constitutions d’Anderson (y compris les Règlements de Payne et les chansons finales), sept « conférences » (« Lectures), la première sur l’histoire de la franc-maçonnerie, inspirée d’Anderson, mais remarquable surtout par son « oubli » de la dynastie déchue (les Stuarts). La 4° conférence (prononcée le 8 mars 1735/36 lors de la constitution d’une nouvelle loge (« moderne ») à Gateshead) est une autre de ces paraphrases bibliques bien dans l’air du temps, remarquable cependant par la présence des « vieux » vers, toujours répétés aujourd’hui (« When Sanballat Jerusalem distress’d …. ») lors de la réception au grade le plus prestigieux de la maçonnerie anglaise (ou plutôt écossaise).
    Cette quatrième conférence, dans son épilogue, condamne avec force les dissensions entre les hommes provenant de querelles de parti et des oppositions religieuses. La Maçonnerie doit être le véritable centre d’unité où touts ces oppositions qui ne sont rien d’autres que des questions de goût ou de choix personnel (tous purement subjectifs et sans substrat réel) doivent être surmontées.

  • 2
    NEGRIER 10 décembre 2018 à 01:49 / Répondre

    La comparaison de la pensée de Samber avec celles d’Anderson et de Désaguliers nécessite de la méthode. Ce point a échappé jusqu’aujourd’hui à la plupart des interprètes de la culture maçonnique, qui sont en l’occurrence des historiens. Le fait historique (documenté) qu’Anderson et Désaguliers rédigèrent des parties des Constitutions (Anderson rédigea l’histoire de l’architecture dans le texte de 1723 et l’ensemble des Constitutions de 1738 ; Desaguliers rédigea les « Devoirs » de 1723), joint à une interprétation fausse du sens de l’article I des « Devoirs » de 1723 (cependant correctement compris par David Stevenson et par Alain Bernheim), a conduit la majorité des historiens à penser qu’Anderson et Desaguliers avaient été les concepteurs de ces Constitutions et que celles-ci reflétaient leur pensée. Or rien n’est plus faux. L’étude comparée des textes religieux d’Anderson et de Desaguliers (sa lettre à Chamberlayne de 1718 sur la religion de la nature conçue comme antidote à l’athéisme théorique) montre au contraire que, si les deux Constitutions furent bien rédigées entre autres par ces deux hommes, elles ne furent en aucun cas conçues, c’est-à-dire pensées par eux et qu’elles ne reflétaient donc pas leur pensée mais au contraire celle, rationaliste et pragmatique, des décideurs de l’obédience parmi lesquels il faut mentionner en premier lieu les grands-maîtres et les rationalistes de leur entourage qui horripilaient le très croyant anglican Stukeley. Anderson et Desaguliers ne furent que d’humbles plumes au service de cerveaux d’autres, comme tend à le confirmer le fait que les Constitutions de 1723 durent être « approuvées » par plus de 70 personnes. Quant à la pensée de Samber dans Long livers, elle contient deux types de thèmes : d’une part les thèmes communs à la pensée de la Grande loge de Londres (intérêt pour les arts libéraux ; dépassement de tout esprit de parti politique ou religieux ; référence à la loi naturelle), et d’autre part des thèmes étrangers à cette obédience (goût pour l’alchimie totalement absent des textes maçonniques jusqu’en 1751 sauf cas de canular et autres cas assimilés ; reconnaissance de la religion de la nature qui sera étrangère à l’obédience mais non à deux de ses membres : Desaguliers en 1718, et William Smith en 1735-36, source de la tradition des Pocket companion qui reprendra fidèlement ce thème ; adoption enfin de la théologie paulinienne de l’histoire selon laquelle la chute initiale de l’humanité dans le péché, rapportée en Gen. 3, aurait été finalement surmontée par le rédempteur Jésus de Nazareth). Rappelons à ce sujet qu’en Gen. 3 la chute était un mythe symbolique ne relevant pas de l’histoire diachronique mais de la philosophie biblique qui parlait d’un acte et d’un état caractérisant tout être humain en sa nature (naissance) telle qu’elle fut toujours et est encore aujourd’hui, et que cette chute de Gen. 3 ne détermina en rien l’histoire subséquente de l’humanité puisqu’elle ne faisait qu’opérer un retour à l’état initial décrit en Gen. 1,1-2 où l’état « vide » (intellectuellement) et « informe » (moralement) de l’humanité (chaos) précède sa recréation intellectuelle et morale décrite sous la forme d’une cosmogonie, Gen. 1,2-2,3 s’avérant être une description des étapes de chacune des trois vertus théologales. La théologie paulinienne de l’histoire, qui se fondait sur une interprétation fausse (historicisante) de Gen. 3, était donc une grotesque erreur qui fut naïvement et sottement reprise par Augustin d’Hippone puis par la majorité des théologiens mais aussi par des maçons manquant de discernement comme Samber mais aussi Martinès de Pasqually et ses nombreux suiveurs qui créeront le RER sans se rendre compte du caractère fallacieux de la théologie paulinienne de l’histoire, la chute de Gen. 3 n’étant qu’un retour à l’état de Gen. 1,1-2, et Jésus de Nazareth n’étant pas le rédempteur unique de l’humanité mais seulement un des innombrables rédempteurs dont l’œuvre se réduit à proposer des moyens dont les potentialités ne peuvent être actualisées que par les personnes capables.

    • 5
      Désap. 11 décembre 2018 à 18:57 / Répondre

      Il semble qu’a été (re)mise en oeuvre la Maçonnerie sous forme obédientielle dans le but d’éviter que ne s’installe durablement l’athéisme galopant dans l’Europe intellectuelle et nobiliaire post-Spinoza, de le combattre en montrant qu’il n’est qu’une réaction au dogme et non une théorie objective, ni solide parce que laissant un certain nombre de questions en suspend sans possibilité d’intuition puisqu’il s’appuie sur le néant, point de départ et d’arrivée, niant de fait la notion d’infini, se privant ainsi d’un champ de réflexion.
      Le rituel maçonnique n’a pour seul principe un Principe initial, il ne le définit aucunement, tout juste le nomme-t-il Dieu par convenance et lui prête comme seule propriété d’être la Source.
      Sa liturgie, par son caractère exclusivement symbolique, ne vise qu’à faire naitre une extrême rigueur d’esprit de manière à se mettre en capacité de réflexion,
      cette réflexion nourrit des principes maçonniques mène à douter du hasard.
      C’est le sens du texte des Constitutions à propos de l’athéisme, il n’est rien exigé du récipiendaire, mais on l’informe qu’une bonne compréhension de l’Art le mènera à abandonner, ou fortement douter des philosophies qui prétendent d’une absence de source.

      • 7
        NEGRIER 12 décembre 2018 à 13:59 / Répondre

        Je suis étonné par l’aveuglement pour ne pas dire la stupidité de certains Docteurs de l’université (Révauger, Beaurepaire, Dachez) qui ne voient pas que l’article I des « Devoirs » de 1723 n’obligeait en rien les maçons à comprendre correctement l’Art (c’est-à-dire la symbolique de l’architecture sacrée et celle du rite du Mot de maçon) et les autorisait donc à être des athées théoriques ou des libertins (déistes, sceptiques et épicuriens).

  • 1
    Anwen 9 décembre 2018 à 03:05 / Répondre

    Londres, les Mystères, les Bois Sacrés et la Pierre Philosophale…
    Les Dryades étaient logées à portée des forêts sacrées. Le nom de munster que portaient les chefs-lieux de leur résidence est un terme qui signifie lieux consacrés aux Mystères ou à l’observation des astres. Mun-Sterren (ou Mu-Sterren) signifie étoile monitoire, constellation, réunion des Déesses monitoires.
    De ce mot on a fait My-stère, qui doit être écrit Mu-stère, et qui signifie « secret des Déesses », c’est-à-dire un secret qui commandait la vénération (Mot qui vient de Vénus) des peuples, mais qu’il ne convenait pas d’approfondir, si bien que Mystère signifia choses occultes, ou choses sexuelles, cachées, et, peu à peu, Mun-stère signifia Ecole secrète où on enseigne des choses cachées.
    En latinisant le mot munstère, les prêtres ont fait munsterium ou monastère.
    Voici en Angleterre une forêt (munster) appelée West-Minster.
    Minster, comme munster, indique que sur cet emplacement il y avait une maison religieuse consacrée aux Mystères, et cette maison était un mona-stère, c’est-à-dire qu’elle abritait un seul sexe. Le local, ou le sanctuaire, où il fut bâti, portait le nom de Thorney, qui venait sans doute de Thorah (la Loi). Ce lieu était jadis une forêt sacrée (lucus sacer), d’où le mot LHWN, origine du mot Londres, qu’on fait signifier ville construite d’arbres et de bois.
    Londres (London) est nommée par les Cambro-bretons, habitants originaires du pays, Lundain, et par Ammien Marcellin Lundinum ; le mot lund signifie lucus (forêt).
    Rappelons que West-Minster est devenu le Palais du Parlement britannique.
    Sous le régime mythologique grec, cette maison fut consacrée au culte d’Apollon.
    Sulcardus, cité par Cambden, assure qu’il se trouvait là un temple delubrum Apollinis. C’est de ce chef que l’Angleterre porte encore dans ses armoiries la lyre ou la harpe d’Apollon, et que les Eaux de Bath sont appelées, dans l’itinéraire d’Antonin, Aquæ Solis, eaux consacrées au soleil.
    L’ancienne signification du mot mun-stère était avertir, faire ressouvenir, c’est-à-dire instruire.
    Quel était donc ce mystère qu’on enseignait si secrètement ? Tout simplement la Loi des sexes ; c’est cette Loi, ce dualisme qui est représenté dans les Mystères par deux colonnes, et que l’on retrouve dans une multitude de symboles qui ont été altérés, et dont la forme ultime seule a persisté, telles la Toison d’or, la Pierre philosophale, la transmutation des métaux.
    La Grande Déesse Vénus, qui vint rétablir la Vérité après le déluge de Ram, le déluge du péché (en flamand Sond-vliet), fut considérée comme une Némésis vengeresse, et ce n’est que dans le Mystère qu’elle put rétablir l’enseignement de la Vérité. Un de ses surnoms, Nehal, signifie cessatio, requies. On en a fait Noé.
    Le secret de la Pierre philosophale était le secret de la doctrine philosophique écrite sur des pierres. Ce fameux secret qu’il fallait cacher concerne l’Esprit féminin qui est symbolisé par le feu ou par l’or.
    Ce dernier symbole va nous expliquer l’origine de la légende mythique de la Toison d’or…
    Cordialement

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