maison Augustin Prevost
La Prevost Manor House à Greenville (construite en 1797)

Un hommage à Augustin Prévost à Greenville aux Etats-Unis

Par Pierre Mollier dans Contributions

À l’issue des « Journées du REAA » et de la tenue de l’Aréopage L’Espérance Américaine, les Frères du « Grand Collège des Rites Écossais-Suprême Conseil du 33e degré en France » résidant aux États-Unis ont été rendre hommage à un de leurs illustres prédécesseurs. Dimanche 5 mai 2019, la délégation, conduite par le Grand Commandeur Jacques Oréfice, s’est donc d’abord rendue dans la maison d’Augustin Prévost – qui existe toujours à Greenville – avant d’aller se recueillir sur sa tombe au cimetière de Locust, à quelques centaines de mètres de la Prevost Manor House.

Jacques Oréfice et Pierre Mollier dans le cimetière de Locust.

Né à Genève en 1744, le jeune Prévost suit les traces de son père et s’engage dans l’armée britannique, à 14 ans, pour aller guerroyer contre les Indiens, les Français et les Insurgents. Il ne reviendra jamais en Europe. Sa vie est un véritable roman d’aventures. Il devient ainsi l’ami, et le beau-frère, du chef Mowaks (iroquois) Thayendanegea (Joseph Brant pour les Anglais). On se croirait dans le Wheeling d’Hugo Pratt ! Après cette vie bien remplie, bien que « tunique rouge » – soldat fidèle à la couronne britannique pendant la guerre d’indépendance – il se rallie sans états d’âme au gouvernement américain et se retire à Greenville (dans l’état de New-York), où il meurt en 1824.

Or Augustin Prévost a été un Maçon très actif et un personnage important dans l’histoire de l’écossisme au États-Unis à la fin du XVIIIe siècle. Initié dans la Loge Saint Patrick de Johnstown en 1767, il rejoint, dès 1768, la première Loge de Perfection créée aux États-Unis par Henry-Andrew Francken : L’Ineffable à Albany. Envoyé à la Jamaïque en 1774, il y fréquente Francken qui le constitue Député Inspecteur Général de l’Ordre du Royal Secret d’Étienne Morin. Prévost joue par la suite un rôle clef – bien qu’encore assez mystérieux – dans la vie du Rite de Perfection à Philadelphie. C’est là qu’il constitue à son tour Pierre Le Barbier Duplessis D.I.G. en 1790. Pierre Le Barbier Duplessis reçoit, toujours à Philadelphie, Germain Hacquet Député Inspecteur Général en 1798. Augustin Prévost est donc à l’origine de la filiation du fondateur du Grand Collège des Rites Écossais dans l’écossisme. Une filiation de l’Ordre du Royal Secret – presque française ! – légèrement différente, et un peu plus courte, que celle d’Auguste de Grasse-Tilly. Une filiation qui, comme l’a rappelé le Grand Commandeur Jacques Oréfice lors de cette émouvante cérémonie, « rattache le Grand Collège des Rites Écossais aux sources même de l’écossisme et au cercle des disciples immédiats d’Étienne Morin à Saint-Domingue ».

dimanche 12 mai 2019 12 commentaires
  • 12
    pierre noel 14 mai 2019 à 17:32 / Répondre

    Augustine Prevost, le fils « illégitime » du futur major general, fut probablement reconnu puisqu’il portait le nom de son père. Il est né à Genève le 29 août 1744 (quand son père avait 21 ans). Il est mort le 17 janvier 1821, à 76 ans, à Greenville, Greene County, état de New York (à 25 km d’Albany). Il est enterré au cimetière « Locust » de Greenvillle (ces renseignements viennent du site internet du cimetière en question, qu’ont visité les deux dignitaires du GC des R de la photo).
    « He was first married to Susannah Croghan on April 15, 1765 at St. James Episcopal Church in Carlisle, Pennsylvania. She had 14 children born in Quebec, New York, New Jersey, Pennsylvania, Jamaica, Florida, and South Carolina.
    His second wife, Anna Bogardus is buried with him along with several other members of the family. Ann had eleven children.
    Augustine was adjutant to his father in the 60th foot »
    D’après le lieu de naissance de sess enfants, notamment la Jamaïque et la Floride, il dut suivre le régiment dans ses déplacements durant la guerre d’indépendance américaine).

    Merci à Pierre Mollier d’avoir démêlé l’écheveau de ce qui était resté une (petite) énigme de l’histoire de l’écossisme.

    Une question reste peu claire : le père fut-il maçon ?

  • 11
    pierre noel 13 mai 2019 à 21:54 / Répondre

    C’est effectivement très compliqué ! Augustine Prevost (le major-general) aurait eu plusieurs enfants, dont un illégitime (qui serait l’aîné du lot). De surcroît il aurait donné le même prénom, Augustin, à deux d’entre eux.
    L’un d’eux (le légitime) aurait fait une carrière brillante dans l’armée britannique qui se serait terminée par sa mise en accusation à Londres pour sa politique durant la guerre de 1812 et l’autre serait le franc-maçon reçu à Albany, Philadelphie et autres lieux avant de devenir citoyen américain et résident à Greenville.

    Mais qui fut reçu DIG en 1774 à Kingston (Jamaica) par Francken ?

    NB: tiré d’un site généalogique anglais;
    Children of Augustine Prevost and Anne Margaret Grand
    • 1. Anne Prevost
    • 2. Unknown Daughter Prevost
    • 3. Sir George Prevost, 1st Baronet +2 b. 19 May 1767, d. 5 Jan 1816
    • 4. Admiral James Prevost b. 29 Dec 1771, d. 25 Oct 1855
    • 5. Maj.-Gen. William Augustus Prevost b. 9 Aug 1777, d. 8 Aug 1824

    Accessoirement : Augustine Prévost a-t-il combattu à Fontenoy à 18 ans ?

  • 10
    Pierre Mollier 12 mai 2019 à 17:35 / Répondre

    En avant première… « Notre » « Augustine » Prevost est Augustin Prévost (1744-1821) fils hors mariage d’Augustin Prévost (1723-1786), l’homonymie entre le père et le fils ne facilite pas les choses ! Tous deux sont nés à Genève et, comme beaucoup de jeune suisses de l’époque, s’embauchent dans les armées européennes. Après différentes campagnes en Europe Augustin Prévost (1723-1786) s’enrôle dans l’armée britannique pour aller combattre les Français aux Amériques (les protestants genevois, dont beaucoup étaient d’origine française, ne portaient pas les rois de France dans leur cœur et étaient des soldats motivés contre les troupes de Louis XV). Augustin Prévost, le père, fait une carrière brillante dans l’armée britannique et finit au grade prestigieux de « Major général ». En 1759, en raison de ses états de services, on l’autorise à faire venir et à intégrer à son régiment son fils (naturel). Augustin Prévôt junior fera une carrière tout à fait honorable dans l’armée britannique même si elle un peu éclipsée par celle de son père. C’est lui le jeune lieutenant reçu dans la Loge de Perfection d’Albany en 1768. Il est envoyé par l’armée à la Jamaïque en 1774 et c’est là qu’il fréquente Francken qui le fait Député Inspecteur Général. C’est encore lui qui est à Philadelphie et qui visite la Loge de Perfection en 1785… Outre l’aspect maçonnique qui nous intéresse, sa vie est un véritable roman !

  • 9
    pierre noel 12 mai 2019 à 17:07 / Répondre

    Grâce à Pierre Mollier, on va enfin comprendre qui est (ou qui sont !) le (ou les) Augustine Prévost cité(s) par Samuel Harrison Baynard en 1938 dans son « History of the Supreme Council of the 33rd degree of AASR of Freemasonry ». (Vol I, p 67-68)
    Qui est le lieutenant du 60th foot qui reçut le 4° degré à Albany le 5 janvier 1768 et le 14° le 11 janvier 1768.
    Est-ce le (futur) major général du même nom, né le 22 août 1723 à Genève, qui épousera Anne Francoise Marguerite Grand (Nanette) 1742-1809 le 21 août 1765 à Lausanne ?
    Est-ce lui qui fut nommé en 1774 par Francken Deputé Inspecteur Général (du rite dit « de perfection », « du royal secret » par d’autres) à La Jamaïque, quelques années avant d’aller avec son régiment à St-Augustine en Floride (où devait naître en 1777 un de ses fils, prénommé William Augustine qui vécut jusqu’en 1824 ) ? Il serait retourné en Angleterre après le siège de Savannah (1779, Prevost commandait la défense britannique) et y serait mort le 4 mai 1786 dans le borough d’East Barnet (NO de Londres).
    Et qui est l’Augustin Prévost qui assista en P.R.S. à une tenue de la LdP à Philadephie en 1785 et qui donna une patente de D.I.G. à Pierre Le Barbier Duplessis en 1790.
    Baynard reconnaît n’avoir pu répondre à la question (« As for ourselves, we hazard no guess », p. 68)
    (Major General Augustine Prévost (b. 22 August 1723 Geneva, Switzerland – d. 4 May 1786 East Barnet, England) was a Swiss-born British soldier who served in the Seven Years’ War and the American War of Independence.)

  • 7
    Pierre Mollier 12 mai 2019 à 15:30 / Répondre

    Dans les années 1850, Albert Pike explique qu’il y a deux Suprêmes Conseils réguliers en France. Le Grand Collège des Rites et le Suprême Conseil de France. C’est en 1859 que les Suprêmes Conseils américains Sud et Nord rompent avec le Grand Collège des Rites autour de la question du Suprême Conseil de Louisiane que les Frères de la rue Cadet considèrent comme parfaitement régulier et auquel ils entendent rester fidèles. Pour les mêmes raisons, le Grand Collège des Rites sera maintenu à l’écart du Convent de Lausanne en 1875 contre lequel il protestera avec vigueur. Aujourd’hui, on peut le regretter, mais les relations entre Suprêmes Conseils sont déterminées par les relations entre Grandes Loges (comme le « Suprême Conseil pour la France » vient d’en faire l’amère expérience). Étroitement associé depuis 1815 avec le Grand Orient de France, le Grand Collège des Rites Écossais n’a donc pas de relations « maçonniques » avec les Suprêmes Conseils américains… Mais plusieurs de ses membres ont d’excellentes relations amicales et personnelles avec des Frères de la Juridiction Sud notamment autour de l’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté dont les sources anciennes sont françaises et qui passionnent des deux côtés de l’Atlantique ! Ajoutons, sans vouloir aucunement être désobligeant, que notre pratique des hauts grades du REAA est fort différente de nos amis américains et que des relations sur le plan « initiatiques » n’auraient pas beaucoup de sens.

    • 8
      MB 12 mai 2019 à 16:48 / Répondre

      Merci beaucoup pour ces éclaircissements extrêmement intéressants !

  • 5
    Pierre Mollier 12 mai 2019 à 12:30 / Répondre

    Prevost épouse en 1765 Susannah Croghan. Elle est la fille d’un personnage extraordinaire – et bien sûr Maçon ! – Georges Croghan, un important négociant en fourrure qui pour cela entretient des relations étroites avec les Indiens. Croghan épouse en deuxième noce – après la mort de la mère de Susannah – une indienne, Catherine Tekarihoga, qui était la fille d’un des Sachem des Mohawks. Une de leurs filles se maria avec le célèbre chef Iroquois Joseph Brant (Thayendanegea, 1742-1807). Prevost est ainsi le beau-frère de Joseph Brant, mais, au-delà de ce lien familial, il est surtout son ami.

    • 6
      Fabrice 12 mai 2019 à 13:49 / Répondre

      Ok. Je comprends mieux ma méprise. J’avais en tête Augustin le papa né en 1723 et non son fils, également prénommé Augustin, né hors mariage en 1744 et demi frère du général George Prevost. Même prénom, même engagement.

  • 4
    MB 12 mai 2019 à 12:14 / Répondre

    Voici une photo émouvante, illustrant les liens forts existant entre les deux côtés de l’Atlantique dans l’histoire de la FM, et plus particulièrement ici de l’Écossisme.
    Je me demandais : quels sont aujourd’hui les rapports entre le Grand Collège des Rites Écossais et les Suprêmes Conseils américains (malgré son caractère « irrégulier ») ? Les rapports sont-ils cordiaux, si ce n’est fraternels ?

  • 3
    Pierre Mollier 12 mai 2019 à 10:48 / Répondre

    Merci Yonnel. Effectivement, en dépit de son rôle important dans la Maçonnerie écossaise de la fin du XVIIIe siècle aux États-Unis, on ne savait pas grand chose d’ « Augustine Prevost » que Baynard, dans son ouvrage classique sur l’histoire du REAA aux USA, confond même avec son père voire avec un troisième Prevost.
    Mais il n’y a plus qu’à attendre quelques semaines… pour en savoir beaucoup plus. J’ai fait une grosse recherche sur ce maillon important de « l’autre filiation de l’écossisme » et je publie une bio de lui simultanément, en français dans les Actes du Colloque Hacquet du Grand Collège des Rites Écossais, et en anglais dans le prochain numéro d’Heredom (la revue de la Scottish Rite Research Society de Washington). Les deux sortent d’ici quelques semaines.

  • 2
    Fabrice 12 mai 2019 à 09:44 / Répondre

    J’ignorais qu’Augustin Prévost avait été le beau-frère de Joseph Brant. Il me semble qu’il a été marié en uniques noces à Anne Grand qui lui a survécu. N’y aurait-il pas confusion avec William Johnson, le surintendant britannique ? Ce dernier a bien épousé Molly Brant dont il a eu huit enfants. A moins, bien sûr, que Brant ait eu d’autres soeurs.

    Je me permets de poster un petit lien vers une vidéo que j’avais consacrée à Joseph Brant ; https://www.youtube.com/watch?v=849uCvxuI30&t=

  • 1
    yonnel ghernaouti, YG 12 mai 2019 à 06:22 / Répondre

    Un grand merci à Pierre Mollier pour ce riche et très intéressant apport concernant le Major général Augustin Prévost dont nous savons, finalement, peu de chose.
    De plus, certains le confonde parfois avec Augustine Prévost (1723-1786), général britannique qui se distingua durant la guerre d’Indépendance qui opposa les treize colonies d’Amérique du Nord au royaume de Grande-Bretagne, de 1775 à 1783.
    L’écrivain et conférencier Nicholas Hagger dans son ouvrage « The Secret Founding of America : The Real Story of Freemasons, Puritans, and the Battle for the New World (Watkins Publishing ; Reprint edition, America’s Destiny Series, 2016) reconnaît à Augustine Prévost la qualité de Francs-Maçons, tout comme Sir William Howe (1729-1814), commandant en chef des forces britanniques, et 34 « senior colonels ».

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