Femmes libres et servantes
Agostino Brunias (1730–1796) : Free Women of Color with Their Children and Servants in a Landscape. Brooklyn Museum

Les loges dans les colonies françaises du milieu du XVIIIe siècle au mitan du XIXe siècle

Publié par Géplu
Dans Divers

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mardi 7 avril 2026
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    Pierre Noël
    7 avril 2026 à 10h12 / Répondre

    Charleston est une ville superbe qui mérite mieux qu’un détour. J’y ai fait un séjour enchanteur dont chaque instant est l’objet de triste, sinistre souvenir d’une période dont espérerait qu’elle soit révolue (je n’en jurerai pas !).
    Charles Town fut fondée en 1660 par des immigrants venus d’Angleterre à bord de la frégate HMS Carolina. L’expédition était financée par les « True and Absolute Lords Proprietors of Carolina », huit Anglais riches et puissants qui avaient reçu de la Couronne une charte leur accordant les terres allant de l’actuelle Caroline du Nord à la Floride espagnole .

    La colonie prospéra rapidement jusqu’à devenir au XVIII° siècle une des quatre cités les plus importantes de l’Amérique britannique, avec Boston, New York et Philadelphie. La vie y était pourtant bien rude. Le climat, si différent de celui d’Angleterre, et les épidémies, quasi annuelles, sans compter un mode de vie peu propice à la longévité, par excès de boisson et de bonne chère, les ouragans et les incendies, redoutables dans une ville faite de maisons de bois, se conjuguaient pour rendre l’entreprise particulièrement hasardeuse. La malaria, la fièvre jaune , la variole faisaient des ravages, décimant la population jusqu’à faire envisager aux Lords propriétaires de déplacer la colonie dont on disait qu’elle était un paradis au printemps, l’enfer en été et un mouroir en automne .

    Charles Town n’en connut pas moins des périodes prolongées de prospérité, du moins pour une minorité de possédants, entrecoupées de moments de grave dépression économique. Sa richesse était basée sur l’exportation de riz et de coton, mais aussi d’esclaves indiens. En échange, elle importait les marchandises venues d’Angleterre et des Indes occidentales, Saint-Domingue, la Jamaïque et autres îles des Caraïbes. La « traite d’ébène » en était une des activités principales et l’importation d’Africains fit rapidement de Charles Town une ville « de nègres ».

    L’indépendance américaine amena le changement de nom de la ville qui, en 1783, fut rebaptisée « Charleston » et une nouvelle période de prospérité, grâce à la levée des limitations commerciales imposées par les Britanniques. En 1790, la cité comptait 8.089 habitants blancs pour 8.831 noirs, esclaves pour la plupart, tandis que le « comté » de Charleston avait 11.801 blancs pour 34.846 noirs . Rien d’étonnant donc que la peur d’un soulèvement des esclaves fût la hantise des classes possédantes du temps, hantise entretenue par la révolte des esclaves à Saint-Domingue en 1791. Cette crainte constante explique aussi la dureté de la surveillance et la rigueur des châtiments infligés aux « nègres » insoumis ou rebelles , lesquelles contribuèrent à la naissance d’un mouvement abolitionniste dans les états du Nord. Il n’est pas sans intérêt de noter que le Rév. F.Dalcho (lieut. gc de la juridiction sud du SC et pasteur de l’église wallonne) écrivit en 1823 une justification théologique de l’esclavage, fondée sur la faute de Sham et la malédiction de Noé , thème fréquent à l’époque. (N’oublions pas, ce qui n’est jamais rappelé, que tout cet épisode de l’histoire de la franc-maçonnerie se déroule avec en arrière-fond la traite d’« ébène » et l’esclavage des Noirs, que ce soit à Saint-Domingue, à la Jamaïque, à Charleston ou à la Nouvelle-Orléans. Les francs-maçons y furent nécessairement impliqués, de près ou de loin.)

    Pour les privilégiés, la vie y était cependant agréable, sans les entraves ni les interdits religieux que connaissaient les cités puritaines de la Nouvelle-Angleterre. Les théâtres, les maisons de jeux, les tavernes et les bordels étaient partout. Le luxe outrageant des familles fortunées vivant dans des maisons fastueuses contrastait avec la pauvreté de la masse et la saleté des rues empestées par les excréments d’animaux, les cadavres de chats, de chiens et de rats. Mais si Charleston était connue comme la ville de tous les vices, elle était aussi remarquée par son extrême tolérance religieuse, bien inhabituelle dans l’Amérique coloniale. Toutes les religions y étaient représentées, les Anglicans bien sûr , mais aussi les Presbytériens, les Luthériens, les Juifs, les Catholiques et surtout les Huguenots dont les ancêtres, chassés de France par Louis XIV, avaient contribué à la naissance de la cité. La communauté juive y était, en 1800, la plus importante des jeunes Etats-Unis. L’arrivée de réfugiés français, chassés de Saint-Domingue par la révolte des esclaves, vint renforcer l‘élément catholique mais donna aussi à la ville un nouveau visage, marqué par l’influence française, notamment dans le domaine des arts, du théâtre, de la danse et de la musique.

    La Maçonnerie à Charleston.

    Rien d’étonnant que la franc-maçonnerie y ait trouvé un terreau propice. Dès 1735, le Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre, Lord Weymouth , accorda une charte pour la création d’une loge dans la ville et, le 28 octobre 1736, la loge Solomon n° 1 fut fondée dans la taverne de Mr Shepeard, au coin de Broad street et de Church street. John Hammerton, ancien membre de la loge The Horn, à Londres, celle qui avait vu l’initiation du chevalier Ramsay en 1730, en fut le premier vénérable avant de devenir, l’année suivante, le premier Grand Maître Provincial de la colonie, poste qu’il occupa jusqu’à son retour en Angleterre en juillet 1737.

    En 1756, il y avait 3 loges à Charles Town et trois autres dans la province, toutes d’ascendance « moderne » car ce n’est qu’en 1788 que le Rite (working) « Antient » fut introduit dans la loge Marine. Son vénérable avait assisté aux travaux de ce Rite à Philadelphie et il obtint une nouvelle charte de la Grande Loge d’Angleterre «according to the Ancient usages » fondée à Londres en 1751 par des maçons irlandais.

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