Donner la vie, choisir sa mort

Publié par Philippe Foussier

Une recension du dernier livre de Jean-Louis Touraine écrite par Philippe Foussier, ancien Grand Maître du GODF, et à paraître dans le numéro de février de la revue Humanisme.

_________________________________________

Les combats parlementaires de Jean-Louis Touraine sont connus. On connait peut-être moins la manière dont il a étayé sa réflexion sur les sujets de bioéthique à la lumière de son expérience de médecin. Rapporteur de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la dernière révision de la loi bioéthique, président de France-Transplant, vice-président de la Fédération hospitalière de France, entre autres fonctions actuelles ou passées, l’auteur propose dans ce petit livre ses réflexions articulées autour de deux axes : naitre et mourir. Ceux qui ont en mémoire les combats d’Henri Caillavet y décèleront à juste titre nombre d’analogies.

Une phrase résume bien l’état d’esprit de Jean-Louis Touraine : « Tout l’art, dans la bioéthique de demain, consistera à conjuguer des valeurs humanistes communes avec des points de vue divers, des choix de vie différents, mutuellement respectés ». A l’opposé de ceux qui, sur ces questions délicates qui font appel à l’intime, assènent leur opinion, procèdent par anathèmes ou slogans réducteurs, Jean-Louis Touraine respecte ses contradicteurs et tente d’élever les débats. Il a raison de citer Voltaire : « Lorsqu’une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu’elle appartient au domaine de la croyance et non à celui de la connaissance ».

On lira donc avec profit les réflexions du député et professeur Touraine sur l’aide médicale à la procréation, sur les dons de gamètes, la recherche sur l’embryon, la gestation pour autrui ou l’accès aux origines. Et bien sûr s’agissant des questions relatives à la fin de vie, où il s’est illustré depuis des années : « Le temps est révolu où le paternalisme d’une société de médecins, d’autorités civiles et ecclésiastiques décidaient de ce qui est satisfaisant pour chaque moribond. Le soigné n’est plus sous la domination du soignant ». Ce qui peut nous sembler une évidence nécessitera encore beaucoup de persévérance pour abattre les préjugés d’un autre âge.

Philippe Foussier

______________________________________________
Donner la vie, choisir sa mort de Jean-Louis Touraine. Aux Editions Erès, chez Amazon ou de préférence dans la librairie la plus proche de votre domicile. 2019, 180 p., 12 €. ISBN : 978-2749262376

mardi 21 janvier 2020
  • 3
    Noët
    26 janvier 2020 à 10:15 / Répondre

    Je pense que l allusion aux heures les plus sombres concerne les Lebensborn d Adolf Hitler. La financiarisation de la médecine et de la pharmacie peut effectivement amener la commercialisation de l eugenisme.

  • 2
    Lazare-lag
    25 janvier 2020 à 11:14 / Répondre

    C’est un point de vue, il en existe bien d’autres, celui-là n’est pas l’unanime.
    Quand je lis: « Tout l’art (…) consistera à conjuguer des valeurs humanistes communes avec des points de vue divers (…) mutuellement respectés » je ne saisis pas bien comment il peut être question de « rappel au « choix des heures les plus sombres ».
    Quant à l’oeuvre d’Aldous Huxley, elle est tellement foisonnante, qu’il serait bon de citer ce à quoi on fait ici allusion.
    J’ai pour ma part une petite idée, mais il ne m’appartient pas de me substituer et d’être explicite à la place d’un autre.
    Pour ma part, d’Aldous Huxley, je recommande particulièrement « L’éminence grise ».
    C’est pour ma part un maître livre, qui nous en apprend beaucoup, à travers un personnage extraordinaire, (au sens premier du terme, au delà de l’ordinaire), le Père Joseph, conseiller spécial du cardinal de Richelieu, sur une période particulièrement troublée, celle des guerres de religion, celle de la guerre de Trente ans, et celle d’une intolérance qui a abreuvé de sang les sillons d’au moins vingt-cinq pays européens sur au moins deux générations.
    Certains sont même allés, Huxley lui-même d’ailleurs, jusqu’à dire que cette période est tellement dramatique dans nos intolérances mutuelles qu’elle participe aux sédiments des oppositions européennes qui se feront jour quasiment trois siècles plus tard, avec les guerres mondiales.
    Parlant du Père Joseph, il dira ainsi: « Il fût l’un de ceux qui forgèrent l’un des maillons les plus importants de notre destinée désastreuse; et, en même temps, il fût l’un de ceux à qui il a été donné de savoir comment l’on peut éviter de forger de tels maillons ».

  • 1
    KASSIAN
    24 janvier 2020 à 22:27 / Répondre

    Derrière le foisonnement de formules empathiques, une conception eugéniste de la vie qui rappelle au choix les heures les plus sombres ou un futur déjà prédit dans l’oeuvre d’Aldous Huxley.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Les règles en matière de diffamation, de calomnie, d’insulte, d’incitation à la haine ou de discrimination sont applicables. Les formules de salutation maçonnique et les abréviations ne sont pas autorisées.

Code vérification
Signaler un contenu abusif