Le profane Voltaire

Publié par Jean van Win

Certains se demandent s’il faut déboulonner Voltaire. Jean van Win a répondu dans son livre Voltaire et la franc-maçonnerie, sous l’éclairage des rituels du temps, paru en 2012.
Voici en plus le résumé d’une planche qu’il a donnée il y a deux ans, et qu’il a bien voulu nous envoyer. Bonne lecture et, comme dit Jean, « Tant pis pour les voltairolâtres ».
  🙂

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François-Marie Arouet fut-il jamais initié à la franc-maçonnerie ?

Non. Voltaire n’a manifesté, à aucun moment, le désir préalable d’entrer en franc-maçonnerie.
Son secrétaire, le frère Wagnière, certifie dans ses Mémoires que, pour Voltaire, son initiation « avait été une chose très-indifférente ». Aucun désir, donc, et ce manque absolu de motivation est attesté à de très nombreuses reprises. Le désir est la première attitude à déceler chez un « cherchant », qui se muera en « persévérant » puis en « souffrant ». Voltaire ricane de tout cela. Voltaire fut embrigadé pour des raisons familiales (le Frère de Villette, membre des Neuf Sœurs, est le mari de sa nièce Belle et Bonne), et sociales (on lui révèle à l’avance, en sa qualité de profane illustre, les noms de ceux qu’il rencontrera aux Neuf Sœurs, ce qui est, une fois de plus, contraire à toutes les règles). De surcroît, quarante frères étaient venus le solliciter à visage découvert. Sa vanité, mille fois encouragée et stimulée lors de son séjour parisien, lui fera accepter tout ce que l’on veut de lui. Pourvu, par-dessus tout, que le roi le reçoive à Versailles ! C’est cela qu’attendait le « gentilhomme ordinaire ».

Non. Voltaire est introduit en loge les yeux non bandés.
Ce pourrait donc être au grade de Maître, mais dans ce cas, le candidat « avance » obligatoirement et rituellement à reculons, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence. Et tout le reste de « l’initiation » prouve à suffisance que nous nous trouvons au cœur de la parodie abrégée d’une réception au grade d’apprenti. Les yeux bandés figurent symboliquement les ténèbres morales et intellectuelles dans lesquelles tâtonne le candidat. Cette notion est rituellement essentielle lors d’une réception au premier grade. Elle en est même le point culminant qui, en priorité, donne du sens à cette cérémonie. Sans elle, il n’y a pas de passage des ténèbres vers la Lumière, ce qui est la vocation et la signification même d’une loge de Saint Jean. On peut comprendre que Lalande en ait dispensé le vieillard Voltaire, mais cette amputation enlève toute dimension initiatique à ce cérémonial.

Non. Voltaire n’est aucunement isolé dans une chambre de préparation.
Voltaire est accueilli comme il le fut peu auparavant à l’Académie française, par des membres distingués et empressés. Il n’y eut ni isolement, ni méditation profonde lors de la rédaction d’un testament, ni mise à l’écart du monde, circonstances méditatives et impératives de presque toutes les initiations du monde. Mais singulièrement en franc-maçonnerie.

Non. Voltaire ne rédige aucun « testament philosophique » ni aucun document similaire alors en usage dans toutes les loges européennes.
On pourrait arguer du fait que le candidat avait 84 ans, et qu’il eût été indécent de l’obliger à cette morbide « formalité ». Mais ce n’est pas une formalité ! C’est un geste symbolique essentiel à accomplir par un homme intelligent, cultivé et critique qui prétend commencer une nouvelle vie et renoncer à l’ancienne. Ce rite est universel en franc-maçonnerie. Mais lui en a-t-on seulement parlé ? Et de quoi lui ont parlé ses quarante visiteurs ? Et par-dessus tout, de quoi ne lui ont-ils pas parlé ? Peut-on prétendre avoir initié un homme qui n’est pas mort à la vie profane ?

Non. Voltaire est interrogé en public à travers deux rideaux séparant l’espace de la loge en deux parties.
L’interrogatoire qui se déroule pour Voltaire devant un rideau fermé tourne en sa faveur grâce à la conférence brillante qu’il improvise, et c’est l’auditoire qui est ébloui par l’éclat des réponses de Voltaire. Ce qui, en d’autres circonstances, est destiné à inciter un récipiendaire à rentrer humblement au fond de lui-même, est travesti ici en une exhibition tournant à son avantage. C’est le contraire absolu de l’humilité exigée en d’autres lieux, et à laquelle se sont soumis des rois, des princes comme les plus grands artistes et savants du monde. Le nouveau Vénérable élu d’une loge rectifiée est introduit en loge par les mots : « Quiconque s’élève sera abaissé ». Auxquels il répond : « Quiconque s’abaisse sera élevé ». Luc 14 :1-11

Non. Ces deux rideaux sont entr’ouverts et lui font alors apercevoir les personnalités placées à l’Orient.
C’est bien de cela qu’il s’agit en réalité. On en impose à Voltaire en exhibant les illustres personnalités composant les Neuf Sœurs, dont on lui avait de toute façon déjà révélé les noms avant sa réception, en violation de tous les usages, et dont Bachaumont [1] nous révèle qu’une quarantaine se sont présentés à son domicile peu auparavant. Il s’agit pour les Neuf Sœurs d’ajouter Voltaire et sa gloire au palmarès prestigieux déjà étalé à l’Orient. Le don de la Lumière ? Nous en sommes très loin. Un des assistants rimailleurs ne commettra-t-il pas un quatrain flagorneur assurant que ce sont au contraire les maçons qui reçoivent la Lumière de Voltaire ? Voici posé le début d’une légende qui connaîtra de beaux jours.

Non. Voltaire n’est pas introduit par l’Officier préposé à cet effet, mais s’appuie sur Benjamin Franklin et Court de Gébelin.
On substitue une fois encore un usage profane et une modalité mondaine à l’usage qui désigne à cet effet un officier (expert ou deuxième surveillant selon le rite) chargé de faire franchir les obstacles contrariant la marche du cherchant vers la Lumière d’Orient. Voltaire ensuite est conduit par le chevalier de Villars. Pourquoi ? Le tableau de la loge pour 1778 nous montre que cet ancien mousquetaire noir n’occupe aucune fonction aux Neuf Sœurs cette année-là. Il est ce que l’on nomme « un simple frère sur les colonnes ». Mais… il est, comme Voltaire, membre de l’Académie française ! Pour les Neuf Sœurs, cela compte ! Nous serions tenté d’écrire : c’est cela qui compte ! 

Non. Voltaire n’accomplit aucun voyage rituel et ne subit aucune épreuve physique.
L’usage du temps voulait que le candidat subisse les épreuves de l’eau et du feu, par allusion aux Ecritures qui mentionnent le baptême par l’eau de Saint Jean le Baptiste, et le baptême par le feu institué par le Christ. Plus tard, lorsque les rituels souffriront non pas du vide mais du trop plein, on ajoutera la terre et l’air, belle trouvaille qui permettra de réintégrer les quatre éléments de l’Antiquité, qui feront oublier l’allusion à l’Evangile. De plus, les « épreuves », destinées simplement à tester le courage et la détermination du candidat dans les anciens rituels, deviendront des « purifications » par les éléments, et fonctionneront un peu comme le baptême, qui efface la tache originelle. Rien de cet usage impératif n’est retenu pour le déiste Voltaire ; tout ceci est escamoté. « Il est trop âgé », dit-on, lui qui apparaîtra l’après-midi même de cette journée à son balcon pour saluer la foule assemblée, et passera ensuite la soirée au spectacle.

Non. Voltaire se voit présenter le tablier peint dit d’Helvétius,  qui ne peut être qu’un tablier de Maître, [2] tablier auquel on ajoute les bijoux de Maître d’Helvétius.
Aucun commentaire n’est ici nécessaire. C’est une pure mascarade mondaine et une hérésie rituelle et initiatique. Le tablier blanc et les gants blancs sont traditionnellement impératifs en ce moment. Ils sont chargés d’un sens symbolique puissant, dont la signification est dévoilée ultérieurement au néophyte, et leur substitution par un tablier de maître peint, qui semble en effet avoir été celui d’Helvétius, fait la démonstration de ce que toute cette cérémonie est purement académique, avec une coloration pseudo maçonnique. La remise de gants blancs pour le nouveau frère, et d’une paire de gants de femme destinée à celle qu’il estime le plus, apporte une preuve supplémentaire que c’est au grade d’apprenti que l’on prétend organiser la cérémonie, et aucunement au grade de maître, comme l’ont parfois soutenu plusieurs auteurs, même maçons, en se laissant égarer par l’incongruité du tablier et des bijoux d’Helvétius.

Non. Voltaire est enfin installé à l’Orient, ce qui est contraire à tous les usages qui placent un apprenti nouvellement reçu en tête de la colonne du Septentrion.
Le dernier initié d’une loge maçonnique est le plus humble de tous. Il devra se taire un an durant. Il est traditionnellement placé en tête de la colonne du Nord, là où la lumière est la plus faible, puisque le soleil n’y passe jamais. Mais aussi vers l’Est, là où commence à poindre imperceptiblement la lumière d’un jour nouveau. Lalande commet une fois encore une violation des usages maçonniques. Non pas que ceci constitue une simple erreur de protocole, mais une cérémonie défigurée à ce point perd tout son sens symbolique, ne signifie plus rien, et perd tout caractère initiatique au seul profit d’une célébration mondaine et académique.

La loge des Neuf Sœurs a pris une initiative fort critiquable et hautement répréhensible, alors qu’il  lui était loisible de nommer simplement Voltaire membre d’honneur ; cela se faisait couramment aux XVIIIe et XIXe siècles avec des personnalités qu’une loge voulait honorer. Le futur roi Léopold 1er de Belgique, par exemple, fut « reçu à vue » en 1813 par l’amant de sa sœur qui en avait le privilège en sa qualité de Chevalier Rose Croix du Rite Français ; vingt sept ans durant, Léopold figura comme maître-maçon sur le tableau d’une loge suisse du Grand Orient de France [3], mais n’a jamais mis les pieds dans aucune loge au monde, n’a jamais passé de grade, et, après avoir brièvement tenté de s’en servir, n’a jamais parlé de maçonnerie que pour la critiquer avec acrimonie, car l’anticléricalisme militant de la maçonnerie belge dérangeait la politique unitariste du roi. Cette dernière s’appuyait, pour une très large part, sur l’Eglise catholique romaine. Mais outre sa qualité pseudo maçonnique, le roi possédait aussi celle de luthérien fidèle. Comprenne qui pourra les impénétrables contraintes et contradictions de la politique.

La loge des Neuf Sœurs a violé la tradition et les méthodes maçonniques. Le tout au profit d’un acte mondain et provocateur ; le Grand Orient de France le lui reprochera bientôt vigoureusement, et même la punira, parmi divers autres griefs qui démontrent le caractère vraiment atypique de cette loge qui, par l’excellence de certains de ses membres dûment sélectionnés, se croyait au-dessus des lois maçonniques, aussi relâchées que fussent ces dernières à cette époque.

Ce n’est pas Voltaire qui est devenu franc-maçon à la veille de sa mort.
C’est une certaine maçonnerie qui, en un certain territoire, en un certain temps, a cru bon de devenir voltairienne.

Jean van Win

[1] Célèbre chroniqueur parisien ; voir « Voltaire et la franc-maçonnerie, sous l’éclairage des rituels du  temps » Jean van Win, éditions Télètes, Paris, 2012, et sur Le Bandeau.
[2] Les Apprentis et les Compagnons portent un tablier uniformément blanc, dont la blancheur immaculée est expliquée lors du grade de Maître Maçon.
[3] « Zur Hoffnung », ou « L’Espérance », à l’orient de Bern.

mardi 22 septembre 2020
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  • 36
    pierre noel
    30 septembre 2020 à 09:44 / Répondre

    Il est amusant de voir Ie débat, parfois enflammé, parfois indigné, concernant la pseudo-initiation de Voltaire à côté de la couverture du magasine  » Franc-Maçonnerie » portant le portrait de JM Arouet avec la mention « Faut-il déboulonner Voltaire ? », bien dans l’air du temps !

    • 37
      GépluAdministrateur
      30 septembre 2020 à 10:01 / Répondre

      C’est exactement cela…
      On appelle parfois aussi ces interventions « Dans l’air du temps » des questions d’actualité. 🙂

  • 33
    JEAN VAN WIN
    26 septembre 2020 à 15:20 / Répondre

    @ 30 – DESAP
    J’apprécie tes commentaires, puisqu’ils sont mesurés et réfléchis. Ma question est :  » François-Marie Arouet fut-il jamais initié à la franc-maçonnerie? ». « Initié » doit être compris par la majorité des maçons francophones, c’est pourquoi je l’utilise ; il y a 60 ans que travaille (notamment) au RF et que je dis pour ma part « reçu ». Les Anglais disent « he was made a mason ». Mais il y a les égyptoïdes qui tiennent à leur « initiation ».
    Toutefois, tu écris ceci :  » Voltaire EST le plus grand des Français, de tout temps ». C’est là une opinion, voire une croyance.
    Mon titre, volontiers provocateur j’en conviens, ne porte QUE SUR SON INITIATION et ses modalités. Je me borne donc à commenter ce qu’il en écrit lui-même. Mépris, moquerie, méconnaissance absolue et imagination débridée.
    Je crois qu’il faut bien lire ce que Voltaire en écrit. La fin de mon bouquin ne met pas en cause la grandeur, la pénétration intellectuelle et le courage phénoménal de ce personnage hors norme. J’écris que Voltaire n’est pas devenu maçon dans des circonstances aussi burlesques et indignes de lui. Mais je constate qu’une importante proportion d’une certaine franc-maçonnerie française est devenue votairienne, après 1789.
    Et puis, après tout, et à défaut de me lire, que l’on lise Amiable, Charles Porset et surtout Bachaumont. Ce dernier rapporte les reptations d’Arouet mourant aux pieds de deux prêtres catholiques romains, afin de pouvoir être inhumé en terre chrétienne, et non jeté à la voirie, sa hantise obsessionnelle. Ce qui advint, hélas.
    Il finira néanmoins, bien plus tard, au Panthéon, mais, horresco referens, face à Rousseau !! Et finalement, la page 111 de mon opus chez Télètes montre comment ses restes furent en définitive… jetés à la voirie.

  • 32
    Peter Bu
    26 septembre 2020 à 12:14 / Répondre

    L’article et les commentaires me semblent très enrichissants.

    Avant d’admettre Voltaire en son sein, la Loge des neuf sœurs n’a pas voulu, ou n’a pas pu l’ « initier » suivant les rites que nous pratiquons aujourd’hui.

    Les uns sont flattés pouvoir compter ce grand philosophe parmi les membres de la franc-maçonnerie, les autres considèrent que, n’étant pas « initié » « régulièrement, il en a jamais fait partie.

    De surcroît, Il parait que Voltaire s’est moqué de la franc-maçonnerie – à laquelle il a tout de même bien voulu adhérer. Il devait connaître ses illustres fondateurs et, évidemment, les membres éminents de la Loge des neuf sœurs avant même d’y entrer. Ceci étant, la franc-maçonnerie ne mérite-elle pas des critiques, et parfois des quolibets ?

    Un des participants à ces échanges a rappelé qu’à l’époque de Voltaire, les loges n’initiaient pas mais « recevaient ».
    Personne ne semble réaliser que même si aujourd’hui nous « initions » les impétrants, nous ajoutons que ce processus n’est qu’un premier pas sur le chemin de la recherche de la « Lumière ». D’ailleurs, à la question : « Êtes-vous franc-maçon ? », la réponse n’est pas « Mes frères (sœurs) me reconnaissent comme initié », mais « Mes frères (sœurs) me reconnaissent comme tel(le) », donc comme franc-maçon ou comme frères (sœur). La Loge des neuf sœurs avait de bonnes raisons de penser que Voltaire avait déjà franchi ce « premier pas » par ses propres efforts. Mais il a eu le mauvais goût de mourir deux mois après son entrée ce qui n’offre même pas la possibilité de prétendre qu’il ait été (se soit) initié par la suite, au contact des autres frères.

    L’article et les commentaires me semblent très enrichissants mais quelques saillis, résultant d’un regard déçu sur un détail du passé, n’apportent pas grand-chose. Il ne faudrait tout de même pas oublier le sens de la franc-maçonnerie qui la projette vers l’avenir.

  • 31
    J. P. Bouyer
    25 septembre 2020 à 16:13 / Répondre

    L’initiation de Voltaire, n’est-ce pas un peu comme la proclamation d’un « docteur honoris causa » par une université ? Une cérémonie qui honore aussi bien l’un que l’autre tout en soulignant leur parenté sur le plan intellectuel, philosophique, scientifique, … et qui s’écarte du processus habituel : on n’a pas plus demandé à Voltaire de passer les épreuves traditionnelles que l’ULB n’a demandé à Robert Badinter en 2013 de défendre une thèse devant un jury rassemblé par elle. Badinter est-il moins docteur (ou Voltaire moins maçon) pour autant ?

    Des maçons « honoris causa », à qui on a épargné les épreuves et à qui, contrairement aux usages, on a donné la parole pour qu’ils prononcent un discours en loge, n’y en a-t-il pas eu bien d’autres, par exemple Littré et Jules Ferry en 1875, Maria Deraismes en 1882, …

    Il y en eut même qui, pour se voir attribuer la qualité de maçon, n’ont même pas eu besoin de mettre les pieds dans une loge, comme Abd-el-Kader (pour lequel une cérémonie fut quand même organisée a posteriori) ou Léopold Ier, dont pourtant le Grand Orient de Belgique s’est obstinément acharné à proclamer l’appartenance …

    Et je ne parle même pas ici des initiations purement diplomatiques, comme celle d’Askeri-Khan en 1808 : voyez à ce sujet la page

    http://mvmm.org/c/docs/askeri.html

    et le pittoresque récit d’époque auquel elle donne accès.

  • 29
    pierre noel
    24 septembre 2020 à 11:07 / Répondre

    Après vérification, la sonate en do majeur, K 545, est de 1788.
    .Erreur impardonnable de ma part.

  • 25
    JEAN VAN WIN
    23 septembre 2020 à 16:08 / Répondre

    @16 – DESAP
    La réplique traditionnelle « mes Frères et Compagnons me reconnaissent comme tel » est certes devenue insuffisante de nos jours. On me dit que la France compterait 60 grands-maîtres. Un gourou local a de nos jours vite fait de s’entourer de quelques suiveurs et voilà que s’amplifie la finis latomorum.
    Non, il est très facile de sortir de la franc-maçonnerie ; il devrait être beaucoup plus difficile d’y entrer. Cela varie selon l’obédience, la loge, le rite. Certains sont demeurés très exigeants. D’autres recrutent (l’affreux mot) à fond de train. Même les Neuf Sœurs ont été réprimandées et punies par un GODF qu’il a fallu bientôt restaurer, lui aussi.
    Je pense donc que l’aimable question de DESAP m’autorise à rompre un instant avec le culte dont bénéficient, notamment, Voltaire et Guénon par exemple (mon Contre Guénon fut préfacé avec allégresse par Charles Porset, Edimaf, 2008) . J’apprécie donc cette oasis de sérieux et d’objectivité, dans un débat qui, parfois, s’en va sur une fesse.
    Les frères reconnaissent comme tels ceux qui ont été reçus dans les règles et selon les usages anciens. Ce ne fut pas le cas pour Voltaire, en dépit de l’immensité du philosophe, qui se fichait copieusement de la maçonnerie.
    Merci de cette question.
    Pour ceux qui vraiment veulent savoir ce qu’il s’est passé à Paris en 1778, dont la mort effroyable de Voltaire, voir :
    MEMOIRES SECRETS
    OU
    JOURNAL D’UN OBSERVATEUR
    par
    Louis Petit de Bachaumont
    Mathieu-François Pidansat de Mairobert
    Barthélémy-François- Joseph Mouffle d’Angerville

    Fac simile de l’édition originale, texte intégral
    Tome XI
    1er janvier – 31 mai 1778

    (c) Editions Paleo décembre 2008

    • 28
      pierre noel
      23 septembre 2020 à 19:31 / Répondre

      Le Régulateur dit « mes FF me reconnaissent pour tel » (grade d’apprenti p. 56)
      « Pour » et non « tel », c’est l’erreur classique en Belgique. Je ne croyais la trouver sous la plume pointus du RF !

      • 34
        Roger Lamouline
        29 septembre 2020 à 16:38 / Répondre

        Ce n’est pas une erreur, mais une simple coutume. Depuis quand un « régulateur » nous dit ce que nous devons dire ou faire en maçonnerie » ?

    • 30
      Désap.
      25 septembre 2020 à 08:52 / Répondre

      25 – Je suis ton raisonnement, voir mon commentaire 20 ; d’ailleurs que penses-tu de mon hypothèse ?
      Par ailleurs, je ne suis pas certain que voltaire se « fichait copieusement de la maçonnerie ».
      Il ne lui échappait probablement pas, et même pas du tout, que la maçonnerie, qui comportait les plus grands esprits du temps et une grande partie de la noblesse (partout en Europe !), mènerait à un bouleversement politique et des conceptions philosophiques. Certes, peut être n’imaginait-il pas 1789, mais le simple fait de se « soumettre » à « l’initiation » suggère qu’il la respectait.
      Cependant, sans aucunement occulter l’action des autres esprits des Lumières, Voltaire s’impose comme celui ayant rendu inexorables ces bouleversements par des écrits qui ne permettaient que l’on revînt en arrière, ni même que l’on restât sur le consensus d’une évolution.
      Dès lors, la Franc-maçonnerie française pouvait-elle se permettre de ne pas honorer cette homme, et si elle l’honorait, de le faire à la manière profane. C’eût été condescendant, et donc bien rigoureusement inconcevable sauf à faire preuve d’une forme de parjure (il faudrait développer).
      Voltaire EST le plus grand des Français, de tout temps, c’est ce que j’ai exprimé, nécessairement à tes dépends, dans mon premier commentaire (7).
      La forme irrégulière de son initiation est l’hommage des maçons et, poussant le raisonnement, c’est cette irrégularité qui constitue le respect dû au Grand Homme.
      Ton avis ?
      Bien Frat:.

  • 22
    ERGIEF
    23 septembre 2020 à 12:13 / Répondre

    12 @ Anwen
    « Clame Eugénie ta mélodie, terrible et polonaise, uphonie calculée ».
    Pour les hommes des Lumieres, les 9 sœurs étaient en fait les muses filles de Zeus, qui pratiquaient les arts antiques, correspondant approximativement aux Arts libéraux, moins l’arithmétique et la géométrie. Il est intéressant de les lier à Mnémosyne, fille d’Ouranos, déesse de la mémoire, dont certains auteurs ont aussi fait une autre fille de Zeus.
    8@ JVW
    Voltaire est certes un immense bonhomme mais il est jouissif de lire tout le mal que pensait de lui l’autre géant Mozart, véritable maçon du système de Zinnendorf (proche de la SOT) ) par ailleurs. Ce qui me suggère deux réflexions:
    – « Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines  » extrait d’un rituel REAA
    – Manifestement la Loge des 9 sœurs, très franco française préfigurait la FM sociétale actuelle alors que La Bienfaisance était une loge régulière. Ces loges représentaient des courants de pensée totalement opposés et on comprend dès lors le peu d’estime que WAM pouvait porter à François Marie Arouet et pourquoi pas vice-versa?

    • 24
      Anwen
      23 septembre 2020 à 13:54 / Répondre

      Il y aurait tant à dire sur les Muses (les savantes).
      Un dernier commentaire de ma part sur l’origine du mot « Muse » (1)
      Dans le pays des Atlantes qu’on appela les Champs Elysées, le séjour des Muses s’appelait Hélicon. Le pays, Hel-land, avait donné son nom au fleuve qui le traversait ; on l’appelait Hélium, pris symboliquement pour le soleil, parce qu’il arrosait la « maison sainte », le ciel appelé Hemel. « Junon et Minerve étaient surnommées hélotes, qui veut dire surveillantes du Hel », dit de Charles Joseph de Graves dans son tome 2 de « La république des Champs Elysées ».
      Helléniste vient de Hélium, qui veut dire Hel-Land. « Hel » ou « Hal » a toujours servi à désigner un paradis (Wal-Halla, devenu Waux-Hal, jardin délicieux).
      Aussi, le fleuve appelé d’abord Hélium finit par s’appeler du nom même des Femmes (des Déesses) qui vivaient sur ses bords, les Muses.
      Et c’est ainsi que dans la géographie ancienne la Meuse s’appelle Mosa.
      La langue comme la civilisation est venue du pays compris entre l’Escaut, la Meuse et le Rhin.
      « C’est aux bouches sacrées des grands fleuves, dit Théophile Cailleux, que les nations les plus anciennes ont placé leurs mystères (Meuse, Rhin, Escaut, Nil, Gange, etc.). » (Origine celtique de la civilisation de tous les peuples)
      (1) Comme la femme est plus petite que l’homme, on se moquait (et on se moque encore) de sa petitesse et on l’appelait « Maus » (souris), au lieu de l’appeler Muse.
      Le nom de Minerve (qui était une Muse) a son nom composé de « Erve » qui signifie culture, par extension champs labourés, mais primitivement culture de l’esprit ; et « min », « minne », « minni » en islandais, qui signifie mémoire, esprit, intelligence.
      « Minnie » est le prénom d’un des principaux personnages de Walt Disney, c’est une petite souris ou Maus, ou Mouse, mais au départ, dans l’esprit, assurément une Muse.

      • 26
        ERGIEF
        23 septembre 2020 à 16:12 / Répondre

        Et si Mnémosyne est à la fois fille de Zeus et mère des Muses, celle-ci sont le fruit d’un fameux inceste!

  • 16
    Désap.
    22 septembre 2020 à 18:20 / Répondre

    Question sérieuse et objective à Jean van Win :
    RF :
    Q : Etes-vous maçon ?
    R : Mes frères me reconnaissent comme tel
    .
    Si les maçons de la loge des Neufs Soeurs reconnaissaient Voltaire comme maçon, as-t-on ne serait-ce que la possibilité de refuser de le reconnaître comme tel ?

    • 17
      William
      22 septembre 2020 à 20:49 / Répondre

      Il y’a des questions qui ne se posent pas quand on respecte les règles sans transiger… Voltaire n’aurait donc eu plus rien à apprendre ni à vivre au soir de sa vie ? Si c’est pour s’extraire de la règle au cas par cas (et il faudra nous dire qui donc décide de l’exception sans verser dans une forme de croyance et de dévotion ?), le Cercle d’Auteuil était suffisant pour réunir des « maçons sans tablier ». Et pourquoi pas inventer la qualité d’initié « pour services rendus » ?

      • 20
        Désap.
        23 septembre 2020 à 09:14 / Répondre

        17 – dit-il celui qui se sent perdu sans bible sur l’autel, qui craint que ses serments n’est pas de valeur s’il ne jure sur la bible. Et de ta conscience, tu en fais quoi ? Tu la brades aux prophètes ?
        Note que je n’ai jamais vraiment considéré Voltaire comme un maçon.
        De mon point de vue, ce qu’il s’est passé est un échange équitable, honneurs rendus par la plus prestigieuse loge française au plus grand intellectuel de son temps et Voltaire se prêtant, malgré tout, au questionnement.
        Tu as raison lorsque tu suggères qu’il ne peut y avoir d’initié pour services rendus.
        Mais Voltaire avait-il besoin d’être initié à quoique ce soit ?

    • 35
      Roger Lamouline
      29 septembre 2020 à 16:45 / Répondre

      Il est intéressant de connaître les détails de la pseudo-initiation de Voltaire. Quant à le reconnaître, je suppose que cela ne l’intéressait pas puisque parmi les milliers de lignes qu’il a rédigées, il y an a au plus une dizaine qui concernent la FM et c’est pour en dire
      du mal. La FM il s’en f..complètement et c’est assez normal.

  • 14
    Cyrus
    22 septembre 2020 à 17:14 / Répondre

    À titre exemplatif des qualités d’historien de JVW, un article traitant de ce même sujet a déjà paru sur Hiram.be en mars 2018 : https://www.hiram.be/voltaire-secrets-dune-initiation/
    Il faut lire les échanges/commentaires virils entre JVW et un certain Kervella pour se faire une idée plus précise de ces qualités. Très instructif.
    Notamment les commentaires nr 156 – 145 – 135 – 91 etc…

  • 13
    JEAN VAN WIN
    22 septembre 2020 à 16:46 / Répondre

    Merci Pierre, je sais que tu m’as lu lorsque j’ai publié chez Télètes. Mais pourquoi donc ceux qui hurlent avec les loups ne lisent-ils pas quelques pages ? Est-ce parce que les NON que j’assène ne correspondent pas à leurs désirs ? Qu’ils lisent au moins Bachaumont pour avoir une idée de ce qu’il s’est passé à Paris lorsque M. Arouet y a attrapé un gros rhume (mortel).

  • 12
    Anwen
    22 septembre 2020 à 16:15 / Répondre

    La loge des Neuf Sœurs a violé la tradition et les méthodes maçonniques.
    Quelles méthodes ?
    Au fait, pourquoi les « Neuf Sœurs » ?
    La tradition antique personnifia toujours la science et les lettres par neuf femmes qui furent les neuf grandes Révélatrices.
    Quelles étaient en réalité ces neuf sœurs ? Les voici :
    (Il y a peu de chance que ça passe mais allons-y quand même. Et puis ça permettra de comprendre un peu mieux l’esprit de Voltaire)
    Thot, en Egypte, auteure des 42 livres sacrés.
    Sarasvatî aux Indes, auteure du Véda.
    Yao en Chine, auteure des King.
    La Voluspa chez les Celtes, auteure de l’Edda.
    Dercéto, surnommée Istar ou Astarthé, en Phénicie, auteure de la Cosmogonie Phénicienne.
    Ardui-Anaïta, surnommée Ariane ou Ariadne, auteure de l’Avesta en Perse.
    Krishna aux Indes, auteure de la Bhagavad Gitâ.
    Hemœra en Grèce, auteure des livres attribués à Homère.
    Myriam Hathor en Egypte, auteure du Sépher qui servit à faire le premier livre du Pentateuque, la Genèse biblique (qui en sera la caricature, une « père-version »). Une des femmes qu’on donne à Moïse s’appelle Séphora. C’est ironiquement, sans doute, qu’on lui donne comme nom le titre du livre de Myriam, le Sépher.

    • 15
      pierre noel
      22 septembre 2020 à 17:21 / Répondre

      S ‘êtes sûre de ne pas oublier Marie ???

      • 18
        Anwen
        23 septembre 2020 à 06:02 / Répondre

        Non, Marie c’est Myriam à l’origine.
        Saviez-vous que Marie, en hébreu, s’est Maria ou plutôt Marih.
        Cela parce que le H (heth final) en hébreu se prononce A.
        Et de Marih à Hiram il n’y a qu’un pas.
        Hiram doit se lire de droite à gauche comme lisent les Hébreux et non de gauche à droite suivant L’usage des Européens
        Rappelons cependant que la marque du « démon » est de prendre toutes choses à rebours. Et, lorsque toutes les valeurs sont inversées, un « monde » devient un « démon ».

        • 19
          Désap.
          23 septembre 2020 à 09:02 / Répondre

          18 – Oui, et entre le plomb et l’or il n’y a qu’un atome de différence, juste un atome ce n’est rien.
          Quand au « démon » monothéiste, c’est une perversion du daïmon grec.
          Le daïmon est notre voix intérieure, celle de la sagesse, parce qu’on peut tromper mille personnes, mais l’on ne peut jamais tromper notre conscience ; c’est cela la « responsabilité » en maçonnerie.
          En détournant sa signification, en faisant du « démon » un être maléfique, les religions privent l’Homme de son libre arbitre, lui interdisent toute réflexion hors des principes des Ecritures.
          Un enfermement et un esclavage, en somme, un être totalement dépourvu du moindre sentiment de responsabilité, sa conduite fixée par la religion.
          Bon, et puis scoop ! Les Celtes ont écrits des livres.

          • 21
            Anwen
            23 septembre 2020 à 10:27 / Répondre

            Quelques précisions supplémentaires au sujet du « Daïmon », puisque M. DESAP en fait mention.
            À l’époque « philosophique », la Femme perdant peu à peu de sa divinité, elle va bientôt devenir démon et prendre la place de l’homme dans l’enfer surnaturel qu’il va imaginer, mais cela viendra progressivement, par étapes.
            D’abord Platon, dans le Banquet, nous représente les Daïmones comme des existences intermédiaires entre la nature divine et l’homme, et non seulement intermédiaires, mais médiatrices, apportant aux hommes les ordres et les bienfaits divins.
            Ces Daïmones comblent l’intervalle qui existe entre le Ciel et la Terre. Chaque homme a son Daïmon particulier, que Platon appelle son ange gardien. C’est, au début, Un bon esprit, juste et bienveillant. Inutile de faire remarquer que c’est la Femme qui est représentée ainsi, inconsciemment.
            C’est dans cette démonologie de Platon que le Catholicisme prend l’idée d’un démon, c’est-à-dire d’un mauvais esprit agissant contre l’homme, et ce mauvais esprit, ce sera la femme, pour lui, parce que, c’est elle qui réagira contre une religion qui sera faite pour anéantir son autorité et supprimer à jamais son antique Divinité.
            Mais les femmes ne se laisseront pas attaquer sans se défendre et sans rendre à l’esprit du mal le sexe masculin, et c’est sous cette forme que nous le verrons régner dans tout le moyen âge.
            Rappelons à ce sujet que le Christos mystique, l’Etre sacré, prend, dans la doctrine des premiers Chrétiens gnostiques, le nom de Sophia, la sagesse féminine. Or le mot « Sophia » eut le même sort que le mot « Divan ». Après avoir désigné la Femme dans sa suprême sagesse, il arriva à désigner le meuble sur lequel l’homme aimait à la voir étendue, le sopha. Et ceci s’appelle faire litière d’une doctrine.
            Mais les femmes ne se laissaient pas attaquer sans répondre.
            On leur attribue l’idée de donner à ce meuble un autre nom : canis pedes (d’où canapé), chien à mes pieds (d’après Fabre d’Olivet, Les Vers dorés).
            Alfred Maury, dans son Histoire des Religions, dit que les Pères de l’Eglise ont donné aux démons les mêmes caractères que l’on rencontre chez les Platoniciens, et il ajoute : « Ces écrivains puisent dans les livres des Grecs ; ils empruntent leurs paroles, ils s’arment de leur autorité, ils partagent toutes leurs superstitions, et c’est en se référant à Platon qu’ils déclarent l’univers livré au culte des démons, d’êtres méchants et pervers qui inondent l’atmosphère, entrent dans le corps humain, […]. L’héritage de Platon passa tout entier dans les dogmes chrétiens, qui firent de sa démonologie une arme puissante pour renverser complètement le polythéisme dont elle avait déjà ébranlé la base. »

  • 11
    pierre noel
    22 septembre 2020 à 15:45 / Répondre

    Quel sursaut d’indignation de quelques bonnes âmes contre JVW qui aurait (je dis bien « aurait ») mal pensé et mal écrit d’un grand nom des lumière ! Or il en parle à peine sinon pour évoquer fugacement la vanité (disons « la joie » si vous préférez !) bien compréhensible d’un homme à l’extrême soir de sa vie qui se retrouve dans sa ville natale, entouré, fêté, adulé, vénéré, reçu à l’académie française et par la loge la plus « intelligente » de Paris. Il meurt quelques semaines plus tard, le 30 mai 1778 dans l’hôtel de Villette, appartenant à l’époux de sa nièce adoptive dite « Belle et Bonne », le marquis de Villette (membre de la loge) qui l’hébergeait depuis son arrivée à Paris le 10 février 1778.
    C’est une loge mondaine et bien peu maçonnique que JVW fustige en ces quelques lignes. Il en démontre que Voltaire fut reçu par elle sans aucun égard pour les usages maçonniques, même au GODF de l’époque, non pas en raison de son grand âge (ce qui se comprendrait aisément) mais en raison de son exceptionnelle notoriété. Ce dernier séjour n’ajoute rien à la gloire de l‘auteur des Lettres Philosophiques et des Éléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde

  • 10
    Brumaire
    22 septembre 2020 à 15:13 / Répondre

    Chacun se souvient de la statue de Voltaire, par Houdon, où le philosophe est très âgé, édenté, mais son oeil, si j’ose dire, reste pétillant.
    Faire faire les épreuves d’initiation à cet homme en mauvais état physique n’eût été pas très humain…
    L’auteur devrait se souvenir que les « réceptions » de célébrités profanes, à cette époque, ne ressemblaient à rien à celles qui sont maintenant pratiquées.
    Et si Voltaire reste caustique, souvent ricanant, j’aime à penser que pour lui, cette cérémonie a été l’occasion de tester une fois de plus, sa propre nature, autant que la nature humaine.

  • 9
    JEAN VAN WIN
    22 septembre 2020 à 14:33 / Répondre

    @Villant
    Venant de vous, Monsieur Villant, mes amis et moi savourons le compliment.

  • 8
    JEAN VAN WIN
    22 septembre 2020 à 14:26 / Répondre

    Entièrement d’accord avec C. Revauger. Mais il ne s’agit nullement d’une « diatribe contre Voltaire « ! Le titre de mon on livre de 2012 précise bien:  » Voltaire sous l’éclairage des rituels du temps ». C’est le fil rouge que j’avais résolu de suivre, par goût, par intérêt et certains disent par compétence. J’ai tenté aussi de montrer à quel point Voltaire se fichait éperdument de la maçonnerie, et clabaudait contre elle tant et plus. Il n’était pas du tout demandeur et personne ne savait, bien entendu, qu’il serait bientôt à l’article de la mort (LUCIOLE). Je ne vais pas refaire le travail énorme d’Amiable ni surtout le superbe COMMENTAIRE CRITIQUE de mon ami tant regretté Charles Porset.
    La Loge ? C’était surtout Villette qui poussait, dès avant le départ de Ferney, pour y faire recevoir un candidat de dimension mondiale. L’idée que se faisait Voltaire de la franc-maçonnerie était narquoise, pas du tout flatteuse et méprisante en diable.
    Je partage sans réserve les deux dernières phrases de C. Revauger, mais je reste convaincu qu’il était superflu de faire de Voltaire un maçon malade de la dernière heure, dans des circonstances absurdes qui coûtèrent très cher au GODF.
    Autre chose, un mini-scoop si vous voulez : en même temps que Voltaire (1778) se trouvait à Paris Wolfgang Gottlieb Mozart, avec sa maman cette fois. A la mort de Voltaire, prématurée et inattendue, il écrit ceci à son père Leopold resté à Salzburg :  » Je vous donne maintenant une nouvelle que vous connaissez peut-être déjà, à savoir que Voltaire, ce mécréant et fieffé coquin est crevé pour ainsi dire comme un chien, come une bête. Voilà sa récompense ! ». [Lettre 328 du 3 juillet 1778, Flammarion].
    Le petit bout de la lorgnette permet parfois d’élargir son champ de vision et de relativiser certaines généralisations. Six ans plus tard, Wolfgang devenait maçon, après l’avoir beaucoup désiré…

    • 23
      pierre noel
      23 septembre 2020 à 12:43 / Répondre

      Mozart était à Paris à la même époque avec sa mère, Anna Maria ! Ils ne logeaient pas quai Malaquais, comme Voltaire, mais rue du sentier.
      Sa mère y mourut Lors de ce séjour. Anna Maria tomba malade et mourut le 3 juillet 1778 rue du Gros-Chenet (actuellement 8 rue du Sentier Paris. Elle fut inhumée sur place après une messe à l’église Saint-Eustache en présence de son fils.

      Question subsidiaire : Voltaire avait-il un goût quelconque pour la musique ? J’avoue ne pas le savoir (je n’apprécie vraiment de Voltaire que les oeuvres de jeunesse, les lettres anglaises surtout)

      • 27
        pierre noel
        23 septembre 2020 à 19:10 / Répondre

        Accessoirement (et si je me trompe, JVW rectifiera), la sonate pour piano en Do majeur date de ce séjour (celle que tout pianiste débutant a jouée).
        La simplicité trompeuse alliée à la beauté pure.

  • 7
    Désap.
    22 septembre 2020 à 13:57 / Répondre

    Voltaire, le philosophe des Lumières.
    Dans quelles ténèbres morales et intellectuelles pouvait-il se trouver, en comparaison des plus grands maçons et des plus grands hommes jusqu’à ce jour ?
    Sur quoi pouvait-il méditer, si ce n’est sur la nature humaine ?
    Quel testament avait-il à écrire, lui qui avait tant apporté aux Hommes ?
    Devait-il mourrir à quoique ce soit, sauf à la vie ?
    Interrogatoire : Voltaire est devant des hommes de qualité, on peut supposer qu’il savait ce qu’il avait à faire.
    Et l’auteur de ce minuscule pamphlet déclare du haut de ses superstitions que Voltaire avait besoin de recevoir la Lumière, lui qui éclairait le monde depuis plus d’un demi siècle.
    Cher frère, bien présomptueux, zélé maçon, qu’as-tu a opposé à Voltaire de tes réalisations ?
    Voltaire au crépuscule de sa vie, reçu l’initiation comme d’autres reçoivent les derniers sacrements.
    Le fait de s’y soumettre est une inclinaison face à ce qu’il reste à découvrir.
    Ne commentons plus avant le ridicule de cette prose.

  • 6
    pierre noel
    22 septembre 2020 à 12:03 / Répondre

    A côté de la pseudo-initiation de Voltaire aux aspects provocateurs, n’oublions pas que les cas difficiles que ne peuvent résoudre le respect aveugle des règlements.
    Je ne peux ici que conseiller la lecture des 10 premiers versets du chapitre 12 de L’Ecclésiaste, surmontant votre répugnance à lire ce genre de choses.
    L’exemple de candidats âgés (très âgés dans les HG !) n’est pas si exceptionnel que cela dans nos civilisations « avancées ». Il faut savoir ce que cela signifie (pour eux !)
    Après un certain âge, la station debout prolongée devient difficile et l’agenouillement inconfortable ; marcher les yeux bandés peut être malaisé quand l’équilibre devient déficient, sans un soutien efficace, presque professionnel dans certains cas ; faire des grands pas en restant en équilibre sur un pied devient périlleux ; se relever de la position couchée (sur le dos) est tout simplement impossible, même avec l’aide maladroite d’un quidam de trente ou quelques années de moins.
    Nous y remédions partiellement en invitant les candidats dans le cas de rester assis (ce que certains, par fierté, refusent d’ailleurs).

    Certains jeunes loups y verront une bonne raison de refuser les vieillards, moyen efficace de diminuer la moyenne d’âge que dénoncent régulièrement les commentaires avisés.

  • 4
    Jean_de_Mazargues
    22 septembre 2020 à 11:14 / Répondre

    Voltaire est un auteur immense. Qu’il fut F, bien ou mal initié, quoi que ce fut, n’enlève ni n’ajoute rien à ce qu’il est. Voltaire FM ? C’est absolument secondaire. Et comme disait l’autre, « L’homme est mort mais l’oeuvre reste ». L’homme dans ses contradictions, ses grandeurs et ses bassesses. je remarque que sa gloire est dans ses textes (le Dictionnaire philosophie, la pièce Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, Candide, etc.) et même dans ses actes (l’affaire Callas) et l’ombre portée par ses bassesses (investir dans le commerce triangulaire) n’efface pas mon admiration pour lui.

  • 3
    Revauger
    22 septembre 2020 à 10:57 / Répondre

    Et si l’on cessait de regarder l’histoire par le tout petit petit bout de la lorgnette? Et si l’on s’intéressait un peu plus au contexte, un peu moins à notre nombril de franc-maçon? Certes l’auteur de cette diatribe contre Voltaire ne nie pas les faits, Voltaire a bien été reçu (on ne parlait pas d’initiation à l’époque, rappelons le) à la loge des Neuf Soeurs, par Franklin. Il ne dit pas un mot cependant de cette Histoire des Neuf Soeurs de Louis Amiable, rééditée, annotée par Charles Porset, ni du Voltaire franc-maçon de C Porset. Il est évident que Voltaire n’a été reçu que deux mois avant sa mort, qu’il n’a donc pas eu le temps d’être un maçon assidu. Mais l’important n’est ni la motivation de Voltaire, ni le déroulement de sa réception en maçonnerie, ni même le temps qu’il y a passé. L’important est que les maçons de l’époque, la loge composée d’un grand nombre de scientifiques, d’écrivains, de philosophes et d’artistes qu’était la Loge des Neuf Soeurs, la loge à la pointe de la philosophie des Lumières, ait jugé bon de solliciter Voltaire, tout simplement parce qu’elle se reconnaissait dans ses idées. Que l’on cesse de se fier à des citations isolées qui font de Voltaire un antisémite, un raciste ou que sais je encore. Voltaire c’est avant tout celui qui a élevé sa voix contre le fanatisme religieux, contre l’intolérance, lors de l’affaire Calas et celui qui s’est insurgé contre l’esclavage/ C’est à ce prix que vous mangez du sucre, dit le nègre de Suriname…Alors oui, personnellement je me reconnais tout à fait dans les valeurs de Voltaire et suis fière qu’il soit devenu franc-maçon par la volonté de ses pairs, au vu de son oeuvre, de ses idées, et aussi de ses actions.

    • 5
      Luciole
      22 septembre 2020 à 11:40 / Répondre

      Je suis tout à fait d’accord avec vous sauf sur l’usage fautif d’une expression malheureusement partagée par nombre de personnes, c’est justement en regardant par le petit bout de la lorgnette que l’on voit mieux les choses parce qu’agrandies!

  • 2
    Villant
    22 septembre 2020 à 10:51 / Répondre

    l’auteur toujours négatif et destructeur
    Jean-Claude Villant

  • 1
    Luciole
    22 septembre 2020 à 10:34 / Répondre

    En réalité peu importe ,les deux parties avaient un intérêt commun à cette « réception ».Voltaire n’était pas un opposant à la FM et lui demander d’être un candidat ordinaire n’avait pas de sens à quelques semaines de sa mort.Les Neuf Soeurs l’ont considéré comme tel et c’est ce qui restera.Je gage que le Grand Orient ne le retirera pas des listes (y est il?)

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