Les Divulgations françaises de 1735-1755 ou le rite proto-français.

Publié par Pierre Noël

Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730) fut publié en traduction néerlandaise en 1733. Celle-ci est conservée dans la bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas (n° 1181 du catalogue), intitulée « Het Collegie der Vrye Metselaars ontleedt of een Algemen en opregte Befchryving van alle derzelver Soorten, van deffelfs Oorsprong, tot op de Jegenwoordige Tyd. » (1733, Utrecht). Elle suit fidèlement le texte de Prichard mais traduit le mot « furniture » (meubles) par « cieraden » qui signifie ornements, parures ou bijoux.

« Vrag.  Hebt gy in ‘t zelve eenige cieraden. (avez-vous des ornements dans votre loge ?)
Ant.     Ja
Vrag.   Wat zijn die.
Antw.  De Bybel, ‘t Compas en een Vierhoek. (la Bible, le compas, l’équerre)
Vrag.   Aan wie behoren die eigentlyk. (A qui appartiennent-ils ?)
Antw.  De Bybel aan Godt, ‘t Compas voor de meester van ‘t Collegie, en de vierhoek voor de werkman ». (La Bible à Dieu, le compas au maître de la loge, l’équerre aux maçons)

La première traduction française du pamphlet de Prichard (La Reception Mystérieuse des Membres de la Société des Francs-Maçons contenant une Relation generale & sincere de leurs cérémonies. Par Samuel Prichard, ci-devant Membre d’une Chambre de la même Confrairie. Traduite de l’Anglais, éclaircie par des Remarques critiques. Suivies de Quelques autres Pieces curieuses, relatives à la Grande Bretagne, avec des Observations Historiques & Geographiques. A Londres par la Compagnie des Libraires. M. DCC. XXXVIII. (1738)[1] paraît à première vue bizarre au lecteur Français avec ses expressions inattendues[2]! Mais cette impression vient de ce que L’Origine est une traduction quasi littérale du néerlandais, soit une traduction d’une traduction !

Quoi qu’il en soit, le mot “meubles” n’apparut pas dans les traductions/adaptations ultérieures, françaises et allemandes, même si le ternaire bible-équerre-compas qu’il désignait chez Prichard s’y retrouve régulièrement.

Les divulgations françaises des deux décennies 1735-1755 sont inspirées de Prichard, avec des adaptations souvent minimes, parfois majeures. Elles montrent l’évolution significative des pratiques communes aux loges de la Première Grande Loge Anglaise (celle qui sera qualifiée de “Moderne”) vers un rite déjà “proto-français” à Paris.

Mon but n’est pas de m’étendre sur chacune d’elles. Elles sont publiées, discutées, critiquées dans toutes les langues depuis deux siècles.  Beaucoup sont facilement accessibles, notamment on-line. Je me contenterai de les énumérer, espérant que cela donne le désir de les lire à ceux qui en ignorent, parfois, jusqu’à l’existence (les ouvrages essentiels sont “La Franc-Maçonnerie et l’Etat” de G.H. Luquet, Grand Chancelier d’Honneur du GCDR (Paris, 1963) et “The Early French Exposures”, Harry Carr Ed. (Londres, 1971).

La Réception d’un Frey-Maçon, par le Chevalier René Hérault (1691-1740), Lieutenant-Général de Police à Paris. Première édition à Paris en 1737, une édition à Bruxelles la même année, réédition en 1738 dans la « Gazette de Hollande » et en 1741 dans l’ « Almanach des Cocus ». Elle relate la communication de deux grades en une seule cérémonie dite « aux deux colonnes » (a two-pillars ceremony) où les mots J et B sont donnés ensemble. Les colonnes sont crayonnées sur le plancher de la loge. Le candidat, après un serment sur l’évangile, reçoit la lumière (déjà) dans le cercle des épées.

Le Secret des Francs-Maçons, avec un recueil de leurs chansons par l’abbé Gabriel Louis Calabre Perau (1700-1767), « dédié au très vénérable frère Procope, Médecin et Franc-Maçon, l’un des Vénérables des vingt-deux loges établies à Paris ». Première édition à Genève en 1742. Rééditions en 1744 (« Nouvelle Edition revue et augmentée »), 1745, 1749 et 1752. Perau reçut les Ordres Mineurs mais refusa la prêtrise. Il vécut de sa plume. Il aurait été initié avant la parution de l’édition de 1744 dont il écrit dans sa préface qu’elle était « autorisée par l’Ordre ».

A l’inverse de Prichard, le « Secret » décrit, sous forme descriptive et non catéchétique, les deux premiers degrés (J est le mot des Apprentis, B celui des Compagnons) et fait allusion au grade de Maître (qui « ne peut être conféré qu’en Grande Loge », comme dans Anderson, 1723) où la mort d’Hiram est pleurée, sans qu’il soit fait état des circonstances de son décès.

Le Catéchisme des Francs-Maçons, précédé de l’Histoire d’Adoniram, Architecte du Temple de Salomon & d’une explication des Cérémonies qui s’observent à la Réception des Maîtres, le Signe, le Mot & l’Attouchement, qui les distinguent d’avec les Apprentis Compagnons. Dédié au Beau Sexe. Par Léonard Gabanon, à Jérusalem … (1744). Léonard Gabanon était le nom de plume d’un journaliste de l’époque, Louis Travenol (1710-1780). Cet ouvrage donne une description superbe de la réception d’un Maître Maçon dont la lecture permet au membre d’aujourd’hui de déceler au premier coup d‘œil le vrai du faux. L’ordre est définitivement divisé en trois grades. L’ouvrage contient un « plan de la loge de Maître » montrant le cercueil entre l’équerre et le compas, portant le mot Jéhova, les 3 chandeliers portant chacun 3 lumières aux angles, les deux Surveillants à l’Occident, l’orateur au Sud-Est. Le serment est prêté sur l’évangile.

La Franc-Maçonne ou Révélation des Mystères des Francs-Maçons par Madame ***, à Bruxelles. Ouvrage anonyme publié en 1744, jamais réédité. La description des cérémonies semble purement imaginaire et fut, déjà à l’époque, considérée comme une tentative délibérée de tromper le lecteur. On y évoque l’existence de plusieurs grades supérieurs.

Le Parfait Maçon ou les véritables Secrets des quatre grades d’Apprentis, Compagnons, Maîtres ordinaires & Ecossais de la Franche-Maçonnerie. Ouvrage anonyme paru en 1744, réédité en 1747. Longtemps considéré comme une autre tentative d’égarer le lecteur, on pense plutôt aujourd’hui qu’il serait au contraire un développement de la tradition « Harodim » propre au NE de l’Angleterre, qui aurait conduit à plusieurs grades supérieurs dont certains constitueront la maçonnerie d’adoption et d’autres le Royal Order of Scotland (cf les travaux de Jan Snoek). Plutôt que de se concentrer sur la construction du Temple, les 4 rituels ont pour thème le Jardin d’Eden, l’Arche de Noé, la Tour de Babel et la reconstruction du Temple par les Ecossais.

Le Sceau Rompu ou la loge ouverte aux Profanes par un franc maçon, à Cosmopolis M. DCCXLV (1745). Dans l’introduction, l’auteur anonyme fait référence aux divulgations précédentes, le Parfait Maçon et la Maçonne dont il dit qu’elles n’ont aucune valeur. Il s’inspire largement de Prichard et loue le Catéchisme, comme le Secret, confirmant tout ce qui y est dit. Il rapporte que la franc-maçonnerie a été introduite en France en 1727, soit 18 ans avant la parution de son pamphlet. Il attribue son origine aux croisades (suivant en cela le discours de Ramsay) et évoque la reconstruction du Temple par les Israélites, la truelle dans une main et l’épée dans l’autre. Il fut réédité à Amsterdam en 1757 sous le nom Le Sceau Violé.

L’Ordre des Francs-Maçons Trahi et l’Ordre des Mopses Révélé, à Amsterdam M. DCC. XLV (1745). Cet ouvrage anonyme est une des plus intéressantes divulgations d’avant 1760 car la plus complète. Il fut souvent (neuf fois !) réédité dont la dernière fois en 1781. C’est une compilation, comprenant une Préface (par le compilateur anonyme), Le Secret (de l’abbé Perau), Le Trahi (« Supplément au Secret »), de larges extraits du Catéchisme, du Sceau Rompu, avec en plus des corrections et des compléments inédits (sur les Signes & Attouchements notamment) et enfin le « Secret des Mopses » (un ordre androgyne comme il y en eut beaucoup à l’époque, en France et en Angleterre). Bref c’est un plagiat pur et simple dont certains pensent qu’il est de Perau lui-même.

Les Francs-Maçons Ecrasés suite du livre intitulé L’Ordre des Francs-Maçons Trahi, traduit du latin, à Amsterdam, M.DCC. XLVII. Nous en avons déjà beaucoup parlé sur hiram.be. Il fut souvent réédité de 1747 à 1778 et traduit en allemand. Il ne présente rien de fiable, ni l’histoire présumée de l’Ordre ni la description des rituels sans doute écrits dans le but de tromper le lecteur. Son auteur est inconnu, « Larudan » étant un pseudonyme.

La Désolation des Entrepreneurs Modernes du Temple de Jérusalem (1747) ou Nouveau catéchisme des Francs-Maçons, contenant tous les mystères de la Maçonnerie, épars & obmis dans l’ancien Catéchisme, dans le Livre intitulé le Secret des Francs-Maçons &tc. et dans celui qui a pour titre le Sceau Rompu &tc. Divisé en neuf Chapitres, précédés de l’Histoire d’Adoniram, Architecte du Temple de Salomon, avec de nombreux desseins (sic) des Loges de l’Apprentif-Compagnon, & du Maître, dédié au Beau Sexe par Léonard Gabanon. A Jérusalem, M. CCCC. XL depuis le déluge, avec Approbation du Roi Salomon. (1747). Cet ouvrage est la deuxième divulgation de Travenol. C’est une copie du Catéchisme, mais avec de nombreux ajouts. C’est la première fois que le mot Jéhovah, présent sur le tombeau d’Adoniram (ou Hiram) est cité dans le texte, “[Salomon] le fit inhumer en grande pompe dans le Temple du vrai Dieu, & fit mettre sur son Tombeau une Médaille d’Or faite en triangle, où étoit gravé JEHOVAH.”

Il s’étend sur la reconstruction du Temple et cite notamment une histoire ecclésiastique (inspirée de Philostorgius, historien de l’Eglise au 4ème -5ème siècle) relatant la tentative de reconstruction du Temple de Jérusalem au 4° siècle de notre ère, par l’empereur Julien (dit « l’apostat »), qui est une des premières références au thème de la découverte sous une voute de « secrets perdus »[3]. Dans ce cas particulier, il s’agit du Prologue de St Jean.

Il décrit en détail les procédures « militaires » du banquet ( déjà décrites rapidement par Hérault) et termine par la transcription de deux édits de police condamnant la franc-maçonnerie (en 1737 et 1745).

L’Anti-Maçon ou les mystères de la Maçonnerie dévoilés par un profane, augmenté de l’usage des signes, et de la manière d’écrire des Francs-Maçons, & de plusieurs autres usages propres à la Maçonnerie, par le moyen desquels un Profane peut passer pour Franc-Maçon. Avec une lettre d’un Franc-Maçon nouvellement reçu.
En la ville Sainte ; dans le Temple de Salomon, & dans la Chambre du Milieu et dans la Vallée de Josaphat, au tombeau d’Adoniram, rue de l’Acacia. (1748). Le livre n’eut que peu de succès (deux rééditions). Il reprend des éléments publiés ailleurs, mais insiste à nouveau sur le côté volontairement fallacieux du Parfait Maçon et de la Maçonne.

Le Maçon Démasqué ou le vrai Secret des Francs- Maçons, mis au jour dans toutes des parties avec sincérité & sans déguisement. A Londres chez Owen Temple Bar. 1751. Le Prix est un Schelling L’auteur dit se nommer Thomas Wolson. Il dit avoir été initié en 1751 dans une loge se réunissant à la taverne « le Cygne » quelque part sur le Strand, or il n’y a pas trace d’une loge se réunissant au Cygne cette année-là. Les pratiques décrites sont plus françaises qu’anglaises. Le livre n’eut que peu de succès en France, mais il en eut beaucoup aux Pays-Bas (six éditions entre 1751 et 1806. Il parut en anglais en 1766 sous le nom Solomon in all his glory) et eut plusieurs éditions en Allemagne.

Dans l’introduction, l’auteur écrit que la franc-maçonnerie fut créée pour reconstruire le temple de Salomon selon certains, pour rétablir la dynastie des Stuarts sur le trône d’Angleterre pour d’autres. Il rapporte que le Prétendant (Charles Edouard Stuart) ayant fait une incursion en Ecosse, son régiment à lui reçut l’ordre d’aller à sa rencontre. Un ami (Mr. Cowens) lui demanda s’il ne voulait pas être « déprofanisé » avant de quitter Londres. Ayant accepté la proposition, il raconte sa réception et les grades (notamment le 3ème) qu’il reçut en des termes qui ne semblent pas une simple copie des ouvrages précédents, mais une relation spontanée et bienveillante de l’association. Là aussi on trouve la phrase : “[Salomon] le fit inhumer pompeusement avec tous les honneurs, & on grava sur sa tombe l’ancien mot [de Maître], surmonté de deux branches d’acacia posées en sautoir.”

De cette littérature, c’est la version la plus complète et celle que je préfère.

Quelques remarques finales

Il sera toujours possible de dire que tout cela n’est que faux et usage de faux, inspirés par des esprits religieux rétrogrades. J’entends bien ces critiques sans qu’elles me convainquent vraiment. Le nombre de rééditions prouve que tout cela fut pris très au sérieux par les bons esprits du temps.

Quiconque connaît un peu la pratique maçonnique actuelle, aussi simplifiée, dénaturée, déviée, altérée qu’elle puisse être (que ce soit dans un sens ou l’autre, sans exclusive d’aucune sorte) ne pourra s’empêcher de reconnaître dans ces rituels ou catéchismes l’écho ou l’origine de ce qu’il pratique.  Qui regarde les plans de la loge d’apprenti-compagnon que présentent ces textes reconnaîtra la source des tableaux de loge exposés dans les loges actuelles ou (pour ceux qui les ont jetés au rebut) exhibés dans les musées maçonniques.

Très frappante est l’apparition progressive dans ces divulgations de notions réellement fondatrices de la maçonnerie d’aujourd’hui, que je ne ferai que citer : le développement du grade de maître, le thème de la perte du mot perdu gravé sur la tombe de l’architecte, l’apparition du grade d’Ecossais (sans rapport avec le pays homonyme), la découverte d’un secret dans la profondeur d’une crypte, la référence aux croisades et à la reconstruction du temple par les maçons, l’épée à la main et la truelle dans l’autre. En outre, la mise en scène annonce la disposition « moderne » de la loge, carré long présidé par le maître, à l’orient, assisté des deux surveillants à l’occident, supporté par trois colonnes et éclairé par trois lumières (le soleil, la lune et le maître). La réception voit l’entrée du candidat aveuglé dans le carré long, recevant la lumière dans le cercle des épées. La distribution des mots entre les grades est caractéristique de la maçonnerie continentale.

Quiconque vit ou lit les « grands » rituels du rite français (de 1785 à nos jours), du RER (de 1778 à 1807) ou du rite Moderne belge reconnaîtra la filiation qui les relie à ces ébauches déjà presque achevées qu’on peut qualifier de « rite proto-français ».

Tout cela, ignoré des Old Charges encore médiévales, suggère un processus dynamique qui engendra en peu d’années ce fabuleux terrain de jeu, de rêve et d’émancipation de l’esprit qu’est la franc-maçonnerie que nous connaissons.

Pierre Noël

[1] Réédité à Bruxelles en 1743 sous le nom « L’Origine & la Déclaration mystérieuse… contenant une Relation generale & sincere, par Demandes & Réponses de leurs Ceremonies … »
[2] Collège pour Loge ; Ouvrages à la Mosaïque pout Pavé Mosaïque ; Comète pour Etoile Flamboyante ; Pièces à toucher pour bijoux mobiles ….
[3] Thème central des différentes versions du Royal Arch. plus spécifiquement du grade de « St John the Evangelist », degré « attaché » de l’Ordre du « Red cross of Constantine »

mercredi 4 mars 2020
  • 6
    Désap.
    8 mars 2020 à 12:34 / Répondre

    Le serment n’a de valeur que prêté sur la Bible … mais ce n’est pas un acte de dévotion.
    Ah ! Et c’est un acte de quoi, alors ?
    .
    Nous ne pratiquons pas la maçonnerie de Prichard, les frères qui ont ouvert des loges sur le continent à partir de 1725 ne l’ont pas fait avec leur « Prichard » sous le bras ; d’une, cette divulgation n’existait pas, d’autre part on leur a transmis puis ils ont transmis la maçonnerie des Moderns, la vraie, celle dont on serait bien inspiré de chercher à connaitre plutôt que d’être obnubilé par une Bible représentante de tout ce qui avait entravé la réflexion jusque là.
    Une fois de plus, un livre des Constitutions, quatre éditions, soixante sept ans de maçonnerie Modern, des Antients qui les accusaient d’athéisme et pas une seule occurrence sur la bible dans aucune description d’arrangement de la loge, ni de cérémonie : il n’y a pas de Bible dans la loge Modern.

  • 5
    pierre noel
    6 mars 2020 à 15:33 / Répondre

    La disposition des ustensiles sur le plateau est montée sur la peinture célèbre de Frederic II initiant le Margrave Frédéric Von Bayreuth (1740) ; trois chandeliers à une bougie sur la table, la bible recouverte de l’épée au milieu.
    C’est toujours le cas en Allemagne comme le montre cet extrait de l’ouverture au 1° degré d’une loge de GLLvD :
    « Der Logenmeister: Brüder Aufseher, nähern Sie sich dem Altar (l' »altar », c’est le plateau du VM) , um das Licht zu empfangen! Bruder Zeremonienmeister, reichen Sie mir die Kerze (bougie ou boute-feu)!
    Nach dem Aufruf zum Anzünden der Kerzen auf den Säulen (colonnettes sur le plateau, supports des bougies) Der Zeremonienmeister reicht die Kerze von der nordöstlichen (nord-est) Säule dem Logenmeister, welcher sie an dem nordöstlichen Lichte auf dem Altar anzündet.
    Der 1. Aufseher nimmt die Kerze von der südöstlichen (sud-est), der 2. Aufseher von der südwestlichen (sud-ouest) Säule und beide zünden sie an der Kerze des Logenmeisters an. Hierauf steilt der Logenmeister zuerst seine Kerze auf die nordöstliche, der 1. Aufseher die seinige auf die südöstliche, der 2. Aufseher die seinige zuletzt auf die südwestliche Säule. »
    La disposition des lumières est remarquable : c’est celle du « rite français », comme dans toutes les loges allemandes du temps (stricte observance ou pas).
    C’est bien la preuve que le Démasqué témoigne d’une influence allemande.
    A noter que la bible n’est utilisée que pour donner sa valeur au serment, pas pour faire un quelconque acte de dévotion, prononcer un patenôtre, en lire un ou des extraits …C’était l’usage depuis des générations aux moments importants de la vie. Inutile d’y voir plus.

  • 4
    pierre noel
    5 mars 2020 à 16:47 / Répondre

    L’auteur du Démasqué, nommé Thomas Wolson ou Wilson dans le texte, était, semble-t-il, un personnage haut en couleur de l’époque, comme le Barry Lyndon de William Thackeray (et Stanley Kubrick !).
    George Smith est né en 1722 à Greenwich. Il s’engage dans l’armée prussienne puis néerlandaise vers 1740-1748 (guerre de succession d‘Autriche). Il est Initié à Leipzig en 1742 à la loge Aux trois compas, devenue aujourd’hui Minerva aux trois palmiers.
    Après la guerre, il s’établit à Utrecht et se marie en 1748. Il devient clerk à l’Eglise anglaise d’Utrecht en 1752 et vit en enseignant l’anglais et de divers expédients pas très honnêtes (notamment divers trafics, dont celui de livre anciens), ce qui ne l’empêche pas d’être membre, en 1757, d’une loge anglaise « Regularity » à Amsterdam, travaillant avec une patente de de Lord Chandos GM d’Angleterre.
    Il sert dans l’armée anglaise en 1760-1762 pendant la guerre de sept ans (lieutenant puis capitaine d’un régiment d’infanterie). Retourne en 1769. Devient en 1772 1772 inspecteur de l’académie militaire de Woolwich. En 1778 il est GMP Kent, puis WM de la Royal Military Lodge 371 à Woolwich toujours. Il devient en 1780 JGW GL of E (modern) mais est exclu en 1785 pour faux. Il meurt peu après (1785 ?).
    C’est lui qui aurait écrit le Maçon Démasqué, paru d’abord en 1751, soi-disant publié à Londres, mais en réalité à Arnhem ou Utrecht. Toutes les rééditions le furent aux Pays-Bas ou en Allemagne. Jan Snoek montre bien que ce texte n’a pu être écrit que par un maçon qui connaissait aussi bien les usages anglais, français qu’allemands. Plusieurs détails de la divulgation le prouvent, dans le texte comme dans les illustrations. C’est notamment le cas de la disposition du plateau du vénérable : la bible ouverte est recouverte de deux glaives entrecroisés ; à côté est posé un compas ouvert ; 3 chandeliers portant chacun une bougie sont disposés en triangle aux angles du plateau. Cette disposition particulière se voit encore en Allemagne.

  • 3
    pierre noel
    4 mars 2020 à 18:35 / Répondre

    Toutes ces révélations trouvent leur source dans Prichard, avec quelques ajouts et développements. Il paraît un goulet d’étranglement entre les exposures écossaises ou anglaises et les manuscrits français des années suivantes, ceux de Berne, de Paris ou de Liège (révélés par Luquet, Bernheim ou Van Win).
    Il en va de même pour les « grands » rituels des années suivantes d’Angleterre, d’Ecosse, de France ou d’Allemagne qu’on les nomme modernes ou anciens, andersoniens ou non, français ou écossais mixtes ou pas. La conclusion est claire : si on estime que la maçonnerie de Prichard est une mystification (qu’il en soit la victime ou le responsable), toute la maçonnerie d’aujourd’hui (celle pratiquée dans les loges dogmatiques, les loges libérales et les autres) est née de cette mystification et ne peut en aucun cas se targuer d’une origine « opérative » médiévale ni d’être le dernier réceptacle d’une sagesse antique.

  • 2
    de Flup
    4 mars 2020 à 12:20 / Répondre

    Etude remarquable et conclusion pertinente. Toutefois, s’il est exact que les Old Charges soient » encore médiévales » on peut noter des influences Renaissance dans plusieurs.

  • 1
    Désap.
    4 mars 2020 à 09:44 / Répondre

    Un nouvel article pour la défense de la présence de la Bible en loge modern.
    Serait-on terrorisé à l’idée que soit démontré le contraire ?
    Oui ces divulgations n’ont rien d’officiel et de fait ne témoignent en rien des usages règlementaires des Moderns.
    En revanche, les Constitutions de 1723 à 1784 ne font jamais état de la Bible dans aucune description de cérémonie.
    Il est au minimum troublant de persister à affirmer la présence d’un ornement ou meuble jamais cité et le prouver par une documentation extérieure et pamphlétaire.
    Refuser de distinguer des usages probablement en cours dans des loges et le caractère règlementaire, c’est s’interdire de connaitre la réalité de la maçonnerie Modern, de même qu’ignorer le chapitre des Constitutions traitant de la Rome antique c’est ne pas voir qu’il est l’introduction de l’Art. 1 des Obligations.

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