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De l’utilité parfois extraordinaire de ChatGPT (le coup du « club de fléchettes m’a mis la puce à l’oreille) :
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Oui. Il faut surtout distinguer trois niveaux qui sont souvent confondus : Dart Koon, Hongmen/Chee Kung Tong, et la franc-maçonnerie occidentale.
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1. « Dart Koon » : que signifie le nom ?
Le nom anglais Dart Coon est une transcription ancienne d’un nom chinois généralement écrit 达权社 (Dáquán Shè).
Dá 达 : atteindre, parvenir à, réaliser.
Quán 权 : pouvoir, autorité, prérogative, droit.
Shè 社 : société, association.
On pourrait donc rendre Dáquán Shè par « Société de l’autorité / des prérogatives », ou plus librement « association permettant d’atteindre le pouvoir ou les droits ». Il ne faut cependant pas chercher dans Dart Coon une traduction littérale anglaise moderne : c’est essentiellement une romanisation phonétique historique du chinois cantonais, dont l’orthographe s’est figée dans le contexte canadien.
Il est intéressant que le Dart Coon Club de Vancouver ait été créé en 1918, avant de devenir notamment une structure servant à détenir et administrer des biens des Chinese Freemasons. La documentation de la Grande Loge de Colombie-Britannique indique qu’il aurait été créé notamment dans le contexte des tensions autour de l’utilisation des ressources du Hongmen par les partisans de Sun Yat-sen.
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2. Le véritable ancêtre : le Hongmen
L’histoire remonte beaucoup plus loin.
On trouve en Chine méridionale, à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, diverses sociétés fraternelles et sociétés de secours mutuel. L’une des traditions les plus importantes est celle du Tiandihui 天地会, généralement traduit par « Société du Ciel et de la Terre ».
Le Hongmen 洪门, littéralement quelque chose comme « Porte/Famille Hong », constitue ensuite une importante tradition fraternelle issue de cet univers. Les récits traditionnels lui attribuent une origine anti-Qing et une fidélité à la dynastie Ming. Mais l’historiographie moderne considère comme largement légendaires plusieurs éléments de cette généalogie, notamment l’origine au temple de Shaolin et certains récits de restauration des Ming.
C’est essentiel : le Hongmen historique n’est pas simplement synonyme de « Triade ». Certaines organisations issues de cet environnement ont pu avoir des activités criminelles, mais d’autres ont évolué vers des sociétés fraternelles, de secours mutuel, culturelles ou politiques.
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3. Hongmen → Chee Kung Tong → « Chinese Freemasons »
Au Canada, la filiation est beaucoup plus claire :
Hongmen / Hung Shun Tong
↓
Chee Kung Tong (致公堂)
↓
Chinese Freemasons
La première organisation de ce type au Canada apparaît à Barkerville, en Colombie-Britannique, en 1863, dans le contexte de l’arrivée massive de travailleurs chinois attirés par les mines d’or.
En 1876, l’organisation canadienne adopte le nom Hongmen Chee Kung Tong. Puis, à Vancouver, le Chee Kung Tong adopte en 1920 le nom anglais Chinese Freemasons.
Et c’est là que commence la confusion occidentale.
Le terme Chee Kung Tong peut être décomposé approximativement ainsi :
Chee / Zhi 致 : atteindre, parvenir à ;
Kung / Gong 公 : public, commun, juste, impartial ;
Tong 堂 : salle, maison, association.
Une traduction assez évocatrice serait donc « Hall/Société de la justice publique » ou « Association de la justice commune ».
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4. Mais sont-ils réellement francs-maçons ?
Non, au sens historique et institutionnel occidental.
C’est probablement le point le plus important.
Les Chinese Freemasons du Canada ne descendent pas des loges européennes issues de la tradition maçonnique britannique. Ils ont une origine chinoise indépendante, dans les sociétés fraternelles du Sud de la Chine.
La Grande Loge de Colombie-Britannique est très explicite sur ce point : malgré l’utilisation du terme Freemasons, du compas et de l’équerre, il n’existe pas de filiation historique avec la franc-maçonnerie régulière occidentale.
Autrement dit :
Ce ne sont pas des « francs-maçons irréguliers » : ce sont historiquement une autre tradition fraternelle qui a adopté le vocabulaire maçonnique anglais.
C’est une nuance importante.
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5. Pourquoi alors l’équerre et le compas ?
C’est précisément ce qui rend le phénomène fascinant.
Les Chinese Freemasons utilisent effectivement certains symboles que nous reconnaissons immédiatement :
équerre + compas + parfois étoile à huit branches, ainsi que des cérémonies d’initiation, des serments et une organisation en « lodges ».
Mais la ressemblance est superficielle et fonctionnelle, pas généalogique.
Il existe en Chine une longue tradition symbolique associant équerre et compas à l’ordre, à la rectitude et à la bonne conduite. Mais cela ne signifie pas que ces symboles chinois proviennent de la franc-maçonnerie européenne. Les études historiques ont précisément rejeté l’hypothèse d’une origine commune.
La vérité est bien souvent plus complexe que les images 😉
J’ai moi même croisé un club de danse du dragon chinois arborant insignes et appellation freemasons en Australie. Il s’agit uniquement d’une appellation et apparemment (renseignements pris) sans aucun lien avec la FM. Ces appellations ont près d’un siècle et voulaient donner à ces clubs une « bonne réputation » dans la société d’alors. A noter tout de même, beaucoup d’immigration chinoise au début du 20ème siècle (main d’oeuvre pour les mines d’or) qui a participé à la construction de nombreux édifices, notamment églises et cathédrales (Bendigo…).
Jérôme
Allez, je me lance et j’ose la faire : « En plein dans le mille ! »