Les compagnons d’Alexandrie

Publié par Jean Mabuse
Dans Edition

Les compagnons d’Alexandrie,
panégyriques de personnalités des rites égyptiens

Que savons-nous aujourd’hui des rites égyptiens ? Souvent le frère ou la sœur aux décors violets passe pour un zozoteriste dont on se gausse ou on se méfie. Ceux qui s’aventurent à fréquenter une loge à l’un des rites de Memphis et/ou Misraïm en reviennent toujours surpris tant les rituels sont grandiloquents et propices au mysticisme.

Un certain académisme maçonnique garde toujours un œil distant sur ce courant de la Franc-maçonnerie. Ainsi Roger Dachez écrit dans « les rites maçonniques méconnus » que « Memphis-Misraïm » en ses divers états – souvent très agités au cours de son histoire – , apparu en France au début du XIXe siècle, au décours de la redécouverte de l’Egypte.
D’abord pâle copie du REAA – lui-même alors d’introduction récente chez nous -, contestataire et mal considéré en raison de l’agitation politique de certains de ses membres, il est devenu à la fin du XIXe siècle, pour le meilleur parfois et souvent le pire, le conservatoire d’un certain occultisme maçonnique. D’où la multiplication navrante de ses chapelles. Il paraît, plus récemment, s’être assagi… » 

Serge Caillet dans « les compagnons d’Alexandrie » aux Editions de la Tarente entreprend d’illustrer ces rites par les notices biographiques de onze de ses animateurs en « quête exceptionnelle et merveilleuse ».

On appréciera l’introduction du livre par l’auteur par un « plaidoyer pour les rites égyptiens » qui retrace l’histoire « chaotique » de cet « enfant terrible de la franc-maçonnerie » qui est devenu un « conservatoire de l’occultisme »… Le ton est ainsi donné sans faux fuyant sur ce que le préfacier Pierre Mollier, à l’instar des érudits maçonniques anglais, rappelle être la « Fringe-masonry ».

La première personnalité abordée est l’une des relativement plus connues puisqu’il s’agit de Papus. Papus multiplia les initiations, les ouvrages, les cérémonies à divers ordres ou groupes occultistes et fut, entre autres, l’animateur d’une loge à un des rites égyptiens et le Grand-Maitre d’un suprême conseil liés un temps au GODF. L’ouvrage se poursuit par les biographies des successeurs de Papus et d’autres personnalités actives dans les divers rites égyptiens. On y croisera, par exemple, Jean Bricaud qui, partant de la mouvance des micro-églises catholiques gnostiques, sera celui qui acheva de lier les systèmes martinistes à Memphis-Misraim.

Une grande place est bien évidemment faite à Robert Ambelain qui selon Serge Caillet restera « sans doute longtemps le plus fameux des occultistes qui ont contribué à l’essor des rites égyptiens au XX siècle ». D’autres moins connus sont abordés. Régulièrement sont cités, sans faire l’objet d’une fiche particulière, des personnalités trans-courants comme Oswald Wirth ou Jules Boucher, qui apportèrent des matériaux de cette maçonnerie de marge dans les grandes obédiences.

La tradition maçonnique incarnée par le Rite Français (pourtant la plus authentique et ancienne) est par eux jugée trop matérialiste et positiviste. Papus n’écrit-il pas « Les grands mots de raison, superstition écrasées, principes de la liberté, etc., etc, remplacent les traditions de la maçonnerie universelle… ». Les militants de la maçonnerie égyptienne ne cessent donc de bâtir sans cesse de nouvelles traditions imaginées comme plus pures… que la précédente.

Nous pourrions faire le reproche à l’auteur de ne pas cacher sa fascination. C’est un ouvrage militant qui rejoint sa cinquantaine de livres sur des sujets connexes. Certains aspects équivoques des maitres sont donc passés sous silence. Ainsi il n’est pas fait mention du passage de Robert Ambelain à l’Action française puis dans le mouvement collaborationniste des Alpha-Galates pour au contraire laisser entendre contre toute vraisemblance qu’il aurait été un résistant de la franc-maçonnerie clandestine. L’aspect alimentaire, typique de la pratique ésotérique, de certains des maitres prolixes en patentes et créations d’ordres et de traditions n’est pas non plus abordé.

Mais « Les compagnons d’Alexandrie » n’en demeure pas moins un livre intéressant pour appréhender cette mouvance dont l’histoire continue jusqu’à nos jours.

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Les compagnons d’Alexandrie, de Serge Caillet. Aux Editions de La Tarente, chez Amazon ou de préférence dans la librairie la plus proche de votre domicile. ISBN :  978-2916280530

dimanche 27 décembre 2020
  • 1
    Annwn
    27 décembre 2020 à 10:49 / Répondre

    Robert Ambelain disait de la Franc-Maçonnerie moderne, celle datant de la fondation de la nouvelle Grande Loge d’Angleterre, et qui est une branche détachée d’une tige ancienne et respectable :
    « Ce nouveau rite allait lancer la FM sur une nouvelle voie… qui tendrait à saper certaines valeurs qui font la dignité de l’homme, par l’athéisme, le matérialisme, le laxisme menant à l’amoralisme désagrégateur. »
    À propos des Mystères égyptien, Hérodote nous dit que ce fut en Egypte que furent établies ces fêtes appelées Pan-Egyries, avec la pompe des cérémonies et les processions.
    Les Grecs n’ont fait que les copier. Les grandes solennités de la Grèce, telles que les Pan-Athénées, les Thesmophories, les fêtes d’Eleusis, avaient été apportées d’Egypte.
    Clément d’Alexandrie a décrit la hiérarchie sacerdotale des Egyptiens. Il y avait cinq grades suivant les degrés d’initiation aux livres du rituel : le chantre, le devin, le scribe, la Prêtresse en robe portant le sceptre et le vase sacré, le prophète ou le prédicateur président du Temple qui portait l’eau sainte et étudiait tous les livres hiératiques. Les Mystères égyptiens étaient de grandes solennités qui attiraient les multitudes.
    « Dans les Mystères d’Isis, l’Hiérophante tirait du sanctuaire des espèces de grimoires chargés de caractères hiéroglyphiques dont les lignes s’entrelaçaient et formaient des nœuds et des roues. C’était la langue sacrée dont on donnait l’explication » (Apulée, Métamorphoses, 1,11).
    L’enseignement secret était destiné à expliquer aux hommes les lois morales qui les lient aux Divinités et les lois qui régissent l’Univers.
    Leur but, suivant Plutarque, était de fortifier la piété et de donner à l’homme des consolations. Quelles étaient ces consolations ?
    L’espoir d’un avenir plus heureux, le moyen, après la mort de l’âme par le péché, de revenir à une félicité durable, en revenant au bien.
    « Nous y avons reçu des leçons qui rendent la vie plus agréable », dit Cicéron.

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