Inside the Freemasons, de Netflix

Publié par Cécile Revauger

Inside the Freemasons est une série de cinq épisodes actuellement disponible sur Netflix, donc en plusieurs langues, entièrement consacrée à la Grande Loge Unie d’Angleterre et réalisée avec son aval, dans un souci de transparence presque totale.

La politique d’extériorisation de la GLUA date d’une vingtaine d’années, suite à la demande d’un comité parlementaire de 1997 qui soupçonnait la Grande Loge Unie d’Angleterre de collusion avec la police et la justice et l’accusait de protéger indûment ses membres au sein de ces institutions. Le chargé de communication de la GLUA avait rassuré le comité au cours de nombreuses auditions et prouvé que l’aide fraternelle était assez innocente et ne différait guère de celle que s’apportaient les membres d’un club de cricket. Depuis le début du XXIe siècle la Grande Loge Unie d’Angleterre travaille à son image publique. La réalisation de cette série documentaire en est un excellent exemple. Les cinq épisodes montrent des extraits de tenue et même de cérémonies ainsi que les repas ritualisés à la fin de chaque tenue, les festive boards, au cours desquels des santés sont portées aux officiers de la loge mais souvent aussi aux autorités du pays, des repas beaucoup plus formels que les sympathiques agapes des loges françaises ou même que les banquets d’ordre. Les scènes sont filmées sur le vif, les journalistes s’effacent devant les frères qui expliquent fièrement pourquoi ils sont maçons. On y apprend que la GLUA compte aujourd’hui 200 000 maçons en Angleterre et au Pays de Galles.

Le message essentiel de cette série est bien de démystifier la franc-maçonnerie, de montrer que les frères anglais ne font rien de dangereux dans leurs loges, « ne complotent pas, ne pratiquent pas de sorcellerie avec des chèvres ou ne boivent pas de sang » (pour citer l’un des frères interviewés) mais sont au contraire entièrement dévoués à l’intérêt commun. Deux raisons d’être : la fraternité entre hommes et la pratique de la charité. La fraternité entre hommes exclusivement, cela va de soi. Comme le rappelle l’un des frères, de très nombreux militaires, encore en exercice ou retraités, ont rejoint les loges britanniques. Ils retrouvent dans la rigueur du rituel appris par cœur et dans la complicité masculine l’esprit des armées. Certes, les militaires ne sont pas les seuls, mais ils sont en grand nombre. « Les hommes ont besoin de se retrouver entre eux », entend-t-on un frère déclarer. Les tenues consistent à réciter les rituels du grade, appris par cœur par tous. Comme la notion de planche est inconnue, aucun travail personnel n’étant jamais présenté en loge, on mesure uniquement la progression d’un frère à sa maîtrise du rituel. Chaque frère se fait un point d’honneur d’apprendre par cœur le « catéchisme » de son grade. Il est tenu d’y mettre le ton, et aucun souffleur ne lui viendra en aide dans cette performance théâtrale. La hiérarchie est très stricte et n’est pas uniquement symbolique : un maçon sur cinq cents accède au Grand rank, titre qui lui permet en théorie d’accéder à l’équivalent de notre Conseil de l’Ordre, « the Grand Lodge ». Pour la seule année 2017, 373 maçons ont reçu cet honneur du Grand Maitre en personne, le Duc de Kent. Naturellement nombreux sont les qualifiés, mais rares les élus qui deviendront effectivement Grands Officiers.

Les épouses sont conviées une fois par an à la Ladies’ Night de la loge, qui consiste en un repas suivi d’un bal. Les frères estiment ainsi les récompenser de leur patience afin de se faire pardonner leurs nombreuses absences. Les épouses interviewées, peut être choisies avec soin, se disent fières d’avoir de tels maris. « Nos femmes sont contentes que nous soyons francs-maçons parce qu’elles savent où nous sommes », déclare fièrement l’un des frères au cours de cette série. Dans ces conditions on comprend que l’initiation des sœurs à la GLUA n’est pas pour demain.

A l’intérieur du temple, tout est rituel, catéchisme, cérémonie. En dehors, tout est  charité. Chaque loge choisit une action spécifique, le soutien à l’une des bonnes œuvres de la ville ou une action plus originale comme un marathon. De plus, chaque loge contribue à l’organisme central, la Masonic Charitable Foundation dont le quartier général se situe au sous-sol de Freemasons’Hall, Great Queen Street, dans le quartier de Covent Garden à Londres. Pour être membre des Widows Sons, il faut être maitre maçon : les joyeux motards font une course de moto annuelle, la Widows Sons National  Rally Bike, au profit de la fondation.

Toutes les tenues sont placées sous les auspices du Grand Architecte de l’Univers, qui très clairement représente Dieu. Chaque maçon initié doit affirmer qu’il croit en Dieu. Traditionnellement seules les religions monothéistes avaient leur place dans les loges anglaises, ce qui explique que les Musulmans furent initiés avant les Hindous dans l’empire colonial. La laïcité est un concept inimaginable pour un maçon anglais pour lequel il ne peut y avoir séparation entre l’Eglise et la franc-maçonnerie. Le Grand Chapelain, le plus souvent membre de l’Eglise anglicane, est l’un des Grands Officiers de la GLUA. “Ainsi soit il”, comme le déclarent tous les maçons en fin de tenue au Rite Emulation.

Si les Anglais tentent d’attirer de nouveaux membres en créant des loges attractives telles que la Football Lodge, qui rassemble comme son nom l’indique des joueurs de football, si elle accorde des réductions de capitations aux étudiants de la loge Apollon, loge de l’université d’Oxford qui compte trois cents membres,  elle a du mal à se rajeunir et doit faire face à une lente érosion : elle a perdu un tiers de ses membres depuis la seconde guerre mondiale et près d’une centaine de loges ferment chaque année.

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Inside the Freemasons
, 5 episodes, by Richard Allinson,  United Grand Lodge of England, Bondy Consulting Kate Beal, Emporium Productions, Sky Original Production, 2017, Directed by Laura Djanogly.

mercredi 8 avril 2020
  • 10
    LAURENE
    22 avril 2020 à 00:00 / Répondre

    Bonsoir,

    Je tenais à laisser un remerciement car grâce à cous j’ai pu voir ces supers épisodes.
    Et cela conforte ma volonté d’un jour pouvoir rejoindre une loge. J’ai pu apprendre plein de choses.
    Episodes très intéressants, émouvants et passionnants.
    On sent la passion animer ces hommes.

    Merci

  • 9
    pierre noel
    11 avril 2020 à 20:27 / Répondre

    N’oublions pas que, si les oeuvres de charité sont bel et bien réelles, le maçon anglais (écossais, irlandais) n’entre pas en maçonnerie pour cela, mais pour quantité d’autres raisons qui, parfois, sont les mêmes qui amènent le « continental » (français suisse, belge …) à l’ordre.
    Le besoin de recherche spirituelle (hors toute religion), d’amélioration personnelle, de quête que certains qualifieraient de « métaphysique » … est indéniable, même si exprimé de façon moins intellectuelle et spectaculaire qu’en France.

  • 8
    Luciole
    11 avril 2020 à 20:07 / Répondre

    C’est intéressant en ce que cela montre une façon différente de vivre la FM.Le point bienfaisance pourrait être plus développé en France .
    Ce que l’on pourrait reprocher à ces documentaires c’est d’être trop longs et de tourner un peu en rond avec les mêmes récits.
    Ce serait très bien réduit de moitié.A voir tout de même .

  • 7
    LONGUEPEZ
    9 avril 2020 à 12:02 / Répondre

    Bonjour mes SS et FF, j’espère que vous allez bien ?!

    J’ai vu cette série mais comme je n’ai pas grand chose d’autre à faire en ce moment je vais la regarder à nouveau.

    Ce qui me choque, c’est que les FM interrogés ne semblent attacher de l’importance qu’à leur prochain passage de grade quel qu’il soit.

    Cependant, je trouve beaucoup de points positifs : la cohésion (Fraternité ?) entre les membres et en particulier ceux du même grade, les agapes, que je trouve bien plus chaleureuse qu’en France et enfin, de manière générale, la façon dont la Maçonnerie est exercée dans la vie des membres.

    Prenez soin de vous !

    Frat

  • 5
    Pierre Mollier
    8 avril 2020 à 18:33 / Répondre

    L’incompréhension entre les deux voies ne date pas d’aujourd’hui. Je me rappelle être tombé sur un article du « Monde maçonnique »… qui était en fait la traduction d’un témoignage publié dans un journal maçonnique anglais. C’était au moment de l’exposition universelle de 1867 à Paris – donc 10 ans avant « la rupture de 1877 » – et un Frère anglais relatait sa visite dans une Loge du Grand Orient rue Cadet. Il expliquait qu’il avait assisté à une réunion qui pour lui… n’avait pas grand chose à voir avec ce qu’il connaissait de la franc-maçonnerie. Tout l’avait surpris, l’ambiance générale, l’organisation de la soirée avec cet exposé au lieu d' »une cérémonie, ces débats inattendus au sein de la Loge etc.

    • 6
      pierre noel
      8 avril 2020 à 18:50 / Répondre

      Je me souviens avoir lu cet article, assez long et plein d’humour, où un F anglais raconte sa visite en France. Je ne l’ai malheureusement plus retrouvé, ayant égaré ou perdu la référence.
      C’était plein de détails amusants et de renseignements importants. Serait-il possible d’en avoir la référence ?

  • 4
    Didier Stoner Eliot
    8 avril 2020 à 17:57 / Répondre

    En dehors des critiques des uns ou des autres, j’y vois une attitude Maçonnique. 😀 Suffit d’accepter les nuances.

  • 3
    pierre noel
    8 avril 2020 à 16:43 / Répondre

    Pour beaucoup de francs-maçons Français (et Belges), leurs homologues Britanniques ne font que du rituel, du rituel et encore du rituel appris par cœur. La notion de planche leur est inconnue et aucun travail personnel ne leur est jamais demandé. La maîtrise du rituel est le seul but de l’exercice, qui ouvre la porte aux « promotions » largement factices. Les cérémonies sont mécaniques et figées dans leur conservatisme. Les agapes sont guindées. On y mange mal, on y boit beaucoup et on y écoute des allocutions très conventionnelles (les toasts). Les FM continentaux pensent aisément que les œuvres de charité sont l’excuse toute faite de ces réunions de vieux messieurs engoncés dans leur morning dress (jaquette noire, pantalon rayé, chemise blanche et cravate « de loge »).
    Les francs-maçons britanniques sont tout aussi surpris et incrédules devant l’attitude de leurs homologues d’outre-Manche, mais pour la raison inverse. Ils se demandent quel intérêt les francs-maçons continentaux peuvent bien trouver à leur réunion s’ils n’y font pas de cérémonies ! Ils ne comprennent pas l’importance donnée à la « planche », ni au débat qui la suit, ni à la « circulation de la parole » propice aux joutes oratoires, encore moins aux prises de position publiques. Ils ne comprennent pas l’agape vécue comme « une bouffe entre copains », sans mise en scène ni respect du décorum.
    Bien sûr, me dires-vous, tout cela n’est que caricature (j’en suis le premier conscient). Cela n’empêche que cette méconnaissance réciproque existe depuis longtemps et, finalement, arrange tout le monde, continentaux comme insulaires puisque rares sont ceux qui désirent que cela change, d’un côté comme de l’autre.

  • 2
    de Champmarten
    8 avril 2020 à 16:29 / Répondre

    Hello French Brethrens
    Cet article est le reflet que nous masons of UK constatons.La récitation des rituels est comme un mandala ou au catechism!0 force de répéter on finit par retenir!!base de la pédagogie! De plus la CHARITY est débattue: au sein de la Bénéficiaires,montant voté par les FF. et quelques tenues après le Treasurer fait le point en seance au Cent près!!
    J’ai rarement vu dans les Lodges françaises une telle clarté de financement !!:le tronc de la Veuve est revenu à l’Orient » et rarement entendues la somme et les destinations!
    s§F

  • 1
    de Flup
    8 avril 2020 à 15:33 / Répondre

    Bien que régulières, beaucoup de Loges « non-british » mémorisent peu ou pas: c’ est même le cas en Inde, pourtant encore très style GLUA pour le reste.

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