Sous la voute étoilée (enfin presque)

Publié par Géplu
Dans Humour

Bien qu’ingénieur de formation et donc supposé être doté d’un esprit rigoureux, outre l’humour de ses dessins François Morel aime aussi manier les mots, parfois même, et même souvent, jusqu’à l’absurde et au loufoque. Ce qui donne des résultats quelque peu surréalistes…  🙂

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La cathédrale de pierre représentant le ciel sur terre avait disparu. Les causes étaient confuses. On opta pour affirmer qu’elles étaient dues au changement climatique. Hiram Habif l’architecte en chef du roi Salomon décida que le ciel représenterait l’édifice mais un problème apparu : Les cathédrales n’existaient pas encore.

Toutefois la voute étoilée se substitua à la croisée d’ogives et trouva la pierre d’achoppement dans la constellation d’Andromaque qui semblait nous envahir dans des temps infinis. Les grands arbres de vie et cèdres du Liban devenaient colonnes en s’élançant majestueusement vers un ciel bienveillant. Au centre un ruisseau égaré faisait office de labyrinthe ou les pèlerins s’y perdaient en pénitence. Les pierres polies par ce courant incessant devenaient sable, poussière d’étoiles puis sable poussière d’or transformées pas l’alchimie magique de l’amour. Les quatre vents formaient le transept et vivifiaient le cœur des fidèles. Les vitraux enfermaient l’horizon, dont la lisibilité se perdait dans les arcades célestes. Le porche était feuillage, verdure de l’espoir et se prosternait au passage des prosélytes avec l’élégance de la noblesse de l’âme. Dans la brume des souvenirs intimes de la fécondation laborieuse des Temples de nos cœurs naissait l’espoir incertain d’un devenir divin. Foi, Esperance, Charité. Des grenades sans nombre semblaient garnir le somment des colonnes du temple de la Jérusalem céleste.

Mais voilà ! Je me réveille !

Je scrutais la porte en isoplane bleu-turquoise creuse à structure alvéolée séparant de ma chambre à coucher le Ulam du Temple qui laissait apparaitre des trace de pinceau de qualité douteuse ou d’une maladresse ouvrière dans l’application de la peinture satinée Ripolin en pot économique Leader Price. Après avoir ouvert les deux battants qui gémirent sur leurs gonds galvanisés à froid, je descendis dans une furtive hésitation les marches fictives en caillebotis électrozingué dont certaines témoignaient d’un passage fréquent ou de carences d’une maintenance préventive. Elles me conduisirent dans la crypte réalisée à la hâte sous la couette polyester 50% coton de mon lit d’enfance sauvegardée par l’association des amis des reliques de la Sainte Chapelle.

Le parfum de musc blanc oriental m’enveloppait, sillage estompé d’une fièvre nocturne sans gestes barrières m’inquiéta un instant. Le prêtre de service de garde Sirius vêtu de ses attributs sacerdotaux m’extirpa de mon antre douillette, siège de mes rêves profanes, par ma chemise H&M de taille 40 en coton mélangé et me conduisit derrière le spectre d’un Jubé détruit peu avant la révolution française suivant le Larousse illustré en 1 volume posé sur ma table de chevet chargée d’histoire et de Kleenex pour y retrouver un sanctuaire naturel qui semblait vaciller dans mon esprit libertin.

Le lourd rideau en velours rouge s’ouvrit enfin majestueusement glissant silencieusement sur ses rails, laissant apparaitre la scène éclatante et ses 12 apôtres assis ou presque d’un même coté faces au public averti qui remplissait l’hémicycle. Les loges soutenues par des consoles, d’où festonnaient des guirlandes de fleurs, étaient encadrées par des balustres aux motifs de treillage dorés à la feuille accueillaient les notables des studios Harcours. La Reine de Sabbat me réveilla en me pinçant les pieds avec une pince isolée Castorama à prises multiples n°5, seule partie de mon corps pudique non couverte pour me signaler le retard du Paris-Bordeaux que nous avions pris pour nous rendre à l’office dominicale de l’Église d’Argenteuil 95100, 94 rue Henri Barbusse. tel : 01 39 58 37 65.

L’Odeur du café bouilli Nescafé « what else » venant de la salle des machines me réconcilia quelques instants avec les contraintes d’une religion envahissante altérant le réglage du sonophone Aflelou de ma conscience libertaire, remboursé par un système social laïque.

La Marque Jaune avait encore frappé ! Damned !

François,
Chez les Métallos, Paris le 17 septembre 2020

lundi 21 septembre 2020
  • 4
    JLP
    27 septembre 2020 à 09:19 / Répondre

    Excellentissime! L’humour décalé de notre TCF François Morel permet à chacun d’en prendre pour son grade , et même plus!
    Les illustrations sont plus qu’évocatrices et pour tout dire , plutôt jubilatoires!
    Merci et « encore »!

  • 3
    Alain-Jacques Lacot
    21 septembre 2020 à 22:59 / Répondre

    J’adore l’humour décalé de François Morel …. dont les dessins sont aussi acérés et « décalés » que les textes ;
    C’est la raison pour laquelle il illustre les prochains « Cahiers de vacances du franc-maçon » qui paraîtront chez Dervy en Avril 2021…..

  • 2
    Jean Mes.
    21 septembre 2020 à 09:57 / Répondre

    Fallait oser, mais j’aime bien. 🙂

  • 1
    Aigle
    21 septembre 2020 à 05:38 / Répondre

    J aimerais rajouter c’est quelque lignes après ma visite à Paris
    En a dévoilé nôtre dame
    Qui ressuscite des flammes
    Telle un phénix son âme
    Par la main des frères du chemin
    En la revivra de loin
    Ouvrant ses portes à la lumière son fin

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