Roland Desné en Mai 2018 à la commémoration des 50 ans de la Revue XVIIIè Siècle, à La Sorbonne.

Hommage à Roland Desné

Publié par Philippe Foussier

Philippe Foussier nous a transmis le texte de cet hommage à Roland Desné, qui sera publié dans le prochain numéro de la revue Humanisme à paraître au mois d’août.

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Roland Desné, un fils des Lumières

Initié au Grand Orient de France en 1974, Roland Desné a rejoint l’Orient éternel le 9 juillet dernier. Grand spécialiste du curé Meslier et de Diderot, des Lumières en général, il avait consacré sa vie intellectuelle au XVIIIe siècle. Fils de cheminot, né en 1931, Roland Desné adhère jeune au Parti communiste français. Ancien élève de l’ENS St-Cloud, agrégé de l’université, docteur d’Etat, il était professeur émérite de l’Université de Reims.

Ses articles et préfaces se comptent par centaines. Ses livres sont aussi fort nombreux, écrits seul ou en équipe. Sa thèse porte sur Diderot ; il reviendra souvent sur le parcours du grand homme de l’Encyclopédie. Il est aussi parmi ceux qui permettent la découverte du curé Meslier, un religieux atypique né à la fin du XVIIe siècle considéré comme l’un des premiers promoteurs de l’athéisme et à coup sûr précurseur de la pensée des Lumières. Les œuvres complètes de Jean Meslier, publiées avec Jean Deprun et Albert Soboul, vaudront en 1972 au trio un Prix de l’Académie française.

En 1964, Roland Desné est l’un des fondateurs de la revue Dix-Huitième siècle, dont il demeura longtemps le directeur. Il est aussi dans l’équipe de direction du Centre d’études et de recherches marxistes et de la revue La Pensée, liée au PCF. Il se lance alors avec Pierre Abraham dans une grande aventure éditoriale avec l’Histoire littéraire de la France, publiée en 12 volumes dans les années 1960 par les Editions sociales. L’histoire des relations entre communisme et franc-maçonnerie sera longtemps marquée par l’hostilité des dirigeants de l’Internationale communiste à l’égard d’une institution réputée entrainer ses membres dans une « collaboration de classes » honnie. Cela n’empêchera pas Roland Desné de rejoindre la loge La Noble Amitié, à l’Orient de Metz en 1974, qu’il quittera en 1980 pour l’atelier parisien Que sais-je ? puis ce dernier en 2000 pour la Loge Montaigne, également parisienne. Parallèlement, il s’investit au sein de l’atelier d’études et de recherches « Sources », sous l’égide du Suprême Conseil du REAA.


Artisans du Progrès

Ses dernières interventions publiques rue Cadet furent marquantes : une tenue blanche ouverte « Voltaire était-il antisémite ? » puis une participation au colloque célébrant le 220e anniversaire de la République en 2012 sur le thème « Avant la République, les Lumières » (1). Infatigable lecteur jusqu’à ce que sa vue décline fortement à la fin de sa vie et l’éloigne progressivement des tenues, il avait fourni à Humanisme deux articles durant la dernière décennie. En 2013, dans Progressif ou progressiste ?, il expliquait comment le terme « progressive » pour qualifier la franc-maçonnerie, introduit en 1849 dans l’article 1er de la Constitution du Grand Orient de France, avait le sens qu’on donne aujourd’hui à « progressiste », terme inusité en ce milieu du XIXe siècle. « Progressif » pouvait être certes entendu au sens classique mais il renvoyait aussi à l’idée que les francs-maçons étaient des « partisans et artisans du Progrès ». Pour notre période actuelle, où il est de bon ton de flétrir l’idée de progrès pour révérer un passé mythifié autour d’un ordre naturel qui n’aurait pas été souillé par l’homme considéré comme un parasite pour la planète, voici à n’en pas douter une source de débat bien stimulante ! (2)

En 2016, proposant de revenir Aux sources des Lumières, Roland Desné affirmait qu’on avait trop souvent réduit le XVIIIe siècle à un combat contre la religion, même s’il reconnaissait que « la recherche philosophique prétendait ne recevoir que d’elle-même ses principes de certitude ». Le XVIIIe siècle avait glorifié l’homme-philosophe, « à la fois un citoyen agissant et un homme de réflexion », une définition parfaitement adaptée à Roland Desné (3). L’un de ses derniers ouvrages, publié en 2008 avec son complice René Hally, était consacré au Parler des francs-maçons (4). Dans ce dictionnaire, les auteurs se proposaient de décrire le décalage entre l’acception maçonnique d’un certain nombre de mots et leur sens profane. Ils y démontraient comment le vocabulaire des francs-maçons « contribue à favoriser la réflexion personnelle et collective au même titre que le rituel, l’aménagement du local ou la tenue vestimentaire. Tous ces éléments concourent à créer une distance à l’égard du monde extérieur et des habitudes de penser ». Ils y décrivaient finalement ce qui est l’un des objectifs majeurs de la démarche maçonnique : s’affranchir des normes et des catégories du monde profane. Que nous soyons maçons ou non, qu’elle soit profane ou maçonnique, l’œuvre de Roland Desné n’a pas fini de stimuler notre réflexion.

Philippe Foussier

1 – 220e anniversaire de la République, Actes du colloque du 22 septembre 2012, Grand Orient de France, Conform édition.
2 – Humanisme n° 299, avril 2013.
3 – Humanisme n° 312, août 2016.
4 – Roland Desné & René Hally, Le parler des francs-maçons, Véga, 2008.

lundi 13 juillet 2020
  • 6
    Marc BARIANT
    31 juillet 2020 à 16:40 / Répondre

    Bariant Marc 31/07/2020
    Je partage les sentiments de notre frère René, j’ai eu le bonheur de rencontrer Roland à l’aréopage « Sources », je garderai de lui sa fraternité et sa grande érudition, discret et fraternel, assidu à nos travaux j’ai beaucoup appris de ses réflexions. Désormais assis à la table des sages, il contemple la face de lumière de notre maître Hiram, adieu Roland…

  • 5
    charles coutel
    16 juillet 2020 à 16:04 / Répondre

    Affectueux hommage à Roland Desné , passeur des Lumières parmi nous pendant des années..
    Votre Charles Coutel

  • 4
    Cassandra Verde
    13 juillet 2020 à 18:45 / Répondre

    Cela m’attriste beaucoup. Je ne connais rien, au mieux pas grande chose, à la franc-maçonnerie, mais je sais que chacun des membres apporte une lumière particulièrement bénéfique pour l’humanité. Une de ces lumières s’est éteinte sans que l’humanité en rende compte qu’elle est encore plus perdante

  • 2
    Alain-Jacques Lacot
    13 juillet 2020 à 12:53 / Répondre

    A l\’époque où je dirigeais la marque éditoriale \ » Editions Vega\ » , j\’ai eu l\’honneur de fréquenter un peu le F Roland Desné. J\’ai pu à l\’occasion de la publication de \ » Le parler des francs-maçons\ » apprécier son intelligence acérée , la hauteur de ses points de vue, son immense culture et même son érudition . Mais le F Roland Desné n\’était pas qu\’un grand intellectuel , dont les écrits invitent à la réflexion . C\’était un authentique Franc-maçon , incarnant , dans ses actes , dans son comportement, sa pensée . C\’était un homme modeste , humble , fraternel , un de ceux qui , par leur présence sur les colonnes, honorent la Franc-Maçonnerie.

  • 1
    Revauger
    13 juillet 2020 à 10:16 / Répondre

    Merci à Philippe Foussier pour ce très bel hommage qui rend très bien compte de la personnalité et de l’œuvre de Roland Desne. Le passage à l’Orient éternel de Roland me peine beaucoup. C’ est lui qui le premier m’a invitée à présenter une communication à un colloque du GODF L’un des trois sur le bicentenaire de la Révolution française. C’était hier…il avait ainsi ouvert la porte de la recherche sur la franc maçonnerie à une jeune chercheuse, merci Roland!

    • 3
      René HALLY
      13 juillet 2020 à 12:58 / Répondre

      J’étais à cette date le Vénérable Maître de la R.L. La Noble Amitié à l’Or. de Metz : j’ai donc eu le privilège de procéder à son initiation le 14.09.1974
      Je l’avais invité suite à la sortie de son livre sur le curé Meslier
      C’est la famille PORSET qui me l’avait présenté. Connaissant ses relations maçonniques et ses publications, je lui ai posé cette question :
      – Pourquoi n’êtes-vous pas Franc-Maçon ?
      -parce que on ne me l’a jamais demandé.
      -considérez alors que c’est fait.
      et il est parti avec une copieuse documentation.
      8 jours plus tard j’avais sa réponse avec toutes les précisions données par notre Fr. Philippe FOUSSIER.
      Il venait, à chaque Tenue, de Reims à Metz et il a été d’une assiduité rare.
      Il venait de temps à autre chez moi passer le week-end, accompagné de Malvina, sa compagne., pianiste de talent.
      Il vivait en dernier dans sa maison de Corse.
      Je suis très triste
      Il lui sera rendu, dans sa Loge messine, un hommage car les plus anciens en avaient
      gardé un excellent souvenir
      René HALLY

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